‹ De la formation du type dans les variétés dégénérées, ou, Nouveaux éléments d'anthropologie morbide pour faire suite à la théorie des dégénérescences dans l'espèce humaineChapitre 4 sur 13 · COROLLAIRES PRATIQUES · texte numérisé non relu

COROLLAIRES PRATIQUES

Les termes d’ imbécillité, d'idiotie, (T idiotisme sont encore ceux qui sont généralement employés pour désigner ces êtres malheureux, condamnés par le fait même de leur naissance à une infériorité absolue, incapables, en tout état <\e cause, de se suffire à eux-mêmes et de remplir une fonction utile à l’humanité. On a trouvé là, j’en conviens, un élément facile de classi tication, mais ces termes ne nous apprennent rien, ni sur l’origine des êtres dégénérés, ni sur la formation du type dans les variétés maladives auxquelles ces êtres appartiennent ; tout au plus servent-ils à désigner le degré de la déchéance intellectuelle que l’on remarque chez eux.

Il est temps cependant, on en conviendra sans peine, de renoncer à des classifications aussi stériles, et de fonder la science de l 'anthropologie morbide sur des bases plus certaines. Depuis la publication de mon Traité des dégénérescences , mes efforts n’ont pas cessé d’être dirigés vers ce but; et, dans mes communications aux Congrès de la Sorbonne, j’ai appelé, comme je le fais aujourd’hui, l’attention des médecins et des naturalistes sur ce point important.

En vain m’objectera-l-on que, « quelles que soient les différences dans les causes, que l’homme naisse idiot ou qu’il le devienne à la suite de convulsions, ou qu’il le soit parce qu’il a puisé dans le milieu où il vit les éléments de sa dégénérescence, il n’y a rien de mieux caractérisé, de plus facile à reconnaître, à décrire ou à classer que l’imbécille et l’idiot (1). »

Une pareille manière de voir n’ouvre à la science aucun horizon nouveau. Elle l’immobilise dans une classification qui, ainsi que je l’ai dit, ne nousapprend rien, ni sur l’origine des individus désignés sous le nom d’imbécilles et d'idiots, ni sur le caractère typique des diverses variétés dégénérées dans l’espèce.

L’histoire de ces caractères dans leur rapport avec les causes qui les produisent, en d’autres termes, l’étude de la formation du type dans les variétés dégénérées est cependant chose importante, à une époque où l’on se préoccupe avec juste raison des conséquences funestes de l’hérédfté dans les affections nerveuses, et où des institutions se fondent pour l’éducation des imbécilles et des idiots ( 2).

(1) Trélat, De la folie lucide étudiée au point de vue de la famille et de la société, Introduc., p. xiv.

(2) Je viens de visiter le magnifique établissement d’Earlswood, près de Londres, où plus de cinq cents enfants appartenant aux diverses variétés des dégénérés dans l’espèce humaine reçoivent, sous la direction d’un médecin instruit et de maîtres émérites et dévoués, une éducation destinée à réformer, dans les limites du possible, les tristes conséquences de l’hérédité morbide.

L’hvgièr.e et la prophylaxie, le perfectionnement de la race humaine, la pédagogie dans ce qu’elle a de plus difficile, je veux parler de son application aux individus frappés de déchéance intellectuelle et physique, la médecine légale qui a si souvent à s’occuper d’anomalies monstrueuses dans l’ordre moral , sont également intéressés <à ces études.

Comment empêcher la propagation des dégénérescences, si l’on ne connaît pas les lois de leur formation ? Quelle méthode pédagogique emploiera-t-on si l’on ignore quelles sont les variétés capables de quelque perfectionnement et quelles sont celles qui sont vouées à la déchéance la plus absolue? (1)

D’ailleurs, les signes auxquels on peut reconnaître si un individu est entaché d’hérédité morbide ne se traduisent pas toujours à l’extérieur par des signes de dégradation physique facilement appréciables aux yeux de tous. Il est des caractères de l’ordre intellectuel et moral qui révèlent les conditions morbides apparues en naissant, et l’on doit prévoir les dangers de certaines transmissions héréditaires rien qu’à examiner la nature des idées, des tendances, des habitudes, des penchants et des instincts de beaucoup d’individus.

