ART. 5. — DE QUELQUES QUESTIONS IMPORTANTES
Pour compléter l'étude des nombreuses lésions extérieures occasionnées par la foudre que nous venons de passer en
Sestier. h — s
revue, il nous reste quelques questions à examiner. Nous devons chercher s'il existe un rapport entre l'étendue de ces lésions et les suites plus ou moins graves de l'accident; si l'inspection de ces blessures fournit des notions certaines pour éclairer le pronostic, et si la mort subite des foudroyés n'a pas eu lieu dans des cas où il a été impossible de constater la plus petite lésion extérieure.
I î. __ Vastes et profondes bîessnres chez des foudroyés qni ont survécu à l'accident. — Il n'est pas rare de voir des foudroyés atteints de très-graves lésions extérieures survivre à l'accident.
Nous avons déjà consigné plusieurs exemples de ce remarquable phénomène, dans la description que nous avons donnée des lésions extérieures sous forme de vésications trèsétendues (observations de Henry et d'Ebeil);
De raies ou de bandes (Tilésius et Huxham);
De longues et profondes incisions (Lentilius);
De vastes et nombreuses eschares (Minonzio) ;
De plaies produites comme par une balle (Sprengel) ;
Et de nécrose du crâne (W. Pétrie) .
Et bientôt nous signalerons d'autres exemples de lésions extérieures très-graves, suivies de guérisons, lorsque nous étudierons la gastro-entérite suite de brûlure (Volpieri) ; l'influence de la fulguration sur la grossesse (Uesleber); certains effets salutaires de la foudre sur l'homme (Rostaing) ; et l'action thérapeutique de l'iode sur les brûlures fulminiques.
A ces nombreux exemples nous en ajouterons quelques autres :
Le 7 juin 1777, dans les environs de Saint-Yrieix (Haute- Vienne), un meunier, sa femme, sa servante et un étranger étaient assis sur un banc à la porte du moulin, lorsque la foudre éclata et les atteignit. Le meunier fut le plus gravement blessé; le bras droit était marqué dans toute sa circonférence, depuis la partie supérieure jusqu'au poignet, d'une teinte noire semblable à une eschare très-sèche; il était tendu, brûlant, avait perdu sa motiîitc et exhalait une odeur de
soufre suffocante. Une bi'ûlure semblable s'étendait sur toute la partie antérieure droite de la poitrine et de l'abdomen jusqu'au pubis. La plus grande partie du scrotum, la marge de Tanus, la fesse droite et la partie postérieure de la cuisse, ainsi que le mollet gauches étaient aussi violemment affectés. Enfin sur chaque épaule on trouvait une lésion semblable à celle qu'y auraient laissée de larges ventouses. Une suppuration très-abondante s'établit vers le huitième jour, et la guérison fut parfaite 28 jours après l'accident (Gondinet).
Un jeune homme de 19 ans travaillait le 8 juin 1808 pendant un violent orage dans une blanchisserie près de Saint- Gall. Il levait les mains pour étendre une pièce d'étoffe, lorsque la foudre tomba sur l'index de la main droite et jeta le malheureux à terre et sans connaissance. La tête avait peu souffert, seulement le feu en passant rapidement avait grillé les cheveux, les sourcils, les paupières et la barbe du côté droit, puis le courant électrique avait immédiatement frappé le pouce et l'index de la main droite, et parcouru ensuite en différentes directions la surface interne du bras, dont il avait en plusieurs endroits enlevé l'épiderme. Des paquets de fibres musculaires du deltoïde étaient mis à nu et grillés par leurs extrémités ; de là le courant électrique avait parcouru la portion droite du tronc et les extrémités inférieures. Au bout de quelques jours la moitié du corps ne forma quune seule plaie, plus profonde dans certains endroits, surtout sur la paroi abdominale et vers la région des hanches. Le quatrième jour après cet accident, la paralysie du côté droit avait disparu, et la guérison entière fut obtenue au bout de quatre semaines (1).
Ce rétablissement complet des foudroyés atteints de trèsgraves blessures, se remarque à tous les âges, chez des enfants et chez des vieillards. Ainsi, d'après Volger, chez un jeune garçon, la brûlure occupait tout le visage, s'était étendue sur la poitrine, sur la paume des mains, sur les genoux et les jambes ; elle était profonde sur plusieurs de ces régions, et cependant la guérison fut complète.
(1) BibUoih, hrit., t. XLÎT, p. 285; — et. Biblioîh. médic, t. XXVÎÎÏ, p. 99.
Une petite fille, âgée de 8 ans, eut l'épaule droite, le bras droit, une grande partie du dos et de l'abdomen, ainsi que toute la longueur du membre inférieur gauche, depuis l'aîné jusqu'au pied, sillonnés par la foudre ; le sillon avait 3 pouces de largeur et paraissait avoir été produit par un fer brûlant. Dans quelques places, on voyait de grosses phlyctènes, la plupart d'entre elles étaient rompues lorsqu'on retira les vêtements : la fièvre traumatique et la suppuration furent bénignes, et l'enfant se rétablit complètement (Kolreif).
Madame de Beaufort, arrivée à un âge déjà très-avancé, fut atteinte sur l'épaule droite ; le fluide électrique suivit le bras jusqu'au coude, se transporta sur la hanche, de là, sur une partie du bas-ventre, sur la cuisse, la jambe et le pied jusqu'aux orteils ; les brûlures étaient très-graves au bras et au gros orteil : la malade cependant se rétablit promptement (Hemmer).
I IL — Lésions extérieures très légères, chez des individus tués par la foudre. — On ne trouve parfois, à la surface du corps des personnes tuées par la foudre, que des lésions si superficielles et bornées à un si petit espace, qu'elles ne peuvent être constatées que par un examen attentif et méthodique.
Citons d'abord les faits parvenus à notre connaissance, nous en présenterons ensuite le résumé.
En décembre 1698, en Yorkshire, un jeune homme fut frappé de la foudre qui le dépouilla de tous ses vêtements ; ses cheveux et sa barbe étaient roussis comme on l'eût fait avec une chandelle, on voyait un petit trou au-dessus de fœU gauche (1).
L'abbé Richard (2) a vu un soldat jeune et vigoureux, atteint en pleine campagne par la foudre qui le tua sur le coup, sans qu'on aperçût d'autre vestige de son action, qu'un point noir presque imperceptible au-dessus de l'œil gauche.
Un jeune garçon fut tué raide par le fluide électrique ; on
(1) Thoresby. Phil. tram,
(2) Hist. de l'air, t. VIII,
ET SUR LES ANLMAUX. LESIONS 69
ne remarqua que quelques petites plaies superficielles sur le front, elles ne paraissaient avoir atteint que l'épiderme ou tout au plus la couche superficielle du derme, les sourcils et les cheveux qui circonscrivent le front étaient brûlés ; on ne découvrit d'ailleurs aucune lésion sur la surface du corps ni aucune altération dans les vêtements, à l'exception du chapeau de paille qui était percé, sur le devant de la forme, d'un trou de trois pouces de diamètre (W. Goffm).
En juillet 1829, la foudre atteignit un homme occupé à pomper dans un champ inondé, il fut tué raide, ses habits étaient déchirés en atomes, et cependant le corps ne présentait aucune trace du fluide électrique, à l'exception d'une légère marque sur le front (Howard).
Une jeune dame fut frappée à mort dans une salle de bal; on vit à la tempe droite, une petite sugillation d'un demi-pouce environ de diamètre, ayant au milieu une petite ouverture qui ne paraissait pas avoir atteint l'os temporal, autant du moins qu'on put le constater dans la section des tissus ; une partie de sa chevelure était brûlée, et sa poitrine présentait des figures de Lichtenberg (Boeckmann).
En 1763, dans la paroisse d'Hasfofen, un enfant de 5 ans fut tué par le tonnerre ; on ne remarqua que des cheveux brûlés sur la région gauche de la tête et quelques taches livides dispersées çà et là sur le dos (1).
Une religieuse de Saint-Etienne fut tuée par la foudre ; sa coiffe et le crâne étaient percés d'un trou dhme ligne de diamètre ; on ne découvrit aucune autre lésion extérieure (DelaPrade).
Le 28 juin 1758, à Nimes, une femme était debout, la tête courbée, lorsqu'elle fut tuée par le tonnerre. Le docteur Kazout, médecin de l'Hôtel-Dieu, constata pour toute lésion que les cheveux de la nuque étaient brûlés dans l'espace de deux travers de doigts et que la peau correspondante était ridée (2). Le jeune homme que Duverney examina avec attention, ne présenta d'autre lésion extérieure que deux légères contusions sur la partie postérieure de la tête.
(1) Bergman. De arertendo falmine, p. 149.
(2) Mém. de VAcad. roy. des se, p. 53 (1761).
Dans les observations suivantes, une très-légère lésion a été également observée à la surface de la tête, mais de graves désordres affectaient les tissus sous-jacents et le cerveau lui-même.
Le 24 mai 1778, une fille de 22 ans fut foudroyée près de Nantes; à l'examen du cadavre, toute la surface du corps paraissait saine, et l'on ne trouva à l'extérieur d'autre lésion qu'une petite plaie à la tête, mais sous le cuir chevelu existait un grand épancbement de sang noir et coagulé : les méninges et le cerveau étaient intacts (Ragneau).
Sur un bomme frappé mortellement par l'étincelle, on ne trouva à l'extérieur qu'une petite plaie sur le sommet de la tête, les cbeveux étaient brûlés au pourtour, mais le crâne était perforé et le cerveau très-gravement lésé (Devaux).
En 1768, une vigneronne fut tuée par le tonnerre près d'Orléans ; pour toute lésion extérieure, on ne remarqua qu'une plaie contuse superficielle, de la grandeur d'un iiard tout au plus, sur la partie supérieure et latérale droite de la tête : il en était sorti un peu de sang ; pas un cheveu n'était brûlé et la coiffure ne portait aucune trace de la foudre, mais au-dessous du cuir chevelu et dans l'intérieur même du crâne, on trouva des épanchements de sang (Ballay).
Jusqu'ici, dans les observations qui précèdent, les très-' légères lésions extérieures ont eu pour siège quelque point de la tête; dans les cas suivants, elles ont affecté le cou, le dos, la poitrine et les aisselles.
