‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 29 sur 198 · ART. 1^''. — CARACTÈRES · texte numérisé non relu

ART. 1^''. — CARACTÈRES

Nombre. — Certains orages sont remarquables par la multiplicité des globes de feu auxquels ils donnent naissance.

A. — Tantôt ces globes de feu se meuvent dans l'atmosphère sans atteindre le sol. Ainsi: pendant une violente tempête, U. John Staveley observa de nombreux phénomènes

(1) Reimar., A'ewerfiem., p. 50.

(2) Schwed. AbhandL, t. XXXII, p. 115 (1770).

(3) Mém. de l'Acad. des se. de Turin, 1791, XI, p. 60 (1800). — On en trouvera d'autres exemples dans : Biblioth. univ. se. et arts, l'oXVII, p. 247. Peltier,

i Traité des Trombes^ p. 121. Et dans le chapitre que nous réservons aux effets

I de la foudre sur les navires.

lumineux de formes diverses, des boules de feu, des traînées lumineuses, de larges surfaces phosphorescentes, d'autres parsemées d'une iniinité de points lumineux et présentant l'aspect de la voie lactée (1).

Nous en avons cité un autre exemple (2).

Des globes de feu nombreux et de volumes divers furent également remarqués dans les nuées lors d'un violent orage à i'Ilc-dc-France en 1770.

B. — Tantôt, pendant qu'un ou plusieurs gloi)es ignés tombent de l'atmosphère et foudroient la terre, on en voit d'autres voltiger à une certaine hauteur dans l'air, ou près du sol, ou même autour de l'homme :

Ainsi, au moment ou un globe de feu frappait le clocher deSolingen, on vit, dans les vallées voisines, des boules de feu tlotter dans l'air (Egen).

C. — Parfois aussi, pendant un même orage, on voit deux ou un plus grand nombre de boules de feu dans les habitations de l'homme ou dans leur voisinage. Ainsi :

Un globe de feu pénétra dans l'atelier d'un serrurier mécanicien à Ille; un autre tomba dans la rue, et des sillons de feu parcoururent le quartier ou circulèrent dans les maisons voisines.

Plusieurs boules de feu apparurent dans la sacristie de Torring-Seefeld.

Enfin, tandis qu'un globe de feu éclatait sous le portail de l'église de Sampforu-Courtney, (juatre boules ignées pénétraient dans l'intérieur de l'église.

D. — Cette multiplicité de globes de feu a été aussi plusieurs fois observée à bord de navires isolés ou marchant avec d'autres.

Le Competitor fut ainsi IVappé deux fois en un quart d'heure par la foudre globulaire.

Trois globes ignés tombèrent successivement sur le Warren- Hastings.

Pendant un même orage, la Coronation et le Royal-James | furent atteints par la foudre en globe à Portsmouth.

(l) Nicholson J., t. XXIV, p. 161 (1809). (2j \oir Foudre entre deux nuatjea, p. 124.

FOUDRE EN GLOBK 149

Quatre boules de feu frappèrent un convoi protégé par r Infatigable qui lui-même en fut atteint.

Forme. — Le métrore que nous décrivons a le plus ordinairement des contours nets, définis et brusquement délimités. Parfois, cependant, il semble entouré d'une atmosphère lumineuse dont on ne peut marquer la limite précise (BuUi). — Il n'est pas toujours exactement ^/o&///afre, parfois il Q^iovoide : peut-être a-til pris la forme d'un disque. — Il a été comparé à un gros priquet de linge blanc. Sa forme, son volume et son mouvement h la surface du sol l'ont fait aussi comparer à un rat enflamme, à un jeune chat pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur ses pattes. — Le globe foudroyant est quelquefois muni d'une flamme rouge comparable à la mèche d'une bombe. — Il n'est pas très-rare qu'il laisse derrière lui une traînée de vire lumière; alors il ressemble à un projectile à fusée tiré à une école de nuit. — Cette traînée est quelquefois seulement vaporeuse. — Elle peut persister longtemps; ainsi un globe de feu incendiaire observé dans l'arrondissement de Ghàlon-sur-Saône, et de la grosseur de la tête d'un homme, glissa comme une étoile filante, laissant derrière lui une longue trace, de feu qui persista pendant plus de deux] heures. — Le globe foudroyant change quelquefois de forme en traversant l'atmosphère. Ainsi un gloi3e ardent, en s'approchant de la terre, prit une forme allongée; un autre, en s'élevant dans l'air, prit la forme d'un têtard . D'autres fois, c'est en passant d'une partie d'un bâtiment dans un autre, qu'un globe de feu revêtit la forme d'une barre enflammée. — Un autre s'allongea un peu avant de passer par un trou pratiqué dans la cheminée et destiné à recevoir un tuyau de poêle.

