CHAPITRE VI
EFFETS DE LA FOUDRE SUR LES TÉLÉGRAPHES ÉLECTRIQUES ET SUR LES CHEMINS DE FER
Sommaire. — Electricité non orageuse. Electricité orageuse. — De l'influence do l'électricité en mouvement sur l'électricité naturelle du conducteur. — ElTets produits par la foudre sur les fils télégraphiques aériens et souterrains. — Effets produits aux stations, sur les appareils, sur les poteaux. — Accidents observés sur l'homme et sur les animaux. — Effets de la foudre sur les chemins de fer, rails, aiguilles, wagons, machines, voyageurs.
Electricité non orageuse. Son action sur les fils. — L'électricité atmosphérique peut agir sur les fils télégraphiques d'une façon très-manifeste même en dehors des temps d'orage. Si une longue hgne de fils télégraphiques parcourt des points oii l'électricité atmosphérique n'est pas partout la même, on pourra en voir des effets directs sur les appareils. On sait qu'une simple différence dans l'élévation est accompagnée d'un changement dans l'état électrique. Un conducteur métallique élevé dans l'espace au moyen d'un cerf- volant, peut donner des étincelles positives en dehors du temps d'orage; on conçoit qu'une ligne télégraphique qui passera sur des sommets élevés sera parcourue continuellement par un courant qui ira des points les plus élevés aux points les plus bas.
Un courant peut encore se produire sur un long fil télégraphique quand à une des extrémités le temps est parfaitement pur, et qu'à l'autre la vapeur se précipite sous la forme de brouillard, ou bien quand une averse, un orage, une chute de neige se montrent à l'autre extrémité ou sur un point de la longueur. Ces courants ont pu se montrer assez puissants pour mettre en mouvement l'appareil indicateur.
Électricité orageuse. — L'électricité orageuse agit sur les fils de deux manières :
1« Par induction, sans aucun transport du fluide du nuage à l'appareil ;
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2^ Directement, c'est-à-dire que la foudre elle-même frappe le corps conducteur.
L'induction a lieu de deux façons : tantôt un nuage orageux, qui cependant ne lance pas d'éclairs, agit à distance sur le fil télégraphique ; tantôt le nuage orageux lance des éclairs; l'électricité est alors dynamique, et chaque éclair agit sur le fil, à une distance souvent considérable. Examinons successivement chacun de ces cas :
I. U électricité naturelle du fil télégraphique est sujette à être troublée par l' induction électrique ordinaire d'un nuage à distance. — Supposons, dit M. Henry, un nuage orageux chassé par le vent dans une direction telle qu'il coupe une des extrémités de la ligne du télégraphe à une hauteur d'un mille (1,609 mètres) par exemple ; pendant tout le temps que durera l'approche du nuage vers le point de sa route directement au-dessus du fil, la répulsion de l'excès d'électricité avec laquelle il est chargé repoussera constamment de plus en plus l'électricité naturelle du fil aux extrémités les plus distantes de la ligne et donnera ainsi naissance à un courant. Lorsque le nuage sera arrivé au point le plus voisin du fil, le courant cessera pour un moment, et comme la répulsion diminuera graduellement par l'éloignement du nuage, l'électricité naturelle du fil reviendra successivement à son état normal, en donnant naissance à un courant en di* rection opposée. Si le nuage était chassé par le vent parallèlement à la ligne du télégraphe, il se produirait un courant vers chacune des extrémités du fil, et ces courants varieraient constamment en intensité avec les différentes positions du nuage. Quoique les courants produits par ce moyen puissent être trop faibles pour mettre en mouvement l'appareil indicateur, ajoute M. Henry, cependant ils peuvent avoir une force suffisante pour influencer l'action du courant de la batterie, de manière à intervenir dans la manœuvre régulière de la machine.
Suivant M. Baumgartner, on peut regarder comme étabU par l'expérience que lorsque les nuages orageux marchent, s'ils sont à une grande distance de la ligne télégraphique, l'aiguille de Tindicateur est déviée d'une manière constante;
le sens de la déviation varie avec la nature électrique du nuage et la direction que suit ce nuage, relativement au conducteur. Si le nuage s'approche de la station, la déviation de l'aiguille persiste ; mais aussitôt que le nuage s'éloigne, la déviation a lieu en sens contraire. Ces effets proviennent très -probablement de l'induction opérée par le nuage orageux.
II. De puissants courants électriques se produisent dans les fils du télégraphe par chaque coup de tonnerre qui a lieu à une distance d'un grand nombre de milles de la ligne, par l'action de V induction dynamique; ces courants, comme le remarque M. Henry, diffèrent de l'action qui vient d'être décrite en ce qu'ils sont le résultat de l'influence.
De l'électricité en mouvement sur l'électricité naturelle du conducteur. — L'effet de cette induction, qui est !a source la plus abondante de perturbation, devient plus évident par l'exposé de quelques expériences qui sont dues à M. Henry, et quïl a présentées à la Société philosophique américaine de Philadelphie en 1843.
