CHAPITRE VI
Sommaire, — Opinions des auteurs. — De la foudre ascendante observée directement. — Des effets de la foudre qui démontrent sa direction ascendante.
Opinions des auteurs. — Au lieu de se précipiter des nuages sur la terre, la matière fulminique s'élève parfois de terre pour constituer la foudre ascendante. Ce phénomène semble avoir été connu des anciens qui le désignaient sous le nom de fulmina inferna (Sénèque)
Cette idée n'avait plus guère cours dans la science, quand, en 1713, le marquis Scipio Maffei, ayant été témoin, au château de Fosdinovo, de l'ascension de terre d'un météore lumineux, étudia ce phénomène et publia son Trattato délia formazione de fulmmi (1) pour établir que la foudre se forme dans la terre et dans les lieux voisins de la terre. Depuis, un grand nombre de physiciens et de météorologistes ont publié des observations sur ce sujet.
Frankhn, remarquant que les nuées orageuses sont souvent électrisées négativement, croit qu'une grande partie des foudres s'élèvent de terre. De Saussure, l'abbé Richard (2), l'abbé Chappe (3), ont admis la réalité et cherché à démontrer l'existence de la foudre ascendante.
Mais d'autres observateurs tendent à faire repousser la réalité de ce phénomène. « Il arrive quelquefois, dit M. Bec- » querel, lorsqu'un corps quelconque est prêt à être frappé » de la foudre, s'il se trouve en parfaite communication avec » le sol humide, la matière électrique s'élance au-devant de » celle du nuage pour opérer sa neutralisation ; c'est ce qui a » fait croire à quelques personnes que la foudre, au lieu de
(1) Vérone (1747).
(2) Abbé Richard, ITist. de l'air, t. VIII, p. 274. (3; Bull, de la soc. philum., t. I, p. 21 (1791-1799).
» tomber de l'atmosphère sur la terre, s'élevait quelquefois » de la terre dans l'air. »
Hemmer nie l'existence de la foudre ascendante (1).
De la foudre ascendante observée directement.
— Des observateurs distingués affirment avoir vu distinctementh foudre s'élancer de terre et s'élever dans l'atmosptière. Les observations, il est vrai, ne se rapportent point à la foudre linéaire ou vulgaire, qui marche avec trop de rapidité pour qu'il soit possible de distinguer si elle monte ou si elle descend, mais elles concernent la foudre en fusée et la foudre en globe.
C'est qu'en effet la foudre se présente assez fréquemment sous la forme d'une fusée, d'un courant ou d'une barre de fer qui s'élève jassez lentement pour qu'on puisse distinguer son point de départ et son point d'arrivée : c'est presque toujours pendant la durée d'un orage que ce phénomène a lieu, et souvent alors les nuées sont noires, épaisses et basses. Tantôt elles dominent l'endroit même d'où la fusée part, tantôt elles en sont plus ou moins éloignées. Certains orages sont remarquables par la fréquence de ce phénomène. Ces fusées sont d'un feu vif et éblouissant, elles s'élèvent verticalement ou obliquement ; elles sont droites, ondulées ou en zigzag; parfois même deux fusées s'élèvent en même temps de la terre et restent parallèles même dans leurs ondulations, à quelques mètres de distance; elles se prolongent jusqu'à la nue ou disparaissent sans l'atteindre.
Elles s'élèvent avec un bruit sec; parfois elles éclatent à une certaine hauteur avec une détonation violente mais sèche, et peu ou point redoublée. Le plus ordinairement, elles montent librement dans l'atmosphère ; parfois cependant, elles suivent les corps placés à la surface du sol, et l'une d'elles, par exemple, monta le long d'un mât destiné aux observations astronomiques et éclata à son sommet en projetant quelques étincelles. Les traces qu'elle laissa sur ce mât furent semblables à celles qui caractérisent le passage
(1) Acl. acad. Theod. jmlat. j^hys., t. VI, p. 339-341.
de la foudre ordinaire ou linéaire. — Citons quelques observations à l'appui de la description que nous venons de donner du phénomène.
