‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 45 sur 198 · AU MOMENT DU FOUDROIEMENT · texte numérisé non relu

AU MOMENT DU FOUDROIEMENT

1^ es

os 0 !2!

CD

si

ET o-

as-ns

If

ct>

si

as

Si-

Voies de sortie de la foudre. — La foudre qui tombe sur les mâts ou sur le pont d'un navire, s'échappe parfois par les dalots (î) ou par les cciibiers (2). Le 22 février 1799 elle quitta le Gamhrian en suivant les dalots voisins du pied du grand mât. Elle sortit de la Palma parl'écubier dont le plomb portait des traces manifestes de son passage.

La foudre s'échappa du navire la Sémiramis, de 42, dans la baie de Vigo, par la chaîne-câble à travers l'écubier.

Elle se jeta dans la mer par la chaîne de l'ancre après avoir frappé VAthol; elle sortit de Y A fricana parune fenêtre, et du Snake par un sabord.

Dans le premier des deux foudroiements qui atteignit le iV^t^-ForÂ: la foudre fracassa le grand mât, pénétra à travers le pont et se divisa. Une des deux portions s'échappa par la muraille, l'autre passa dans une cabine, la parcourut dans toute sa longueur en y causant quelques dommages et se précipita dans la n\ev par une des fenêtres de l'arrière.

La décharge qui frappa les mâts du Trident, de 64, se divisa sur le pont en deux parties ; Tune parvint jusque dans le pont inférieur où elle blessa plusieurs hommes ; l'autre passa à travers la grande chambre, et sortit par une fenêtre de la poupe. La chambre paraissait en feu.

L'étincelle, après avoir atteint le mat d'artimon de la Topaze, de 36, fut conduite par un fil de sonnette dans la cabine du capitaine, la traversa et sortit par une fenêtre de l'arrière.

Lorsque le Glatton, de 54, fut frappé en 1794, près du cap de Bonne-Espérance, ce fut également en suivant un fil de métal que l'étincelle pénétra dans la cabine du chirurgien; elle en sortit par un sabord.

Malheureusement il n'est pas rare que la foudre s'échappe dans la mer par la muraille du bâtiment tantôt au-dessus, tantôt, ce qui est bien plus grave, au-dessous de la ligne de flottaison, en soulevant, en arrachant, en faisant éclater

(1) pâlot, canal pour récoiilement des eaux d'un navire.

(2) Écubiei'j trou percé à chaque bord de Tétrave pour faire passer les câbles du bitimeat.

quelques pièces de bois et perforant ou déchirant le doublage de cuivre. Citons quelques faits de ce genre :

L'un des rayons de la foudre qui atteignit le New-York, passa dans la mer en soulevant les extrémités de trois bordages de 4 pouces.

Le 10 mars 1807, à Rio de la Plata, la muraille du Stauneh, de 16, fut percée à bâbord d'un trou de 4 pieds carrés. Le doublage de cuivre fut fondu en un point au niveau de l'eau au-dessous du trou du dalot.

Au mois de novembre 1811, la foudre s'échappa dans la mer en perçant un trou à tribord, dans la membrure du brick le Belle-Ile,

VAmphion, des États-Unis, trente jours après son départ de New-York pour Rio, fut frappé le 21 septembre 1822 ; la foudre descendit par le mât de misaine, et, après de nombreux ravages dans l'intérieur du bâtiment, elle en sortit en brisant deux baux de la cale, et en arrachant en cet endroit une partie du doublage.

La houle de feu qui atteignit le bâtiment de la douane, le Chichester, sur les crjtes d'Irlande, après avoir suivi le mât et pénétré dans le corps du bâtiment où elle fit de nombreux dégâts, s'échappa dans la mer en déchirant le doublage en cuivre au-dessous de la ligne d'eau. Une des chevilles présentait à son extrémité une goutte ronde due à la fusion.

On conçoit l'immense danger que court alors le navire.

En 1748, la foudre atteignit le Dover, fit d'effroyables dégâts à ses mâts et à ses ponts, enfonça et renversa plusieurs cabines, déplaça ou brisa plusieurs bordages, et l'un de ces bordages brisés laissa entrer dans le bâtiment 9 pieds d'eau en dix ou quinze minutes.

Le navire français le Coquin fut foudroyé dans la baie de Naplesen 1830; sa muraille fut largement perforée un peu au-dessous de la hgne d'eau. Il aurait sombré si les embarcations de l'escadre ne l'eussent aidé à filer ses cables et à s'échouer près du môle.