Un sonneur fut frappé par la foudre à Besançon ; le cadavre, inspecté dans toute son étendue, ne présenta ni plaie ni brûlure, le cou seulement était noirci et le col de la chemise était coupé (J. Gilberl).
Une dame, qui avait le dos tourné vers le foyer d'une cheminée, fut instantanément tuée par la décharge électrique; on ne trouva que quelques taches livides sur le cou et sur les épaules. Cet événement se passa aux environs de Londres, dans la maison de M. Hill (Beyer).
La foudre qui tomba sur la Alignonne y tua plusieurs liommcs, dont l'un était, en ce moment, près de l'étabU de
l'armurier ; on ne vit sur lui qu'une tache noire au côté (i). Un matelot frappé mortellement présentait seulement une tache noire au côté et une petite blessure faite comme par un fer à cautériser (IJridgman).
Le corps d'un autre matelot tué à bord de la SybUle, ne présenta pour toute lésion extérieure qu'une petite tache noire sur le dos (1).
On ne trouva sur le corps d'un homme qu'une petite ligne noire sur le sternum ; les cheveux des tempes étaient crêpés (J.-M. Hoffmann).
Un autre ne présenta qu'une faible marque sur la poitrine (P. Glare).
Brassavola ne découvrit à la surface du corps d'une jeune fille que deux grandes taches noires situées sur le dos, et qui paraissaient avoir été occasionnées par la combustion de la poudre à canon.
Dans les deux observations suivantes, ce sont l'aisselle et l'aine qui ont été atteintes.
M. John Leconte rapporte qu'une négresse de 40 ans, tuée au pied d'un arbre, ne présenta pour toute lésion extérieure qu'une tache de brûlure de retendue d'un dollar sur raisselle droite.
Et le docteur Régnier, ayant examiné toute la surface du corps d'une jeune fille de 18 à 20 ans, ne vit d'autre lésion que les poils de l'aisselle et de l'aine droite qui étaient roussis de la môme manière qu'aurait pu le faire une bougie ; la peau avait conservé dans ces régions sa couleur naturelle : on voyait dans l'oreille du même côté quelques gouttes de sang.
Les animaux tués par la foudre ne présentent parfois non plus que de très-légères lésions extérieures.
Enfin dans les nombreuses expériences faites sur de petits animaux, l'étincelle électrique qui les a tués n'a laissé sur la peau de la tête que des lésions légères et de très- minime étendue.
Sur une musaraigne, Priestley trouva les poils en partie
(1) Amiral Ha^vker. Philos, mag. 3" série, t. XVI, p. 411.
(2) Nauiic. Mag., t. Xill, p. 31,
brûlés, en partie arrachés; Garmoy ne constata également sur la tête d'un chapon qu'un point enflé, meurtri et noirâtre, et sur la tête de pigeons et d'hirondelles qu'une très-petite ecchymose. Verrati ayant tué des tourterelles, des chardonnerets et des moineaux, par le même procédé, c'est-à-dire en frappant la tête d'une étincelle, ne put découvrir sur la peau qu'un trou excessivement rouge et d'une exiguïté telle qu'il aurait facilement échappé à l'œil nu.
Il est donc parfaitement démontré que la foudre tue quelquefois, en ne laissant à la surface du corps que de trèslégères traces de son action. Nous connaissons 26 cas de ce genre, nous les avons cités pour la plupart. La lésion a eu son siège à la tête 15 fois, c'est-à-dire dans les 3/5 des cas, savoir :
Au front 4 fois.
Sur les tempes ou les régions latérales 6 —
Sur la région postérieure 2 —
Au sommet 2 —
Dans le 15^ cas, la lésion à la tête n'a pas été autrement indiquée.
Dans les 11 autres cas, la lésion a affecté :
Le cou 2 fois.
L'aisselle 2 —
La poitrine o —
Le dos 2 —
11 est à remarquer que pas une seule fois la lésion n'a eu son siège sur l'abdomen et sur les membres. Dans un cas cependant, où les poils de l'aisselle droite avaient été brûlés, la même altération fut constatée au pubis du même côté.
La nature et les apparences de la lésion ont varié.
A la tête, la lésion s'est présentée 4 fois sous la forme d'un trou fort exigu, d'une ligne de diamètre par exemple, ou d'un petit point noir presque imperceptible, ou bien encore sous la forme d'une petite sugillation avec un pertuis au milieu, comme chez plusieurs animaux tués par l'étincelle de la machine.
Trois fois, c'était une plaie contuse superficielle, fort peu étendue, de la grandeur d'un liard par exemple.
Deux fois une contusion n'occupait également qu'une petite surface.
Dans un cas, la peau était légèrement ridée à la nuque et les cheveux étaient brûlés dans la partie correspondante ; et même, chez un autre individu, on ne trouva pour toute lésion que des cheveux brûlés sur la région gauche de la tête.
Mais il importe de remarquer que parfois, tandis que la surface de la tête ne présentait que de légères lésions, le chapeau était largement altéré et des épanchements de sang existaient sous le cuir chevelu et dans l'intérieur même du crâne.
Au cou, au dos et à la poitrine, les légères traces de la foudre consistaient le plus ordinairement (8 fois sur 12) en une tache noire de peu d'étendue, en une petite ligne également noire, ou bien encore en des taches livides bornées à une petite surface.
Chez 2 personnes on ne trouva qu'une petite eschare.
Chez une autre, une tache de brûlure de l'étendue d'un dollar ;
Et même, dans un dernier cas, la lésion se bornait à l'ustion du poil de l'aîne et de l'aisselle.
I m. — Absence de lésions extérieures sur des individus et sur des animaux tués par la foudre.
— Les hommes et les animaux tués par la foudre qui les a atteints directement, ne présentent pas toujours des lésions extérieures.
Avant de citer les faits de ce genre parvenus à notre connaissance, nous devons dire que sur les 16 individus dont il va être question, 11 ont bien certainement reçu l'action directe de la foudre ; plusieurs circonstances nous portent en outre à penser qu'il en est de même des 5 autres ; il ne s'agit donc point ici d'individus qui auraient succombé sous l'action de la foudre à distance, ou par choc en retour, mais bien de coups mortels et directs.
Les anciens avaient déjà remarqué l'absence des lésions extérieures chez quelques foudroyés; la foudre les ayant frappés de mort sans laisser (( sur eux aulcime marque, nyde
coup, nij de hksseure, ny de hrnsleure, leur âme s'en estant futjc de peur hors de leur corps, comme l'oiseau qui s envole de sa cage (i). »
Scaliger s'exprime ainsi : Solo afflatu aliquot extinctos vidimus, in quitus nulla usquam ictus vestigia apparebant.
Le chevalier de Villars affirme que plusieurs personnes tuées près de lui, par la foudre, n'avaient aucune marque apparente de brûlures ou de mutilations.
Fabrice de Hilden rapporte qu'un maître et son domestique cheminaient à cheval, l'un à côté de l'autre et enveloppés du même manteau, lorsque la foudre éclata et tua l'un des cavaliers et les deux chevaux : « în equis nulla externa deprehensa fuit lœsiOy ut nec in famulo prœterqitam in pilo in quo foramen satis magnum repertuni fuit. »
Le docteur Pauthot a vu un homme qui fut tué par le tonnerre sans qu'il parut sur son corps aucun vestige de brûlure ou de violence du coup qui lui avait donné la mort.
Le comte de Forbin ayant fait examiner le corps d'un matelot tué par la foudre, au pied d'un mât, dit qu'on ne trouva pas la moindre contusion sur la surface du corps.
Scheuchzer affirme qu'on ne put voir le moindre signe de blessure sur un jeune homme tué par le météore près de Zurich.
Ant. Louis ayant eu l'occasion d'examiner avec la plus grande attention le cadavre d'un soldat tué par la foudre à Metz, affirme également n'avoir trouvé à l'extérieur ni brûlure ni contusion.
L'abbé liichard rapporte qu'un laboureur ayant été tué par la foudre près d'Aigueperse, en Bourbonnais, on ne trouva sur son corps ni contusion, ni blessure, et on n'aurait pas pu découvrir la cause de sa mort si plusieurs personnes, qui étaient à quelque distance, n'avaient vu la foudre tomber sur lui.
Deux jeunes gens furent tués simultanément sous un hêtre; ils ne présentèrent aucune lésion (Palasson).
La foudre pénétra dans une maison de campagne du Dau-
(l) l^ialavqna, Symposlaques, iiv. iv, quest. 1. Trad. d'Amyol, Paris (lo7o).
' )hiné, y renversa plusieurs personnes et tua un jeune homme ,ans laisser sur lui de trace extérieure (De la Prade).
Le 29 août 1791, près de Ginepreto, village situé sur l'une les collines d'Oitrepo, un homme fut tué par la foudre. Le lecteur Dagna s'assura que son corps et ses vêtements ne )résentaient pas le moindre indice de lésion ou de roussis- ;ure, ou quoi que ce fût des effets de la foudre.
Le fluide électrique qui tua un homme, ne produisit sur ui aucune lésion extérieure ou intérieure visible : le cerveau répandait une odeur sulfureuse (Tilloch) .
Un Lascar fut tué à bord d'un navire; aucune marque n'apparut sur son corps (Docteur Maccaulay).
Une femme et sa fille, âgée de 12 ans, furent atteintes îOus un peuplier. La mère survécut , elle eut les cheveux brûlés et une contusion au visage; l'enfant fut frappée le mort et ne présentait aucune blessure (Héricart de Thury).
Un chasseur à cheval du 7^ fut tué par la foudre à Tarbes. Son cadavre examiné avec le plus grand soin ne présenta à l'extérieur aucune lésion. On ne trouva non plus aucune lésion notable dans les organes intérieurs (Guyon).
Une jeune négresse de 13 ans et une petite fille de 6 ans ne présentèrent pas la moindre trace extérieure de la foudre qui les avait tuées (John Leconte).
Une jeune fille succomba quelques heures après avoir été foudroyée ; on ne trouva sur elle aucune lésion (P. Glare).
L'absence de lésions extérieures a été également signalée chez des animaux tués par la foudre.
Fabrice de Hilden, Diemerbroeck font mention, le premier de 2 chevaux, et le second d'un cheval tués par la foudre, qui ne laissa sur eux aucune trace extérieure de son action.