Le 6 août 1767, l'abbé Chappe, d'Hauteroche, Cassini le fils et de Prunelay se trouvaient vers neuf heures du soir dans une pièce de l'Observatoire de Paris, au rez-de-chaussée de la terrasse, lorsqu'ils aperçurent tous très-distinctement un coup de foudre s'élever de terre à environ une lieue de là, du côté de Ghâtillon, dominé par un orage. Cette foudre avait la forme d'une fusée; sa grosseur et sa vivacité diminuaient à mesure qu'elle s'élevait; le coup de tonnerre qui suivit ne fut pas considérable. A dix heures un quart la pluie augmentait de plus en plus ; la nuée orageuse gagnant un peu le sud, s'étendait déjà sur Paris. Les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient presque sans interruption ; les observateurs étaient toujours au même endroit, en face d'un mât situé sur la terrasse de l'Observatoire; ce mât, de 30 pieds et demi de hauteur, servait à élever de grandes lunettes pour les observations astronomiques, et sa tête portait un équigage de fer garni d'une poulie de même métal sur laquelle passe la corde destinée à cet usage; ajoutons que ce mât est isolé et éloigné du bâtiment de 22 toises, et de 32 de celui où étaient les observateurs. A dix heures et demie environ, dit l'abbé Chappe, un coup de foudre s'éleva dans la direction de ce mât, nous ^aperçûmes avec une telle évidence que nous criâmes tous : Ah ! le voilà! Le bruit se fit entendre immédiatement; j'étais convaincu que la foudre avait parcouru le mât, non-seulement parce que j'avais vu qu'elle avait suivi cette direction sous la forme d'une fusée, mais encore parce que] aperçus très-distinctement dans l'air quelques étincelles après le coup de foudre : ces étincelles ressemblaient à celles qu'on voit après qu'une fusée s'est éteinte, et il me parut évident qu'elles étaient occasionnées par les parties du bois que la foudre avait détachées et qui avaient été enflammées; le mât était hérissé de clous : plusieurs d'entre eux avaient été atteints par la foudre, car ils étaient dépouillés de leur rouille jaunâtre, et étaient les uns d'une couleur noirâtre, les autres d'une couleur bleue sem-
blable à celle du fer rouillé qu'on a mis au feu. Plusieurs portions de la partie extérieure du mât avaient été brûlées, ce qui n'a pas été remarqué à la partie inférieure.
Le 3 mai i769, l'abbé Chappe et d'Hauteroche, se trouvant près de Malino, petit hameau à environ 16 lieues de Mexico, aperçut vers le sud un gros nuage noir peu élevé au-dessus de l'horizon, le reste de l'atmosphère paraissait enflammé. Ce nuage était soutenu par trois espèces de colonnes à égale distance l'une de l'autre, dont la base touchait presque l'horizon ; tant qu'il resta dans cet état, des éclairs vifs et fréquents paraissaient aux trois endroits du nuage au-dessus de ces colonnes, et en même temps des traits de lumière électrique partaient, comme d'une aurore boréale, des points de l'horizon qui répondaient au dessous. Bientôt après le nuage s'affaissa et ce fut alors qu'on vit la foudre s'élever à tout moment de terre sous la forme de fusée et éclater vers le haut dn nuage. Je craignais d'autant moins de me faire illusion à moi-même, ajoute l'abbé Chappe, que dans cette observation toutes les personnes de ma suite, l'interprète, les soldats de l'escorte qui n'étaient prévenus d'aucun esprit de système, furent les premières à remarquer ce phénomène. Une seule fois, la foudre nous parut partir du nuage. Deux jours après, nous vîmes encore à peu près le même spectacle et nous fîmes également la remarque que la foudre s'élevait de la terre assez lentement pour qu'on pût distinguer son origine et sa direction.
Il paraît que Ton voit souvent s'élever du sol pendant un orage, dans la plaine qui s'étend entre Vérone et Mantoue, des fusées d'un feu vif et éblouissant (Séguier).
L'abbé Bertholon en a observé près de Lyon le 28 octobre 1772, et près de Toulouse le 21 août 1774.
