ART. 2. — EFFETS GENERAUX
[^ Sur le soi — La foudre en globe agit parfois sur le sol, coinme la foudre vulgaire, pour le sillonner, le creuser et le vitrifier. — Le globe de feu de Hautefeuiîle lançait autour de lui la terre du sillon qu'il creusait dans le sol en brûlant l'herbe sur tout son parcours. — Le globe de feu observé près de l'hôpital Saint-Louis creusa sur le sol formé de remblais nouveaux un enfoncement de 18 centimètres de diamètre; puis il rejaillît pour tomber à 3 mètres plus loin, où il fit une nouvelle excavation de 9 centimètres de diamètre. — Au fond d'un entonnoir creusé dans le sol, au-dessus d'un bouquet de sapin frappé par la foudre globulaire, on trouva un culot de verre noir.
2° Sur les édifices et sur les maisons. — La foudre en globe produit, sur les édifices et sur les maisons, les effets de la foudre vulgaire ou linéaire, et parfois ils sont d'une violence énorme. Par exemple :
A Glocester, une tourelle fut emportée. — Les murailles et le toit de l'église de Gouesnon sautèrent comme par l'effet
d'une mine. — Le clocher de l'église de Buckland fut renversé en partie, et plusieurs pierres qui pesaient plus de 700 livres furent lancées au loin. — Enfin toute la partie supérieure du fronton de l'une des portes de la cathédrale de Bordeaux fut enlevée et jetée sur la voûte transversale,
3° A bord des navires. — Nous en dirons autant des effets de la foudre globulaire à bord des navires ; ils sont quelquefois d'une grande intensité. Ainsi :
Le grand mât du Squirrel fut creusé jusqu'au tiers de son épaisseur. — Le grand màt de perroquet du Rodney fut fracassé. — Le grand mât de perroquet et le grand mât de hune du Dîike furent brisés, et son grand mât fut fendu jusqu'à 44 pieds au-dessus du pont. — Le grand mât de hune du Montagne fut brisé en plus de cent pièces, et le grand mât fut fendu dans toute sa hauteur. — Entin le Moïse, frappé comme les précédents par un globe de feu, tomba en trois minutes. — Nous ajouterons que l'un des mâts du Warren-Hastings fut embrasé ; que l'aimantation des boussoles du Chichester fut détruite, et que les montres des passagers s'arrêtèrent. Ces navires avaient tous été atteints par la foudre en globe.
Perforations et brûlures. — La foudre en globe troue, perfore souvent les objets qu'elle frappe. — Un mur fut troué, comme par un boulet de canon, par un des éclats du ballon de feu de la cité Beaujon. — Un globe de feu perça le mur d'une grange à Effels, ety tua deux juments et une vache. — Le parquet d'une salie à manger, une tuile, une vitre, furent également perforés par des éclats du météore. — Quant aux métaux, nous rappellerons que le globe ardent qui pénétra et se subdivisa dans une maison à OEsterwahla, fit un ou plusieurs trous à de nombreux ustensiles de cuisine. — Enfin la foudre en globe perça d'un petit trou le corsage d'une jeune fille. — Un autre ayant éclaté à Everdon, au milieu d'un groupe de moissonneurs, on trouva, à la surface du corps des blessés et des tués, un grand nombre de brûlures lenticulaires ou punctiformes.
La foudre en globe ne brûle pas toujours les corps qu'elle ; touche; plusieurs fois elle a frappé des maisons, des édifices \ et des navires sans laisser la moindre trace de feu. Ainsi :
Sestier. I. — 11
m DES FORMES DE LA FOUDRE
L'énorme globe de feu qui ravagea la tour de Chemnitz, le globe igné qui pénétra à travers un mur dans une écurie et y tua deux juments et une vache, celui qui tomba sur une maison de la commune de Montigny-le-Roi, celui qui décortiqua un arbre comme l'aurait fait un instrument tranchant, ne mirent le feu nulle part et ne laissèrent même aucune trace d'ignition.