Un fil de cuivre a été suspendu à des cordons de soie autour du plafond d'une chambre, dans un étage supérieur, de manière à former un parallélogramme d'environ 60 pieds sur 30 sur les côtés ; dans la cave du môme bâtiment, immédiatement au-dessous, on a placé un parallélogramme présentant les mêmes dimensions. Lorsqu'on faisait passer l'étincelle d'une machine électrique à travers le parallélogramme supérieur, un courant d'induction se manifestait dans le second, et ce courant était assez fort pour aimanter des aiguilles, quoiqu'il y eût deux planchers dans rintervaile el que les conducteurs fussent séparés par une distance de 30 pieds. Dans cette expérience, aucune électricité ne pas sait à travers les planchers d'un conducteur à l'autre, l'effel était entièrement dû à l'action répulsive de l'électricité er mouvement dans le fil supérieur sur l'électricité naturelle di fil inférieur.
Dans une autre expérience, deux fils d'environ 400 piedf de longueur ont été tendus parallèlement Tun à l'autre, entr<
deux bâtiments ; une étincelle électrique, qu'on a fait passer à travers l'un d'eux, a produit un courant dans l'autre, quoique les fils fussent séparés entre eux par une distance de 300 pieds, et enfin on a conclu de toutes les expériences que la distance pouvait être accrue indéfiniment, pourvu que les fils fussent allongés dans un rapport correspondant.
On démontre que le même effet est produit par l'action répulsive de la décharge électrique des cieux, à l'aide de la modification suivante dans la disposition précédente. On a enlevé l'un des fils, l'autre a été allongé à une des extrémités, de manière à passer dans le cabinet de M. Henry, de là à travers la fenêtre d'un cellier, enfin dans un puits adjacent. A chaque coup de tonnerre qui s'est fait entendre dans les cieux, sur une surface de 20 milles autour de Princeton, des aiguilles ont été magnétisées dans le cabinet par le courant d'induction développé dans le til. Le même effet s'est produit en soudant un fil au toit métallique de la maison et en le faisant descendre dans le puits ; à chaque coup de tonnerre, il s'est produit une série de courants en directions alternatives dans le fil.
M. Henry a été aussi conduit, d'après ces résultats, à conclure que des courants d'induction doivent circuler dans la ligne de la voie de fer, et c'est ce qui a été vérifié : des étincelles ont été aperçues aux lacunes dans la continuité des rails en fer, à chaque éclat d'un nuage orageux à distance.
De semblables effets, mais à un degré plus fort, doivent se produire dans le fil du télégraphe à chaque décharge du ciel, et les phénomènes dont M. Henry a été témoin, le 19 juin 1846, dans le bureau du télégraphe de Philadelphie, étaient, assure-t-il, de ce genre. Au milieu du mouvement pour transmettre les nouvelles du congrès de Washington à Philadelphie, et de là à New-York, l'appareil commença à fonctionner irrégulièrement. L'opérateur, à chaque extrémité de la Hgne, annonçait en même temps un orage à Washington et un autre à Jersey-City. La portion du circuit du télégraphe qui entrait dans le bâtiment, et était en communication avec l'un des pôles de la batterie galvanique, passait par hasard à une distance moindre d'un pouce du fil qui
servait à établir la communication de l'autre pôle avec la terre. A travers cet espace on voyait, à un intervalle de quelques minutes, passer une série d'étincelles qui se succédaient avec rapidité, et lorsqu'un des orages approcha suffisamment de Philadelphie pour qu'on pût apercevoir les éclairs, on observa que chaque série d'étincelles apparaissait simultanément avec chaque éclair du ciel. Maintenant, ajoute M. Henry, on ne peut pas supposer un seul moment que le fil ait été frappé réellement par la foudre au moment de l'apparition de l'éclair, et qui plus est, on a observé que les étincelles se produisaient lorsque le nuage orageux et les éclairs étaient encore à'^plusieurs milles à l'est de la ligne du fil. La conclusion inévitable est que la manifestation de tous ces phénomènes électriques était simplement un effet d'induction ou une simple perturbation dans l'électricité naturelle du fil à distance, sans aucun transport du fluide du nuage à l'appareil. La décharge entre les deux portions du tll continua pendant plus d'une heure; au bout de ce temps elle devint tellement énergique, que le directeur, alarmé pour la sécurité du bâtiment, crut devoir mettre le long fil en communication avec les tuyaux à gaz de la ville et transmettre ainsi le courant sans bruit à la terre. On avait lieu d'être surpris de la quantité et de l'intensité du courant. On sait que pour affecter un galvanomètre ordinaire avec de l'électricité ordinaire il faut la décharge d'une forte batterie ; mais telle était la quantité du courant induit qui s'est manifesté dans cette occasion, que l'aiguille d'un galvanomètre vertical ordinaire à fil court, et en apparence d'une sensibilité médiocre, était mue de plusieurs degrés. La vivacité de l'étincelle était également très-considérable. Lorsqu'une légère solution de continuité était pratiquée dans le circuit et que les parties étaient mises en communication par le pouce et l'index, la décharge transmise à travers la main affectait le bras jusqu'à l'épaule. M. Henry dit avoir appris du directeur que, dans une autre occasion, une étincelle a passé audessus de la surface du fil enroulé autour des branches du fer à cheval de l'aimant, à angle droit avec ses tours, et telles étaient son intensité et sa quantité,, que tous les fiis qu'elle a
ainsi croisés ont été fondus dans des points placés sur une même ligne droite, comme s'ils eussent été coupés par un couteau Irès-affilé.