Le 7 juillet 1778, près de Hambourg, la foudre tua 2 chevaux dans leur écurie; ils ne présentèrent extérieurement aucune trace de brûlure et cependant on trouva chez l'un et l'autre une rupture des oreillettes. Reimarus dit que ce fait lui a été rapporté par un observateur qui lui inspirait la plus grande confiance.
Le 12 mai 1781, d'Aussac, de Gautran et de Lavallongue
cheminaient à cheval sur une route près de Castres, lorsqu'ils furent atteints par la foudre. D'Aussac et les 3 chevaux furent tués ; de graves blessures furent constatées sur le premier, tandis qu'on ne vit aucune trace de lésion sur les animaux.
Quatre chevaux furent foudroyés, le 14 août 1795, non loin de Douvres; John Lyon dit qu'on n'aperçut aucun indice extérieur du coup qui les avait tués ; seulement quelques longs crins sur la poitrine de l'un d'eux étaient brûlés , et cependant le cœur était le siège de graves désordres.
Le 9 septembre 1843, à Fougères, la foudre tua plusieurs chevaux dans une écurie; ils ne présentèrent aucune lésion extérieure d'après le rapport de MM. Marcus et Claudon, vétérinaires, anciens élèves de l'école d'Alfort (Blondeau).
Le 24 septembre 1787, à Ogenne, 2 vaches et 1 génisse furent frappées de mort dans une étable :, aucune blessure extérieure ne paraissait sur leurs corps (Palasson).
M. Liais dit qu'on n'a trouvé sur une vache aucune lésion extérieure, aucune trace de la foudre qui l'avait tuée, et sur une autre vache, dont la tête touchait presque la tête de la précédente, on n'a trouvé pour toute lésion externe qu'une brûlure peu étendue du poil du cou.
J. Wasse rapporte qu'un berger et cinq moutons ayant été tués par la foudre, quatre d'entre eux n'offrirent aucune lésion extérieure, le cinquième présenta seul une blessure à la tête.
Le 13 mai 1803, près de Fehrbellin, 40 brebis furent tuées, on ne voyait sur elles aucune trace de brûlure ; le berger qui les surveillait, et qui avait également succombé, était au contraire atteint de nombreuses blessures.
Le 24 juin 182.., dans le Wurtemberg, un berger et 216 moutons furent tués en plein champ ; les habits du berger étaient déchirés en petits morceaux... On ne trouva sur les animaux aucune trace de blessure.
Le docteur Maslieurat-Lagémard, qui avait plusieurs fois observé des sillons de brûlure sur des animaux tués par la foudre, n'en remarqua aucune sur un cochon tué par le même agent.
L'abbé Ghapsal, dans sa très-remarquable description des effets de la foudre, parle d'un pourceau tué par un coup de onnerre, et chez lequel on ne découvrit aucun indice extéieur du passage du météore.
De ces faits et de beaucoup d'autres que nous ne pouvons înregistrer, il est facile de conclure que la mort sans lésion îxterne est bien réelle. Il est bon de remarquer que la plupart le ceux qui nous ont rapporté ces faits sont des médecins, et .|ue leurs observations sont dignes de toute confiance.
I IV. — De rincinération du corps humain par la foudre. De la prétendue disparition des foudroyés. Du rôle de r électricité et plus particulièrement de la foudre dans la combustion hu- , naaine dite spontanée. — La foudre a-t-elle parfois ré- ! doit en cendres, en totalité ou en partie, le corps de l'homme ou des animaux (1)? Plusieurs auteurs l'affirment.
L'incinération aurait été partielle dans le cas suivant : ; Le 3 février 1824, àWaterford, la foudre descendit par une cheminée et tua une fille âgée de 21 ans; ses vêtements, ses cheveux et un bras furent brûlés et réduits en cendres (burnt to ashes) ; le cou et la poitrine avaient la couleur du charbon (Howard) .
La combustion , sans doute jusqu'à l'incinération , aurait atteint plus spécialement les viscères^ au rapport de deux auteurs. « Ainsi, dit Toaldo, toute la masse intérieure d'un bœuf fut consumée, le corps lui-même de l'animal étant resté intact», et l'historiographe Le Laboureur dans sa traduction de l'Histoire de Charles VI, rapporte que la foudre ayant pénétré par une lucarne dans l'appartement du Dauphin, depuis Charles VII, tua dans son antichambre, un jeune écuyer e dont il brûla et consuma tout le dedans du corps , et ne lui laissa rien d'entier que la peau qui demeura noire comme du charbon. »
(1) « L'homme qui a ainsi perdu la vie (par la foudre) ne peut être brûlé : » la religion veut qu'on l'enterre. « La foudre ne met le feu à aucun animal, » s'il n'est pas déjà mort. » NuUum animal, nisi exanimatum, fulmine accentlitur. Pline, Hist. nat., liv. ii, chap. lv.
78 EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMxME
Enfin le corps entier de l'homme aurait été réduit en cendres. « On a vu, dit Ant, Louis (1), le tonnerre écraser un arbre sans y laisser la moindre trace de combustion et réduire en cendres un berger qui était au-dessous. ^)
Au rapport de Richard (2), un homme aurait été presque réduit en poussière, au milieu de plusieurs autres qui étaient sous le même arbre. Et , suivant le même auteur, le 27 juillet 1769, la foudre tomba dans la salle de spectacle de Feltri (Marche Trévisane), lorsque plus de 600 spectateurs y étaient réunis. Un grand nombre d'entre eux furent blessés ou tués; et six personnes furent entièrement réduites en cendres.
On a même avancé que des animaux frappés par la foudre avaient , au premier abord, paru intacts, mais qu'en les touchant, ils étaient tombés en poussière ! (Toaldo).
Et c'est à l'aide de cette incinération subite et de la dispersion des cendres dans l'atmosphère, que certains auteurs ont cherché à expliquer la disparition subite de l'homme foudroyé I
Ainsi W. Meurerus rapporte qu'un ministre frappé par la foudre sur la route qui conduit de Leipzig à Torgau, disparut subitement et qu'on n'en trouva plus de trace (3).
Fromondus, Schottus admettent que le corps de cet homme fut réduit en cendres et que l'explosion fulminante ouïe vent d'orage les dissipa dans l'atmosphère. Ils attribuent la même cause à la prétendue disparition de Romulus.
L'illustre fondateur de Rome passait la revue de son armée dans une plaine près du marais de Gapra : tout à coup, dit Tite-Live (4), un orage accompagné de violents coups de tonnerre enveloppe le roi d'un nuage si épais qu'il le dérobe à tous les regards. Dès ce moment, Romulus avait quitté la terre.
Il est vrai, ajoute Tite-Live-, que quelques-uns des assistants soupçonnèrent les sénateurs de l'avoir mis en pièces ; et le bruit encourut, quoique sourdement.
(1) Observ. sur Vélectricité, p. 74.
(2) Hist. de Vair et des météores, t. V!ÏI.
(3) Comment. méiéoroL, p. 140.
(4) Lib. I. I XVI.
Le lecteur a sans doute déjà fait justice des faits que nous venons de citer et qui n'offrent aucune garantie; Louis, Howard, Toaldo, Riciiard, etc., ne nous disent pas en avoir été les témoins. Quand on considère le pouvoir conducteur du corps de l'honime, on ne peut admettre qu'il subisse de la part du fluide électrique de si prodigieux effets. De plus, nous ne connaissons pas un seul exemple avéré d'arbre ou de partie d'arbre, réduit instantanément en cendres par la foudre.
Quant à l'événement du ministre, cité par W. Meurerus, trop de causes peuvent faire disparaître un individu voyageant sur la grande route, pour qu'il soit utile d'insister sur le rôle qu'aurait pu jouer la décharge fulgurante.
Mais s'il n'est pas démontré que la foudre ait, par sa seule action comburante, réduit en cendres le corps de l'homme, ce météore ne pourrait-il pas devenir la cause déterminante de la combustion spontanée, chez des individus disposés à ce genre d'accidents? C'est ce qu'ont pensé plusieurs auteurs. Après avoir admis, contrairement à toutes les lois physiques et chimiques, le fait de la combustion spontanée, ils ont cherché à l'expliquer en disant que l'étincelle électrique avait déterminé la combustion chez des individus qui se trouvaient dans un état morbide particulier ; ou bien encore en admettant que l'électricité, décomposant certaines parties du corps, pouvait donner naissance à des éléments combustibles et capables par conséquent de produire les phénomènes annoncés. (Strubel.)
Nous ne discuterons pas ici l'explication donnée par ces auteurs d'un phénomène que nous n'admettons pas, et sur lequel nous partageons entièrement l'opinion de MU. Tardieu et Rota (I).
I Y, - Phénomènes observés chez l'homme et chez les animaux, avant et pendant les orages. — L'influence des temps orageux sur l'homme est fort complexe dans sa cause. La température, l'humidité, la pression de l'at-
(1) Ann d'hygiène, t. XLIV et XLV (1850).
80 EFFETS DE LA FOUDRE SUR L'HOMME jg
mosphère jouent chacune son rôle, auquel s'ajoutent les influences électriques.
Nous n'avons pas l'intention de traiter ici cet intéressant et difficile sujet , nous nous bornerons à étudier plus particulièrement l'action de l'électricité atmosphérique.
1° Sur l'homme, qui n'a pas été précédemment foudroyé;
2° Sur celui qui a déjà subi les atteintes de ce redoutable météore.
Nous pourrions citer beaucoup d'individus qui à rapproche ou pendant les orages ressentent des douleurs vagues dans les cicatrices des plaies anciennes, aux moignons des membres amputés.
Nous n'en rapporterons qu'une observation, tirée du Dictionnaire des merveilles de la nature, tom. lïl, page 403.