Notons aussi que parfois la foudre globulaire touche l'homme sans le brûler, sans même lui faire éprouver la moindre sensation de chaleur : deux jeunes filles furent touchées, l'une sur le dos, l'autre aux jambes; deux hommes furent simultanément atteints par une boule lumineuse , et ces quatre personnes, tout en recevant une commotion plus ou moins vive, n'éprouvèrent cependant aucune sensation de chaleur. — Il en fut de même de deux jeunes gens autour des pieds desquels circula une boule électrique.
Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi ; souvent, la foudre en globe brûle les vêtements et la surface du corps de l'homme et met le feu à des maisons, à des édifices ou à des navires.
Le globe de feu qui, entier, n'a mis le feu nulle part et n'a pas même causé de sensation de chaleur aux personnes qu'il touche, lance cependant en éclatant des flammes et des serpenteaux incendiaires. Nous avons cité un exemple de ces faits (1) :
Effets sur Vhomme. — Les effets de la foudre en globe sur l'homme sont très-variés; tantôt nuls ou presque nuls, tantôt de la plus haute gravité.
1° Quelquefois la foudre en globe passe entre des personnes, circule autour d'elles sans les blesser, sans même leur faire éprouver de vives sensations. On a pu observer ce phénomène dans la rue, dans l'intérieur des maisons et des édifices et sur les navires.
Parfois la foudre en globe, sans éclater et sans toucher l'homme, lui a fait éprouver des sensations plus ou moins pénibles, mais sans conséquence sérieuse.
(1) Foudre en globe, maisons, clMumières, obs. 8.
2*^ Quelquefois la foudre en globe touche l'homme, sans éclater, et ne produit sur lui que de légers effets, même quand le contact s'est répété un certain nombre de fois.
Dans quelques cas, il y a eu de légères blessures : c'est ce qui arriva à Pitcairn.
3° On a vu la foudre en globe éclater au milieu de plusieurs personnes, les renverser sans donner lieu à de notables accidents.
4° Mais ce n'est pas toujours que les effets de la foudre en globe sont aussi innocents, souvent il arrive que la foudre en globe frappe de mort ceux qu'elle atteint. Des brûlures, suivies de sphacèles, ont ainsi amené la mort d'un campagnard. Nous avons cité le coup qui frappa de mort le physicien Richman, l'événement de Ghâteau-Neuf-les-Moutiers. Nous ajouterons qu'à Feltri, soixante-seize personnes furent tuées ou blessées par la chute de la foudre en globe.
Les lésions pi'oduites sur l'homme par la foudre en globe nous ont paru tout à fait analogues à celles causées par la foudre vulgaire.
Action des paratonnerres sur la foudre en globe. — Plusieurs auteurs ont avancé ou bien ont soupçonné que la foudre en globe ne subissait pas les mêmes influences que la foudre linéaire ou vulgaire ; que, par exemple, elle se soustrayait en quelque sorte à l'action des pointes élevées, à celle des paratonnerres, à celle des lignes métalliques qui entrent dans la construction des bâtiments et en général à celle des métaux, en sorte que les paratonnerres restaient presque sans action contre cette forme redoutable de la foudre.
Les paratonnerres les mieux établis se montrent souvent inefficaces contre la foudre en globe, dit M. Boudin.
Ces globes de feu expliquent, dit M. Arago, comment dans quelques circonstances, très-rares il est vrai, de bons paratonnerres ont été inefficaces.
M. Babinet signale l'indifférence apparente de la foudre en globe pour les conducteurs métalliques, que la foudre ordinaire suit avec tant defidéUté.
Voyons si l'examen des faits est réellement favorable à cette théorie.
Maintes fois la foudre en globe, agissant identiquement comme la foudre linéaire, a frappé les objets fortement saillants à la surface du sol, tels que les sommets des maisons, les cheminées et les clochers. Ainsi les clochers de Buch, de Buckland, de Grailsheim, des Grands-Augustins à Paris, de la Madeleine à Strasbourg, la croix d'un clocher à Milan, le sommet de la tour de Ghemnitz ont été frappés par une foudre en globe.
Et même le clocher de Soîingen, non armé de paratonnerre, fut atteint par une foudre globulaire, pendant trois années consécutives (1816-1818).