Mais fréquemment la foudre elle-même atteint directement les fils télégraphiques, ainsi que l'attestent la rupture, la fusion de ces fils, et surtout la lacération et le brisement des poteaux. Dans un cas de ce genre on entendit le long du fil une succession d'explosions vives ressemblant aux bruits rapides de délonations d'armes à feu déchargées les unes après les autres. Maintes fois enfin, on a vu le météore s'élancer sur ces fils, courir sur leur longueur comme un ruisseau de feu ou les frapper sous la forme d'un globe enflammé; en voici deux exemples :
Le 9 juillet 1855, vers onze heures du matin, une décharge électrique a eu lieu sur les fils télégraphiques du chemin de fer de Paris à Orléans, à 400 mètres environ de la station de Château-Gaillard, vers Artenay, à 7 kilomètres de la magnifique ferme de la Grange, incendiée au même instant par la foudre. Trois poteaux ont été brisés, et les supports en porcelaine ont volé en éclats sur la voie. Le fluide, parcourant les fils, est entré dans le bureau du chef de gare en faisant une explosion épouvantable. Son cours a été arrêté par le paratonnerre, dont il a noirci et quelque peu émoussé les dentelures de la touche de terre, sans pourtant les avoir endommagées. Les aiguilles des deux boussoles ont été mises hors de service. Le télégraphe, étant isolé au moment du foudroiement, on n'a eu à constater aucune suite fâcheuse.
Le cantonnier a ressenti dans sa maison, située à peu de distance, une violente commotion, et il a vu, dit-il, un globe de feu tomber sur les fils (1).
Dans une lettre adressée à M. le professeur Pouillet par M. del'Espée, nous trouvons les renseignements suivants sur un coup de foudre qui eut lieu sur la ligne télégraphique de Rouen (2).
Le 17 mai 1852, vers 5 heures, le chef de la station de
(1) Constitutionnel du 14 juillet 1855.
(2) Comptes rendus, t. XXXV (1852).
Beuzeville reçut du Havre, qui est à 25 kilomètres, l'avis télégraphique que, le temps étant très-nuageux, il y avait lieu de mettre son appareil en communication avec le sol. Il le fit, quoiqu'il n'y eût pas alors d'orage à portée. Peu après, un vent violent s'éleva, des nuages épais s'amoncelèrent et comme il ne tombait pas une gouLte de pluie, le chef de la station crut que l'orage passerait pour aller tomber plus loin et il continua le chargement d'un wagon de plâtre. A ce moment il était plus de 5 heures, 3 coups de tonnerre violents se succédèrent à peu d'intervalle ; au troisième, la foudre tomba derrière une ferme, à 1 kilomètre environ de la station ; des arbres masquèrent le point où la brillante et forte décharge atteignit le sol. Mais au môme moment on vit sortir jaiUissant de derrière les arbres, un globe de feu de la grosseur apparente d'un petit obus, d'une couleur rouge brun, décrivant une trajectoire allongée, laissant derrière lui une traînée de vive lumière, marchant avec une vitesse modérée que l'œil suivait trèsfacilement , suivant une courbe régulière et paraissant, d'après sa direction apparente, devoir dépasser la station sans s'y arrêter. Le mouvement de ce globe, la vive lumière qu'il laissait derrière lui le faisaient ressembler à un projectile à fusée tiré dans une école de nuit. On se le montrait avec admiration quand on le vit se poser, comme un oiseau, sur les fils électriques, à une centaine de mètres de la station. A ce moment il disparut et toutes lumières avec lui, avec la rapidité de la pensée. Il ne laissa aucune trace sur les fils ni au-dessous ; mais, à la station, on observa plusieurs phénomènes intéressants que nous inscrirons bientôt. Aucune odeur sulfureuse ne se répandit. Après ce coup, la pluie d'orage tomba avec violence, et il n'y eut plus rien de remarquable. La femme du chef de station, fut très -effrayée, mais ne ressentit aucune secousse, ni effet physique quelconque et son mari resta persuadé que, sans la mise en communication de son appareil avec le sol, il y aurait eu de grands effets de foudre dans son établissement.
Les faits contenus dans la relation que M. de Lalande a communiquée à l'Académie des sciences sur le même événement diffèrent peu des précédents.
Plusieurs circonstances expliquent la fréquence des coups de foudre sur les fils télégraphiques ; ils sont portés sur des poteaux plus ou moins élevés, très-souvent isolés sur une vaste plaine, sur un point et loin de tout objet qui pourrait les dominer; en outre, par suite de leur grande longueur, ces fils se trouvent en rapport avec de nombreux points de la surface de la terre et sont dès lors plus exposés à recevoir la décharge électrique; enfin, par suite encore de la grande longueur de ce conducteur, comme le remarque M. Henry, faction répulsive de l'électricité libre du nuage doit repousser plus vivement et plus aisément l'électricité naturelle du conducteur jusqu'à l'extrémité de la ligne, en rendant ainsi plus intense la condition négative de la portion la plus voisine du fil et par conséquent augmentant l'attractioii du métal pour l'électricité libre du nuage.