Les pompes sont un des points sur lesquels la foudre se porte le plus fréquemment, lorsqu'elle pénètre dans le corps du navii^e .mais elles servent aussi à reconduire. Il est même

digne de remarque que toutes les fois que rétincelle a pu atteindre l'archipompe, il n'y a pas eu de dégâts intérieurs. C'est par les pompes que la foudre sortit du Royal-Sovereign, en 1809, et du San- J ose f, en 1803.

Nous pouvons, en outre, citer plusieurs cas où la foudre, après avoir pénétré dans le corps du navire, s'est portée sur les pompes qu'elle a plus ou moins endommagées et par lesquelles elle s'est très-probablement échappée en totalité ou en partie.

C'est ce qui est arrivé au Hyacinth;

Une portion de la pompe du Competitor et du Scorpion ;

La pompe de bâbord du Buzzard ;

Celle de l'arrière du Race-Horse ;

Les deux pompes du Surinam et l'archipompe du Rodney furent fendues, entr'ouvertes ou rompues en fragments.

L'archi-pompe du vaisseau de 90, le Duke, fut également fendue, et la chaîne de la pompe de bâbord ainsi que la pompe elle-même furent brisées en plusieurs morceaux.

Mais il est une voie de sortie que la foudre prend sans doute fréquemment et qu'il importe d'indiquer au point de vue de la préservation. Nous avons vu le météore suivre trèssouvent les mâts et pénétrer ainsi jusque dans le fond du bâtiment. Or, au bas de ces mâts, à leur implanture, se trouvent des pièces métalliques fortes et nombreuses qui servent à conduire le fil électrique et à le transmettre au dehors; on peut du moins expliquer de cette manière comment des navires ont eu leurs mâts fendus jusqu'à la quille sans être troués et même sans présenter aucune lésion à leur muraille, ainsi :

Le London et la Theth eurent leurs mâts de misaine fendus du haut en bas sans que l'implanture, sans que la quille et la contre-quille eussent été fendues.

Sur le Pélican la foudre sillonna en hélice le grand bas-mât jusqu'à la quille.

Dans la Mignonne, le grand mât fut fendu et entr'ouvert jusqu'à la carlingue ou contre-quille.

Dans ces cas, tout porte à croire que les longues chevilles qui passent à travers la quille et la carlingue condui-

sent le fluide électrique dans la mer. Cette marche est démontrée directement par l'observation suivante :

Le 22 mai 1842, le Frisk, allant de Buénos-Ayres à Cork, fut foudroyé vers les côtes d'Irlande, près de Baltimore. L'un de ses mâts fut fracassé, et le courant électrique, après l'avoir suivie jusqu'à son implanture, s'échappa dans la mer par les chevilles de cuivre de la quille et de la contre-quille. Une de ces chevilles, en effet, avait subi un certain degré de fusion et présentait une goutte luisante d'environ un demi-pouce de long qui pendait exactement comme une goutte de pluie.

Enfin peut-être l'eau qui séjourne habituellement dans le fond du navire au pied des mâts et des machines à vapeur, joue aussi quelque rôle dans la transmission de la foudre au dehors.

Ce qui est positif, c'est que la foudre ayant frappé le Ceylan, le 8 mars 1839, dans le port de Malte, du petit mât de hune et du mât de misaine, elle tomba sur la machine à vapeur et se dispersa sans causer de dégâts en atteignant l'eau qui se trouvait au pied de la machine.

Foudre en globe à bord des navires. — Le

23 octobre 1683, le Coronation se trouvait à Portsmouth, une grosse boule de feu entra par un sabord dans le corps même du navire, et y causa de nombreux dégâts. Bientôt on vit plusieurs boules de feu courir sur le pont parmi les hommes de l'équipage.

Ce fut pendant ce même voyage que le Royal-James eut son grand mât en partie brisé par la foudre et que l'on vit une boule de feu courir çà et là sur le pont (1).

En 1741, l'amiral Anson naviguait dans la mer du Sud, près du cap Horn, un orage violent embrasa l'atmosphère; une flamme courut le long du tillac d'un des vaisseaux de l'escadre, et se divisant avec un bruit semblable à celui de plusieurs pistolets, elle blessa plusieurs officiers et matelots. Cetteflamme était accompagnée d'une très-forte odeur de soufre (2).