Souvent aussi la foudre en globe a frappé les mâts des navires à leur sommet ou sur leur longueur. Ge phénomène a été remarqué à bord de V Armada, du Ghichestei\ du Competitor, du Biike, du Mo'ise. Le grand mât du Sqiiirrel fut atteint par le globe de feu aux deux tiers de sa hauteur à partir du pont. Le Warren-Hasîings ayant été frappé à trois reprises pendant le même orage, chaque fois la foudre en globe atteignit ses mâts. — • Parfois, il est vrai, les mâts et leurs ferrures n'ont pas paru avoir d'influence sur la foudre globulaire; ainsi une boule de feu passa obliquement entre le mât de misaine et le grand mât du Vangiiard et elle alla près du faux-pont; mais nous verrons la foudre linéaire agir quelquefois de la même manière.
Notons aussi que la foudre en globe suit assez docilement les agrès^ les cordes mouillées : une boule de feu descendait le long des agrès du grand mât du Competitor et disparut dans l'eau à tribord. Une autre suivit des cordes mouillées à bord du Cambrian.
De cet ensemble des faits, nous croyons pouvoir conclure, contrairement à l'opinion assez généralement admise, que le plus ordinairement la foudre globulaire, lorsqu'elle a traversé l'atmosphère, frappe les paratonnerres, suit leurs conducteurs, ainsi que les gouttières et les conduites métalliques des maisons, comme la foudre vulgaire ou linéaire, et qu'ainsi les paratonnerres et les armatures métalliques naturelles des bâtiments sont, dans ce cas, d'un très-grand secours, même contre la foudre en globe.
FOUDRK EN GLOBE i65
Nous devons toutefois reconnaître qu'il est plusieurs circonstances où malheureusement les paratonnerres perdent beaucoup de leur efficacité contre la foudre en globe. C'est : 1° lorsque le globe foudroyant éclate au-dessus et près d'un paratonnerre ; alors, parmi ses parcelles il en est qui frappent ailleurs que sur le paratonnerre ; 2*^ lorsque après sa chute sur le sol le globe électrique se dirige en roulant vers une habitation, qu'il éclate dans son voisinage ou pénètre dans son intérieur.
Et ce que nous disons des paratonnerres proprement dits est également vrai des armatures naturelles des bâtiments. En voici un exemple frappant : une cabane au Grand-Malverne était recouverte d'un toit en tôle de fer qui semblait devoir la protéger contre la foudre ; mais un globe électrique étant tombé à quelque distance de là, roula sur le sol dans la direction de cette cabane, y pénétra, et y tua deux personnes.
ARÏ. 3. — MÉTÉOROLOGIE.
Rapport entre la foudre en globe et les orages.
— Une chose assez curieuse et qui est consignée dans plusieurs ouvrages, c'est que les éclairs globulaires apparaissent fréquemment au milieu des orages volcaniques; mais ils ne se montrent pas exclusivement dans les orages de cette espèce et, de plus, il arrive que des foudres globulaires se mêlent aux éclairs linéaires ordinaires (Babinet). — Parfois aussi des coups de foudre ordinaire se compliquent de la présence de foudres globulaires.
Rapport entre l'apparition du globe, l'éclair, le tonnerre et le foudroiement. — Lorsque, pendant un orage, la foudre en globe tombe sur la terre, on observe, dans un certain nombre de cas, un éclair diffus et instantané, puis la houle de feu elle-même. On entend le tonnerre proprement dit dans la nuée et le bruit que fait le globe foudroyant en éclatant. Or, nous avons à faire quelques remarques sur la succession de ces phénomènes.
Parfois l'éclair diffus brille instantanément ; il est presque
immédiatement suivi d'un éclgt de tonnerre, puis l'on voit un globe de feu s'échapper du nuage orageux. Cette succession a été ainsi indiquée dans une relation de M. Hapouèle. — M. Meunier se trouvait dans une rue de Paris (la rue de Montholon) lorsqu'un éclair ordinaire fut presque immédiatement suivi d'un coup de tonnerre ; alors apparut une boule énorme et lumineuse qui éclata au milieu de la rue. — Selon Daquin, un éclair diffus et un coup de tonnerre se suivirent presque subitement et un globe de feu vint frapper une tour.