La foudre qui frappe le fil télégraphique peut-elle s'élancer non du nuage orageux mais du rail lui-même? M. Bréguet parait disposé à l'admettre. « A raison dit-il, de la quantité énorme de métal dont un chemin de fer est formé et de l'étendue de sa surface, il se peut que le chemin, au moment d'un orage, soit le siège d'une tension électrique très-intense, et que le fluide aille se décharger sur les fils du télégraphe, car ils ne sont éloignés des rails, des tuyaux, des aiguilles que de 3 ou 4 mètres. M. Bréguet croit, en particulier, que l'explosion qui atteignit le télégraphe électrique au Vésinet partit du chemin de fer.
La foudre qui frappe le fil télégraphique, tantôt s'enfonce rapidement en terre en suivant un ou plusieurs poteaux; mais souvent elle suit en totalité ou en partie le fil conducteur, dans une longueur quelquefois considérable; elle peut alors atteindre les appareils ou même les employés loin de l'endroit oii l'orage a éclaté, c'est ce qui nous paraît avoir eu lieu dans les cas suivants.
Le 17 août 1847 un orage éclata à Olmiitz; et à dix milles de là (18 Heues environ) à Friebitz, un ouvrier employé à tendre les fils reçut un coup si violent qu'il chancela de quelques pas en arrière et sentit aux doigts qui avaient été en contact avec les fils une douleur brûlante, comme s'ils
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avaient touché un corps très-chaud. En ce moment le ciel était tout à fait serein à Friebitz (Baumgartner).
Le 25 du même mois, un violent orage s'abatit sur Olmiitz, et la foudre fracassa un poteau près de Brodek. Une partie de la décharge gagna la terre par Tintermédiaire du poteau mais une autre pariie suivit le fil vers Prager-Bahn; de ce côté, le fil n'était pas encore en place, mais aboutissait dans un hangar à w^ngons, près d'une gouttière en fer-blanc; et ce fil présenta à son extrémité un globule de fusion. La matière fulminique s'était sans doute élancée de l'extrémité libre du fil sur la gouttière.
Le 19 juillet 1847, la foudre atteignit près de Bruck, le télégraphe électrique, et endommagea une vingtaine de poteaux, à 3 milles (6 lieues) de là, près de Marein, et un des paratonnerres, élevé le long des poteaux, eut sa pointe fondue î La matière fulminique avait sans doute parcouru cette longue étendue.
Au mois de juillet 1855, la foudre atteignit et pulvérisa un énorme poteau, à une lieue de Pontoise et suivit sur un long parcours les fils du télégraphe; elle se dissipa sans causer d'autres dommages.
En mai 1846, la foudre atteignit le fil télégraphique qui, soutenu par un mât, passait au-dessus de la rivière Hackensack (États-Unis). Le fluide suivit la direction du fil des deux côtés, sur une longueur de plusieurs milles, en renversant plusieurs poteaux de supports. (Jos Henry.)
Effets sur les fils télégraphiques aériens. — Lorsque la foudre s'abat sur les fils télégraphiques, ils restent quelquefois intacts, quoique les poteaux soient plus ou moins endommagés, ainsi : le 9 juillet 1847 le météore fracassa trois poteaux sans endommager le fil, entre Kindberg et Krieglach (Baumgartner) ; parfois alors les fils soutiennent les parties supérieures des poteaux brisés ou déchiquetés.
Mais souvent les fils sont rompus ou fondus sur une longueur d'ailleurs variable. Lors de l'accident du Vésinet, les fils conducteurs d'un diamètre de â/!0 à 5/10 de millimètre tombèrent en morceiiux tellement chauds qu'ils laissèrent
des traces de brûlure sur des pièces de bois qui les reçurent. (Bréguet.)
Lorsqu'en 1852, la foudre endommagea le télégraphe électrique de Cologne à Minden, le fil de cuivre pour la correspondance courante fut fondu en dix places sur une étendue de 160 verges; et le fil de fer destiné à la correspondance locale plus épais que celui de cuivre fut fondu dans une longueur d'environ 100 verges. (Minckwitz.)
Janniart écrit que le 7 août, se trouvant à Sèvres, à la gare du chemin de fer rive droite, il a entendu les fils métalliques, du télégraphe électrique rendre un son continu.
Effets sur les pis souterrains. — M. Jacobi eut le premier ridée de placer les fils télégraphiques sous terre, de les envelopper de tube de gutta-percha, et de les renfermer dans des tubes de plomb. C'est en Prusse qu'on fit les premières applications de ce système, puis en Saxe et en Autriche; mais aujourd'hui on a complètement abandonné ce mode de transmission à cause des nombreux inconvénients qu'il présente.
Ces fils souterrains ont été plus d'une fois influencés par les orages, et l'enveloppe métallique ajoutant ses effets à ceux du fil lui-même devait précisément aider à la conduction de l'électricité des orages vers les extrémités du fil (Gloesmer).
Effets produits aux stations et sur les appareils.
— La matière fulminique qui pénètre dans les postes télégraphiques y produit souvent de vives détonations. Ainsi, lors de l'accident observé à Orléans, la foudre qui avait parcouru le fil télégraphique arriva dans le bureau du chef de gare en faisant une explosion épouvantable ; son cours fut heureusement arrêté par le paratonnerre.
