CHOC EN RETOUR
Si deux personnes sont placées près du conducteur et que l'une d'elles tire des étincelles, l'autre éprouve chaque fois une commotion plus ou moins violente, et cependant aucune trace électrique ne passe entre cette personne et le conducteur.
Ne savons-nous pas enfm que dans le voisinage d'une machine électrique, les électroscopes manifestent des mouvements très-marqués à chaque fois qu'on tire une étincelle du conducteur.
Ce sont encore là des effets du choc en retour.
Et maintenant, supposons un nuage orageux fortement chargé d'électricité positive, que ce nuage soit allongé et légèrement courbé. Ses deux extrémités sont légèrement pendantes vers la terre ; elles y refoulent l'électricité positive et attirent l'électricité négative. Qu'une décharge foudroyante s'opère sur le sol ou sur un autre nuage à une extrémité, l'équilibre se rétablira violemment dans le point de la terre qui se trouve sous l'autre extrémité.
On comprend dès lors comment des animaux et des hommes sont tombés morts subitement, bien que la foudre ait éclaté à une grande distance de l'endroit qu'ils occupaient.
Ce brusque rétablissement d'équilibre électrique ou choc en retour nous semble pouvoir se manifester de trois' manières :
'• 1. Sans détonation. L'homme éprouve seulement une forte commotion, il est renversé sans connaissance pour revenir bientôt à la vie, il etit pu être tué sur le coup sans aucune lésion apparente.
2. Le choc en retour peut occasionner du hruit, des détona^ lions ^ mais sans phénomène lumineux, et les objets frappés sont plus ou moins lésés et endommagés.
3. Eniin l'explosion peut être tellement énergique que le fluide électrique s'élance avec bruit et lumière du sol sur l'extrémité du nuage, c'est ici la foudre ascendaiite en retour,
IL Choc en retour avec détonation sans phénomène lumineux. — L'observation du célèbre voyageur Brydone est un des plus beaux exemples que l'on ait
enregistrés de choc en retour sans détonation et sans phénomène lumineux : la voici dans presque tous ses détails :
Le 19 juillet 1785, à Goldstream (Ecosse), vers onze heures du matin, des nuages commencèrent à se former vers le S.-E.; entre midi et une heure, on vit plusieurs éclairs et l'on entendit, mais à une distance considérable, les éclats du tonnerre. En ce moment, M. Patrick Brydone observait la marche de l'orage d'une fenêtre au second étage de sa maison, et notait, à l'aide d'une montre à secondes, le temps que le son mettait à parvenir jusqu'à lui, lorsqu'il fut subitement effrayé par un bruit violent auquel il n avait été préparé par aucun éclair; il ressemblait aux décharges de plusieurs fusils se succédant avec une si grande rapidité que l'oreille pouvait à peine les séparer. Ce bruit ne fut suivi d'aucun roulement. Peu après, on annonça à M. Brydone qu'un homme et deux chevaux avaient été tués parla foudre, à peu de distance de la maison ; il sortit aussitôt et arriva en moins d'une demi-heure sur le lieu de l'accident. Les chevaux, encore attelés au char, étaient couchés sur la place même où ils avaient été frappés, mais l'homme avait déjà été emporté par son compagnon qui revint bientôt et raconta comment les choses s'étaient passées.
Toiis deux domestiques de M. Turnbull, fermier du comté de Home, revenaient à la maison avec deux chars chargés de charbon de terre ; James Lander conduisait le premier char et était assis sur le devant ; ils avaient traversé la Tweed peu de minutes auparavant, et avaient déjà gravi la plus grande partie d'une montée d'environ soixante-cinq à soixante-dix pieds au-dessus du niveau de la rivière, lorsque le narrateur fut étourdi par une forte détonation et vit son compagnon et les deux chevaux renversés à terre. Il courut aussitôt à leur secours, mais il les trouva morts. La ^igm-ç^ de Lander était livide, ses habits étaient tout déchirés, et ils répandaient une forte odeur de brûlé.
Le pasteur Bell qui examina le cadavre dit avoir trouvé une raie en zigzag, large d'un quart de pouce environ, qui s'étendait du menton au bas de la cuisse droite; la peau, sur ce trajet, était brûlée, blanche et dure. La peau de la cuisse