Plusieurs fois aussi on a entendu un coup de tonnerre sans qu'il soit fait mention de l'éclair instantané, qui sans doute a eu lieu ou qui peut-être a manqué réellement, et l'on a vu une boule de feu apparaître dans une des pièces de la maison 011 l'on se trouvait. Ainsi :
Un ouvrier serrurier-mécanicien entend un violent coup de tonnerre et voit un globe de feu pénétrer dans son atelier. — Un ouvrier tailleur entend aussi un grand éclat de tonnerre et, bientôt après, un globe lumineux, gros comme la tête d'un enfant, sort doucement de la cheminée, se promène dans la chambre et remonte par la même cheminée; alors a lieu une explosion épouvantable qui détruit en partie le faîte de cette cheminée. — Les révérends Wainhouse et Pitcairn, alors dans une chambre, furent subitement interrompus dans leur conversation par un coup de tonnerre, et au même moment, ils virent entre eux un globe étincelant. — M. Steinheim cite un cas semblable. — Ce fut encore après avoir entendu deux violents coups de tonnerre que plusieurs personnes virent un globe de feu entrer dans la cuisine où elles étaient assises.
D'autres fois, au contraire, le bruit du tonnerre dans la nue suit de près la chute du globe foudroyant sur la terre : dans un cas, par exemple, un éclair diffus et instantané brilla, puis un énorme météore igné apparut près d'un four à tuiles et ce ne fut qu'après son entrée dans ledit four qu'on entendit l'explosion du tonnerre dans les nuages. — Un nuage noir et épais était au-dessus de Rossnau : on vit briller un éclair, puis il sortit de ce nuage un globe de feu qui se dirigea rapi-
FOUDBE EN GLOBE 167
dément sur une maison; enfin on entendit un coup de tonnerre.
Ainsi le bruit du tonnerre dans la nue tantôt précède, tantôt suit l'apparition du globe de foudre ; cette différence peut s'expliquer surtout par la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ce globe se meut dans l'atmosphère, en sorte qu'il peut marcher plus lentement ou plus rapidement que l'onde sonore.
On dit qu'on n'a plus rien à redouter d'une décharge foudroyante dont on a \u l'éclair diffus et à plus forte raison dont on a entendu le bruit. Gela est vrai s'il s'agit de la foudre linéaire et instantanée; mais cela ne l'est plus de la foudre en globe. Après avoir vu un éclair et même après avoir entendu le bruit du tonnerre qui lui correspond, on court encore le risque, très-rare, il est vrai, d'être atteint par le globe foudroyant qui peut accompagner cette même décharge.
Saisons. — Sur cent treize cas de foudre en globe, observés pour la plupart en Angleterre, en France, en Allemagne et quelques-uns seulement en Belgique, en Suède, en Suisse, dans le nord de l'Italie et en Espagne, nous avons trouvé la répartition suivante :
Décembre 61
Janvier 7 | 20 pour l'hiver.
Février 7 )
Mars , 9 1
Avril 4 [ 23 pour le printemps.
Mai 10 )
Juin 13 \
Juillet 21 > 52 pour l'été.
Août 18 )
Septembre 9 \
Octobre 6 ? 18 pour l'automne.
Novembre 3 )
~TÏ3
Ainsi la foudre en globe a été au moins deux fois plus fréquente en été, c'est-à-dire dans la saison des orages, que dans chacune des autres saisons et surtout qu'en hiver et en automne. Notons cependant la fréquence relative encore assez grande en hiver. Nous signalerons bientôt les différences qui
existent, sous ce rapport, entre la foudre en globe, les globes de feu et les météorolithes.
Quant à son point de départ, le plus ordinairement la foudre en globe est descendante ; il n'est pas rare cependant qu'elle soit ascendante. En effet nous avons cité plusieurs cas où l'on a vu des globes de feu s'élever du sol dans l'atmosphère; et, s'il faut en croire quelques relations dont nous laissons la responsabilité à leurs auteurs, on aurait surpris, en quelque sorte, la foudre globulaire ascendante au moment de sa naissance ; on l'aurait vue, par exemple, se former à une trèspetite distance du sol, à la surface du pavé, sortir du plancher d'une église, d'une excavation remphe d'eau croupissante ou d'eau pluviale, d'un terrain humecté par de l'eau de fumier ; ou bien, au contraire, d'un brasier et même d'un tison à demi-consumé. — Nous avons compris à dessein, dans cet exposé, non pas seulement les météores en forme de globes, mais encore ceux sous forme de flammes ou de masses ignées sans contours bien réguliers.