Un grand nombre d'autres observateurs ont signalé la foudre ascendante sous la forme d'une barre en zigzag (Mourgues), de sillons ondulés (Peltier), de flammes plus ou moins larges. Divers exemples sont rapportés avec détails (1) : Corradi, Vassalli, Toaldo, Hollman (2), le gé-
(1) Voigt'ii mag , t. II, p. 22o.
(2) Comm. soc. re<j. se. Goetlingen, P 111, p. 12 (1733).
néral Marsilli, les abbés Follini, RoFredo en ont signalé un assez grand nombre.
L'abbé Richard rapporte que le 20 août 1769, vers six heures du matin, aux environs du village de Rumigny, en Picardie, le ciel nébuleux paraissait disposé à l'orage ; un jeune cultivateur et sa femme suivaient à quelque distance une voiture qu'ils avaient fait charger de grains et qui était attelée de quatre chevaux, lorsque le charretier, sans voir d'éclair, sans entendre aucun bruit de tonnerre, se sentit vivement oppressé et fut renversé par terre. Revenu de l'effroi que lui avait causé cette chute violente et dont il ne pouvait imaginer la cause, il vit ses quatre chevaux étendus à terre, morts auprès de la voiture. A cent pas de là gisaient, également frappés de mort, le jeune cultivateur et sa femme. Le père du jeune homme, à cent pas plus loin, avait été renversé comme le charretier, et ne put se trahiér qu'avec peine auprès de ses enfants. Près de la voiture se trouvait un trou encore fumant.
Les quatre chevaux, tous renversés du même côté, avaient les intestins hors du corps. La surface du corps du jeune homme et de sa femme étaient absolument jaunes, mais sans trace de blessures. Leurs traits étaient horriblement déformés (1).
Plus d'une fois, sans qu'on ait vu d'éclair, sans qu'on ait entendu le tonnerre, la foudre a frappé de mort des hommes et des animaux.
Voici une observation remarquable due à Morand.
Une femme du village de la Bonne-Vallée, près Vintimillej âgée d'environ vingt-sept ans, revenait avec quatre de ses compagnes de la forêt de Montenère, toutes chargées d'un fagot de feuilles qu'elles venaient d'y ramasser. Aussitôt qu'elles furent arrivées à un endroit qu'on nomme Gargan, celle dont nous parlons, qui se trouvait alors précédée de ' deux de ses compagnes et suivie des deux autres, poussa un I cri assez fort et tomba le visage contre terre, sans que les
I plus rapprochées d'elle eussent pu remarquer autre chose
i (1) Hist. de l'air, t. VHÎ, p. 278.
1 Sestier, 1 — 12
m DES FORMES DE LA FOUDRE
qu'un peu de poussière qui s'éleva autour d'elle et un certain mouvement de quelques petites pierres. Elles coururent à l'instant à son secours, mais elles la trouvèrent morte : ses habits et jusqu'à ses souliers étaient comme coupés ou déchirés par bandes et jetés à cinq ou six pieds autour de son corps, en sorte qu'elles furent obligées de l'envelopper d'un drap pour la ramener au village.
A l'inspection du cadavre, on trouva les yeux fermés et livides, une blessure à la partie gauche du front, qui mettait le péricrâne à découvert, et plusieurs égratignùres superficielles, qui étaient toutes en ligne droite.
La région lombaire était livide, et on y observa une blessure avec fracture du sacrum ; il y avait à quelque distance de celle-ci une autre blessure, et toutes deux étaient aussi en ligne droite et très-profondes.
On voyait à l'aine gauche une blessure qui déchirait les téguments et pénétrait jusqu'au péritoine ; les régions épigastrique et hypogastrique avaient une couleur livide qui s'étendait jusqu'à lahgne blanche; les téguments et les muscles du côté droit de l'abdomen étaient détruits et avaient donné passage aux intestins ; l'os pubis était découvert et fracturé : la perte des chairs s'étendait jusqu'à la hanche, La tête du fémur avait été chassée et mise hors de la cavité où elle est articulée ; les muscles de la fesse et de la cuisse étaient emportés en grande partie, et ce qui est bien plus singulier, c'est que, malgré cette perte de substance charnue, qui pouvait bien aller à six livres, on ne trouva dans le lieu où l'accident arriva ni une goutte de sang ni le plus petit morceau de chair.
