REVUE ARCHÉOLOGIQUE
quatre-vingts ans après l’édit de Milan, les partisans de l’ancien culte étaient encore nombreux et influents. On les trouvait dans les postes les plus élevés de l’administration.
Je n’en veux citer d’autres exemples 1 que deux constitutions de Théodose le Grand de 391 , édictant des peines contre les apostats et abolissant le culte des dieux proscrits : elles sont adressées, l’une à Albin, préfet de la ville, l’autre à Flavien, préfet du prétoire, sous le consulat de Symmaque, tous les trois païens de distinction 2. Beaucoup de gouverneurs de province était vraisemblablement dans le même cas. On conçoit, dès lors, que ces fonctionnaires devaient apporter peu de zèle à l’éxécution des ordonnances impériales. Quant à ceux qui, étant chrétiens, se trouvaient plus disposés à obéir, ils se heurtaient aux résistances de la foule qui, malgré tout, restait en beaucoup d'endroits fort attachée au culte de ses pères. Les historiens ont gardé le souvenir de scènes sanglantes qui accompagnèrent fréquemment le renversement des statues, la fermeture ou la démolition des temples. De là les ordres réitérés destinés à stimuler le zèle des uns, les demi-mesures pour ménager les susceptibilités des autres.
Nous devons convenir que certaines de ces susceptibilités étaient fort légitimes et s’appuyaient sur de louables sentiments. Il est évident qu’on ne pouvait tout faire disparaître : c’eût été abolir l’histoire même de Rome où les empereurs eux-mêmes étaient considérés comme participant de la nature divine et recevaient un culte. C’eût été aussi condamner à la destruction de précieuses œuvres d’art.
Aussi les constitutions impériales faisaient-elles des distinctions qui, parfois, dans la pratique, devaient être embarrassantes, mais qui, en principe, se ramenaient à ces deux points essentiels : détruire ce qui a un caractère purement religieux ; conserver le reste comme œuvre d’art ou comme souvenir historique, mais en le dégageant de tout ce qui rappelait l’ancien culte. C’est ainsi
1. Cf. sur ce point l’ Histoire des Romains de M. Duruy, tome VII passim et principalement p. 64-74, 462-474, 493-495 (édit, in-4 illustrée).