Le vaisseau anglais la Montagne se trouvait, le 4 no-

(1) Phil. Trans., p. 1212 (1685).

(2) Richard, Hist, de l'air, t. VIH, p. 318,

vembre 1749, vers 48*^ 42' de latitude et IP 1/3 de longitude occidentale, comptée de Paris, lorsque M. Clialmois, occupé à faire une observation sur le tillac, quelques minutes avant midi, et par un temps serein, vit du côté du vent, à environ 3 milles de distance, un globe de feu qui paraissait avoir le volume d'une grande meule de moulin. Il roulait sur la surface de la mer. Aussitôt on baissa les voiles de perroquet, etc.... mais il arriva si vite qu'avant de pouvoir lever les cargues principales, on le vit s'élever presque perpendiculairement tout au plus à 2o toises des grandes chaînes, | alors il disparut avec une explosion pareille à celle qu'auraient pu faire cent coups de canon tirés à la fois et laissa après lui une odeur de soufre si forte qu'il semblait que le vaisseau n'était que du soufre. La détonation ne parut pas durer plus d'une demi-seconde. Le garde-mât de hune était brisé en plus de cent pièces. Une large fente régnait de haut en bas le long du grand mat. Des pièces de fer clouées au grand mât en avaient été arrachées et enfoncées avec tant de force dans le tillac que le charpentier fut obligé de prendre un levier de fer pour les en détacher, cinq hommes furent renversés sans connaissance ; l'un d'eux fut grièvement brûlé par l'explosion.

Lorsque, le 1®^ août 1750, leMalacca reçut deux coups de foudre à peu d'intervalle l'un de l'autre, la seconde explosion, au rapport de Rob. Veicht, se composait de plusieurs boules de feu, qui, semblables à des projectiles creux, partaient les uns après les autres, éclatant, craquant comme des obus: ce phénomène dura une demi-minute environ. La pluie torrentielle qui était tombée immédiatement avant préserva le navire de l'incendie (1).

Le SquireL de 28, fut frappé à Beerhaven, le 26 décembre 1791 ; une boule fulminante atteignit son grand mât aux deux tiers environ de sa hauteur à partir du pont, en enleva quelques fragments et le perça jusqu'au tiers de son épaisseur. Le bruit de l'explosion ressembla à la décharge d'un canon de l'avant, et une forte odeur envahit le navire (2).

L'accident suivant a été observé, le 14 février 1809, à bord

(I) Pkil. Tmas., t. LIV, p. 2S4 (1766). (:1) Nantie Mari., î. XII, n. 167.

du Warren-Hastings tout récemment lancé à Portsmouth , et alors amarré sur le Mother-bank. La matinée était belle et Ton jugea nécessaire d'élever le mât de perroquet, opération qui dura plusieurs heures. Vers trois heures après-midi, l'horizon s'obscurcit à l'ouest et tout indiquait une violente tempête. Quelques marins alors s'élancèrent pour amener le mât de perroquet, mais pendant cette manoeuvre l'orage éclata, et trois globes de feu tombèrent successivement sur le navire. Le premier frappa le main top mast cross tucks et tua un homme sur le coup ; le mât prit feu, flamba pendant cinq mi- . nutes environ et finit par tomber. Quelques marins s'élanf cèrent sur les haubans pour chercher le corps de leur camarade ; le second globe de feu frappa et terrassa l'un d'eux ; on le descendit sur le pont, mutilé et brûlé, et on fut obligé de lui amputer un bras : le troisième globe enfin tua un Chinois et endommagea le grand mât. Quelque temps encore après cet événement, on sentait à bord une forte odeur de soufre (1).

Le vaisseau de S. M. B. Vlnfatigahle protégeait un convoi en route pour les Indes, lorsque le 20 avril 1811, se trouvant à 46'^ 46' latitude, à 11" 39' longitude occidentale, quatre globes de feu apparurent sur ce vaisseau et près de lui ; l'un de ces globes mit le feu à son mât de beaupré. Le Warley, la Persévérance^ et le Warren-Hastings furent également endommagés dans leur mâture (Howard).

Dans son voyage au détroit de Behring (1825-1828) le I capitaine Beechey fut témoin d'une trombe pendant la durée de laquelle on vit une botile de feu tomber dans la mer. Une chaloupe qui avait été écartée du vaisseau, fut enveloppée par une telle flamme que le lieutenant Belcher pensa devoir se débarrasser de son ancre en l'enfonçant de quelques brasses sous l'eau et faire couvrir les fusils des marins (2).