J’ai désigné sous le nom d 'aliénés héréditaires une certaine classe de malades chez lesquels tout était à prendre en sérieuse considération, depuis les plus simples excentricités de caractère jusqu’à ces impulsions irrésistibles qui en font des êtres instinctivement méchants et pervers. L’existence de ces sortes d’aliénés serait vraiment incompréhensible si l’on ne se faisait pas une idée exacte de la manière dont les affections nerveuses, en se transmettant des ascendants aux descendants, se transforment souvent chez ces derniers au point d’imprimer à leurs actes le caractère de la fatalité. Combien donc n’importe-t-il pasau médecin de pouvoir éclairer les familles sur les conséquences d’un mariage consacré dans de pareilles conditions! Et lorsqu’il est

(I) La connaissance des causes qui amènent tel ou tel arrêt de développement est chose si importante à connaître, que cette cause étant connue, il est facile d’établir un pronostic. Il est, par exemple, des enfants parfaitement constitués au moment de leur naissance et dont l’intelligence ne laissait rien à désirer, qui à une époque déterminée sont pris de convulsions, éprouvent des accès répétés d’épilepsie, sont atteints d’une fièvre typhoïde grave ou de telle autre maladie. Il peut arriver que, sous l’influence de ces affections diverses, les enfants restent frappés d’idiotisme. Ce n’est pas là une dégénérescence proprement dite, c’est un accident qui a arrêté l’évolution du système nerveux. Et cependant, ces enfants sont moins éducables que les dégénérés proprement dits, dont plusieurs offrent un développement singulier de quelques facultés partielles. J’en ai vu à Earlswood qui possédaient une mémoire extraordinaire, d’autres qui avaient des aptitudes pour la musique ou pour apprendre une profession mécanique. Les faits de ce genre ont été cités par Fodéré à propos des crétins.

Trois sœurs aliénées. Raison des dissemblances de Tordre intellectuel, physique et moral.

appelé à titre d’expert devant les tribunaux, n’est-il pas nécessaire qu’il ait par devers lui un critérium à l’aide duquel il puisse faire la part du crime volontaire et celle des actes malfaisants dus à une perversité native?

Chez ces individus que j’ai désignés sous le nom d’aliénés héréditaires, les signes de dégradation physique ne sont donc pas, ainsi que je le disais, toujours bien apparents. Ces malades n’ont pas encore franchi la limite où l’héridité morbide se traduit par des caractères d’une signification absolue. En d’autres termes, les états maladifs de leurs ascendants ne se sont pas encore assez accumulés et résumés dans leur personne pour que l’on puisse les classer parmi les dégénérés proprement dits. Mais si, chez ces derniers, le type maladif est plus accentué, au point de vue des caractères physiques, on a pareillement un puissant élément de diagnostic dans les différences qui existent entre. leurs idées, leurs penchants, leurs habitudes, leurs instincts, et selon qu’ils appartiennent à telle variété maladive ou à telle autre.

L’étal de crétinisation ou d’alcoolisme des parents, les influences exercées sur leur santé par la constitution géologique du sol, parla mauvaise alimentation, par les industries nuisibles, etc., impriment à leurs descendants des caractères typiques spéciaux, tant au point de vue physique qu’au point de vue moral. J’en pourrais dire autant des mariages consanguins et d’une foule d’autres causes.

Telles sont les considérations qui m’ont engagé à étudier d'une manière plus spéciale les lois de la formation du type dans les variétés dégénérées , espérant ainsi faire avancer la science de l’anthropologie morbide.

Les éludes de ce genre ne peuvent se passer de descriptions iconographiques. Je publie, en conséquence, une série de types nouveaux, et mes recherches ultérieures sur ce sujet seront corroborées par le même procédé.

Explication des Planches.

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