Volume. ~ Sur quarante-cinq observations qui mentionnent la grosseur apparente de la foudre en globe, soit en mesures exactes, soit à l'aide de quelque comparaison, nous voyons que le diamètre du météore a été de H centim. (4 pouces), 16 cent (6 pouces), 30 cent, (il pouces), 33 cent. (1 pied), 50 cent. (1 pied 1/2), 66 cent. (2 pieds), 82 cent. (2 pieds 1/2) et de 1 m. 16 cent. (3 pieds 1/2).

D'autres fois le volume apparent du météore a été corn-

l.oO DES FORMES DE LA FOUDRE

paré à celui d'une forte bille d'enfant ; d'une pièce de six pence; d'un œuf de poule ; du poing (six cas) ; d'un petit obus ; des deux poings ; de la tête d'un enfant ; de la tête d'un homme (trois cas) ; du double de la tête d'un homme ; d'un ballon à jouer {cricket -bail). On l'a encore comparé à celui d'un boulet de canon du plus fort calibre ; d'une bombe (deux cas) ; de la lune (deux cas) ; de la lune à l'horizon (trois cas) ; du disque solaire. Enfin la masse ignée et foudroyante aurait été du volume d'un enfant nouveau-né ; d'un baril ordinaire ; d'un tonneau (deux cas) et même d'une grande meule de moulin.

Mouvement propre. — Les globes foudroyants présentent parfois un mouvement propre; ils s'agitent violemment; ils tournent sur eux-mêmes, tantôt avec beaucoup de rapidité, tantôt assez lentement pour qu'on ait pu, dit-on, apprécier le nombre de leurs révolutions. L'un d'eux, arrivé sur le sol, tourna deux ou trois fois sur son axe avant de disparaître. — Ces globes tournent sur eux-mêmes, soit en roulant sur le sol, soit en traversant l'air horizontalement ou verticalement.

Jet de flamm.es et cV étincelles. — Quelquefois le globe foudroyant, sans éclater, lance de tous côtés des flammes et des étincelles qui peuvent être de diverses couleurs : un globe de feu blanc projetait des flammes jaunes et rouges en s'abattant sur un bouquet de pins. — Ce phénomène a lieu nonseulement lorsque le météore se meut dans l'atmosphère libre, mais aussi lorsqu'il circule sur le sol, dans les maisons ou à bord des navires. La boule de feu qui frappa le Competitor disparut dans l'eau après avoir semé sur le pont une foule d'étincelles.

Division. — Nous voyons le globe foudroyant, une fois arrivé sur le sol ou près du sol, s'y diviser souvent en plusieurs boules secondaires. Cette division peut aussi s'opérer à une certaine hauteur dans l'atmosphère. M. de Carville, par exemple, dit que, dans la matinée du 20 décembre 1845, pendant une averse de grêle, on vit un globe de feu se bifurquer dans la verticale du paratonnerre placé au centre du château de Boisyvon, près de Vire.

FOUDRE KN GLOBE 151

Des boules de feu, d'abord isolées, se seraient-elles, au contraire, réunies dans l'air avant de frapper en une seule masse les corps terrestres ? C'est peut-être ce phénomène que Deslandes veut indiquer (1) lorsqu'il rapporte que, pendant l'épouvantable orage qui éclata, en 1718, sur la Basse-Bretagne, on vit trois globes de feu, de trois pieds et demi de diamètre chacun , se réunir pour aller frapper l'église de Gouesnon. Peut-être aussi a-t-il voulu dire que ces trois globes ont convergé vers un même point, mais sans se réunir ni se combiner.