Il y a grande apparence, ajoute Morand, que cette pauvre femme fut tuée par l'éruption d'une vapeur souterraine qui partit de l'endroit même où elle se trouvait : ce sentiment est même d'autant plus vraisemblable, que dans le sommet de la montagne de Montenère il y a deux trous desquels on voit sortir de temps en temps de la fumée, et qu'au pied de la montagne on observe une fontaine sulfureuse... Peut-être que les éruptions de cette exhalaison sont plus fréquentes ' qu'on ne se l'imagine et qu'elles n'ont été jusqu'ici ignorées
FOUDRE ASCENDANTE i?è
que parce que personne ne s'était trouvé à portée d'en
éprouver l'effet (1).
C'est bien plutôt à la foudre ascendante qu'à une sortie brusque de vapeurs invisibles, qu'il faut attribuer la mort de cette femme. Il est regrettable que Morand n'ait point consigné l'état de Fatmosphère dans son observation, il lui eût donné une plus grande valeur au point de vue qui nous occupe.
Mourgue, de la Société royale des sciences de Montpellier, a donné une relation des plus intéressantes (2). Nous l'avons enregistrée à Vmiïde végétaux ■— arbres fendus.
Au rapport de M. Régnier, médecin à Goulommiers, une jeune fille se retirait des champs au moment où un gros nuage noir s'avançait de l'ouest. Tout à coup, et sans qu'on' ait entendu de tonnerre, elle tombe; on s'approche, elle était morte. L'examen du cadavre ne fit découvrir aucune lésion ; seulement les poils de l'aisselle étaient brûlés, et son bonnet, projeté au loin, présentait un trou (3).
IL Des effets de la foudre qui démontrent sa direction ascendante. ™ La démonstration de la foudre ascendante peut être fondée, non plus comme précédemment, sur la constatation directe du phénomène à l'aide de la vue> mais sur les effets du courant électrique indiquant sa direction. Ces effets sont très-variés ; décrivons-les d'abord, puis nous rechercherons s'ils ont réellement la valeur que plusieurs physiciens et météorologistes leur ont donnée.
Les premiers effets que nous signalerons ont été remarqués sur les habitations de l'homme.
: Dans les premiers jours de 1799, la foudre parut tomber ; à Versoix, près de Genève, sur l'une des baraques en bois, ! reste d'un ancien cantonnement militaire. Un enfant et deux \ chèvres qui s'y étaient mis à l'abri de l'orage y furent tués \ roide et une partie du toit de la baraque vola en éclats au \ moment de l'explosion. Peu de jours après, de Saussure \
l (1) Morand, HisL de VAcad. des se, p. 38 (17oo). . I. (2) Jouni. dephys., t. Xill, suppl., p. 439 (1778). i (3) Comptes rendus (il août 1845),
et l'un des rédacteurs de la Bibliothèque britannique, ï^ictet, je crois, visitèrent ce lieu. De Saussure remarqua avec beaucoup de sagacité que les traces noirâtres et fuligineuses qu'on voyait sur les faces fraîchement éclatées de la pièce de bois qui formait le faîte de la baraque et qui était encore en place, indiquaient, sans qu'on pût en douter, que l'explosion avait été ascendante, car les petits sillons parallèles, qui font saillie dans les éclats de sapin, s'étaient mis réciproquement à l'abri de l'aspersion fuligineuse dans le sens de bas en haut, à peu près comme lorsque la pluie, roulant sur la pente rapide d'un toit, l'eau qui sauterait obliquement de l'extrémité inférieure d'une tuile sur le plan de la tuile suivante laisserait au-dessus du premier point qu'elle atteindrait un espace sec. Quand ensuite, sans avoir vu couler la pluie et sans connaître la direction naturelle des corps tombants on observerait les tuiles ainsi partiellement humectées, on en conclurait, sans hésiter, que l'eau a cheminé en descendant. Or, la fuliginosité étant disposée d'une manière inverse de celle-ci, dans l'observation citée, indiquait que le fluide qui l'avait produite avait dû se mouvoir dans le sens opposé, c'est-à-dire de bas en haut.