Un batelier sur le Rhône, près de Saint-Vallier (Dauphiné), reçut, dans une dispute, un coup de couteau dans le ventre; les intestins et l'épipioon sortaient par la plaie ; il fut porté à l'hôpital de Saint-Vallier où il guérit. La plaie était cicatrisée, quand un jour survint un violent orage. Le malade se plaignit de sa blessure récente : les douleurs revenaient et se dissipaient avec les éclairs qui étaient très-vifs et très-fréquents. Le docteur Garnière ayant fait mettre la partie blessée à découvert pour examiner avec attention les changements qui pourraient y survenir, n'en aperçut aucun, quoique le malade poussât des cris et des gémissements, en portant instinctivement la main sur la cicatrice, toutes les fois qu'il éclairait ; les éclairs finissant, la douleur cessait; plus les éclairs se succédaient et étaient brillants, plus la douleur se répétait et était aiguë : ce singuher phénomène se répéta pendant plus d'une heure; enfin l'orage, la pluie et les éclairs ayant cessé , le bateher ne sentit plus de douleurs; trois jours après, il quitta l'hôpital, reprit la rame, et depuis cette époque il n'éprouva plus d'incommodités de ce genre.
Ces douleurs ressemblent parfaitement à des douleurs névralgiques. Afin de voir quelle pouvait être l'influence du moral sur leur production, le docteur Garnière aurait bien dû placer un bandeau sur les yeux du malade ; si les douleurs avaient continué à se produire, il eût été bien démontré
qu'elles étaient réellement produites par l'influence du fluide électrique.
Il est des individus qui pendant les orages éprouvent un malaise considérable : on en a vu éprouver des indigestions, des vomissements, des diarrhées, comme par une forte purgagation ; d'autres sont affectés de violente céphalalgie, de migraine, de vertige, d'éblouissement ; d'autres éprouvent une grande gêne dans la respiration, une oppression cardialgique, de violentes palpitations.
Dans tous ces accidents, il est très-difficile de démêler les phénomènes si variés et si graves que peut produire la peur. 2. Les personnes qui ont été foudroyées éprouvent souvent à rapproche ou pendant la durée des orages , des troubles d'ailleurs très-variés dans leur siège et leur nature. Il n'est pas rare par exemple que les régions qui ont été blessées par l'étincelle, soient alors affectées de démangeaisons, de douleurs plus ou moins vives, de secousses comme électriques , de mouvements convulsifs, ou d'engourdissement, ainsi:
On a vu à Aumale, dit le docteur Marteau de Grandvilliers, un homme qui, ayant été frappé par la foudre le long de l'épine dorsale, pendant qu'il se baissait, pronostiquait le tonnerre dès la veille; il éprouvait un malaise et une démangeaison douloureuse, le long de la trace que la foudre lui avait jadis imprimée sur le dos. Il cite un autre exemple, à peu près semblable sur une fille de 12 ans.
Un homme de 46 ans, blessé par l'étincelle et dont les membres inférieurs avaient été momentanément paralysés, sentit dans ses membres des secousses électriques pendant tout l'été, à l'approche de chaque orage (Diener).
Une jeune fille de 17 ans, fut frappée par la foudre au pied gauche ; dans la suite, ce même pied devenait le siège de douleurs très-vives et de mouvements convulsifs quand le tonnerre se faisait entendre. (Gummenus).
Le docteur Brillouet a toujours éprouvé, depuis le foudroiement qui faillit lui devenir funeste, des violents maux de tête, des étourdissements et de l'engourdissement dans le côté gauche, qui avait été plus particulièrement blessé, toutes les fois que le ciel était orageux.
Sestier. II — 6
Quelques anciens foudroyés éprouvent des étouffements, sont saisis de convulsions, tombent en syncope, dans les mêmes circonstances.
On a vu même quelquefois se reproduire au moment d'un orage des accidents qui ont caractérisé le foudroiement; ainsi Briïck cite un enfant atteint d'urticaire, immédiatement après la fulguration, qui fut ensuite jusqu'à sa mort, qui survint dans l'âge adulte, affecté d'urticaire toutes les fois que survenait un orage.
Wallis rapporte qu'une femme foudroyée dans la catastrophe d'Everdon, éprouva pendant plusieurs années, à l'époque où elle avait été atteinte, des tintements d'oreille et plusieurs symptômes qui réclamaient une saignée, elle vit aussi plusieurs fois apparaître sur son corps une éruption semblable à celle des piqûres d'orties.
1 VI. — L'homme frappé parla foudre voit-il Téclair, entend-il le tonnerre? — « Jamais la foudre » n'atteint celui qui voit l'éclair et entend le coup avant d'ê- » tre frappé. Quand elle gronde à gauche , on la regarde » comme d'heureux présage , parce que l'Orient est à la » gauche du monde.
» Il est certain qu'on voit l'éclair avant d'entendre le ton- » nerre, quoiqu'ils aient lieu en même temps ; cela n'est pas » étonnant, puisque la lumière est plus rapide que le son. » (Lux sonitu velocior) (1).
Cette importante question a été traitée par Arago dans sa remarquable notice. Avant cette époque, le doute pouvait être permis car rien ne paraissait plus rapide que la lumière, une vitesse bien constatée de 80,000 heues par seconde paraissait assez étonnante pour que l'imagination ne cherchât pas à aller au-delà ; on pouvait supposer que le foudroyé apercevait l'éclair avant de ressentir le choc de la foudre, mais les expériences faites sur la vitesse de l'électricité, ont constaté que cet agent se propageait encore plus vite que la lumière, il importait donc de rechercher si les foudroyés
(1) Pline. Hist. nat., ii, chap. lv, éditioa Panckoucke.
apercevaient l'éclair qui accompagne le météore. Ce point, important pour la météorologie, touche aussi à la physiologie; il est bien évident que beaucoup de personnes timides seraient arrachées aux cruelles préoccupations dont elles sont assaillies pendant les orages, si elles savaient qu'on n'a rien à craindre de la foudre quand on a vu l'éclair.
Il est bien démontré aujourd'hui , par un très-grand nombre d'observations que l'homme atteint de la foudre ordinaire, de manière à perdre à l'instant même connaissance , tombe sans avoir rien vu, rien entendu.
Arago cite sept observations de cas de foudre à l'appui de cette opinion ; notre collection nous en présente une douzaine que nous ne citerons pas, parce qu'elles sont toutes à peu près identiques.
Dans toutes ces observations, les foudroyés revenus à eux, s'accordent à dire qu'ils n'ont rien vu, rien entendu, et le plus souvent qu'ils n'ont rien senti ; de sorte qu'ils ne savent absolument rien de ce qui s'est passé, et qu'ils ne comprennent pas pourquoi, par exemple , il se trouvent étendus sur le sol ou dans leur lit.
Ce phénomène s'explique facilement si l'on fait attention que l'électricité se meut plus rapidement que la lumière et surtout que le son, en sorte que les appareils de la vision et de l'audition sont ordinairement paralysés avant que la Inmière ou les ondes sonores aient pu faire impression sur eux.
Au reste, le même phénomène a été plusieurs fois observé sur des savants, qui dans le cours de leurs expériences ont reçu par mégarde la décharge d'une forte batterie électrique, ainsi :
Wilkins tomba sur le sol « ignorans ipse quid secum factum esset » (Bergman).
Ingenhousz ne sentit rien, ne \it rien , n'entendit point l'explosion qui eut cependant sur lui une si puissante action. (Voyez : perte de la mémoire) .
Dans une de ses expériences, Franklin reçut accidentellement sur la tête, la décharge de deux grandes jarres ; à l'instant même il tomba; ayant bientôt repris ses sens, il s'étonna
de se trouver par terre, il ne put d'abord concevoir comment cela lui était arrivé. Ne sachant pas que la décharge des deux jarres s'était faite, il tenta de l'opérer mais en vain ; les assistants lui dirent alors qu'il les avait déjà déchargées, qu'il en avait lui-même reçu l'explosion et qu'il en avait été renversé. Franklin n avait ni vu, ni entendu r explosion. Il ne résulta de cet accident qu'une petite tumeur à l'endroit de la tête, où le coup avait porté, et qui se dissipa en peu de jours. Ce fait se trouve consigné dans une lettre de Franklin à Ingenhousz (1).
Dans une autre expérience, le même savant reçut la décharge de fortes jarres sur la main ; il fut quelques minutes avant de reprendre ses esprits; il ne vit point le trait de feu, quoique son œil fût tout près du conducteur d'où ce trait était parti; il n'entendit pas davantage le bruit du coup, bien que les assistants eussent affirmé qu'il avait été considérable. Un autre fait est rapporté par Franklin (2).
Ainsi il y a souvent absence complète de sensation chez les individus foudroyés, mais il en est cependant qui quoique n'ayant rien vu ni rien entendu, assurent avoir éprouvé quelque sensation particulière , comme une secousse, une violente commotion, de vives douleurs dans tout le corps, ainsi :
Un homme cité parBorlasc n'avait rien vu, rien entendu, mais il avait éprouvé la sensation d'un choc, car en revenant à lui, il demanda qui l'avait frappé.
Un charretier blessé par la foudre et que nous avons examiné à l'Hôtel-Dieu, nous affirma n'avoir pas vu l'éclair, ni entendu le bruit du tonnerre, mais avoir éprouvé une violente secousse à Tintant même où il avait perdu connaissance.
Il semble donc que dans certains cas les organes de la vision et de l'audition sont paralysés avant l'appareil qui préside à la sensibihté générale.
Si le foudroyé ne perd pas connaissance au moment même où il est frappé, mais seulement quelques instants après, on
(1) Nouvelles expér. et ohserv. sur divers objets de phys., t. II, p. 355.
(2) Lettre au Docteur Linning, 18 mars 1735,
ET SUR LES ANLMÂUX. LESIONS 85
conçoit facilement qu'il puisse voir l'éclair et éprouver diverses autres sensations, sans entendre le tonnerre dont le bruit n'arrive à lui que lorsqu'il est déjà hors d'état de l'entendre; c'est ce qui est arrivé dans le cas suivant :
M. Marie, alors sur un navire, était assis sur le bord d'une table autour de laquelle plusieurs personnes jouaient la bouillotte, lorsqu'il fut atteint de la foudre; revenu à lui, il se rappela la vive lumière qui l'avait douloureusement ébloui, le pélillement et la sensation de brûlure qu'il avait éprouvés à la face; le cliquetis des jetons renversés avait également frappé ses oreilles, mais il n'en avait pas été de même du bruit du tonnerre, dont il n'avait aucun souvenir, pas plus que de toute commotion violente (Bermond). ^ Si quelques foudroyés ont perdu immédiatement connaissance, et déclarent n'avoir pas vu l'éclair mais entendu le tonnerre, comme Rice et Marteau de Grandvilliers en ont chacun cité un exemple ; c'est qu'évidemment le bruit du tonnerre dépendait d'une explosion précédente et non de celle qui les avait atteints.