Sifflement. — Bruit de torrent. — La foudre globulaire, en traversant l'atmosphère, est quelquefois accompagnée d'un sifflement aigu. Un globe de feu, de quatre pouces de diamètre, s'éleva vers les nuages avec un sifflement analogue à celui des fusées d'artificier. — M. Wasse entendit le sifflement qu'un globe igné, gros comme la lune, produisit en passant au-dessus de son jardin. — Lorsqu'un météore de la grosseur d'un tonneau sillonnait l'air avant de frapper la tour de Ghemnitz, on entendit un sifflement aigu bientôt suivi d'une explosion semblable à celle du tonnerre le plus violent. — Un autre globe igné, observé à bord du Dart, fut accompagné d'une sorte de sifflement analogue à celui d'une fusée à la Gongrève, mais de plus courte durée. — Enfm, le météore observé dans l'église d'OEsterwahla se mouvait en faisant entendre un bruit de torrent.

Odeur ; vapeur ; fumée. — La foudre en globe répand dans l'atmosphère, près du sol et surtout dans les maisons, une odeur le plus ordinairement sulfureuse. Ge phénomène a été également signalé à bord des navires. L'odeur sulfureuse fut très-forte dans les chambres et dans les cabines du Warren- Hasti7igs, du Squirrel et du Montagne. — L'odeur a été quelquefois celle du soufre et de l'ail, celle du soufre et des minéraux en fusion. — Suivant M. Peltier, l'odeur sulfureuse ou nitreuse qui accompagne la foudre globulaire est beaucoup plus intense que celle de la foudre linéaire.

Souvent aussi la boule fulminante répand ou fait naître

(i) Hist. de l'Acad. des sciences, p. 21 (1719),

daiiî> les lieux qii'eile parcourt une vapeur ou une fumée ordinairement sulfureuse, parfois tellement épaisse qu'elle semble menacer l'homme de suffocation. Et, au moment où une boule de feu descendait dans une noue de plomb, le toit fut entouré d'une vapeur si semblable à de la fumée qu'on crut le grenier en feu.

A Argenteuil, le 8 juin 1859, la tbudre, après avoir frappé le petit clocher au-dessus du chœur, tombait dans l'église sous la forme d'une boule de feu ou d'une colonne : elle éclata après avoir touché le pavé, lança des étincelles dans toute l'église, et laissa après elle une vapeur épaisse d'odeur sulfureuse (1).

Direction. — La ligne que suit la foudre en globe dans l'atmosphère est très-variée : elle peut être droite, courbe ou ondulée. La trace d'un premier éclair en boule observé par Schûbler se dirigeait en ligne droite et celle du second allait en zigzag. — Parfois la trajectoire du météore rappelle celle d'un boulet de canon rougi. — Le globe de feu de Beuzeville, décrivit une courbe allongée, régulière, sans zigzag. — Une fois sur le sol ou dans un appartement, la boule fulminante se meut dans des sens très-variés. L'une d'elles décrivit une courbe circulaire ; une autre suivit une ligne brisée en zigzag le long d'un mur.

La foudre en globe est quelquefois remontante, c'est-à-dire qu'après être descendue elle remonte sans avoir touché le sol ; car si elle le frappe pour remonter ensuite, nous lui donnons plus particulièrement le nom de rebondissante.

La foudre en globe remontante a été observée dans les régions élevées de l'atmosphère, comme M. d'Abbadie en a constaté un cas en Ethiopie ; ou près du sol : un globe de feu, par exemple, descendit jusqu'à 12 mètres de distance d'une mare, puis remonta et fut perdu de vue à 50 mètres de hauteur.

D'autres fois, sans qu'on ait pu reconnaître la première direction suivie par le globe fulminant, on l'a vu parcourir horizontalement un certain trajet, puis s'élever presque per-

(1) Abbé Moigno, Cosmoa, t. XIV, p. 672 (1839).

FOUDUK EN GLORE 153

pendicu lai rement dans Tair. — Citons, en particulier, le globe de feu qui, après avoir suivi, dans une rue de Milan, une ligne peu éloignée de terre, alla bientôt, dans sa course ascendante, frapper le sommet d'un clocher. — Le globe de feu qui atteignit le Montagne roula quelques instants horizontalement sur la mer, puis s'éleva presque perpendiculairement.