Lorsqu'en 1851, la foudre s'écoula sur le fil télégraphique entre Boston et Providence, on entendit dans les deux postes des décharges aussi fortes que celles de coups de pistolet.
Ce fut encore comme la détonation d'un fort coup de pistolet qui retentit dans le poste du Vésinel, en 1847. Une vive
lumière se montra au même moment le long des conducteurs fixés aux parois de la cabane.
D'autres fois le bruit qui annonce l'arrivée du courant fulminique est un bruit de cliquetis, de crécelle, dû à la rotation de l'aiguille.
Lorsque le météore pénétra dans une des stations entre Brunswick et Hanovre, l'employé entendit une sorte de bruit de crécelle qui l'effraya beaucoup.
Et dans le poste de Beuzeville les aiguilles tournèrent rapidement avec un bruit strident comme celui d'un tournebroche se lâchant tout à coup ou comme une meule aiguisant rapidement un fer d'où jaillirait des étincelles. Il en sortait en effet, en grand nombre, des aiguilles de l'appareil.
Le cliquetis entendu par M. Maillot, a dû être produit par l'appareil récepteur, dont l'aiguille, à chaque éclair prononcé, avance d'un ou plusieurs points et pourrait même, dans la circonstance de Beuzeville, avoir produit un mouvement de rotation assez prolongé.
Parfois les altérations affectent surtout l'appareil des aiguilles; ainsi :
A Beuzeville, l'une des aiguilles de l'appareil, celle du côté de Rouen, resta affolée; toutes les vis de cette partie de l'appareil furent dévissées, et sur le cadran de cuivre, près du pivot de l'aiguille, on remarqua un trou à faire passer un grain de blé ; l'autre partie de l'appareil ne subit aucune altération. L'aiguille du Havre conserva sa marche régulière ; son cadran, les vis, etc., restèrent intacts.
Dans le bureau du chef de gare, son cours fut arrêté par le paratonnerre, dont il noircit et émoussa quelque peu les dentelures de la touche de terre, sans pourtant les endommager.
Les lésions si variées des appareils télégraphiques troublent nécessairement et de diverses manières leurs fonctions. Si, par exemple, l'électricité a violemment agi sur les fils de l'électro-aimant, les a rougis sans les briser ni les fondre, les cylindres de fer fortement aimantés gardent une quantité de magnétisme suffisante pour altérer l'usage des appareils ; mais si le fil est rompu, coupé ou fondu, l'appa-
reil est hors de service ; heureusement qu'il est aujourd'hui facile de le remplacer rapidement ; ainsi, dans l'appareil de M. Bréguet, il suffit de desserrer la bande de cuivre qLii maintient les bobines sur l'aimant, pour enlever le tout et substituer un aulre électro-aimant ou d'autres bobines.
La lésion la plus fréquente est celle du fil des électro-aimants ; souvent, en effet, ils sont rompus, coupés, brûlés, fondus en globules et projetés de tous côtés avec bruit. Ainsi, au Vésinet, les fiis des divers électro-aimants furent rompus.
Lors du coup de foudre qui atteignit en 1852 le télégraphe de Cologne à Minden, deux ou trois spirales du fil de cuivre de l'un des électro- aimants furent brisées.
En juin 1853, l'étincelle foudroyante ayant pénétré dans un des postes télégraphiques à Hambourg, on trouva les fils du multipKcateur en partie fondus en globules.
Dans les expériences faites en 1845, entre Paris et Rouen, il arriva que, pendant un orage, le iii de l'électro-aimant de l'appareil de Rouen fut fondu et le métal appliqué sur le fer de l'électro-aimant; on avait négligé d'interrompre les communications après la cessation des expériences.
Et dans un cas observé à Philadelphie, une étincelle ayant paru au-dessus de la surface du fil enroulé autour des branches du fer à cheval de f aimant, à angle droit avec ses tours, tous les fiis qu'elle croisa ainsi furent fondus dans des points placés sur une même ligne droite, comme s'ils eussent été coupés par un couteau bien affilé.
Le 27 mai 1859, à l'approche d'un nuage très-orageux, à Tonnerre, l'employé du télégraphe, privé de paratonnerre, reliait ses fils à la terre, quand une étincelle de forte dimension apparut au sein d'une des boussoles de sinus, éclaira vivement le poste, et fit entendre un bruit violent. Toutes les spires de la bobine de la boussole avaient été brûlées au même point, au milieu de l'instrument ; le verre du couvercle avait volé en éclats ; sa partie supérieure avait été projetée perpendiculairement au plafond, avec une telle violence qu'elle y marqua son empreinte; par suite de la rupture du fil de la boussole, le fluide électrique ne trouvant plus qu'un
conducteur très-imparfait, se précipita sur le mur voisin, rencontra probablement le fil de terre, rompit un seul des fils de la bobine du récepteur en rapport avec ce fil de terre, et disparut. Il ne paraît pas que la foudre soit tombée sur la ligne et qu'elle ait suivi les fils pour pénétrer dans le poste ; on aurait eu affaire à un simple choc en retour ; les fils étaient fortement chargés d'électricité par la présence du nuage orageux, le fluide a suivi le conducteur dès que le nuage s'est déchargé sur un autre point (1).