Lorsque, le 5 janvier 1830, la bombarde VEtna, de 8, fut frappée de la foudre dans le canal de Gorfou, le fluide élec-

(1) Tah., XXIX, Howard.

^2) Pellier, Trombes, p. 132.

trique descendit de l'atmosphère comme une fusée ou comme une bombe, fit explosion près du mât de misaine à environ 12 pieds au-dessus du pont, avec un bruit terrible (1).

Vers la fin de 4839, le vaisseau le Vanguard, était à l'ancre dans la baie Yourlach ; le temps était très-chargé avec succession de grains violents, lorsqu'une boule de feu passa obliquement entre le mât de misaine et le grand mât, et, avant de tomber dans l'eau à bâbord, fit explosion tout près du gangway (passavant ou galerie du faux pont) avec assez de violence pour secouer le bâtiment de l'avant à l'arrière, comme l'eût fait un navire qui aurait sauté près de là. Les paratonnerres étaient dans leurs boîtes, car on ne prévoyait pas un pareil accident. Les ferrures des mâts et des vergues n'ont donc pas eu d'influence sur la direction du météore.

Le 7 février 1840, le bâtiment de la douane Chichester se trouvait sur la côte de Galway (Irlande), lorsqu'une boule de feu descendit le long du mât, fracassa une partie du pont et pénétra dans la cabine du capitaine Stuart, alors assis à table avec ses deux filles. Le météore passa sur la table, fracassa les plats et les verres, sans blesser personne, rompit une cloison et pénétra dans le fond même du bâtiment pour s'échapper dans la mer par les boulons de cuivre et en déchirant le doublage au-dessous de la ligne d'eau. L'aimantation des boussoles fut détruite et les montres des passagers s'arrêtèrent. Le navire fut rempli de fumée (2).

En juin 1848, le Gompetitor fut frappé deux fois en un quart d'heure, près de l'île Saint-Paul, dans son passage de Gravesand à Port- Adélaïde. Au premier coup, une boule de feu paraissant avoir le double de la tête d'un homme descendit le long des agrès du grand mât et disparut dans l'eau à tribord après avoir semé sur le pont une foule d'étincelles, comme celles qui s'échapperaient d'un brandon. Une portion de pompe fut fondue ainsi que le tablier de plomb qui entoure le mât au niveau et peu au-dessus du pont. Le second

(1) Nautk, Mag., t. XIII, p. 162.

(2) NauUc.Mag.,i, IX, p. 387.

coup, encore plus terrible que le premier, atteignit le mât de misaine et descendit ainsi le long des agrès. Plusieurs hommes furent renversés, mais aucun d'eux ne fut tué ni même blessé (1).

Le navire le 3Ioïse était en vue de Malte, lorsqu'il fut surpris par un violent orage. Le capitaine Pearson se trouvait sur le pont, vers minuit, et vit une boule de feu frapper le grand mât... A l'instant môme, en trois minutes, le navire sombra. Quatorze personnes de l'équipage et deux passagers périrent. Le capitaine échappa seul au moyen d'une pièce de bois sur laquelle il se soutint pendant dix-sept heures. Il paraît que le globe foudroyant suivit le grand mât, éclata dans le corps même du navire, et le fendit en deux (2).

Le 7 décembre 1838, le vaisseau anglais le Rodney fut assailli dans la Méditerranée par un orage mêlé de grêle. La foudre tomba avec un fracas épouvantable sur son grand mât de perroquet qu'elle enleva presque jusqu'au chouquet ; 3lle mit le feu à une voile ferlée, coupa un tiers du grand mât je hune, descendit le long du grand mât, puis s'échappa à S pieds au-dessus du pont en un globe de feu. Une fumée épaisse et sulfureuse se répandit dans le navire. Sur quatre ; lommes qui se trouvaient au sommet du grand mât au i iioment où la foudre Fatieignit, un fut tué sur le coup, un I mtre mourut quelques heures après. Leurs vêtements avaient .otalement disparu (Aug. Fabreguetle, consul de France à tapies).

Le 13 juillet 1798, le Good-Hope, de la Compagnie des [ndes, se trouvait par 35° 40' de latitude sud et 42° de longitude orientale; il fut frappé par la foudre globulaire qui .ua raideun matelot, en blessa grièvement un autre (3).