Nous remarquâmes que la baraque foudroyée occupait le lieu le plus bas de tout l'emplacement du camp et il paraissait singulier, au premier coup d'œil, d'après l'influence reconnue des saillies pour attirer l'électricité, que le fluide eût choisi de préférence un enfoncement, mais nous ne tardâmes pas à en découvrir la raison.
Ce heu le plus bas était aussi le plus humide, il était même marécageux; et l'eau étant un beaucoup meilleur conducteur que la terre sèche, si l'on considère la couche du sol dans laquelle existait la charge électrique, on comprendra que la partie humide, faisant une véritable saillie de bas en haut dans la masse terreuse, a dû décider, là même, la sortie du fluide ascendant.
Nous avons vu, disent Trootswyk et Krayenhoff, les preuves les plus évidentes d'un coup de foudre parti de terre. Il s'agit d'une maison de village foudroyée le 21 juillet 1787, à deux heures après midi. Les raisons qui nous
portent à croire que ce coup était parti de terre sont : 1° que Flierbe était soulevée au bas de la façade, 2*^ que les éclats de la façade de la fenêtre et des chambranles de la porte étaient relevés de bas en haut, et n'étaient plus attachés au reste que par la partie supérieure ; 3*^ que le trou fait dans le plafond était uni en bas et pourvu de plusieurs éclats en haut; ce qui montre assez clairement que ces éclats avaient été causés par un feu qui venait d'en bas.
Le professeur Blajochi dit avoir constaté à Milan, le 31 décembre 1831, un coup de foudre qui s'éleva de terre; le météore s'élança du sol sur la muraille d'une maison, pénétra dans une cuisine et sortit par une fenêtre pour se perdre dans l'atmosphère. Les effets qu'il produisit mettent, ditil, hors de doute que sa marche a été ascendante, et il remarque que si la maison avait été pourvue d'un paratonnerre, cet appareil aurait reçu la foudre venant d'en bas et l'aurait conduite sans aucun dommage dans l'atmosphère.
Parfois de la terre glaise et de la boue ont été lancées de bas en haut avec une grande violence ; ou bien des parties de vêtements appartenant à des individus foudroyés ont été projetés à une certaine hauteur, comme le constatent les observations suivantes :
Le 26 août 1821, dit M. Parisot, à neuf heures et demie, dans le village de la Ghapelle-aux-Bois, près d'Épinal, la foudre frappa une maisonnette. Toute la glaise qui remplaçait le pavé de cette pauvre habitation était profondément sillonnée sur un grand nombre de points et avait été projetée contre le plancher supérieur auquel elle adhérait comme un crépissage.
En septembre 1824, dit Hov^^ard, dans le village de Gampbeltown, la foudre laboura le sol d'une chambre basse dont le plafond fut taché par des éclaboussures de terre.
Sur un cerisier, la totalité des branches, grosses et petites, ainsi que les feuilles depuis les premières branches jusqu'à la cime, furent recouvertes de terre et de boue à leur surface inférieure.
Le 29 août 1808, la foudre atteignit le pavillon en forme de rotonde et couvert de chaume dépendant d'un cabaret
situé derrière l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Un ouvrier qui était assis sous ce pavillon fut tué; on trouva les morceaux de son chapeau incrustés au plafond.
Le 26 juin 18545 sur le territoire de Tournay (Meurthe) un homme fut tué par la foudre sous un chêne. Ce malheureux présentait à la tête, près de la tempe gauche, une légère blessure et quelques gouttes de sang ; le fond de son chapeau de paille qu'il avait encore sur la tête, fut trouvé à environ deux mètres de hauteur.
Deux hommes ayant été foudroyés sous un arbre, leurs cheveux furent enlevés et portés sur le haut de l'arbre ; et le cercle de fer qui liait le sabot de l'un d'eux fut porté aussi sur une branche élevée du même arbre à laquelle il resta accroché. Nous reviendrons bientôt sur cette observation.