Effets sur les poteaux. — Les poteaux ou piliers qui supportent les fils sont souvent rompus, renversés, fendus, éclatés ou déchiquetés, et parfois sont divisés en filaments ou en copeaux qui ordinairement restent adhérents par leur extrémité inférieure et divergent en haut comme s'ils avaient été détachés de haut en bas à l'aide du ciseau et du marteau. Ce dommage atteint tantôt le sommet des poteaux et parfois toute leur longueur, en sorte qu'ils sont mis hors d'usage et doivent être immédiatement remplacés. Mais il est une lésion qui mérite une mention spéciale, il s'agit de sillons en hélice tracés sur toute la longueur ou sur une partie seulement de la longueur des poteaux; ils paraissent ordinairement avoir été faits par un instrument tranchant, rarement ils sont colorés en brun-noir comme s'ils étaient légèrement carbonisés. L'hélice fait parfois jusqu'à trois tours. Yoici deux exemples de cette lésion :
Vers l'année 1849, la foudre tomba sur le fil télégraphique entre Brunswick et Hanovre : les poteaux, de 6 pieds de longueur, étaient coiffés d'une calotte en porcelaine destinée à retenir et à isoler le fil. Trois d'entre eux, les n*^' 0,80, 0,792 et 0,794, furent endommagés de telle sorte que de longs éclats leur furent enlevés sur une ligne en hélice qui allait de gauche à droite et faisait trois tours. Le sillon commençait à i pied au-dessous de la porcelaine et se terminait à 1 ou 2 pieds au-dessus du sol.
Les poteaux, 0,796 et 0,798 ne présentaient aucune trace du météore (Goldschmidt).
(1) Cosmos, t. XV, p. 226 (1859).
En 1852, la foudre atteignit le fil télégraphique entre Cologne et Minden. 9 poteaux furent endommagés et durent être remplacés. Ils étaient fendus en hélice depuis leur sommet jusque près du sol. La largeur des sillons variait et allait jusqu'à 3 pouces; sur leur longueur le bois était sain et frais, un seul excepté où le bois était d'un brun noir. Ici encore les poteaux endommagés ne se suivaient pas sans interruption (Minckwitz). Une lésion semblable avait été. remarquée un peu auparavant sur le trajet de Bonn à Cologne.
Le nombre des poteaux endommagés est parfois considérables, ils étaient au nombre de 8 sur la hgne de Philadelphie à New- York en 1846; de 9, sur la ligne de Cologne à Minden en 1852;
Dans la nuit du 18 au 19 juin 1847, entre Brunn et Raigern, 11 poteaux furent endommagés ; 2 étaient entièrement fracassés (Baumgartner).
Le 19 juillet 1847, dans le voisinage de Kindberg, 15 poteaux furent brisés; 12 purent encore servir, les 3 autres durent être remplacés (idem).
Enfin le 1*^^ juillet 1851, la foudre atteignit le télégraphe entre Boston et Providence et circula dans les deux directions sur une longueur de plus d'un kilomètre; presque tous les poteaux, au nombre de 28, furent renversés ou brisés (Rice).
Le plus ordinairement les piliers endommagés ne se suivent pas et sont séparés par des piliers demeurés intacts.
Ce phénomène a été constaté en 1847 entre Brunn etRaigern; en 1849, entre Brunswick et Hanovre.
Lors de l'accident du 9 juillet 1847, entre Kindberg et Krieglach, des 3 piliers fracassés, l'un se trouvait placé avant le pont de Wartberger et les deux autres de l'autre côté; les piliers placés sur le pont même n'éprouvèrent aucun dommage (Baumgartner)
Plusieurs poteaux contigus peuvent être endommages mais les plus gravement atteints sont parfois séparés par d'autres qui le sont à un moindre degré, ainsi :
Le 19 juillet 1847, près de Bruck, la foudre détruisit entièrement les poteaux 174, 175 et 176, et n'endommagea que
légèrement les poteaux 172, 173, 177 et 178 (Baumgartner).
Mais une circonstance fort remarquable à noter, c'est que parfois les piliers endommagés alternent régulièrement avec ceux qui sont restés intacts, ainsi :
Sur la ligne de Philadelphie à New-York, 8 poteaux furent endommagés et renversés ; mais les poteaux impairs avaient échappé à la décharge (Henry).
Un phénomène semblable s'était déjà présenté, quoique d'une manière un peu m.oios mar(|uée en mai 1846. La foudre frappa la portion élevée du fil qui est portée par un mât au lieu oij le télégraphe traverse la rivière de Hackensack (États-Unis). Le iluide suivit la direction du iil des deux côtés, depuis le point qui reçut la décharge, sur une longueur de plusieurs milles, en renversant et endommageant un grand nombre de poteaux.
D'où vient que, parmi les poteaux, les uns sont épargnés et les autres endommagés par la décharge électrique; c'est ce que nous ignorons faute d'observations assez nombreuses et assez détaillées. La nature, le degré d'humidité de la portion du sol où chaque poteau est implanté doivent jouer sans doute ici un certain rôle ; et par exemple, les poteaux qui se trouvaient sur le pont de Wartberger et qui furent épargnés n'étaient pas plus isolés que ceux qui avant et après le pont étaient enfoncés dans un terrain probablement plus bumide.