Ces considérations se rapportent toutes à la foudre ordinaire ou foudre en zigzag, et ne concernent aucunement la foudre en fusée ou la foudre englobe; ces derniers météores ayant une marche beaucoup moins rapide, l'homme, avant d'en être frappé, peut les voir et même entendre le bruit de la décharge électrique qui les a produits.
L'histoire que nous avons faite de la foudre en globe nous dispense de nouveaux détails.
I VIL — Chute et transport des individus foudroyés. — En général, l'homme directement frappé par la foudre ou qui se trouve seulement dans la sphère d'activité de ce météore, tombe à l'endroit même où il a reçu la décharge foudroyante ; mais souvent aussi, avant de tomber, il éprouve un déplacement plus ou moins considérable.
Frankhn (1) avait remarqué qu'une personne frappée par l'étincelle des machines « s'abat, pour ainsi dire, pliée en
{{) Lettre au Docteur Linning, iSmâTS ilb^.
» double, les articulations perdant tout à la fois leur force » et leur raideur ; de sorte qu'elle coule dans l'instant sur » place, sans chanceler le moins du monde auparavant et » sans jamais tomber de son long, y
Nous trouvons ce même phénomène spécifié dans une relation du D'' Girault, où il est dit qu'un homme et une femme atteints et blessés par la foudre dans une chambre, « ne fu- » rent pas lancés, mais tombèrent tous deux doucement à » terre, en se pliant sur les jambes d'abord, puis en se ren- » versant en arrière. »
Cette manière de tomber en s'affaissant est sans doute trèsfréquente chez les foudroyés et explique la rareté des plaies et des fractures, ou d'autres lésions occasionnées par la chute elle-même.
Une remarque à faire, et sur laquelle nous aurons à revenir en nous occupant de la situation des cadavres des foudroyés, c'est qu'ils tombent en général instantanément et sans se débattre.
Il n'est pas rare de voir un grand nombre de personnes renversées par un même coup de foudre ; parmi les exemples nombreux que nous possédons, nous ne citerons que les suivants :
En 1780, le tonnerre tomba sur une église, à 3 lieues de Gênes, un jour de fête, au moment où l'assistance était nombreuse. Les dalles du pavé de l'églisa furent soulevées en plusieurs endroits ; personne ne fut tué, ni même dangereusement blessé , mais tous ceux qui étaient dans le portique furent renversés ; d'autres assistants n'éprouvèrent qu'une violente secousse ou de l'engourdissement dans les jambes et les pieds (De Saussure).
Le 19 septembre 1776, la décharge électrique ayant atteint la frégate la Modeste, presque tout l'équipage fut renversé, personne cependant ne fut tué ; 2 chevaux seulement succombèrent (Gayet).
Bergman en cite un autre exemple arrivé à bord d'un navire aux Indes, en 1759.
Le 8 juin 1859, à 1 heure 10 minutes de l'après-midi, un violent orage éclatait sur Argenteuil, près de Paris, et le petit
ET sua LES ANIMAUX. LESIOxNS 87
clocher de l'église était foudroyé. Il y avait environ 200 personnes dans l'église en ce moment. Le second vicaire, ébloui et assourdi par la violence du coup de tonnerre, affirme avoir vu une boule ou une colonne de feu d'un assez grand diamètre descendre de la voûte du chœur, éclater après avoir touché le pavé, lancer des étincelles dans toute l'église et laisser après elle une vapeur épaisse d'odeur sulfureuse. En même temps, un gros fragment de voûte ou de corniche, détaché par la masse foudroyante, était tombé à l'entrée du chœur, sans blesser personne, et de là avait rebondi dans la nef. Plusieurs des assistants ont vu en différents points de l'église des lueurs électriques. Le suisse, homme très-robuste, fut violemment abattu et relevé subitement comme par un ressort qui se détend après avoir été comprimé ; deux ou trois autres hommes ont éprouvé la même commotion. Une femme a eu son bonnet de paysanne brûlé sur une petite étendue circulaire , son châle percé de petits trous, ses bras momentanément paralysés, son dos légèrement contusionné; mais elle s'est complètement remise après une heure d'inquiétude extrême. La terreur s'était emparée des assistants (1).
Le 2 août 1862, la foudre tomba sur le paratonnerre du pavillon d'entrée de la caserne du Prince-Eugène, et les effets en furent vivement ressentis dans le corps- de-garde voisin du conducteur. Tous les soldats couchés se trouvèrent debout, tandis que ceux qui étaient debout furent renversés à terre (2).
La foudre, qui transmet au loin les corps inertes qu'elle rencontre , exerce aussi sur les hommes et sur les animaux des effets de translation.
Au moment où le navire la Félicité fut foudroyé près de Bone, le second vit passer devant lui le mousse emporté avec la rapidité de l'éclair de l'arrière à l'avant du navire, où il tomba.
Au mois d'août 1856, un ouvrier maçon qui travaillait au haut de la cheminée d'une houillère située sur la commune
(1) Cosmos de l'abbé Moigno, t. XIV, p. 672 (1859). Voir foudre en globe.
(2) Monit, univ.y 4 août 1862.
de Pâturages (Nord), fut emporté par le courant électrique. La foudre avait pénétré par la partie inférieure de la cheminée ; elle rencontra le maçon dans l'intérieur de la cheminée, et le lança dans l'espace d'où il retomba sur le sol sans donner signe de vie. Un autre ouvrier qui travaillait à côté du, premier, mais probablement à l'extérieur de la cheminée, n'a subi aucune atteinte de la foudre (1).
Le 8 juillet 1839, à 3 heures du matin, la foudre atteignit un chêne, près de Boisement, aux environs de Triel, (Seine-et-Oise), et frappa deux ouvriers carriers réfugiés sous cet arbre. Le plus jeune, Athanase Pion, âgé de 22 ans, fut tué sur place ; il portait des traces de brûlure depuis l'épaule droite jusqu'au pied du même côté. Ses vêtements de coton tombaient en charpie. Son père, frappé du même coup, portait aussi des traces de la foudre, du front et de l'épaule gauche au pied gauche, dont le soulier fut percé d'un trou. Au même instant, il fut soulevé et transporté à 23 mètres de distance dans une touffe de châtaigniers, d'où on le retira à demi-mort : ce malheureux ouvrier resta estropié.
Quelquefois les foudroyés sont soulevés perpendiculairement à une certaine hauteur et retombent ensuite à la même place, les docteurs Raymont et Tallibart en citent plusieurs exemples.
A cette ascension, se joint quelquefois un mouvement giratoire, le docteur Bus était dans sa chambre à 3 pas d'un poêle qui fut frappé par la décharge électrique ; le docteur Bus fut soulevé et fit plusieurs tours sur lui-même.
Le docteur Girault en rapporte un autre exemple.
Un cas plus ordinaire est celui où des personnes sont soulevées, lancées ou transportées à des distances variables.
Fort. Liceti rapporte que la foudre étant tombée pendant le service sur une église à Garpentras, un enfant fut enlevé des bras de sa mère et projeté à trois pas de distance.
Un fait semblable a été relaté par le docteur Trencalye, un autre a été observé dans l'église Saint-Martin, à Dijon.
Un ouvrier, étendu à trois pas de sa place, fut étonné en
(1) Patrie, 18 août 1856. ^
revenant de son état léthargique de se trouver derrière l'établi d'un tour, sans pouvoir dire s'il était passé par-dessus ou par-dessous le banc (Chapsal).
Un employé d'un poste de télégraphie électrique aurait reçu une si violente commotion, qu'il aurait été enlevé de sa chaise et lancé avec force à travers un vasistas dans un jardin voisin.
Trois hommes se trouvaient dans un cellier où pénétra la foudre : l'un fut poussé en avant et jeté par terre où il resta comme mort; les deux autres furent lancés dans des directions opposées, l'un contre la muraille, l'autre contre une cloison en planches (Lathrop).
La distance à laquelle est transporté le foudroyé est quelquefois assez grande : cette circonstance est importante au point de vue médico-légal.
Un bûcheron, frappé par la foudre, fut lancé à une distance de 20 pieds (Goester).
Howard, Lathrop, Buissart, Hubert, Lozeran et Beyer, citent des cas analogues.
Le suivant, rapporté par Sage, est assez intéressant :
Le 23 juin 1773, près de Chantilly, le chirurgien Brillouet, fut surpris par un orage accompagné de grêle et de vents impétueux, il descendit de cheval et chercha un abri sous un arbre où s'était déjà réfugié un cultivateur; afin d'opposer plus de résistance au vent, ils se serrèrent l'un contre l'autre en embrassant l'arbre. Mais la foudre en tombant sur eux les sépara : le cultivateur fut jeté à 6 pieds de l'arbre vers l'orient, et le cheval à l'occident dans un fossé qui était à la même distance. Brillouet fut enlevé et transporté à 25 pas dans la direction du fossé en décrivant une parabole : des bateUers l'aperçurent de loin dans l'air, comme une masse noire.
Sommaire. — Art. I — Douleurs et névralgies, — § I, Douleurs causés par la foudre. — § II. Névralgies. — § III. Troubles de l'intelligence. — § IV. Démence chronique. Changement d'humour. — Art. II. Convulsions, —Art. III. — Paralysie des foudroyés.
ART. l'^^ — DOULEURS ET NÉVRALGIES".
§ L — Douleurs causées par la foudre. — Les
sensations douloureuses causées par le foudroiement varient dans leur nature et se présentent à des phases différentes de l'accident; tantôt elles apparaissent à l'instant de la fulguration, tantôt elles ne se montrent que plus tard.
Le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, le foudroyé tombe privé de connaissance, sans avoir rien vu, rien entendu, ni rien senti ; mais il n'en est pas toujours ainsi et nous avons eu l'occasion de signaler des cas dans lesquels le foudroyé avait ressenti des sensations douloureuses.