Les effets suivants sont remarqués sur des arbres fou» droyés et sur le sol à leurs pieds. Le terrain est soulevé, renversé de bas en haut, comme par une mine ; un ou plusieurs grands lambeaux d'écorce, bien plus, d'épaisses lanières, comprenant, non pas seulement l'écorce, mais une certaine épaisseur d'aubier et de bois, restent suspendus par leur extrémité supérieure et paraissent avoir été détachés par un instrument tranchant, qui aurait marché de bas en haut en attaquant successivement les diverses couches de Tarbre. Ou bien, c'est une entaille rétrécie et très-superficielle en haut, qui devient, en descendant, plus large et plus profonde. C'est une grosse racine presque à découvert sur le bord d'un fossé qui est fracassée et déchiquetée ; ses débris sont lancés en haut et restent incrustés dans les fentes du tronc d'un gros saule qui s'élève à quatre pieds de là. Une circonstance remarquable, c'est que le bout extérieur de ces débris ainsi fracassés et incrustés est dirigé en haut. Enfin ce sont des feuilles repliées, convexes, roussies et comme brûlées ou grillées par-dessous, concaves et vertes par-dessus, et cela sur toute la hauteur d'un ormeau et notamment vers la cime où la tige est fracassée; et notons que dans un cas de ce genre on ne trouva sur le sol, au pied de l'arbre, que plusieurs petits trous de 2 à 3 lignes de diamètre.
Les faits suivants sont du plus haut intérêt pour la solution de la question qui nous occupe.
Le ciel est nébuleux, ou bien le soleil brille, mais à peu de distance éclate un orage ou se tient immobile un nuage noir épais, à figure sinistre. Tout à coup des hommes et des animaux tombent frappés de mort, et cependant aucun éclair n'a sillonné la nue, aucun phénomène lumineux n'a enveloppé les victimes; parfois, il est vrai, on entend une détonation sèche et saccadée sans roulement, mais parfois aussi aucun bruit, aucune lumière n'a accompagné la catastrophe qui n'est plus signalée que par la chute subite des hommes ou des animaux frappés de mort par un léger nuage de terre ou de poussière qui jaillit à leurs pieds. A l'examen des cadavres, les lésions sont nulles ou légères ; d'autres fois, au contraire, elles sont exceptionnellement étendues et profondes; notons en particulier les éventrations avec sortie des intestins, effet plus particulier de cette espèce de foudroiement. Le sol près du cadavre est ordinairement percé d'un ou de plusieurs trous fumants et évasés. Les objets en bois ou en métal présentent d'ailleurs les traces d'une décharge électrique ordinaire. L'accident dont nous parlons atteint parfois simultanément des hommes et des animaux placés à peu de distance les uns des autres. D'autres fois il a lieu à peu d'intervalle de temps dans deux localités assez éloignées. Ainsi un montagnard fut tué à 2,700 mètres de l'endroit où un homme et deux chevaux sont tombés morts un quart d'heure auparavant.
Ces faits ne peuvent, ce nous semble, s'expliquer qu'en admettant la marche ascendante de la matière fulminique. Et ces foudroiements de bas en haut sont d'autant plus redoutables qu'il est impossible de les prévoir et de se mettre à l'abri de leurs terribles effets.
Voici les intéressantes observations dont nous venons d'indiquer les traits principaux.
