‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 69 sur 198 · ART. 4. -— ACCIDENTS DES PLAIES · texte numérisé non relu

ART. 4. -— ACCIDENTS DES PLAIES

I 1. — Hémorrhagie des plaies. — Les plaies produites par la foudre saignent-elles pendant la vie du sujet? Nous devons distinguer deux cas : tantôt en effet l'étincelle foudroyante brûle les tissus et forme des eschares dont 1 élimination peut être suivie d'hémorrhagie, comme dans les brûlures ordinaires. Toutefois, nous ne connaissons encore aucun exemple de cette variété d'hémorrhagie, et son extrême rareté est sans doute due à cette circonstance, que les brûlures occasionnées par la foudre dépassent très-rarement le derme.

Mais d'autres fois la foudre agit comme un instrument tranchant et la plaie, par incision ou section, devient le siège d'une hémorrhagie plus ou moins abondante qui peut même compromettre la vie du blessé ; mais cette hémorrhagie primitive est encore fort rare, car notre collection ne nous en fournit que deux exemples.

Chez un jeune homme, la foudre pratiqua vers le sommet de la tête plusieurs coupures qui donnèrent issue à une certaine quantité de sang.

Et chez madame Boddington, dont nous avons déjà parlé, la foudre, après avoir parcouru le tronc, endommagea si profondément la cuisse gauche et si près de l'artère fémorale, qu'on s'étonne qu'elle n'eût pas occasionné la mort. L'hémorrhagie fut, il est vrai, très-abondante, mais la blessée se rétablit; cette blessure ne présentait pas le caractère d'une brûlure.

I II. — Gangrène des plaies. — Il est extrêmement rare de voir la gangrène s'emparer des tissus frappés par la décharge fulgurante; cette excessive rareté est pour nous parfaitement démontrée, puisque notre nombreuse collection ne nous offre que les faits suivants.

L'un est relatif au matelot qui fut frappé au sommet de la tête. Nous avons déjà dit, à l'article nécrose, que la table externe d'une portion des os du crâne fut frappée de mort ;

ici, point de brûlure préalable, les cheveux ne furent pas même roussis ; point de chute, car le blessé fut trouvé exactement dans la position qu'il avait avant la fulguration, mais le tissu frappé par l'étincelle et privé subitement de toute vitalité, tomba en décomposition gangreneuse; c'est là une variété de gangrène peut-être spéciale à l'action de la foudre. 11 est à remarquer que cette même étincelle avait déterminé une brûlure superficielle sur d'autres parties du corps.

Dans l'observation suivante, la gangrène paraît avoir été consécutive à l'action comburante de la foudre.

Au rapport d'Agricola, cité par Kœhler et Rasbach dans leur dissertation sur la foudre, le météore ayant frappé une maison de paysan, un homme qui était assis auprès d'une table vit un globe de feu courir pendant quelques moments çà et là sur le plancher. Saisi de crainte, et n'osant pas se lever, il eut les pieds brûlés; ils étaient le siège d'une chaleur intolérable et que rien ne put calmer. Le lendemain, la gangrène s'en empara et le blessé ne tarda pas à succomber.

Il est fort important, au point de vue pratique, de remarquer que l'état des parties atteintes par la foudre simule i parfois la gangrène, et qu'une grave erreur de diagnostic et de pronostic pourrait être commise.

Il n'est pas rare en effet que la jambe ou le pied, par exemple, soit privé de sensibilité, de mouvement et de chaleur, et en même temps tuméfié, livide, bleuâtre ou noir. Qui ne croirait alors que la gangrène est imminente et même commençante? Et cependant bientôt le mouvement, la sensibiUté et la chaleur reviennent; la coloration livide ou noire, qui était due à un enduit fuligineux ou qui était le résultat d'une ecchymose, disparaît, et le membre revient à son état naturel.

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