A. Cette sensation a été parfois comparée à celle que produirait un feu ardent ouïe contact de l'eau bouillante; King, Williams, Feltstrôm en citent des exemples; cette sensation est parfois bornée à une région, aux pieds par exemple.
Lorsque le 19 juillet 1712, la foudre pénétra dans l'église d'Afwa, plusieurs personnes des deux sexes, assises sur les bancs ou placées près des piliers et des murs de l'église, éprouvèrent sans être blessées de fortes douleurs aux pieds qui durèrent 7 à 8 jours chez cinq d'entre elles, et 6 semaines chez une autre. Plusieurs sentirent une forte chaleur aux pieds. Quant au ministre, qui éprouva les mêmes douleurs pendant 4 semaines, elles ne purent pas être suffisamment expliquées par les brûlures dont il fut atteint.
B. Quelquefois la sensation est celle de picotements ou de piqûres d'aiguille ou d'épingle. Elle fut éprouvée, dit Serno,
par plusieurs personnes qui se trouvaient dans une chambre où pénétra la foudre.
C. La sensation de commotion est un des effets les plus ordinaires de la fulguration.
Tantôt cette commotion, qu'il faut distinguer de celle d'un choc, comme celui d'un coup de bâton, est tout à fait locale, et n'affecte que quelque région du corps, les pieds, les genoux, les poignets, les coudes, en un mot les grandes articulations, tout à fait semblable en cela à celle que produit l'étincelle des machines.
D'autres fois, au contraire, la commotion est générale, et souvent assez forte pour renverser l'homme qui se trouve à une assez grande distance du trajet de la décharge.
Lorsque la foudre tomba rue Plumet, un individu qui était debout éprouva sans être blessé une commotion si violente qu'il urina involontairement et demeura ensuite plus d'une demi-heure privé de sentiment (Rigaud).
Le lieutenant de vaisseau Papilleau était de quart, à veiller à la sûreté du navire, et à 6 pieds du conducteur du paratonnerre, lorsque la foudre éclata et suivit ce conducteur : en ce moment, il éprouva une commotion si forte qn'il faillit être renversé du banc de quart.
Une jeune fille, citée par Krapf, tournait le dos à une fenêtre par laquelle entra un globe de feu qui descendit sur son dos sans brûler ses vêtements, mais en lui imprimant une forte secousse dans tout le corps et qu'elle ressentit plusieurs jours.
Cette commotion de tout le corps atteint souvent plusieurs individus réunis.
Le 14 septembre 1853, la foudre étant tombée sur le bureau central des mines de la Grand'Gombe, tous les em-ployés ressentirent une très-violente commotion ; personne ne fut blessé.
Une circonstance curieuse à noter, c'est que la commotion, parfois analogue à celle qui détermine un tremblement de terre, semble suivre une direction déterminée, ainsi au rapport de Reuchenius, lorsque le 21 août 1768, la foudre tomba sur l'église d'Alem, 3 personnes furent légèrement blessées.
et la plupart des assistants furent secoués très-vivement comme par un coup dirige du nord au sud, en sorte que plusieurs tombèrent de leurs sièges.
D. L'une des sensations le plus fréquemment signalées dans nos observations est celle de cJioc ou dépression sur certaines régions du corps.
Plusieurs foudroyés accusent la sensation d'un violent coup sur la tête ou celle d'une énorme pression, qui s'exerçant de haut en bas tend à fléchir brusquement la tête, sur la poitrine, ainsi :
Gastillier cite un homme qui dit avoir senti à la tempe droite une douleur analogue à celle d'un coup de bâton. '
Huit personnes étaient réunies dans une chambre où la^ foudre pénétra, deux furent blessées ; les six autres ne le furent pas, mais é^vomèvent une violente pression sur la tête.' (Serno).
Bladh, Lathrop , Howard, Brereton ont cité des faits de cegenre.
D'autres fois, ce n'est plus à la tête que le choc se fait sentir, mais au dos, dans la poitrine, au bas-ventre ou aux membres.
De la Prade parle d'une femme qui fut frappée à la poitrinecomme d'un coup de massue; la foudre venait de la brûler sur une grande étendue.
Plusieurs individus réunis dans une chambre à Stockholm, la virent pleine de feu et sentirent comme un coup qui leur traversait la poitrine et le dos. Cette sensation disparut promptement et tous se trouvèrent bientôt dans leur état normal. (Wilke). -
M. Decker, qui était sur un char au moment de l'accident, en fut précipité par un violent choc qu'il reçut dans le basventre: la peau de cette région présenta ensuite une vive rougeur sans aucune solution de. continuité. (Tilésius).
Plusieurs cavaliers couraient dans une plaine, à la suite les uns des autres, lorsqu'ils furent atteints par la décharge électrique ; chacun d'eux éprouva une violente commotion qui se porta sur la région du thorax et de l'abdomen. Le duc de Bourbon, qui ouvrait la marche, fut enveloppé par la lumière
électrique et se sentit frappé comme d'un coup violent sur la poitrine; il éprouva en même temps sur la face un effet pareil au bruissement de la matière électrique ; il ne commença à respirer librement qu'au bout de trois heures. (Valmoat-Bomare).
Quand aux foudroyés qui ont accusé un choc violent dans les bras et surtout dans les jambes et les pieds, leur nombre est trop considérable pour que nous jugions utile d'en citer des exemples ; disons seulement que les membres qui ont reçu le choc ont été à l'instant même paralysés.
E. La fulguration occasionne parfois des sensations tout à fait insolites et fort singulières par leur nature et par leur variété; en voici quelques exemples :
Une femme qui se trouvait dans une cuisine où la foudre pénétra, fut renversée sans connaissance, lorsque peu de temps après elle reprit ses sens , elle dit qu'il lui avait paru qu'elle était enveloppée d'une forte chaleur et jetée par terre par une grande quantité de pierres. (Feltstrdm et Tilus).
Le 10 juin 1835, M. Roaldès était assis près d'une table, tenant à la main une longue-vue garnie en cuivre , lorsqu'il fut frappé par la foudre. Sans avoir rien vu, rien entendu distinctement; il se croit percé d'avant en arrière à la hauteur du ganglion semi-lunaire, par l'explosion d'un fusil qui ayant fait balle aurait largement ouvert le ventre; immobile sur sa chaise, le bras droit étendu sur la table et la tête renversée en arrière, il s'écrie: « je me meurs 1 un confesseur I il n'est plus temps.... allongez-moi sur le plancher, que j'expire plus tranquillement ! .... j'ai le ventre ouvert ! . . . . — Non , lui diton, la foudre vient devons frapper. » J'ai le ventre ouvert, répétait-il toujours, l'esprit préoccupé de l'idée d'un coup de feu ; ce ne fut que sur l'assurance réitérée qu'il n'était pas blessé, qu'il ramena les yeux vers l'abdomen , le vit avec la plus grande surprise sans lésions apparentes, et connut la nature de l'agent qui venait de le frapper, et qui avait sillonné plusieurs régions du corps, (de Quatrefages).
L'observation suivante, rapportée par l'abbé Chapsal, est intéressante, surtout sous le rapport médico-légal ; il s'agit d'un ouvrier frappé par un rayon de foudre distinct de la fou-
dreen globe qui pénétra dans une autre partie de la maison. « Au moment, dit-il, où je tenais la main à l'espagnolette » de Ja fenêtre pour la fermer, j'ai vu dans l'atelier, du côté » de la porte, un globe de feu semblable à la lune quand '( elle est rouge, et j'ai entendu une détonation. Au même » instant, je me suis senti frappé d'un coup violent au bras » et à la poitrine, et à peine ai-je conçu l'idée d'un coup de » feu tiré sur moi, que j'ai été privé de tout sentiment. Toutes » ces choses se sont passées instantanément et pour » ainsi dire à la fois, et la pensée du tonnerre ne s'est point » présentée à mon esprit. » Cet ouvrier revenu à lui, mais tout troublé, s'étant réfugié dans une maison voisine , était persuadé qu'on lui avait tiré un coup de fusil, mais on lui apprit qu'il avait été foudroyé. Or , l'idée d'un coup de feu, fut commune aux autres personnes qui se trouvaient dans la maison , au point que le père d'un enfant tué par cette même explosion, crut un moment voir l'assassin de son fils î
I II. — Névralgies. — Les douleurs que détermine la fulguration affectent quelquefois le trajet de certains nerfs du tronc et des membres, et prennent les caractères des douleurs névralgiques. En voici quelques exemples :
Un individu grièvement blessé par la foudre, dit le D^ Gabard, accusa, entre autres symptômes, un sentiment douloureux dans le testicule et le cordon spermatique du côté gauche, qui seul avait été brûlé par le courant électrique.
Un de nos confrères, dit M. le D^ Moutard-Martin, était à une heure du matin, assis devant sa fenêtre, contemplant un orage, sa droite tournée vers la fenêtre. Tout à coup brille un éclair, presque immédiatement suivi d'une explosion des plus violentes, d'un timbre clair et éclatant, et notre confrère perçut sur le bras gauche qui était à découvert la sensation d'un souffle léger et chaud ; il éprouva aussi une secousse électrique dans tout le côté gauche du corps, mais surtout dans le trajet du nerf cubital, et un certain degré de suffocation. Le membre se trouva complètement engourdi; la douleur qu'il ressentit fut assez vive pour l'empêcher de dormir pendant plusieurs heures. Le lendemain, la douleur, loin d'avoir
diminué, avait pris un peu plus d'intensité ; elle s'étendait depuis V extrémité du petit doigt, jusqu'à la partie postérieure interne du coude; elle était peu intense à la partie interne du bras, mais devenait très-vive à la partie externe de la poitrine, probablement sur le trajet de quelque filet nerveux, car elle occupait un espace linéaire dirigé de haut en bas et ne s'étendait pas en largeur. Depuis lors la douleur diminua ; mais le sixième jour après l'accident, l'avant-bras éprouvait encore de la gêne dans les mouvements.
Sur une femme citée par Cremer, les violentes douleurs qui ont tourmenté la malade ont eu leur siège précisément dans les régions qui ne présentaient aucune lésion extérieure.
Un cultivateur, atteint par la foudre, resta quelques minutes dans un état de mort apparente. On l'exposa au grand air à une pluie battante. A peine la respiration s'était-elle rétablie, qu'il se plaignit de douleurs atroces dans les bras, les mains, et à la partie antérieure de la poitrine .