Une boule de feu frappa le Cambrian, y tua deux hommes il en blessa plusieurs (4). Une boule feu frappa aussi le Gi- )raltar (5). Des exemples analogues sont encore signalés :

(1) Nautic. Mag., l. IX, p. 387.

(2) Ihid., t. XXI, p. 594.

(3) Arago, Notice, p. 266.

(4) Nautic. Mag., t. XII, p. 399.

(5) Nautic, Mag., t. XII, p. 535.

sur la Minerve (i); sur/^i Loire (i); sur r Armada (3); sur le Moïse (4); sur le Dictator et sur le Z)^/^^ (5).

Le 18 juin 1845, à 9 heures 30 minutes de soir, le brick Victoria, allant de Newcaslle à Malte, subit de fortes rafales de vent. Pendant qu'un carguait les voiles hautes, le calme revint et on sentit une chaleur insupportable et une odeur pénétrante de soufre. Au même moment, trois corps lumineux sortaient de ia mer à un demi-mille environ du navire et restèrent visibles pendant dix minutes (6) (Pauwell).

Le récit du brick Victoria est pour M. Sn. Harris d'un grand intérêt. Il ne doute pas que ce ne soit un phénomène électrique de l'ordre de ce que M. Faraday a appelé une décharge lumineuse.

On peut se rendre compte de la formation de ces boules de feu, de ces sortes de meules de feu de la manière suivante. Un nuage orageux fortement chargé est abaissé par le vent sur le vaisseau; sa distance de la mer, quoique au delà de la dé* charge foudroyante, admet cependant une décharge lumineuse qui produit cette apparence de boule ou de roue qui a effrayé l'équipage. Lorqiie le nuage s'est abattu sur le bâtiment à distance foudroyante la décharge a eu lieu avec bruit et on sait que l'odeur de soufre accompagne constamment ces sortes de décharges.

Bruit de V explosion. Lorsque la fendre atteint un navire, le bruit de l'explosion est souvent terrible, semblable à celui d'une bordée entière de pièces de gros calibre.

La détonation fut comparée sur le Gamhrian, à celle d'un canon de 32; sur la Galliope, à celle d'une pièce de 64.

Les passagers' du New-York furent éveillés par un bruit semblable au coup d'un canon de gros calibre tiré tout prêt de leurs oreilles.

La détonation sur le Magnificent semblait celle de toute nm bordée de canons.

(1) Nauiic. Mag., t. XII, p. 643.

(2) Nantie. Mag., t. Xli, p. 164.

(3) Nantie. Mag., t. XII, p. 325.

(4) Qnartely journal t. XXVl, p. 448.

(o) Nantie. Mag., t. XII, p. 437.

(6) Catal. des obs. des météor. lumin. de septembre 1833 à juillet 1848.

Lorsque, le 26 septembre 1846, le Fisgard fut frappé étant à l'ancre à l'embouchiire de la rivière de Nisqually (Orégon), la détonation fut si violente qu'un des officiers la compara à celle que produirait une bordée lâchée au même instant de chaque côté du bâtiment.

Et au moment où la Çlorinde fut frappée, sir Samhood, qui était assis à une table, s'imagina que le magasin à poudre avait fait explosion, tant le bruit et la secousse furent terribles.

Phénomènes lumineux. — Les phénomènes lumineux qui accompagnent la chute delà foudre à bord des navires sont nombreux et variés; quelquefois, par exemple, l'explosion s'accompagne de larges étincelles et de boules de feu qui se dispersent sur le pont, comme cela a été observé sur le Baypeld, non loin de Sierra-Leone. Des boules de feu traversèrent le pont du Rodney, si violemment atteint devant Syracuse.

Assez souvent, au moment de l'explosion, les mâts et le corps même du navire paraissent enveloppés de flammes. Cet effrayant phénomène a été constaté à bord du cutter le JJawk, en 1840; sur le Brn^f/e, en 1831; sur le Fisgard, en 1846. Le pont du Magnificent^de 74, foudroyé en 1814, parut inondé de lumière.

Odeur et vapeur répandues dans l'intérieur des bâtiments foudroyés. — L'intérieur des navires frappés de la foudre est très-souvent rempli d'odeur sulfureuse ou de vapeur épaisse et sulfureuse, pour nous servir des expressions employées par les narrateurs de l'accident.

