‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effets (volume 2)Chapitre 16 sur 156 · ART. 1. — ACTION DE LA FOUDRE SUR LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

ART. 1. — ACTION DE LA FOUDRE SUR LA RESPIRATION

1 1. — Dyspnée. — La difficulté de respirer, portée quelquefois jusqu'à la suffocation, est un des effets ordinaires et presque constants de la fulguration chez l'homme; ses causes sont nombreuses : c'est d'abord la vapeur épaisse, âcre et souvent sulfureuse qui remplit les endroits clos où la foudre a pénétré, et dont nous avons rapporté un grand nombre d'exemples. Nous verrons plus tard si, dans quelques cas, la mort ne peut pas être attribuée à cette vapeur. Notons aussi la paralysie incomplète et partielle des muscles respirateurs, leur contraction continue et en quelque sorte tétanique ; leurs mouvements irréguliers et saccadés, les douleurs vives et parfois excessives dont la poitrine est quelquefois le siège et dont nous ne citerons qu'un seul exemple, entre plusieurs que renferme notre collection.

Un soldat, dont parle M. Ristelhueber, fut frappé de la foudre et atteint aux extrémités inférieures ; il avait la face paie et décomposée ; le pouls fréquent et inégal ; il éprouvait des douleurs déchirantes dans la poitrine; sa respiration était haletante et très-pénible ; son corps était couvert d'une sueur abondante.

Bientôt nous signalerons comme affection consécutive au foudroiement, la laryngo-broncliite aiguë, la congestion, l'hémorrhagie et l'inflammation des poumons; et si nous ajoutons à tant de causes de suffocation, l'influence que la iulguration exerce sur le centre cérébro-spinal, nous ne

[pourrons plus nous étonner de la variété que présente la (dyspnée des foudroyés.

N'ayons égard pour le moment qu'à la duspnée primitive, cqui survient au moment même du foudroiement ou lorsque le ssujet, tombé sans connaissance et mort en apparence, rc- > vient à la vie.

Alors nous voyons que la respiration est petite, languisssante, lente, stertoreuse, haletante, accompagnée d'oppresssion, d'une sensation douloureuse de forte compression ou ide violent serrement; irrégulière, saccadée, convulsive et ide temps en temps suspendue.

La dyspnée est parfois excessive.

Un homme de 40 ans, près de qui la foudre tomba, fut rrenversé sans connaissance; bientôt il revint à lui, mais il [pouvait à peine respirer ; la suffocation devenait de plus en [plus grave et semblait devoir amener prochainement la mort du mijet, lorsque une saignée et un vésicatoire sur la poitrine lie soulagèrent promptement et le rétablirent bientôt entièreiment. (Brisbane.)

La dyspnée, dont nous venons d'indiquer les formes si varriées, ne s'observe pas seulement sur les personnes directerment atteintes par la foudre, mais aussi chez celles qui se ssont trouvées très-voisines du lieu qu'elle venait de frapper. JAu fait précédent nous enjoindrons un autre.

Rulmus rapporte qu'étant assis sous un auvent dans la ccour d'une auberge, la foudre fendit un arbre près de lui : àà l'instant il éprouva une oppression si forte qu'il ne pouvait [pas respirer et qu'il craignit une suffocation subite. Ce ne fut cqu'après un temps assez long qu'il put reprendre sa libre res- [piration. Il avait remarqué qu'au moment de la chute de la ffoudre, il venait d'expirer l'air de ses poumons, et qu'il ééprouvait le plus impérieux besoin de les remplir de nouweau, sans pouvoir y parvenir (1).

I IL — Laryngo-bronchite. — Le 4 juillet 1838, (dit Diener, la foudre tomba dans une maison à Heerliberg

(1) Bresl. Samml. (1720).

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et y atteignit deux femmes. L'une, âgée de 4G ans, fut gravement brûlée sur diverses parties du corps et particulièrement sur la face et le cou. Une heure après l'accident, elle éprouva une douleur vive et ardente dans la gorge en avalant les liquides (potion oléo-mucilagineuse). Le 2"= et le 3"^ jour, la douleur persiste au cou, s'accompagne d'une sécheresse intolérable des organes de la déglutition : l'usage du petit-lait tiède apporte quelque adoucissement. La douleur, au 4'^ jour, se propage au larynx et aux bronches, une toux sèche et violente l'aggrave encore. Au 8« jour, la toux commence à se modérer; les crachats sont abondanls, épais; au 10'^ jour, diminution des symptômes (soufre doré d'antimoine). Guérison un peu plus tard. Nous reviendrons sur des accidents nerveux observés dans ce cas. Ne serait-on point en droit de soupçonner que la foudre avait aussi brûlé la gorge et le pharynx, et se serait ensuite propagée jusqu'aux bronches?