Éclairs en plusieurs branches dont quelquesunes sont terminées en boule. — Il arrive que les ramifications de certains éclairs se terminent par des boules de feu.
Le professeur Miincke rapporte qu'un éclair descendant verticalement, qui paraissait avoir une soixantaine de mètres de longueur, se transforma sous ses yeux en un grand nombre de petites boules (Arago).
P. Glare rapporte le fait suivant (1) : « Vers 9 heures, les nuages étaient très-épais , on a observé de fréquents éclairs en nappe ; parfois ils ont pris l'aspect des racines d'un arbre souvent terminées par des boules de feu, à l'extrémité de tous ou de quelques-uns seulement des rameaux.» — A plusieurs reprises, on a vu un torrent de lumière ; puis on a vu apparaître subitement un globe d'une dimension considérable qui s'est mis dans la direction des torrents de lumière, avec une si faible vitesse qu'on a pu aisément observer sa
(1) Assoc. 6ra.,2« session (1850),
marche, et ce phénomène s'est répété plusieurs fois dans le voisinage du même point.
Foudre globulaire des éruptions volcaniques.
— Des globes Imnineux se montrent plus fréquemment encore au milieu des orages volcaniques que pendant les orages ordinaires. Durant les éruptions du Vésuve de 1775 à 1794, Hamilton et d'autres observateurs en virent à plusieurs reprises de très-considérables qui, après s'être élancés de répais nuage de cendres , éclataient en l'air comme les bombes de nos feux d'artifice au milieu desquelles on a placé des serpenteaux. Les flammes que ces globes projetaient dans tous les sens, au moment de leur explosion, se mouvaient toujours en zigzag.
Foudre en globe des tremblements de terre.
— Le 13 mai 1682, il y eut à Remiremont, sur la Moselle, un vicient tremblement de terre accompagné d'un bruit semblable aiî tonnerre et d'éruptions de flammes, sortant d'une ouverture ou fente dont on voulut en vain mesurer la profondeur et qui se referma d'elle-même : les flammes qui étaient plus abondantes dans les lieux plantés n'embrasaient rien. Ce dernier phénomène, dit Bertholon, indique bien un feu électrique.
Le 7 juin 1779, dit M. Chabot, on ressentit à Bologne des secousses de tremblement de terre, et ce même jour, à six heures du soir, plusieurs personnes étant sur la Montagnola, à la porte de 'la ville, aperçurent sur la montagne di San Michaël in Bosco, une grande quantité de globes lumineux qui s'élevaient avec force de la terre dans l'air et qui, par leur nombre prodigieux, ressemblaient à une pluie de feu (1).
En 362, lorsque Julien entreprit follement de rebâtir le temple de Jérusalem, il sortit tout d'un coup des globes terribles de feu pendant des secousses de tremblement de terre (2).
(1) Bertholon, Mém. sur les causes électriques des tremblements de terre, Soc. roy. des se. de Toulouse.
(2) Ibid., p. 80.
Foudre en globe sous forme de nuage obscur roulant. — Parfois, au lieu d'un globe lumineux, brillant et régulièrement circonscrit, on voit un petit nuage blanc, gris ou noir, assez bien délimité, qui se meut ou roule lentement sur la terre ou sur le plancher, et répand une odeur sulfureuse. Ce fait intéressant est signalé dans deux observations qui nous laissent malheureusement dans l'ignorance sur le mode de naissance et de disparition du météore.
Au rapport de Scheuchzer (1), le 23 mai 1712, entre deux et trois heures après midi, la maison de M. Escher, près de Bade, fut atteinte par un globe de feu qui s'y divisa et agit sur elle comme la foudre ordinaire. Nous signalerons cependant un phénomène tout à fait exceptionnel : une personne entrait dans une des chambres de cette maison lorsqu'elle vit un petit nuage blanc d'un pied et demi environ , il fumait à son sommet et se mouvait assez lentement sur le plancher. Le témoin recula effrayé et alla chercher du secours.