M. Henry est assez disposé à voir dans ce phénomène un effet de la manière dont se comporte le courant électrique lui-même.
Accidents observés sur les hommes & sur les animaux. — Le courant électrique qui parcourt les fils de la hgne peut occasionner quelques accidents chez l'homme, ainsi :
Lors des expériences de télégraphie faites à Paris en 1845, la charge électrique du fii conducteur devint tellement puissante qu'un jeune homme en le touchant reçut une violente commotion ; toutefois la transmission du message ne fut pas troublée par cette circonstance fortuite.
Des ouvriers en arrangeant pendant un temps orageux les fils télégraphiques sur la ligne au nord de Vienne, ressentirent de violentes crampes; et sur la ligne du sud, un sousinspecteur avait souvent éprouvé des secousses plus ou moins violentes au moment oià, à l'approche de l'orage, il prenait la précaution d'interrompre le circuit (Baumgartner). La foudre elle-même qui suit les fils de ligne, les fond, les brise en maints endroits, renverse et fracasse les poteaux, pourrait certainement s'élancer sur l'homme qui se trouverait malheureusement près de là. Aussi en temps d'orage, est-il prudent de se tenir à certaine distance de ces fils conducteurs.
Un fait qui trouve naturellement sa place ici et mérite d'être rapporté, c'est qu'on a vu souvent en temps d'orage, un grand nombre de petits oiseaux suspendus par les ongles aux fils de ligne. Ils avaient sans doute été instantanément tués par une décharge directe, ou par un courant induit d'un nuage plus ou moins distant, au moment où ils se reposaient sur ces fils.
Quand aux accidents qui atteignent les personnes dans le poste télégraphique même, ils ont été assez fréquents. Ce sont des secousses, des coups violents, c'est une paralysie partielle et momentanée ; ce sont aussi de légères blessures ; mais nous ne connaissons aucun individu tué en pareille circonstance.
L'employé du Vésinet reçut une forte secousse dans tout le corps.
En 1854, le buraliste de la station de Rueil qui au moment de la décharge tournait le dos à l'appareil, reçut dans cette région comme un très-violent coup de poing.
La foudre qui, en 1852, endommagea si gravement le fil télégraphique entre Cologne et Minden pénétra dans une des stations, brisa la fenêtre et quelques boiseries et renversa sur le sol le surveillant, sans lui faire d'autre mal. Une circonstance explique en grande partie cet accident ; c'est que le fil télégraphique se trouvait accidentellement en communication avec le fil de fer des lattis du plafond et des parois (Minckwitz).
Sestier I — 26
Le 13 juin 1854, un violent orage s'abattit sur Auch et la foudre tomba sur plusieurs points delà ville et des environs. Le fluide électrique ayant pénétré dans le bureau du télégraphe renversa remployé et le planton de service, mais sans leur faire aucun mal; une dépêche que ce dernier tenait à la main fut brûlée en partie.
Nous avons dit que vers l'année 1849, la foudre endommagea l'appareil télégraphique entre Brunswick et Hanovre, et dans une des stations, les fenêtres furent brisées et l'employé tomba sans connaissance; quand il revint à lui, il éprouvait une vive douleur dans les jambes qui étaient devenues très-enflées : l'un de ses bras était paralysé. A la station suivante, à 0, 850 de mille de la précédente, le surveillant fut renversé de son siège et ne put parler pendant une demiheure (Goldschmidt).
Enfin, lors de l'accident arrivé à la station de Dijon, en juin 185^, et qui affecta surtout les commutateurs-paratonnerres, plùsieiH's étincelles traversèrent en zigzag la chambre du poste télégraphique ; l'une d'elles, franchissant un intervalle de plus de 60 centimètres, s'élança sur le sourcil droit de l'employé de service, le tit reculer de quelques pas sans lui faire cependant aucun mal.
Une circonstance à rappeler, c'est que de tels accidents, et qui pourraient être beaucoup plus graves encore si l'on ne prenait certaines précautions dont nous parlerons, ont parfois lieu à des distances considérables de l'endroit même où l'orage éclate et peuvent surprendre les employés du télégraphe au moment où ils s'y attendent le moins.
Effets de la foudre sur les chemins de fer. — Rails, aiguilles, iw^agons, machines, voyageurs. —
Le tluide électrique parcourt souvent les rails pendant les orages et s'y manifeste sous diverses apparences lumineuses ; c'est une liamme qui passe rapidement et à plusieurs reprises ; ce sont, à chaque jointure, des étincelles accompagnées de pétillements, de craquements. Quelquefois même le remorqueur et les wagons paraissent tout en feu, et l'on ne s'en approche qu'en s'exposant à recevoir de fortes se-
cousses OU un choc violent. Voici quelques faits à l'appui de ces assertions :
Pendant un orage, au mois de juillet 1854, les cantonniers du chemin de fer sous les petits tunnels au bas de Talant, près de Dijon, virent passer, six fois de suite, la flamme électrique sur les rails sans qu'eux-mêmes, quoique placés très-près de la voie, éprouvassent aucune commotion.