Cinq heures après l'accident, les douleurs persistaient. En ce moment arriva le D^ Tzschirner, qui trouva le malade assis sur son lit, les yeux brillants, le corps glacé, surtout aux extrémités, le pouls radial à peine perceptible, le pouls carotidien régulier et très-lent. Au niveau des apophyses épineuses des quatre dernières vertèbres cervicales, on voyait une tache de couleur , rouge foncé, d'où partaient plusieurs stries rouges, dirigées le long de l'épine dorsale jusqu'à la cuisse droite, et le long du bras droit jusqu'au coude. En touchant ces régions et les stries, on ne développait pas de douleurs. Dans le but d'activer la circulation et de calmer la douleur, on frictionna le corps avec de l'eau-de-vie et on donna au malade 2 grammes de poudre de Dower; un quart d'heure après, les douleurs étaient plus tolérables et le pouls s'était plus sensiblement relevé; une deuxième dose de poudre de Dower, administrée 8 heures plus tard, produisit encore plus de soulagement ; plusieurs doses d'opium furent données dans les 24 heures suivantes, et alors les douleurs disparurent complètement, et la chaleur redevint naturelle ; 4 jours après l'accident, le malade com-
mença à marcher, et 12 jours après, il reprit ses occupations habituelles.
En remarquant, d'une part, que les facultés intellectuelles et les mouvements étaient intacts, et, d'autre part, que des douleurs intolérables affectaient le trajet des nerfs du plexus brachial, dans les deux bras et à la partie antérieure de la poitrine, nous sommes disposés à croire que l'action de la foudre s'est plus spécialement fait sentir sur les racines postérieures de la moelle épinière, à l'origine du plexus brachial.
On peut sans doute rapprocher de l'observation précédente celle de M. Poggiale. Le savant professeur du Val-de-Grâce cite un clairon qui, sans avoir été blessé, éprouva une violente commotion à la colonne vertébrale ; pendant près d'un mois, les membres inférieurs et l'abdomen furent douloureux ; le premier jour, les douleurs des jambes étaient insupportables.
Assez souvent on voit des douleurs remarquables par leur violence et par leur persistance envahir les membres qui d'abord étaient engourdis; elles sont quelquefois accompagnées de l'impossibihté des mouvements.
Williams cite en particulier un jeune homme qui, lorsqu'il commença à remuer ses jambes précédemment engourdies, y éprouva de si vives douleurs qu'elles lui semblaient fracturées.
M. Borlasc mentionne un fermier qui, en revenant à lui, demanda qui l'avait frappé et éprouva bientôt dans les bras, dont il ne pouvait encore se servir, de très-vives douleurs qui lui paraissaient avoir leur siège dans les os.
I III. — Troubles de l'intelligence. — Il est presque constant que les individus frappés par la foudre éprouvent des troubles plus ou moins profonds, plus ou moins durables dans leurs facultés intellectuelles, tels sont : retourdissement, la stupeur j la perte de connaissance, le délire..., etc.
Mais ces perturbations ne sont pas constantes. Scheuchzer cite une femme que la foudre atteignit dans sa cuisine ; et, bien qu'enveloppée de feu et brûlée superficiellement, cette, femme resta debout avec toute sa connaissance.
Un homme , observé par le D^ Gabard, fut très-grièvement blessé par la foudre ; il se sentit fortement saisi ; il devint immobile, ses yeux devinrent fixes, et il s'aperçut que son gilet brûlait ; mais il ne perdit pas connaissance, et son intelligence resta intacte pendant les diverses périodes de l'accident.
Un matelot, à bord de la semaque le Londres, était occupé à la manœuvre sur le mât de hune, quand la foudre le blessa; et, bien qu'il sentît ses jambes raides et hors d'état de lui rendre service, il eut la présence d'esprit de se tenir aux cordages avec une main et d'éteindre avec l'autre la flamme qui consumait son pantalon (i).
Les foudroyés sont parfois seulement étourdis par la décharge électrique ; cet état ne dure ordinairement que quelques secondes ou quelques minutes. Ainsi :
Un jeune homme, cité par M. Biot, fut atteint par l'étincelle qui, sans le blesser, fondit cependant plusieurs objets métalliques qu'il portait sur lui; il n'éprouva au moment du choc qu'un étourdissement, un éblouissement qui ne dura que 7 ou 8 secondes, grâce peut-être à l'eau qui tombait sur sa tête.
L'étourdissement ne se produit pas toujours instantanément et ne se manifeste que lorsque le foudroyé, d'abord privé de connaissance, revient enfin à lui. Ce phénomène peut alors persister pendant plusieurs heures et même pendant plusieurs jours.
La stupeur, ou l'hébétude, est un des phénomènes le plus souvent observés. Tantôt le foudroyé, sans perdre entièrement connaissance sur le coup, reste immobile et hébété ; d'autres fois, il est d'abord plongé dans un état de mort apparente, perd connaissance, et c'est en sortant de cet état qu'il présente la stupeur et l'hébétement dont nous parlons.
La durée de cette stupeur est d'ailleurs très-variable ; elle n'est souvent que de quelques minutes, mais elle peut se prolonger une ou plusieurs heures, et même plusieurs jours.
Lorsque le foudroyé a perdu connaissance, le pouls et le
(1) Nantie. Mag,, 1. 1, p, 439.
Sestier. II ■— 7
98 EFPETSôDE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX
mouvement respiratoire sont affaiblis, mais persistent encore. Voici le relevé du temps pendant lequel a duré la perte de connaissance dans 35 de nos observations :
5 minutes 1
Quelques minutes , 2
10 minutes 1
Une heure ». 1
Une heure et demie... . 2
2 lieures 1
Quelques heures 4
14 heures 1
4 jours 1
Cette dernière observation très-extraordinaire est ainsi rapportée par Benivenius : un homme et son fils restèrent jusqu'au septième jour, muets et privés de sentiment; alors on les saigna, on employa des laxatifs, des frictions réitérées et plus tard des aliments très-légers; ils revinrent à eux et recouvrèrent la santé.
La perte de la mémoire a été signalée chez plusieurs foudroyés; elle a été également observée chez un célèbre expérimentateur qui reçut la décharge d'une forte batterie électrique. « Je fus frappé au front, dit Ingenhousz (1), et sur le » point de tomber, mais étant dans ce moment appuyé contre » une table ma chute fut arrêtée et mes forces, que je recou- » vrai aussitôt après, liront que je me redressai; je » n'avais ni vu, ni ouï, ni senti l'explosion ; » elle avait été cependant, au dire des assistants, aussi forte que cehe d'un pistolet.
Ingenhousz se retira immédiatement chez lui, éprouvant un léger étourdissement. « Ayant pris la plume pour écrire
(1) Ingenhousz. Nouv, expér. et observ. de physique, t. I, p. 358, Paris (1785). Ingenhousz rapporte deux accidents du même genre arrivés à Franklin, p. 355. Voir ce volume, p. 83 et 84.
» la relation de cet accident, je fus extrêmement étonné de » ne savoir pas en faire plus d'usage qu'un sauvage qui n'au- » rait jamais ouï dire que l'art d'écrire existât. »
Après un sommeil assez tranquille, il s'empresse en s'éveillant de s'assurer s'il avait recouvré l'art d'écrire. Sa joie fut complète en voyant qu'il écrivait comme auparavant ; il lui sembla même que ses facultés intellectuelles et son jugement s'étaient infiniment améliorés.
Une petite tumeu ?'|ui s'était développée à l'endroit frappé par la décharge se aissipa en quelques jours.
Au moment même de l'action directe ou indirecte de la foudre sur l'homme, on le voit parfois se livrer subitement à divers actes instinctifs destinés plus ou moins manifestement à fuir le danger, à chercher un abri ; puis il tombe en syncope ou dans un état comme apoplectique.
Un ouvrier blessé pcr l'étincelle dans son atelier, en sort brusquement, se sauve dans une maison voisine où il s'évanouit ; revenu à lui, il ne conserve aucun souvenir de ce qui lui est arrivé (l'abbé Ghapsal).
Une jeune femme blessée au bras sort frénétiquement de sa chambre et parcourt la maison en jetant des cris (Marc Stella).
Une servante se trouve dans sa cuisine, au rez-de-chaussée, lorsque la foudre y pénètre ; dans son effroi, elle saute par la fenêtre et ne peut se rappeler ensuite comment elle se trouve hors de sa maison (Feltstrôm).
La foudre tombe sur deux arbres voisins de l'endroit oii se trouve une jeune domestique : on voit celle-ci, pendant 20 minutes, monter et descendre les marches d'un escalier sans avoir connaissance de ses allées et venues, puis elle s'affaisse et tombe dans un état apoplectique avec perte de connaissance, de la parole et du mouvement : une saignée, des sinapismes et des lavements la rétablirent promptement (Ludwig).
Délire. —Dans le trouble de leur esprit, les foudroyés se livrent souvent à des actes bizarres, constituant un véritable délire.
Quatre hommes s'étaient réfugiés sous un appentis; aumo-
iOO EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTEME NERVEUX
ment où la foudre tombe à 25 ou 30 pieds, on voit l'un d'eux se baisser comme pour ramasser quelque chose avec ses deux mains, se redresser, élever ses bras, puis se baisser de nouveau et répéter cette manœuvre à plusieurs reprises. Ensuite, s'adressant aux personnes présentes : « La foudre, leur dit-il, est si épaisse sur la terre qu'on en peut remplir une corbeille à blé » (Linsley).
Schottus cite un exemple plus surprenant encore : un de ses élèves, terrifié par la foudre qui venait de tuer deux enfants près de lui, s'élança dans un temple voisin, le parcourut comme un fou et, tenant sa tête à deux mains, demandait d'une voix lamentable sa tête qu'il croyait perdue I
Le délire des foudroyés est quelquefois furieux.
Un homme fut atteint par la foudre lorsqu'il était ivre, un moment après, quelques personnes le voyant sans connaissance, se roulant comme un furieux sur le chemin, le portèrent à la maison la plus voisine, où le docteur Henry le trouva dans un délire si violent qu'il fallut cinq hommes pour le maintenir ; après une saignée abondante, le déhre se calma, la saignée fut réitérée le lendemain, et la raison revint au bout de 36 heures.
