DÉFORMATIONS ARTIFICIELLES
Je me suis proposé, dans ce tableau, de porter l’attention sur les déformations artificielles du crâne et sur les déformations de cet organe par l’influence héréditaire maladive. Il importe que l’on ne
pour leurs mauvais instincts. Il y avait parmi eux des enfants naturels, des fils et petits-fils d’anciens condamnés dont le souvenir s’était parfaitement conservé dans l’établissement.
confonde pas ces deux ordres de faits, si l'on veut se faire une idée exacte de la formation du type dans les variétés dégénérées.
J’attache une importance secondaire aux conséquences que l’on a cherché à déduire de la mensuration des divers diamètres de la tête, dans leurs rapports avec la somme d’intelligence des individus. Je préfère puiser les éléments qui constituent les caractères des êtres dégénérés dans l’observation directe des faits pathologiques.
Les têtes pathologiques peuvent être réduites à un certain nombre de formes typiques, qui sont : 1° la tête microcéphalique ; 2° la tête rachitique , 3° la tête asymétrique.
Tête microcéphalique. — Représente une forme de tête qui , dans sa circonférence, ses différents diamètres, et conséquemment dans le poids de la substance cérébrale, est au-dessous de la tête normalement développée. Cette forme coïncide toujours avec l’absence ou l’abaissement considérable des facultés intellectuelles et affectives.
Deux éléments pathogéniques principaux président à la formation de ces sortes de têtes. 1° l’ossification prématurée des fontanelles ; 2° le défaut général de nutrition qui s’oppose, non-seulement au libre développement du crâne et du cerveau, mais qui se traduit encore par des arrêts de développement de l’organisme, et surtout par l'atrophie de l’appareil de la reproduction. Il se produit même sous cette influence de véritables monstruosités (voir planche IV. Les têtes des Aztccs, que j’ai eu occasion d’examiner il y a quelques jours, rentrent dans cette variété).
2° Tête rachitique. — La tête rachitique, ainsi que son nom l’indique, participe plus ou moins d’une maladie générale de l’organisme, qui affecte surtout le système osseux. L’élément rachitique n’est pas par lui-même un indice d’affaiblissement intellectuel, mais il est certaines formes de tête (celle de crétin par exemple) qui présentent l’expression la plus complète de certaines anomalies crâniennes et cérébrales incompatibles avec une intelligence normale.
3° Tête asymétrique. — Cette tête se reconnaît, dit Virchow (1), à la simple vue qui permet de constater l’exagération de certaines parties aux dépens des autres. Une des conséquences de ces asymétries est de donner à la face, ou si l’on veut à la physionomie, un type des plus disgracieux. Les déviations des arcadesorbitaires et dumaxillaire supérieur impriment aux sourcils, aux yeux, à la bouche une direction vicieuse qui place ces parties en désharmonie complète les unes vis-à-vis les autres.
Le toucher complète l’idée que l’on peut se faire de ces sortes de
(1) Virchow. Unlersuchungen über die entwicklung, etc., ou recherches sur le développement du crâne dans l’état de santé et dans l’état de maladie , et de l’influence de ces causes sur la forme du crâne, sur la physionomie et sur la structure cérébrale. Berlin, 1857.
têtes, dont les proéminences heurtées et les enfoncements exagérés demandent à être reproduits par la photographie, ou d’une façon plus plastique encore par le moulage Tantôt des proéminences anguleuses se rencontrent à la place des fontanelles, tantôt des enfoncements en forme de gouttières semblent partager les os de la tête en deux parties égales.
Les êtres dégénérés, désignés sous les noms d'imbécilles et d'idiots, présentent de nombreuses variétés de ces sortes de tète sans que l’on puisse cependant établir d’une manière absolue que toutes les têtes asymétriques appartiennent à des individus dépourvus d’intelligence. L’histoire infirmerait cette opinion si on la soutenait dans ses conséquences absolues.
Si maintenant on veut comparer à ces têtes pathologiques les types de têtes déformées dont j’ai donné les spécimen dans la planche V, on ne pourra rapporter ces dernières à aucune des descriptions pathologiques ci-dessus désignées.
La raison de cette différence a été donnée par M. le Dr Foville en 4834 dans son ouvrage intitulé : Déformation du crâne résultant de la méthode générale de couvrir la tête des enfants dans la Seine-Inférieure. J’ai pu constater la justesse des observations de M. le Dr Foville, et les specimen qui existent à l’asile de Sl-Yon en 1863 sont absolument semblables à ceux que mon honorable et savant prédécesseur a figurés en 1834 dans son ouvrage avec figures.