De la nature de la foudre en globe. — M.deTes-
san considère la foudre en globe «comme une bouteille de » Leyde fortement chargée, dont les parois isolantes, au lieu » d'être en verre, sont formées d'une couche sphérique d'air » sec, fortement comprimé par suite de l'attraction mutuelle » des deux électricités accumulées sur les faces de cette » couche, et dont l'intérieur contient de l'air plus ou moins » raréfié, et par suite plus ou moins conducteur de l'élec- )) tricité.
» En effet, une bouteille de Leyde ainsi constituée présen- » terait l'aspect d'une sphère lumineuse par suite delà com- » binaison lente des deux électricités qui s'effectuerait à » travers la couche d'air comprimé, qui ne peut être par- » faitement isolante. Elle n'exercerait à distance que de » faibles actions attractives et répulsives sur les corps exté- » rieurs, puisque l'électricité y serait, pour la plus grande )) partie, dissimulée. Elle pourrait être, ou moins pesante ou » plus pesante que l'air déplacé, suivant la plus ou moins
(i) Eph. ac. N. c. d'Anv., IV cent., 1-2, obs. 185 (1712).
FOUDRE KN GLOBE 171
ï grande raréfaction de Tair intérieur, suivant la compression » moins grande ou plus grande de la couche isolante, et » enfin suivant l'élévation de sa température. Elle peut donc » avoir une densité telle, qu'elle obéisse à la moindre impul- » sion de l'air ambiant. Mise, par simple contact extérieur, » en communication électrique avec la terre, elle persisterait » dans son état primitif, puisqu'elle ne perdrait par ce con- » tact que la faible quantité d'électricité qui pourrait se » trouver libre à cet instant sur sa face extérieure. Mais si » un corps conducteur, même isolé, pénétrait la couche iso- » lante de manière à mettre en communication directe la face » extérieure de cette couche avec sa face intérieure, alors les » deux masses d'électricité accumulées sur ces faces se com- 9 bineraient instantanément à travers le corps conducteur, » et l'air de la couche isolante n'étant plus comprimé par » l'action mutuelle de ces deux masses d'électricité, se dila- » terait subitement en se projetant dans le vide intérieur et » vers l'extérieur : il y aurait en un mot explosion.
» Et cette explosion serait d'autant plus forte, que la » couche isolante était auparavant plus comprimée, c'est-à- » dire que la charge électrique était plus forte, et aussi que » l'air intérieur était plus raréfié et la température plus » élevée. D'ailleurs la recomposition des deux électricités à » travers la couche isolante ayant dû produire de l'ozone, on » percevrait son odeur après l'explosion. Tous ces phéno- » mènes sont précisément ceux que l'on a observés dans le » cas de foudre en boule (1). »
Si une décharge électrique intense qui a suivi d'abord un corps bon conducteur, se trouve arrêtée tout à coup, par exemple, parce que le conducteur se replie à angle droit ou aigu, elle se condense. Les atomes qui la constituent, et qui, comme tous les atomes matériels, s'attirent en raison inverse du carré de la distance, devenus alors très-rapprochés et pressés l'un contre l'autre, peuvent céder à leurs attractions mutuelles et prendre momentanément la forme sphériqiie, qui est la forme naturelle d'équilibre, en même temps que
(1) Comiites rendus, t. XLIX {18o9).
leur vitesse de translation se ralentit. La foudre alors n'est plus animée d'une grande vitesse ; elle chemine au contraii-e lentement, et l'œil peut la suivre pendant quelques secondes. Mais, en raison de la faible masse des atomes, cet équilibre serait très-instable; associés un instant, les éléments de la foudre en boule sont tout prêts à se séparer en faisant explosion ; il suffirait pour les disjoindre et les faire éclater du contact d'un corps solide, et c'est ce qui arrive en effet dans la nature (1).
(1) Abbé Moigno, Cosmos, t. XIV, p. 674 (18o9j.