Lorsque le docteur Brillouët eut repris en partie ses sens, il éprouva un tel accès de fureur qu'il frappait la terre avec son couteau de chasse, dont il voulait percer les bateliers du bac qui étaient venus le secourir.
Ce délire furieux nous rappelle celui dont les noyés ou les opérés de la trachéotomie sont parfois saisis en sortant de l'état d'asphyxie qui menaçait leur vie.
Ce délire furieux s'empare quelquefois des animaux frappés par la foudre, ainsi :
Le 4 septembre 1849, un orage éclata sur Bruxelles et sur ses environs. A Boendale, un boucher accompagné d'un chien dogue se réfugia sous un hêtre qui bordait la route : la foudre tombe sur le hêtre et atteint le chien qui, furieux, se rue sur son maître, le mord à la cuisse et ne lâche prise que lorsque celui-ci. entraînant l'animal avec lui dans la maison la plus voisine, lui coupe la queue. Le chien mourut dans la nuit (Morren).
Le délire des foudroyés prend souvent une autre forme et pourrait alors recevoir le nom de délire de terreur, d'épouvante; il se traduit de diverses manières.
Une femme qui venait d'être blessée par la foudre dans sa chambre, Jetait des cris aigus. Bientôt et après une saignée, elle parut stupéfaite, hébétée et en même temps sous l'influence de la terreur. Elle s'imaginait, à chaque personne qui entrait, entendre le tonnerre et voir la foudre tomber de nouveau sur elle. Le surlendemain elle était presque revenue à elle (Valmont-Bomare).
Une chose assez singuUère et qui n'est peut-être qu'un effet du hasard, c'est que le plus grand nombre de nos observations qui signalent le délire de terreur, se rapportent à des soldats ou à des marins, forts, courageux et habitués à braver le danger.
Un soldat d'infanterie, à bord de la Bellone, fut relevé blessé et à demi-mort; porté à l'infirmerie, il resta plus d'une heure dans un état d'agitation extrême et de terreur (xMinonzio).
Cette même agitation, cette épouvante extraordinaire saisirent également plusieurs marins blessés à bord de la frégate autrichienne la Médée, lorsqu'ils sortirent de la stupeur où la décharge électrique les avait plongés.
Un marin grièvement blessé par la foudre resta plus d'un quart d'heure dans un état de mort apparente. A peine rappelé à la vie, par les moyens ordinaires, il jeta des regards effarés autour de lui, puis tout à coup il voulut s'échapper de son lit, on l'y retint de force ; alors commencèrent des plaintes, des gémissements, des pleurs, accompagnés d'un tremblement de tout le corps. Dans ses invocations fréquentes et ferventes il appelait la sainte Vierge à son secours. Son anxiété, sa terreur étaient extrêmes, comme s'il avait encore sous les yeux le tableau du péril auquel il venait d'échapper, ou qu'il eût redouté d'en être atteint une seconde fois. De ce déhre, qui dura plus d'une heure, le blessé passa à un état de légère somnolence, interrompue par des soupirs et par des lamentations (Minonzio).
Pétrie cite un matelot atteint d'une agitation extraordinaire.
m EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX
En général, ces troubles intellectuels, ce délire, durent quelques moments, quelques heures seulement, il n'est pas rare cependant de les voir se prolonger pendant un ou plusieurs jours.
Duhamel cite trois personnes, et Beyer une autre, qui perdirent l'esprit pendant plusieurs jours, à la suite d'un coup de foudre.
Un des marins cités par Minonzio, au moment où il sortit de son état de mort apparente, fut saisi du même délire d'épouvante observé chez ses camarades. Ce délire dura une demi-heure, pour faire place à des gémissements, entrecoupés de cris déchirants qu'expliquaient suffisamment de nom^ breuses plaies. Pendant les cinq premiers jours, le malade, privé de sommeil, était excessivement agité, parfois atteint de mouvements convulsifs ou de contractions tétaniques; du déhre alternait avec delà stupeur; la peau était sèche et brûlante. De nombreux moyens furent mis en usage ; ainsi des potions calmantes, l'émulsion nitrée, quatre saignées et une potion slibiée. Enfin, le sixième jour seulement, la fièvre tomba en grande partie, et pour la première fois depuis le foudroiement le malade reprit ses sens et reconnut les per^ sonnes qui l'entouraient.
Les deux observations suivantes, dans lesquelles nous voyons le délire constituer le phénomène dominant, sont du plus haut intérêt et prouvent combien est grave dans cer^ tains cas, l'atteinte portée par la foudre aux centres nerveux.
Le 4 juin 1838, à Heerliberg, une femme de 46 ans fut frappée par la foudre. On crut d'abord qu'elle était morte ; le docteur Diener, qui arriva une heure après l'accident, la trouva dans son lit et dans la plus grande anxiété ; elle délirait, ne faisait qu'appeler ses enfants, changeait à chaque instant de position, sans doute à cause des douleurs atroces que lui faisaient éprouver les brûlures de la peau, Le pouls était très-fréquent, on apercevait même de loin les pulsations carotidiennes. Quoique cette femme fût d'une constitution faible et que l'époque de la menstruation ne fût passée que depuis quelques jours, on lui pratiqua uqe saignéç de
dix onces ; le sang présenta une couleur noire, beaucoup de fibrine et peu de sérum ; des compresses froides furent entretenues sur la tête, la nuit fut agitée, sans sommeil; la malade délirait et éprouvait fréquemment comme des secousses électriques.
Chez ce sujet, le délire persista pendant deux jours, puis se calma pour reparaître le 10^ jour. Le 11®, il se changea en manie qui persista plusieurs jours ; le 21® jour, la malade déraisonnait encore, les troubles intellectuels ne cessèrent que plus tard et la mémoire resta faible ; plus de quatre semaines après l'accident, elle se plaignait encore de la faiblesse de sa mémoire, de lassitude et d'inappétence. Notons l'aggravation survenue dans l'état de la malade sous l'influence d'une émotion pénible ou de la frayeur, et l'embarras gastrique que nous aurons encore plus d'une fois à signaler chez les foudroyés.
Le mercredi 26 juillet 1839, dans la paroisse de Tervin, à cinq milles d'Hertford, William Ancient, laboureur, fut foudroyé sous un arbre : il resta pendant quelque temps privé de mouvement et de sensibilité. Le 28, le malade fut transporté à l'infirmerie générale d'Hertford et soumis à l'examen du docteur Davies.
La foudre avait atteint la tête, le tronc et les membres ; on voyait sur le cuir chevelu trois ou quatre tonsures, où les cheveux avaient été enlevés comme avec un rasoir ; la face, le cou, les épaules, les membres inférieurs présentaient de légères écorchures. Une brûlure profonde, large de 8 pouces s'étendait de la première vertèbre dorsale jusqu'au coccyx. D'autres brûlures profondes affectaient la région antérieure du tronc, du sternum au pubis, et le côté interne d'une cuisse; enfin, le talon gauche était percé comme par une balle. Pansement avec la teinture d'iode; le malade délirait, ses paroles étaient incohérentes : 5 grains de calomel.
Le 29, le déhre persiste ; le malade parle constamment ; ses yeux hagards, hébétés, semblent ne point distinguer les objets; la face est un peu injectée, chaude, tandis que les extrémités sont froides. Le pouls est cà 80 seulement, mais tremblotant : on a beaucoup de peine à faire tirer la langue au ma*
lade ; elle est brune et sèche ; des matières alvines noires et l'urine sont rendues involontairement. — On prescrit de nouveau au malade 2 grains de calomel toutes les 4 heures et 1 drachme de vin antimonial. — Même pansement avec la teinture d'iode.
Le soir, les extrémités étaient encore plus froides et les forces plus déprimées; on remplace le vin antimonial par 10 grains de sesquicarbonate d'ammoniaque dans 2 onces de mixture camphrée à prendre toutes les deux heures; on donne aussi de l'eau vineuse.
Le 30, à la visite du matin,, on apprend que le malade a passé une nuit agitée et loquace ; que vers cinq heures du matin cependant il y a eu du calme et un peu de sommeil. Il y a évidemment de l'amélioration dans l'état du malade ; la langue est humide, presque sans enduit , le malade la tire quand on le lui demande ; quoique délirant encore sur certains points, il répond cependant aux questions qu'on lui adresse ; les selles s'échappent moins involontairement ; le pouls donne 60 pulsations assez fortes mais tremblotantes. Le calomel commençant à agir sur les gencives, on en cesse l'usage ; on permet un potage à l'arrow-root.
Le 1*^^ juillet, tous les symptômes généraux se sont amendés, mais n'ont pas complètement disparu. On reprend le calomel , 2 grains le matin et autant le soir. Le 2 juillet , nouvelle amélioration ; cependant le délire n'a pas complètement disparu; le malade semble malheureux d'aller sous lui. La langue est nette et humide : infusion de colombe, augmentation des aliments. Une ulcération s' étant développée au sacrum, exige le transport du malade sur un lit hydrostatique. Cette ulcération guérit en peu de temps.
Le jour suivant, les facultés intellectuelles font du progrès, mais le 23 juillet, le malade ne se rappelle pas encore le nom de son maître , ni celui de sa paroisse ; il oubhe le lieu où il est, bien qu'à chaque instant on lui répète que c'est Imfirmerie d'Hertford,
§ IV. — Démence chronique, changement d'humeur. — La fulguration exerce parfois sur l'homme une in-
fluence plus durable sur ses facultés intellectuelles et affectives.
1. Zacchias rapporte que son oncle, resté trois jours roide, sans mouvement ni sentiment, fut comme hébété (vehit sto- Hdus) pendant plusieurs semaines : plus tard^ il recouvra toutes ses facultés.
2. Schottus cite un de ses disciples, qui , foudroyé, resta en démence pendant quelques années, puis recouvra la raison .
3. Un bouvier, dont parle Scaliger, perdit pour toujours la faculté de raisonner juste, et d'exprimer ses idées avec précision.
4. Le docteur Brillouët devint et resta triste après son foudroiement. L'abbé Richard (1) cite un exemple remarquable de cet affaiblissement considérable de l'intelligence et de la mémoire chez un foudroyé.