Un des phénomènes les plus curieux de la foudre en globe, c'est de la voir, après avoir frappé le sol ou quelque objet à sa surface, rebondir comme une balle élastique, parfois même à plusieurs reprises, et cheminer ainsi par ricochets.

Le 10 mars 1750, pendant un violent orage, un globe de feu tomba à Horn sur la terre, et rejaillit ou rebondit jusque sur le dôme de !a tour qu'il embrasa par son explosion (Muschenbroek).

Un globe de feu tomba de l'atmosphère sur deux hommes ; puis, reprenant sa première direction, il s'éleva lentement dans les airs et alla disparaître derrière une grange.

Dans les cas suivants, le météore fulminant a rebondi plusieurs fois : un globe de feu' tombe sur le sol, rejaiUit pour retomber à 3 mètres plus loin ; il saute encore pour atteindre le sommet d'un mur de clôture qu'il suit dans une longueur d'environ 30 mètres , et de là il s'élance sur le pavé (Peltier).

Deux boules de feu circulent dans une chapelle à Madrid; l'une d'elles se subdivise en plusieurs autres qui, avant de se dissiper, bondissent à plusieurs reprises comme des balles élastiques.

Une boule de feu, de la grosseur d'une forte bille d'enfani, suit une noue de plomb en scintillant (Hubert).

Une autre, du volume du poing, pénètre dans une cuisine par la cheminée et parcourt en sautillant cette cuisine, une antichambre et une cour (Palmstrom).

Passage à travers des orifices. — Le globe fulminant, malgré son volume, passe quelquefois par des orifices fort étroits.

Un globe de feu, qui était entré dans la chambre d'un ouvrier tailleur par le bas de la cheminée, après s'être pro- ^mené quelques moments un peu au-dessus des briques du

pavé, s'éleva verticalement; et, à la hauteur d'un mètre, s'allongea un peu, se dirigea vers un trou percé dans la cheminée et fermé par du papier qu'il décolla sans l'endommager, puis remonta dans la cheminée.

La foudre qui tomba sur le clocher de Stralsund passa par un trou rond et étroit qui était en haut de la voûte d'une église, et apparut sous la forme d'une boule de feu, forme qu'elle avait très-probablement auparavant.

Le cas suivant est remarquable par cette circonstance, que la masse ignée, après avoir passé par un espace beaucoup plus étroit que son diamètre, est ressortie en reprenant sa forme première. Un météore igné d'un mètre de diamètre se divisa en deux portions qui jjénétrèrent dans un four à tuiles par les intervalles, de 15 centimètres chacun, qui se trouvaient au bas des portes des deux bouches ; il ressortit bientôt par les mêmes orifices, ayant la même apparence et tout au moins le même volume qu'en y entrant. Le même phénomène se répéta quelques minutes après (de la Pylaie). (Voir p. 143.) Nous en avons déjà signalé d'autres exemples.

Mouvement de translation. - — Le globe fulminant row/e sur le plancher des appartements, sur le pavé des rues, sur un pré, sur un sentier, sur la terre sèche et sablonneuse, sur le pont des navires; enfin on aurait vu un globe de feu, du volume d'une grande meule de moulin, rouler sur la surface de la mer et venir éclater tout près d'un navire.

Souvent la foudre globulaire, arrivée sur le sol, roule en contact avec lui; quelquefois cependant elle parcourt un trajet horizontal ou légèrement oblique à quelque distance de sa surface. Ainsi :

Un globe lumineux se promena lentement à peu de distance au-dessus des briques du pavé d'une chambre. — Un autre se mouvait horizontalement dans l'air, à 4 mètres à peine de terre; une servante courba instinctivement la tête et le corps, craignant d'être atteinte. — Un autre, enfin, marchait presque horizontalement au milieu d'une rue, au niveau des fenêlres du second étage.