L'autre femme, âgée de 38 ans, assise a coté de la précédente, perdit connaissance, sans présenter de trace de lésion. La menstruation, survenue depuis deux jours, s'arrêta brusquement, et une bronchite survint. L'emploi des saignées locales et générales, des antiphlogistiques à l'intérieur modérèrent cette phlegmasie dont la marche fut d'ailleurs régulière. Le septième jour, il survint une abondante transpiration, la menstruation reparut et la guérison fut bientôt complète.

Il faut remarquer que la chambre où se trouvaient ces deux personnes était close, et fut instantanément remplie d'une vapeur sulfureuse qui est peut-être la cause de l'inflammation des voies respiratoires.

Lorsque, plus tard, nous étudierons les lésions internes trouvées sur le cadavre des foudroyés, nous signalerons phisieurs cas de forte congestion et même à'ajwplexie des poumons. Nous ne pouvons dès lors nous étonner qu'on ail parfois observé sur le vivant des hémorrhagies des voies respiratoires, des phénomènes de congestion et peut-être même d'inllammation pulmonaire.

I Hémorrhagies des conduits aériens. —

lUno très-forte décluirgo électrique, faite à travers la poitrine, l'est souvent suivie de crachement de sang (1).

Peu de temps après le foudroiement, un individu, cité par fParkinson, se plaignit d'une vive douleur à la poitrine, dou- 1 leur qui fut aggravée par une toux fréquente, pendant laquelle lie malade rendit une quantité considérahle de sang.

Au rapport de Feltstrom, une femme, qui se trouvait dans lune cuisine où la foudre pénétra, fut renversée sans connaisssance; peu de temps après elle revint à elle et se plaignit [alors de douleurs à la poitrine, et pendant deux jours elle [Cracha du sawj à plusieurs reprises.

C'est sans doute à du sang qu'il faut attribuer la colorattion noire des crachats rendus par le malade dont nous allons [parler.

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 17G7, rapporte le D"" Rijgaud, la foudre tomba sur une souche de cheminée, d'une imaison située rue Plumet ; les chambres furent remplies id'une odeur suffocante et qui prenait à la gorge ; l'un des lhabitants, atteint à la hanche par l'étincelle, après être resté [plus d'une demi-heure privé de sentiment, éprouva une idifficiilté extrême de respirer et rendit des crachats noirs. La (dyspnée persista pendant 48 heures, et, phénomène singullier, à l'approche d'un petit orage, qui eut lieu quelques jours i après, le malade éprouva les mêmes symptômes. Est-ce à la ipeur ou à l'influence électrique qu'il convient d'attribuer (cette récidive ?

I IV. — Broncho-pneumonie.— Les symptômes offerts ipar les deux sujets dont nous allons tracer l'histoire se rapiprochent de ceux que présentent les malades atteints de I broncho-pneumonie : il est à regretter que l'auscultation et lia percussion n'aient point ici éclairé le diagnostic.

Deux jours après avoir été atteint par la foudre, un malade, i cité parSprengel, fut pris d'une toux fréquente, accompagnée I de crachats mucoso-sanguinolents, d'oppression, de douleurs lancinantes dans la poitrine, de céphalalgie.

(1) Marat. Mém., p, 68. ■

Les accidents disparurent promptement sous l'influence d'une saignée du pied, qui fournit peu de sang, de ventouses scarifiées sur la poitrine et d'un lavement purgatif.

Au rapport de Minonzio, dans la nuit du 21 au 22 février, un marin, à bord de la Médée, fui grièvement brûlé par la foudre sur le tronc et sur les membres. Il éprouva le lendemain matin de vives souffrances; le pouls était alors faible et serré (saignée). Vers le soir survinrent les symptômes d'une réaction générale et d'un engorgement pulmonaire considérable (pas d'indications de symptômes).

Le 2e et le 3'^ jour, respiration difficile avec quelques accès de toux; face empourprée; peau sèche et brûlante; soif intense; difficulté extrême d'uriner. Les douleurs dues aux brûlures étaient excessives. (Deux saignées, boisson nitrée, potion calmante, lotions froides, puis cataplasmes sur les brûlures.) Le i"^ jour, respiration plus libre, diminution dans la difficulté d'uriner. (Nouvelle saignée, boisson nitrée.) Le 5" jour, respiration presque normale, sueurs abondantes, plus tard, guérison complète.

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