ART. 3. — LÉSIONS GRAVES
1 1. — Ablations — Résections, — La foudre produit parfois des résections et des arrachements.
La lésion peut atteindre la peau, le tissu cellulaire et même une partie de la couche musculaire sous-jacente dans une étendue variable; comme le démontrent les observations suivantes :
Chez un vieillard tué par la foudre, un morceau de peau de deux pouces de long sur un pouce de large fut complètement enlevé de la région antérieure de la cuisse gauche, sans la moindre lésion de la couche musculaire sous-jacente, et sans qu'une goutte de sang sortît de la plaie, comme la chemise qui la couvrait en fournit la preuve (Grome).
M. Rico cite M. Barney à qui la foudre enleva un lambeau de peau depuis la cheville jusqu'à la base du gros orteil.
(1) Un exemple à peu près semblable est rapporté dans les Annales de méde' cine et de chirurgie de Bruges.
(2) Gazette médicale. — Cosmos, t. II, p. 264.
Chez un individu noté par Hooper, la plus grande partie delà peau de la région antérieure delà jamiDe, de la cuisse et du scrotum fut arrachée.
Dans l'intéressante observation du docteur Morand, les muscles de la fesse et de la région voisine de la cuisse furent emportés en grande partie; malgré l'énorme déperdition de substance qui était de six livres environ, on ne trouva dans le lieu ou était arrivé l'accident, ni une seule goutte de sang, ni le plus petit morceau de chair (1).
Quatre chevaux atteints par un coup de foudre, probablement ascendante, furent tués sur le coup : on les trouva tous renversés du même côté, les intestins hors du corps. Ce fait se serait passé le 20 août 1769, près de Rumigny, en Picardie (Richard).
Ces faits donnent un certain degré de probabilité à celui qui a été consigné par Pierre de l'Estoile. Cet historiographe rapporte qu'un soldat des gardes à la porte Saint-Jacques fut atteint par la foudre : « le dit tonnère lui hrusla et emporta le ventre et le coucha mort sur place. »
Nous pouvons citer plusieurs exemples de résection de diverses parties saillantes, pavillon de l'oreille, organes sexuels chez l'homme, etc.
D'après Phayre, chez un homme très-àgé, l'oreille gauche déchirée en plusieurs endroits ne conservait plus que de légères adhérences.
Un berger fut foudroyé le 13 mai 1803, près de Fehrbellin ; on trouva son oreille gauche à quelques pas du cadavre, sur un mouton étendu mort.
La femme qui ensevelit les quatre malheureux tués par la foudre à Everdon, au moment où ils étaient assis sous une haie, dit que leurs fesses étaient horriblement déchirées, que leurs organes sexuels étaient arrachés et déchirés en morceaux comme si de petites barres de fer rougi y eussent été enfoncées en plusieurs places (Wallis) .
Six personnes étaient sous un noyer ; le tonnerre en tua trois et blessa grièvement les trois autres, « comme vous pour-
(1) Voir Foudre ascendante, t. p. 177 et Hist. de l'Acad. des se, p. 38(17oo).
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riez dire, ajoute le comte de Biissy, de rendre un Jiomme digne d'entrer dans le sérail »
Enfin on a vu, dit Louis, un homme à qui la foudre enleva la langue et la mâchoire inférieure. C'est sans doute le même cas qui a été rapporté par quelques auteurs et qui aurait été observé à Cusy, en Savoie.
Les lésions déjà si graves que nous venons de consigner seraient encore de beaucoup dépassées si nous ajoutons foi aux observations rapportées par plusieurs auteurs. Nous ne mentionnons qu'avec une certaine hésitation les faits qui suivent, parce qu'ils ne nous présentent pas un caractère d'irréprochable authenticité. Cependant nous ne pouvons les rejeter entièrement, car personne ne peut encore assigner aucune limite à l'action destructive de la foudre, et comme il est parfaitement constaté que ce terrible agent a coupé en deux des arbres, des poutres et des mâts, nous ne voyons pas qu'il lui soit impossible de produire des effets analogues sur l'homme et sur les animaux.
Ces réserves faites, voici deux des faits dont nous parlons.
Wallis et de la Prade citent deux observations dans lesquelles une épaule aurait été entièrement détachée du tronc.