Pendant l'été de i787, à Tancon, village du Beaujolais, deux hommes se mirent sous un arbre pendant un orage. L'un d'eux fut tué, l'autre n'eut d'autre mal qu'une asphyxie momentanée; leurs cheveux furent enlevés et portés sur le
haut de l'arbre. Un cercle de fer qui liait le sabot de l'un d'eux fut porté ainsi sur une branche élevée du même arbre, à laquelle il resta accroché. Quelques jours après cet événement, le docteur Garmoy visita les lieux où il s'était passé. Il observa dans la terre, sous un arbre placé à trois ou quatre pieds de celui sous lequel avait été foudroyé ce malheureux, un trou rond évasé par le haut en forme d'entonnoir. A quelques pieds au-dessus, la première écorce du tronc de l'arbre était enlevée ; la seconde était soulevée de bas en haut, non en larges bandes, mais en petites lanières en forme de découpure; à côté était l'arbre sous lequel s'étaiei c abrités les deux hommes. Sa partie inférieure n'avait aucun mal, mais à dix pieds de hauteur, l'écorce avait été emportée, ainsi que des éclats considérables du corps même de l'arbre. On voyait un grand nombre de longues esquilles séparées de bas en haut qui tenaient à l'arbre par leur partie supérieure. Les feuilles étaient desséchées d'un côté ; de l'autre elles avaient conservé leur verdure.
La marche de la foudre est aisée à suivre, ajoute le docteur Garmoy ; elle est sortie de terre au pied du premier arbre, par l'entonnoir dont j'ai parlé ; de là elle s'est élevée et en a détaché l'écorce ; ensuite, parvenue à la hauteur de deux ou trois pieds, elle l'a quitté, s'est élancée sur les deux hommes qui étaient sous Tarbre voisin, a tué l'un, asphyxié l'autre, déchiré en lambeaux leurs vêtements, transporté les cheveux et le cercle de fer au haut de l'arbre, l'a dépouillé de son écorce, détaché des éclats considérables dans son ascension, et soulevé des lanières qui ne peuvent, selon l'état des choses, avoir été prises que de bas en haut. Enfin elle a frappé les feuilles qui se sont entièrement desséchées,
et ensuite s'est portée à la nuée dont le dépouillement
avait attiré le corps fulminant.
Le coup de tonnerre fut bref et sourd, et quelques moments avant ce coup il en partit un autre, mais alors excessivement éclatant. « Serait-ce là, dit l'auteur, un signe caractéristique de l'ascension de la foudre ? Le premier coup avait-il désélectrisé la nue et le second coup lui aurait-il rendu ce que le premier lui aurait enlevé ? »
M. îe professeur Parisot rapporte que le 26 août 1821 un orage éclata vers sept heures du matin à Épinal. La foudre atteignit une petite maison et renversa plusieurs des personnes qui l'habitaient. Quatre cerisiers situés devant cette maison offrirent après l'événement des circonstances remarquables :
l'^ Leur écorce était coupée tout autour du tronc au niveau de la terre, et soulevée de bas en haut, en sorte que les lambeaux réunis dans la partie supérieure au corps de l'arbre formaient comme un entonnoir renversé de 3 à 4 décimètres de hauteur.
2*^ Le reste de l'arbre, c'est-à-dire toute la partie supérieure, ne présentait aucune trace du passage de la foudre. 3*^ La totalité des branches grosses et petites, ainsi que les feuilles, depuis le pied jusqu'à la cime, étaient recouvertes de terre et de boue à leur surface inférieure. Enfin on observait deux petits trous en terre, correspondant aux points où deux fortes racines d'un des arbres atteignaient le niveau du chemin voisin.
Vers la fin de mai 1843 la foudre atteignit un chêne à
i. Commeray, près de Lamballe. M. de la Pylaie remarqua que
! le tronc eut son écorce entamée depuis la base jusqu'à la
I bifurcation dcfe branches supérieures ; la foudre y avait fait une entaille qui allait en se rétrécissant de bas en haut et le
■ long de laquelle les bords de l'écorce se trouvaient effilés comme de la charpie. Mais tandis que ces fibrilles ligneuses
i et les autres lambeaux eussent dû se trouver morcelés de haut en bas, tous l'étaient au contraire de bas en haut, comme si la foudre fût remontée de la base au sommet : elle avait, en outre, fait un sillon ou une rainure peu profonde sur le bois adulte, qui disparaissait dans la partie supérieure où l'entaille, fort rétrécie, n'attaquait plus que la superficie de l'écorce (1).
Les faits que nous venons de citer semblent, au premier
: abord, largement démontrer que la foudre est souvent ascendante, mais un examen plus approfondi diminue bientôt de
! beaucoup leur valeur.