La foudre en globe pénètre dans les habitations de l'homme par les portes, par les fenêtres ou par la cheminée, quelque-

fois en perforant le toit ou un mur. — Dans certains cas, sans qu'on sache comment elle est arrivée, on la voit tout a coup apparaître à la porte d'une chambre, d'un salon.— Une circonstance à noter, c'est que parfois le globe fulminant se dirige, en roulant sur le sol, vers l'habitation de l'homme et y pénètre. Ainsi :

Une boule de feu, après avoir roulé le long de la colline de Malvom, entra dans un bâtiment où plusieurs personnes étaient réunies. — Une autre roula sur le sol et tlt invasion dans une cabane. — Une troisième, après avoir ainsi roulé sur le sol, pénétra dans une serre où plusieurs personnes se trouvaient. — Une quatrième, enfin, descend par la cheminée, roule sur le plancher, traverse une cuisine, une antichambre dont la porte venait d'être ouverte, sort dans la cour, la traverse et entre dans une grange en face, puis elle monte le long du mur et éclate au niveau du toit (Palmstrom).

Une fois dans Thabitation de l'homme, elle y cin^ule parfois dans plusieurs pièces, dans les corridors, pour s'éteindre, pour éclater ou pour sortir par la cheminée, par une fenêtre ou par une porte.

En rase campagne, la foudre en globe, après un trajet plus ou moins long sur le sol , va quelquefois se perdre dans un ruisseau, dans une mare d'eau ou dans un abreuvoir.

Quant au corps des navires, elle y pénètre parfois par les sabords, comme on l'a observé sur le Dictator et sur la Coronation. — Elle en sort par diverses voies ; nous signalerons en particulier ce qui arriva au Chichester : la boule de feu qui atteignit l'un de ses mâts pénétra dans le navire et en sortit par les boulons de cuivre, en déchirant le doublage au-dessous de la ligne d'eau.

Vitesse. — Le plus ordinairement la foudre en globe se meut lentement; c'est là un de ses plus remarquables caractères. En voici quelques exemples :

Une boule de feu descendit lentement sur un arbre. — Une autre traversa lentement une cuisine. — Les mouvements du globe de feu dans la chambre d'un ouvrier tailleur furent lents et non saccadés; le météore circula pendant plusieurs secondes autour des pieds de cet ouvrier. — Une boule de

iSft DKS FORMES DE LA FOUDRE

feu courait dans une chambre avec la vitesse d'une souris. — Le globe de feu de Beuzeville marchait avec une mtesse modérée que l'œil suivait très-bien. — Plusieurs personnes accompagnaient un globe de feu, dans une des rues de Milan, en marchant d'un pas que les soldats nomment le pas forcé. Ce globe fut suivi des yeux pendant trois ou quatre minutes avant de disparaître sur la croix du clocher.

La durée du phénomène, quoique beaucoup moindre dans les deux cas suivants, a cependant été remarquable : celle du globe foudroyant delà cilé Odiot fut de plus d'une minute. — Un globe de feu mit plus d'une minute pour se perdre dans un abreuvoir, après avoir roulé sur le sol.

Souvent les éclairs en boule sont restés visibles pendant 8, 10 secondes; parfois ils ont paru muiAemeni poussés par le vent ou être entraînés par un courant d'air (1).

Le globe foudroyant éprouve parfois quelques instants d'arrêt, soit dans sa course atmosphérique, soit dans son traje! sur le soi. Ainsi :

Un globe de feu oscilla pendant assez longtemps au-dessus de Steeple-Ashton, avant de tomber perpendiculairement sur un bâtiirent. — Un autre resta quelque temps aussi suspendu, puis se précipita sur le sommet d'une grange de la commune de Maffels. — Le ballon de feu de la cité Odiot (2) resta un instant comme suspendu à 15 ou 20 pieds au-dessus d'un arbre. — Une boule de feu, qui roulait sur le sol, après un moment d'hésitation, prit une autre direction que celle qu'elle suivait primitivement. — Une autre enfin s'arrêta immobile, j)ar terre au seuil de la porte d'un salon, et assez longtemps pour être vue de toute une réunion, puis elle s'avança jusqu'au milieu de ce salon.

Disparition. — Sur vingt-sept cas, le globe foudroyant a éclaté dix-sept fois. Dans les dix autres cas, il a disparu sans éclater.