Le P^ août 1803, r Africaine, de 36 canons, fut frappée de la foudre à Gravesant-Steeple ; des mâts et des vergues en furent atteints. Un des matelots qui carguaient la voile de perroquet, fut coupé en deux par la décharge : « Oneseaman was eut in tivo by discharge » (i).
D'après Sauvan, la foudre aurait emporté la moitié d'un chat à Avignon, et dans un autre cas la foudre aurait emporté la moitié d'une fille! î (2)
Julius Obsequens (3) rapporte un fait plus incroyable encore.
I IL — Lésions semblables à celles que produisent les balles — La foudre occasionne quelquefois
(1) Nantie, Mag., t. XIÎI, p. 27
(2) Toaldo. Observ. météor.
(3) Prodiges, XGVIL
à la surface du corps des blessures qui ont une grande analogie avec une plaie produite par une balle.
Les trois observations suivantes nous en offrent les principaux caractères et doivent attirer l'attention du médecin légiste.
Un enfant de 9 ans, cité par Fabbé Ghapsal, s'amusait entre deux fenêtres et tenait le pied sur les barreaux d'une cage de fer placée sous une table, lorsqu'il fut tué par la foudre ; il portait des souliers fci'rés et c'est par le contact des clous de la chaussure avec un des barreaux de la cage de fer que l'explosion eut lieu. Le barreau présentait une empreinte noire et des traces légères de fusion ; au point de contact avec le soulier, quelques clous avaient été fondus, et la foudre, en suivant un de ces clous, s'était livré un passage au travers de la chaussure, par un trou de la dimension d'un tuyau de plume : le soulier fut mis en pièce. On trouva sous le pied droit, à la base du gros orteil, entre la première phalange et le métatarse, une plaie noire légèrement sanguinolente, offrant une cavité dans les chairs comme la blessure faite par une balle.
Sprengel décrit ainsi la blessure que lui présenta un soldat frappé par la foudre : la jambe droite était tuméfiée, comme sedémateuse, avec quelques taches brunes et livides; sous le talon droit se trouvait une plaie d'un demi- pouce de profondeur, dont les bords lacérés en forme d'étoile étaient renversés en dehors comme dais f ouverture de sortie des plaies par armes à feu.
Enfin, chez un laboureur observé par Davies, outre une brûlure étendue et fort grave du tronc et des membres inférieurs, on voyait au centre du talon gauche un trou semblable à celui que ferait une balle à sa sortie : il se cicatrisa assez promptement.
I IIL — Luxations. — Les luxations sont extrêmement rares chez les foudroyés ; tout ce que nous connaissons à cet égard se réduit aux faits suivants :
Au milieu des désordres observés chez une femme par Morand, nous remarquons une luxation de la hanche gauche.
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avec dilacération et ablation des muscles qui la recouvraient (1).
Sur un berger cité par Wasse et mutilé par la foudre, on trouva, entre autres lésions, une luxation du genou droit.
Et un homme, au rapport de Bergman, aurait éprouvé T( quamdam femoris luxationem. »
I IV. — Fractures. — La foudre occasionne parfois des fractures chez l'homme et chez les animaux : elles ont été observées au crâne, à la face, au tronc et aux membres. Il paraîtrait même que les os d'une grande partie du corps avaient été réduits en esquilles; une circonstance à noter, c'est que dans plusieurs cas de fracture, la peau et les parties molles correspondantes sont restées intactes , phénomène qu'expHque le pouvoir conducteur différent de tous ces tissus.
Parmi les observations que nous allons présenter, il en est qui nous inspirent la plus grande confiance et .établissent positivement le fait de fracture des os par la foudre. Nous n'en dirons pas autant de plusieurs autres dont l'authenticité n'est rien moins que démentie et dont le texte même nous laisse dans le doute sur la nature de la lésion.
A. — Fractures du crâne. — Ebell et Meyer ont décrit une double fracture du crâne chez un jeune garçon, et Schulter a trouvé une lésion semblable chez un homme de 30 ans; nous rapporterons en détail ces intéressantes observations lorsque nous étudierons l'état des cadavres des foudroyés.