; (1) Voir l'observation de Marchais fils (Végétaux. Feuilles.)
Le courant électrique, en effet, soit par sa propre force d'expansion, soit par la vaporisation de l'humidité, ou par tout autre mécanisme, projette les corps et les molécules des corps dans tous les sens ; on voit dès lors comment un courant descendanî fera rejaillir de la terre glaise, de la boue sur le plafond, sur la face inférieure des feuilles d'un arbre; nous citerons en particulier une observation recueillie par le professeur Brocklesby.
Le professeur Brocklesby se trouvait dans une maison à Avon, quand elle fut frappée de la foudre qui descendit, selon toutes les apparences, le long du paratonnerre ; le pied de l'appareil ne s'enfonçait que de 4 pouces dans le sol. Près de là était un trou de la grandeur d'un chapeau, rempli de boue, qui fut lancée sur le mur de la maison, jusqu'à la hauteur de la corniche, c'est-à-dire à environ 25 ou 30 pieds (1).
On comprend aussi comment un courant, quoique descendant, soulèvera le gazon, enlèvera des dalles, comment le fluide électrique, descendant sous l'écorce, la déchirera en lanières qui pourront rester adhérentes par le haut ; mais nous ne comprenons pas comment on pourra expliquer par le même mécanisme que d'épaisses lanières comprenant non pas seulement l'écorce, mais aussi une partie de l'aubier et du bois parfait, soient détachées par un courant descendant du tronc d'un arbre, que des fragments de racines puissent s'incruster dans les fentes d'un arbre en formant avec lui un angle aigu ouvert en haut. On peut comprendre que la foudre descendante, en ravageant le terrain au pied d'ui arbre, introduise une sapeur brûlante qui nionte et affecte k face inférieure des premières feuilles qu'elle rencontrera: mais lorsque nous voyons, après un coup de foudre, le sol ai pied d'un arbre à peine altéré ne présenter que quelque; petits trous de 3 à 4 lignes de diamètre, la face inférieur^ des feuilles, dans toute la hauteur d'un arbre élevé, êtn brûlées en dessous et intactes en dessus, nous sommes natu rellement et presque forcément conduits à attribuer ce phé nomène à une foudre ascendante.
(1) Proceed. of the Amer., Assoc^ p. 80 (1850). [
On comprend comment le fond d'un chapeau et quelques autres objets d'habillement peuvent être lancés sur un arbre par la force d'expansion, de vaporisation d'un courant' descendant, mais comment attribuer à ce même courant la translation d'un cercle de fer d'un sabot sur une branche élevée d'un arbre ?
On comprend aussi comment des morceaux de chapeau seront incrustés au plafond, comment aussi des fuhginosités produites sur le sol par la foudre descendante pourront, en remontant, donner lieu au phénomène observé par de Saussure et Pictet. Ainsi l'aspersion fuligineuse, l'aspersion de boue peuvent provenir d'une foudre descendante, ;, Il nous paraît aussi très-difficile d'attribuer à un courant [descendant le trou fait au plafond d'une maison, trou uni en ;bas et pourvu de plusieurs éclats au rebord en haut; les j éclats de la charpente de la façade de cette maison, éclats relevés en haut et ne tenant plus que par leur bout supé- [•leur.
Ainsi plusieurs des effets que nous avons signalés nous )praissent assez bien prouver que la foudre est parfois ascenlante,
Mais comment se produit la foudre ascendante ? Tantôt les huages orageux surplombent l'endroit où le phénomène se loasse, et l'étincelle s'élance directement de la terre aux jiiuages comme dans la foudre descendante, « il suffit pour h cela, dit M. Becquerel, que la tension électrique de la terre !'> soit plus considérable que celle des nuages, puisque les
I') recherches de MM. Faraday, Wheatstone établissent
i') que lorsque deux corps électrisés différemment sont en i«) présence, l'électricité part toujours du corps qui possède j» la plus forte tension. »
Il Mais la foudre ascendante peut, dans d'autres cas, n'être que le phénomène que nous allons étudier sous le nom de flhoc en retour.