M. Henry cite plusieurs cas où des étincelles furent aperçues aux lacunes dans la continuité des rails.
M. Jobart rapporte que, le 21 juin 1841, vers 6 heures et demie du soir, un garde du chemin de fer, à la station de Malines, aperçut une lumière brillante à chaque jointure de rails. Cette lumière faisait entendre un bruit très-distinct comme une espèce de pétillement, de craquement. Elle n'avait lieu que sur la ligne de Gand à Liège. Un remorqueur et quelques wagons qui se trouvèrent sur cette voie, parurent un instant tout en feu. De brillantes gerbes de lumière jaillissaient de tous les angles. S'étant approchés de ces wagons, le garde du chemin et un de ses camarades furent trèsétonnés d'éprouver une forte secousse avec un choc violent qui faillit renverser l'un d'eux. Le phénomène lumineux dura environ 5 minutes.
Les phénomènes dont nous venons de parler sont dus le plus ordinairement à l'induction ; mais parfois c'est la foudre elle-même qui tombe sur un rail ; tantôt alors elle disparaît instantanément dans le sol , mais d'autres fois elle suit le rail sur une longueur plus ou moins grande, et peut occasionner de graves accidents, même assez loin de Tendroit où elle est tombée.
Le déplorable effet suivant a eu lieu, au mois de juin 1846, sur la ligne du chemin de fer de Marseille à Avignon, à peu de distance d'Arles. La pluie tombait avec assez d'abondance, mais il ne tonnait pas quoique l'air fût chargé d'électricité. Les ouvriers employés aux travaux du chemin de fer, s'étaient, au nombre de 24, abrités dans une maison de garde, aux environs de laquelle aboutissait pour le moment la ligne de fer venant de la Durance. Tout à coup, sans qu'on eût entrevu le moindre éclair, une explosion eut heu.
Le fluide électrique, tombé sur le rail, l'avait suivi jusqu'à la maison du garde. A l'extrémité du rail inachevé, il avait dispersé un monceau de coussinets placés au bord ; puis, ne trouvant sans doute pas un sol assez humide pour y pénétrer, il était entré dans la maison. Là un jeune homme de 22 ans fut frappé de mort. Tous les autres ouvriers furent plus ou moins violemment secoués. Sur 24, 8 reçurent des blessures et des contusions , et un tout jeune homme resta durant une heure plongé dans une complète léthargie.
Les aiguilleurs sont surtout alors exposés à recevoir de violentes secousses ; et par exemple :
Lors de l'accident du Vésinet, en 1847, un employé, que son service appelait au moment de l'explosion à tenir la manivelle qui sert à faire mouvoir une aiguille, reçut dans tout le corps une commotion violente. Les ouvriers dont il était entouré éprouvèrent aussi de vives secousses.
La foudre tombe parfois sur les tvagons, mais ce cas est sans doute très-rare, car nous n'avons pu en recueillir jusqu'à présent qu'un seul exemple :
Dans la nuit du 25 octobre 1854, sur la route de Lyon à Saint-Étienne, dans le voisinage de Saint-Chamond, la foudre cassa-l'un des fils du télégraphe électrique et brisa la roue de l'une des voitures. Ce qu'il y eut de singulier dans cette circonstance, c'est que les voyageurs entendirent simplement un violent coup de tonnerre et ne se doutèrent pas de cette avarie. Le convoi continuait à marcher, lorsqu'on s'aperçut que l'un des wagons avait un mouvement d'oscillation causé par la perte d'un de ses appuis ; il fallut s'arrêter, séparer et placer en dehors de la voie le wagon devenu boiteux. Cette opération se lit difficilement et lentement, car pour surcroît d'embarras le til rompu du télégraphe électrique était justement celui qui étabht la communication entre Lyon et Saint-Étienne, et il n'était pas possible de demander à l'une ou à l'autre de ces villes les secours dont on avait besoin.
Ce n'est qu'après une longue attente que le convoi put continuer sa route jusqu'à Lyon.
Nous ne savons pas si dans le cas suivant la locomotive elle-même a été touchée par le météore.
Le 10 juillet 1847, à 10 heures et demie du matin, la foudre frappa un ouvrier occupé à graisser une locomotive sur le chemin de fer d'Alais ; renversé sur une roue de cette machine, c'est sans doute à sa chute qu'il faut attribuer la blessure qu'il avait au front ; mais il eut les cheveux, les poils des favoris et du scrotum brûlés par la foudre, ainsi que l'ont confirmé les docteurs Serres et Roch (d'Hombres Firmas).
Quant aux voyageurs qui auraient été blessés ou tués dans des wagons, nous n'en connaissons encore aucun exemple, et cela ne nous étonne pas , car généralement aujourd'hui les wagons circulent tout près des fils télégraphiques qui les dominent, reçoivent la décharge et font l'office de paratonnerre, et en admettant que la foudre s'abatte directement sur un wagon, au heu de pénétrer dans l'intérieur, elle se jettera avidement sur toutes les pièces de fer extérieures à la caisse, sur les essieux, les roues, sur les énormes barres de fer qui, en avant et en arrière, soutiennent les tampons, et enfin sur les rails et leurs coussinets qui la conduiront à la terre. On peut donc se considérer presque en sûreté dans un wagon ; il importe seulement de lever les glaces et de ne pas s'appuyer contre les parois de la caisse.