Les degrés de ces sortes de difformités sont nombreux, et c’est là ce que l’on peut remarquer, non-seulement dans nos hospices, mais dans les réunions publiques où l’observateur ne manque pas d etre frappé par la vue de quantités de formes de têtes disgracieuses.
Si je voulais transporter cette question des déformations artificielles sur le terrain des influences qui en résultent pour le développement des facultés intellectuelles, je serais entraîné trop loin ; mais je n’abandonne pas pour cela un sujet aussi intéressant pour mes Etudes sur la formation du type dans les variétés dégénérées.
Je me contenterai de dire qu’à l’exception de MM. d’Orbigny et Morton, qui ne font aucune allusion à l’etat des facultés intellectuelles et affectives, mais qui signalent certains peuples à têtes déformées comme remarquablement vigoureux et agiles, les autres anthropologistes sont unanimes à reconnaître les inconvénients de pareilles pratiques. La mortalité des enfants nouveau-nés est énorme chez les peuples indiens où règne la méthode de déformer la tête, et les cas d’imbécillité, d’idiotie sont loin d’être rares chez ceux qui survivent. Les voyageurs les plus dignes de foi ont constaté la fréquence de l’apoplexie, et ils n’hésitent pas, en présence de la profonde déchéance intellectuelle et des instincts de férocité de quelques-unes des tribus du Pérou, des Andes, de l’Amérique du Nord et de la Polynésie, d’attribuer ces phénomènes à la méthode irrationnelle de comprimer
les têtes des enfants au point de leur imprimer les formes les plus bizarres (1).
Est-il possible d’admettre que la déformation artificielle du crâne constitue une forme de tête dont le type se transmet par héritage et devient ainsi le caractère distinctif de certaines races? C’est là une question réservée et dont je n’ai pas encore réuni tous les éléments. Tout ce que je puis dire, c’est que ces méthodes irrationnelles ne contribuent pas peu à la production de certaines affections cérébrales, et doivent rentrer dans l’ordre des causes qui produisent des dégénérescences dans l’espèce.
Oreilles déformées — Quelques remarques sur la déformation des oreilles termineront ce que j’ai à dire pour le moment sur le sujet que je traite.
Les déformations des oreilles se rencontrent très fréquemment. Je ne veux pas induire de là que ce phénomène soit un indice de dégénérescence, mais il est rare qu’il ne se rattache pas à l’existence de l’état névropathique des ascendants.
Constatons d’abord que l’oreille subit deux sortes de déformations : 4° la déformation pathologique par suite de l’œdème de l’oreille chez les paralysés généraux (planche Y, n° 1 ) ; 2° la déformation congénitale dont il y a plusieurs specimens, depuis l’insymétrie de ces organes, leur vicieuse implantation jusqu’à l’atrophie , et dans quelques cas l’effacement complet des différentes parties désignées sous les noms de : hélix , anli-helix, tragus et anti-lragus.
Quant à ce qui constitue la forme, il en en est qui , par leur grandeur ou leur petitesse exagérée, sont en disproportion avec les autres parties de la face et impriment à la physionomie un type disgracieux.
Il est des oreilles qui, par la diminution des lobules, sont presque arrondies; il en est d’autres qui, par le développement exagéré de cette dernière partie, ont une forme rectangulaire. Quelques-unes affectent la forme d’un triangle. Dans quelques cas, l’oreille se trouve éloignée de la tête et présente la forme d’uue conque comme chez certains animaux.
Les déformations les plus ordinaires consistent dans l’aplatissement de l’oreille qui est amincie comme une feuille de papier. Le rebord
(t ) C’est là ce qui a été constaté par M. Foville, et je ne puis que confirmer ses remarques. Le département de la Seine-Inférieure n’est pas le seul où de mauvaises habitudes hygiéniques amènent la déformation de la tête. L’ancien médecin de l’asile des Deux-Sèvres, M. le D>' Lunieri a fait sur ce sujet un travail des plus intéressants. Sur dix hommes qui lui ont offert la déformation caractéristique (déformation annulaire), ilatrouvé: un idiot, deux imbécilles, deux épileptiques et cinq déments. Dans ce département, comme du reste dans celui de la Seine-Inférieure, les femmes présentent plus souvent que les hommes la déformation du crâne. M. Lunier l’a rencontrée trente-huit fois chez quatre-vingts femmes !
de l’helix disparaît plus ou moins. Chez quelques-uns, le pavillon est excessivement mince, aplati, transparent.
Enfin, la difformité la plus extraordinaire, mais la plus rare, est la disparition complète de l’oreille qui n’est plus représentée que par un lobule rudimentaire. J’ai rencontré un cas très curieux de ce genre chez un pensionnaire de l’asile d’Earlswood, en Angleterre, destiné à l’éducation des idiots et des crétins.