M. Pouiilet a vu un homme tué par la foudre et dont « toute la partie osseuse de la tête était brisée, comme elle aurait im V être par cent coups de massue. »
Le Rév. Wasse, recteur d'Aynho, écrivait à Mead que le 3 juillet 1725, près de Mixburg, un berger âgé de soixante ans fut tué dans un champ pierreux. Cinq moutons gisaient morts autour de lui : la partie supérieure de la tête était horriblement fracturée et le genou droit était luxé ; l'oreille droite
(1) HisL de VAcad. des sciences, p. 38 (1755).
était coupée et enfoncée dans îe crâne; du sang coulait de cette région et se répandait sur le soi.
Chez d'Àussac, observé par le docteur Garipuy, le crdne était mutilé à trois travers de doigt au-dessus et un peu en avant de l'oreille gauche; du sang sortit de cette plaie quand on releva le cadavre.
L'un des passagers dont parle Bridgmann eut la tête fracassée (sic) ; la couronne de son chapeau avait été coupée net et emportée,
B. — Fractures des os et des cartilages de la face. — Dans le courant de l'été de 1824, un berger, âgé de 70 ans, fut tué sur une route près de Dusseldorf ; au premier coup il sauta en l'air à hauteur d'homme et tomba renversé sur le sol. A l'examen judiciaire, l'oreille était blessée, la mâchoire inférieure fracturée, et les os du crâne étaient sans doute fracturés, car, en les pressant avec la main, on entendait un certain bruit.
Chez un homme cité par Hooper, le cartilage de l'oreille droite et la cloison du nez étaient brisés.
Deux dents étaient réduites en menues parties chez un homme observé par Desvaux et dont nous parierons plus tard.
G. — Fractures du tronc. — Une fracture du sacrum et du pubis taisait partie de l'effroyable désordre observé par Morand sur une femme atteinte par la foudre.
D. — Fractures des membres. — Le docteur Ouvrard a constaté sur le cadavre d'une personne foudroyée une fracture de l'humérus gauche et une grave blessure du coude droit dont l'épicondyie et répitrochiée avaient été détachés du corps de Fos.
Diemerbroeck rapporte qu'en 1628, un homme ayant été tué par la foudre dans les champs, la plupart des os étaient brisés en petits fragments, la peau et les muscles étant restés intacts, « pluraque ossa minutim confracta erant ; ente cum carne plane illœsa. »
ET SUR LES ANIMAUX. LESIONS Gl
Suivant Toaldo, tous les os d'un malheureux, foudroyé en 1783, furent brisés en mille fragments, les chairs étant restées intactes, « AUcujus hominis fracta fiierimt et commimita ossaomnia, inîacîis carnibus.n
Faisons remarquer que Diemerbroeck et Toaldo ne disent pas avoir été eux-mêmes témoins de ces deux accidents.
E. —Fractures observées chez les animaux.
— Le docteur Holroyd rapporte qu'en 1833, un cheval eut l'épaule brisée par la foudre ; devenu inutile, on le tua peu après. On trouva les muscles qui couvraient l'omoplate tout à fait désorganisés, très-mous et d'une couleur foncée.
Suivant l'assertion de Gossali, un chien foudroyé eut les os fracturés.
Les faits suivants seraient analogues à ceux qui, dit-on, auraient été plusieurs fois observés chez l'homme; ils seraient d'autant plus remarquables que des fractures comminutives d'un grand nombre d'os auraient simultanément existé chez plusieurs animaux frappés par le même coup de foudre.
En 1838, un violent orage ayant éclaté sur les environs de Nimègue, plusieurs bœufs, au rapport de Diemerbroeck, furent tués dans les prairies et eurent les os brisés, « bores aliquot ossibus confractis, occisi sunt. »
En mai 1718, dans la Marche de Priegnitz, dit Hanovius, huit brebis furent tuées par la foudre ; on ne put s'en servir comme aliment, parce que tous les os avaient été brisés comme dans un mortier et que les fragments s'en étaient répandus dans les chairs. « Omnia earum ossa, veluti mortario minutlm contusa et per omnem carnem ita dispersa ut edi non possent. »
Le mécanisme de ces diverses fractures est sans doute variable; il nous paraît que parfois, la décharge électrique, tombant sur une région circonscrite du corps, en fracture, en brise les os, comme le ferait un coup de bâton ou un coup de massue.
