‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 117 sur 198 · INFLUENCE DE LA CONSTITUTION PHYSIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA CONSTITUTION PHYSIQUE

Troostwyk et Krayenhoff (1) ont vu un jeune homme qui n'était nullement affecté de la décharge d'une bouteille de Leyde de 32 pouces de surface et même d'une bouteille de 86 pouces. Mais s'étant ensuite servis d'une bouteille de 240 pouces de surface, ils remarquèrent que ce jeune homme était autant affecté par cette violente secousse que des personnes ordinaires auraient pu l'être par la décharge d'une bouteille de 32 pouces.

A. -M. Vassalli (2) reconnaît qu'il est des individus insensibles à l'action du fluide électrique même condensé. Deux de ses élèves ne sentaient pas les étincelles foudroyantes du tableau de Franklin.

Sigaud de la Fond (3) a également rencontré une personne insensible au choc électriijue. Gomme le hasard voulut que cette personne fut eunuque, le bruit se répandit que les eunuques étaient insensibles à l'électricité; ce que l'observation ultérieure ne confirme pas, car Sigaud de la Fond constata plus tard que trois chanteurs castrats subissaient très fortement cette influence.

Aldini (4) rapporte qu'un élève de l'école vétérinaire d'Alfort, âgé de 23 ans, dont les mains étaient moins calleuses que celles de ses camarades, était presque insensible à la commotion et au courant galvaniques de cin(| piles, tandis que ses camarades les trouvaient poignantes et insupportables.

Le docteur Clos cite, dans une lettre adressée à de Lamétherie (5), une dame de Sorèze, de robuste conslitulion, qui était entièrement insensible aux effets du fluide électrique. Dans les expériences que l'on faisait au cabinet de physique, elle se soumettait sans peine aux plus fortes commotions et les communiquait à d'antres personnes sans les éprouver. A cette époque, elle avait une sœur qui était à peu près dans le même cas; on ignorait si les autres [iarents présentaient la

(1) De V application de Vélectricitè à la physique et à la médecine.

(2) Mm. de i'Acad. des se. de Turin, t. XI, p. 73.

(3) Troostwyk, p. 198.

(4) Essai théor. et expérim. sur le galvanisme, t. II, p. 245.

(5) Journ. de Phys., t, LIV, p. 3i6.

même singularité. Quelques années après cette dame devint valétudinaire et parfois atteinte d'affections nerveuses; elle fut alors sensible à l'électricité, de manière cependant à n'en ressentir que très-peu les effets.

Nous ajoutons enfin que certains nègres, dit-on, touchent les torpilles sans en éprouver la moindre commotion, et que, suivant de Humboldt, toutes les grenouilles ne peuvent servir aux expériences; il en est chez lesquelles la contractilité ne peut se développer sous l'influence galvanique; elles sont comme des corps isolants.

3° L'état de maladie parait exercer, dans le cas qui nous occupe, une certaine influence. Ainsi, parmi les personnes dont parle Miisschenbroek et qu'il ne pouvait électriser, se trouvait un jeune homme paralytique. — Benj. Martin (1) cite une personne attaquée de la petite vérole qui ne put être électrisée, quelque peine qu'on se donnât pour y réussir. — Reste seulement à savoir si ces deux personnes ne possédaient pas la même propriété dans l'état de santé.

Gritanner aurait constaté la faculté isolante chez des personnes atteintes de rhumatisme, et de Humboldt dit avoir inutilement essayé de percevoir l'étincelle dans un fort accès de fièvre catarrhale. Par contre, la personne citée par le docteur Clos, insensible à l'étincelle électrique dans l'état de santé, en fut affectée lorsqu'elle devint valétudinaire et névropathique.

4° Les très-jeunes enfants seraient-ils peu ou point sensibles à l'action de la machine électrique? — « La dame d'un » physicien de mes amis, dit M. Jobard (2), tenait sur ses r> bras un enfant de six mois, pendant que son mari faisait » jouer sa machine électrique ; l'enfant posa sa main sur le » conducteur, la femme reçut le choc et s'éloigna. Mais l'en- » faut voulut recommencer; on obéit, et il reçut, coup sur » coup et sans broncher, des centaines d'étincelles. Il sem- » blait prendre plaisir à voir ses petits doigts tout en feu, » mais n'éprouvait aucune secousse, tandis que la mère les » ressentait toutes. — Deux enfants du môme âge ont offert

(1) E sa li sur l'électricité, p. 78.

(2) Cosmos, t. I, p. 3'i6.

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