1"^ // disparaît sans éclater. — Tantôt, après un trajet plus ou moins long sur le sol ou dans des bâtiments, il s'élève

(1) On peut lire avec fruit une remarquable relation adressée à M. Pouillet et consignée dans les Comptes rendus, t. XXXV, p. 400 (1852).

(2) Comptes rendus, t. XXXV, p. 192 et 194.

dans l'air et s'évanouit sans bruit, ainsi que le vicaire d'OEsterwahîa l'a constaté. — Tantôt, arrivé sur un terrain découvert, il tourne, s'agite sur lui-même et s'éteint ensuite en exhalant une odeur sulfureuse. On l'a vu s'éteindre aussi de cette manière sur le plancher d'une chambre, sur le sol d'une serre, sur le troltoir d'une rue. — D'autres fuis, à mesure que son contact avec le sol se prolonge, sa masse s'amoindrit; bichtôt il trace un sdlon serpentant et se réduit à une lanière mince et lumineuse qui disparaît elle-même. — Ou bien encore c'est au moment où il touche un objet métallique qu'il disparaît sans éclater. L'un de ces globes, par exemple, après une marche ascendante dans une rue, alla frapper la croix d'un clocher et s'éleignii subitement. — Un autre alla se poser comme un oiseau sur un ni télégraphique et s'évanouit à l'instant. — Enhn la foudre globulaire, après avoir circulé sur le sol, se précipite et disparait dans une pièce d'eau, dans une rivière, dans un abreuvoir.

Lorsque le globe fulminant s'éteint en contact avec le sol, tantôt il ne laisse aucune trace, tantôt, au contraire, il abandonne une sorte de résidu. Le fait suivant est, sous ce rapport, d'u|i très-vif intérêt : La foudre pénétra dans la maison d'un garde forestier, près de Minbourg; un de ses rayons atteignit une carabine chargée et appuyée sur le mur d'une chambre. Le sol sur lequel reposait la crosse de i'arme était recouvert d'une couche de terre glaise et l'on vit le rayon y brûler pendant quatre à cinq minutes, sous la forme d'une masse du volume d'un petit œuf de poule et d'un rouge foncé. La substance qui fut trouvée à l'endroit où le phénomène avait eu lieu fournit du salpêtre à l'analyse.

l'^Le globe éclate. — Très-souvent (dix-sept fois sur vingtsept) le globe foudroyant éclate et se divise en un plus ou moins grand nombre de parties variables dans leur forme, leur volume et leur direction.

Parfois ii éclate à une certaine hauteur dans l'atmosphère : un globe de feu, par exemple, avant d'atteindre le clocher d'Epperin, s'était déjà brisé en plusieurs fragments. — Mais le plus ordinairement, c'est au moment où il frappe un édifice, une maison, ou bien après avoir circulé dans une

chambre ou sur le sol nu que le météore éclate et lance des feux divers. Alors :

Tantôt le globe foudroyant se divise en plusieurs boules de feu. L'un d'eux se partagea ainsi sur le toit du bâtiment de l'Université de Breslau. — Le globe igné de Sainte-Anned'Auray projeta, en éclatant, de nombreuses petites boules enflammées.— Une des deux boulesde feu qui entrèrent dans la chapelle royale à Madrid se subdivisa en plusieurs autres qui se dissipèrent bientôt. — Parfois les boules secondaires éclatent à leur tour. Ainsi le globe de feu qui fit invasion dans l'église de Stralsundy lança comme plusieurs grenades qui éclatèrent avec bruit. — Un autre, s'étant avancé jusqu'au milieu d'un salon, s'y divisa en plusieurs petites masses qui, ellesmêmes, firent explosion comme les étoiles d'une fusée.

Tantôt les globes foudroyants lancent de tous côtés des traits de feu, des serpenteaux qui se meuvent quelquefois en zigzag. Le globe igné qui éclata sur Strasbourg, en 18i25, lança avec fracas plusieurs éclairs en zigzag. — Les boules qui éclatèrent à OEsterwahla furent comparées aux bombes de nos feux d'artifice remplies de serpenteaux. — Le globe qui éclata au milieu d'une rue de Morges lança plusieurs traits de feu dont un pénétra dans une boutique en trouant un carreau. — - Lorsque le ballon lumineux de Beaujon éclata, il sortit de cette sorte de machine infernale une douzaine de rayons de foudre en zigzag qui allèrent de tous côtés frapper les objets environnants ; l'un d'eux troua un mur comme l'aurait fait un boulet de canon. — Enfin les traits de feu que des globes ignés volcaniques projetaient dans tous les sens se mouvaient tous en zigzag.