Sur les dix-neuf relations qui mentionnent l'odeur de la vapeur ou de la fumée qui remplissait la cale, les entre-ponts et les cabines, sept fois c'était une vapeur épaisse avec odeur sulfureuse (le BeUerophon, le Competitor, le Frisk, le Hawk^ le London, la Mignonne, le Trident) ;

Onze fois il n'est pas fait mention de vapeur, mais d'une forte odeur sulfureuse, quelquefois analogue à celle qui résulte de l'inflammation de la poudre {V Atlas, VAchates, la Belette, le Blazer, la Colombine, le Diamaten, le Goliath^ le Hyacinth, le Squirrel, le Wasp, la Theniis);

Une fois, on ne constata qu'une forte odeur de feu avec une fumée, ce fut sur le Rodney, de 80;

Une fois, enfin, c'était une fumée dont l'odeur n'a pas été indiquée.

Notons spécialement cette vapeur ou cette fumée épaisse qui remplissait en tout ou en partie le corps du navire; en sorte que plusieurs fois, notamment sur la Mignonne, le Blazer, le Soupthanipton on crut que le navire était en feu ; et parfois l'odeur fut si forte que les hommes se crurent ou furent en danger de suffocation; rien ne prouve cependant qu'aucun d'eux ait été suffoqué.

L'odeur sulfureuse disparut, en général, promptement; elle persista dans ['Atlas tout le jour et toute la nuit suivante.

Le vaisseau de ligne le Golymin fut foudroyé en 1812. « Dans la visite qui suivit l'accident, dit M. Rihouet, je me » fis accompagner d'un officier et du maître canonnier. Ar- » rivé à la grande soute à poudre de derrière, je la trouvai » intacte; mais lorsque je fis ouvrir la soute à pain, qui y était » attenante, il en sortit aussitôt une fumée noire et épaisse » et une odeur sulfureuse qui faillit nous suffoquer tous, » quoique le maître canonnier n'eût fait qu'entr'ouvrir la » porte et la refermer aussiiôt. Etant entrés immédiatement » dans la soute à pain, nous n'y trouvâmes, à notre grand » étonnement, aucune trace de feu, mais seulement un bou- » leversement complet : plus de vingt milliers de biscuits » avaient été remués de fond en comble, sans qu'on parvînt » à découvrir aucun indice du chemin qu'avait dû suivre la » matière fulminante pour parvenir dans cet endroit. »

Au mois d'août 1842, près de Nankin, la Défiance, grand bâtiment de transport, chargé d'approvisionnements y compris des fusées, fut foudroyé et rempli d'une fumée sulfureuse qui consterna les troupes et les marins qui crurent à une prochaine explosion (Harris).

La Félicité fut foudroyée le 16 décembre 1856, près de Bone ; la foudre avait été précédée d'une chute de grêlons gros comme des noix ; elle frappa le mât de perroquet sous la forme d'une immense gerbe de feu ; le navire fut tout en-

vironné de flammes, et envahi par une très-forte odeur de soufre (1).

Répartition des coups foudroyants sur les navires dans des latitudes diverses. — Sur 176 bâtiments de la marine royale britannique, 66 ont été foudroyés dans les latitudes tropicales ;

65 dans la Méditerranée ;

36 dans les mers du Nord ;

Et 9 seulement dans les latitudes du Sud.

Ces chiffres, comme on le pense bien, n'indiquent pas la fréquence relative de la fulguration dans ces diverses latitudes, puisque nous ignorons le nombre des navires qui ont sillonné ces mers pendant la même période.

Distribution des coups de foudre sur les navires suivant les saisons ou périodes de l'année dans diverses latitudes. — Dans l'examen suivant les latitudes du nord comprennent les mers du Nord, la Manche, les côtes de France et la Méditerranée.

Les latitudes tropicales comprennent les Indes orientales et occidentales, et les côtes d'Afrique. Les latitudes du Sud comprennent le cap de Bonne-Espérance et l'Amérique du Sud.

1° Dans les latitudes du Nord :

Mars, avril et mai composent le printemps;

Juin, juillet et août composent l'été ;

Septembre, octobre, novembre composent l'automne ;

Décembre, janvier, février composent l'hiver.

2» Dans les latitudes du Sud cet ordre est renversé, tandis que dans les latitudes tropicales, où les saisons sont loin d'être aussi marquées, leur distribution est en grande partie arbitraire.

(1) Cosmos, t. X, p. 323-398 (1857).

Page 1