Quant aux fractures comminutives, qui au dire de quelques auteurs auraient atteint presque tous les os d'un homme ou d'un animal, les parties molles étant restées intactes ou du
moins sans lésions apparentes autres que celles qui seraient résultées de la présence même des esquilles, on a cherché à les expliquer en admettant que le système osseux relativement mauvais conducteur, doit éprouver des désordres bien plus graves que les parties molles correspondantes ; car celles-ci livrent un passage plus facile au courant électrique.
Quoi qu'il en soit, dans la recherche des causes des fractures chez les foudroyés, on devra toujours s'attacher à distinguer avec soin les fractures qui dépendent bien certainement du choc ou du passage de l'étincelle fulgurante, de celles qui peuvent résulter de la chute violente du corps, ou de l'action de quelque corps solide, tel que pierre, bois ou métal, brusquement détaché ou lancé par l'explosion électrique.
I V. — Perforation des os. — Lorsque nous étudierons les lésions cadavériques, nous signalerons un cas de perforation du crâne et de la voûte palatine, avec graves désordres de la substance cérébrale intermédiaire. Nous ajouterons que chez un homme atteint au front par la foudre, on voyait dans cette région, dit Kiessing, un trou par lequel sortait la substance cérébrale.
I YI. — Ramollissement des os. — - La foudre at-elle le pouvoir de ramollir les os ?
C'est là une croyance populaire ; mais aucun des faits parvenus à notre connaissance ne prouve qu'elle soit réellement fondée. Il est vrai que le procureur Simiani de Troyes ayant été foudroyé, on vit, dit Richard (i), que tous ses os avaient été comme fondus sans que les chairs eussent été endommagées.
Le docteur Mille, dans ses Mémoires sur la nature et les propriétés de l'électricité, cite l'observation d'une femme qui fut frappée par la foudre en 1773; lorsqu'on voulut enlever son cadavre, on trouva que ses membres n offraient plus qu'une masse molle.
Mais ne s'agirait-il pas, dans ces deux cas, de fractures
(l) Hht. de l'air, l. VIIT, p. 220.
multiples? ou bien encore n'aurait-on pas été frappé delà mollesse et de la flaccidité du cadavre, phénomène qui n'est pas rare après la fulguration, et que l'on aurait, }3ien à tort, attribué au ramollissement osseux ?
I YIL — Nécrose du crâne. — L'observation que nous allons rapporter, dans les détails seulement qui concernent notre sujet, est extraite d'une lettre de W. Pétrie (1).
Le 13 juillet 1798, vers minuit, la foudre tomba sous la forme globulaire sur l'avant du navire Good-Hope, alors dans la mer des Indes, et atteignit le matelot Steelman, âgé de 23 ans, en ce moment occupé à la manœuvre d'une voile sur le mat d'avant. Lorsqu'on le recueillit, il était plongé dans une insensibilité complète et paraissait sans vie. Vers la fin de la nuit, il reprit connaissance et se plaignit alors de vives douleurs à la face interne des cuisses et à quelques doigts de chaque main, régions qui étaient le siège de brûlures superficielles. Le 16, il accusa de l'insensibiUté dans une région très-circonscrite du pariétal droit, et l'on reconnut que le cuir chevelu y était déprimé et tout à fait insensible dans l'étendue d'un dollar (application de compresses imbibées de teinture de myrrhe). Le 17, cette partie prit une teinte brune; le 18, elle était noire, molle et gangrenée; le 19, la gangrène paraissant s'étendre, on pratiqua quelques scarifications à son pourtour. Deux jours après, les tissus mortifiés tombèrent et laissèrent à découvert une partie du crâne dépouillé de péricrâne, de la largeur d'un dollar et comprenant une petite partie du pariétal et du frontal, avec la suture intermédiaire. La plaie suppura abondamment et ses bords se couvrirent de bourgeons de bonne nature.
L'os nécrosé acquit peu à peu une teinte plus foncée; il était entièrement noir le 7 août; le 14, le séquestre de la grandeur d'un dollar était tout à fait détaché : on s'assura qu'il ne comprenait que la table externe. Ici s'arrête l'observation de W. Pétrie, mais le docteur Scarman nous apprend que le 21 le séquestre fut enlevé et que le blessé se rétablit complètement (voir Gangrène).
(l) Gilbert's ^wwaZen, t. VI, p. 120; et Hooper d'après Scarman in London médical Review^ t. Il, p. 82.