On a vu un des éclats du météore brûler avec une flamme blanche, vive et brillante et tourner comme un soleil de feu d'artifice.

D'autres fois le globe de feu, en s'entr'ouvrant, livre passage à des flammes qui se divisent elles-mêmes en plusieurs autres. Un globe lumineux de 2 pieds de diamètre, observé sur une des montagnes du Cantal, s'ouvrit et laissa couler une flamme vive dont quelques parties allèrent en bas et d'autres en divers sens; en s'étendant, elles devinrent plus

claires et disparurent aussitôt. — Une autre boule de feu se divisa sur le parquet d'une chambre en un grand nombre de pelites flammes qui se dirigèrent dans une cuisine et y mirent le feu à du bois.

Enfin le globe foudroyant, en éclatant, laisse une foule û'étincelles semblables à celles qui jaillissent d'un fer rouge sur l'enclume. Ce fut comme une pluie de feu qu'on remarqua au Quesnoy; et un globe ardent, au moment où il toucha le sol, rejaillit en gouttelettes comme un métal en fusion et s'éteignit sur-le-champ.

Bruit cVexplosion. — Le bruit que fait le globe foudroyant au moment où il éclate est très-variable dans son timbre et dans son intensité. — Quelquefois (six fois sur vingt et un cas), et lors même que le météore éclate très-près de l'observateur et même dans une chambre ou dans tout autre lieu bien fermé, le bruit n'est pas très-intense; il est semblable, par exemple, au bruit d'un pétard, d'un pistolet, d'un mousquet; cà celui d'une livre de poudre jetée sur le feu à l'air libre. — Mais le plus ordinairement (quinze fois sur vingt et un cas), et quoique le météore éclate à l'air libre, à ciel découvert, le bruit qu'il produit est beaucoup plus intense et même souvent d'une énorme violence. Pour nous servir des expressions de ceux qui l'ont entendu, ce bruit était semblable à celui d'un canon entendu de près (cinq fois), d'un gros mortier également entendu de près; de vingt canons et même de cent canons tirant à la fois. — Il était comparable au plus fort éclat du tonnerre, sans redoublement (quatre fois). Et, dans trois autres cas, le fracas était épouvantable, horrible, ou tel qu'on n'avait jamais rien entendu de pareil.

Le bruit n'est pas toujours proportionné au volume du globe foudroyant ; ainsi la boule de feu qui apparut à Steeple- Ashton , près de Pitcairn , avait seulement 2 centimètres de diamètre et cependant elle éclata comme un canon. Toutefois, en général, les petites boules de feu ne font entendre qu'un bruit de pétard ou de pistolet, tandis que le bruit des globes foudroyants de très-gros volume est le plus ordinairement d'une effrayante intensité ; rappelons que le météore, semblable à une meule de moulin, qui éclata près du navire

le Montagne, fit un bruit comparable à celui de cent canons tirant à la fois et que la détonation du ballon de feu de Beaujon fut si forte qu'elle renversa trois hommes dans la rue et jeta une vive alarme dans tout le quartier.

Ces énormes détonations sont presque toujours remarquables par leur brièveté et l'absence de redoublement : celle qui fit trembler le Montagne ne dura peut-être qu'une demi-seconde.

Sur vingt et un cas où le globe fulminant a éclaté avec un bruil intense, dix-sept fois le phénomène a eu lieu à l'air libre, savoir : neuf fois à une pelite hauteur dans l'atmosphère (très-près d'une tour, d'une cheminée, à mi-chemin du somme! d'un édifice et du sol); quatre fois sur la terre nue ou sur le pavé; quatre fois sur le pont ou près du pont d'un navire. — Dans les quatre autres cas, la boule de feu a éclaté avec bruit dans une chambre, dans une église, dans une sacristie.

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