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ART. 2. — CONVULSIONS

Convulsions cloniques, — Les foudroyés en sortant de l'état de stupeur ou même de mort apparente, dans lequel ils sont restés pendant un temps variable, éprouvent souvent des mouvements convulsifs de formes diverses.

Tantôt ils tremblent de tous leurs membres et leurs dents claquent avec force, etc.

D'autres fois ils éprouvent des soubresauts généraux, de violentes et brusques secousses, comme s'ils recevaient de fortes étincelles de nos machines électriques.

Parfois aussi surviennent de violentes attaques de convulmns cloniques, comme nous allons en rapporter quelques exemples :

Un jeune homme de 26 ans, cité par Hartmann, est resté une heure et demie privé de connaissance, de mouvement et dans un état comme apoplectique; le pouls plein et dur, la respiration stertoreuse, les pupilles dilatées. Il fut ensuite pris

(1) tiut. de Ifaif, L III, p. %il.

de convulsions si violentes que quatre hommes pouvaient à peine le maintenir dans son lit.

Guazzi cite un homme qui , après être resté dans un état de mort apparente, pendant un temps que l'on ne peut préciser, se mit à se débattre avec tant de violence que sept hommes pouvaient à peine le contenir. Kramoi , Behrens ont cité des exemples analogues.

Un phénomène semblable se manifeste quelquefois chez les animaux; ainsi, dans le foudroiement décrit par Marteau de Grandvilliers, nous voyons qu'une vache sillonnée par la foudre fut terrassée et resta un quart d'heure sans mouvement : alors elle fut saisie de violentes convulsions, puis se leva brusquement comme épouvantée.

Ces convulsions prennent quelquefois la forme épileptique.

Le docteur Alexander Maccaulay rapporte que le 16 avril 1812, leColdstream des Ïndes-Orientales, ayant été frappé par la foudre, trois hommes de l'équipage en souffrirent plus particulièrement : l'un d'eux, Samuel Gramp, se trouvait alors sur la hune du grand mat {main-top), lorsque le bâtiment fut frappé. Peu de temps après, il fut saisi d'une attaque d^épi" lepsie : les circonstances au milieu desquelles cette attaque survint, méritent d'être mentionnées: quelques jours avant le foudroiement, les marins réunis avaient écouté avec un vif intérêt l'histoire d'un de leurs camarades qui disait avoir vu venir à lui , pendant la nuit , un fantôme en chemise rouge... or, au moment où notre foudroyé , descendu dans sa cabine , vit venir à lui le fameux conteur, il crut, lui aussi, voirie fantôme rouge, et éprouva l'attaque dont nous venons de parler. Les convulsions furent tellement violentes, qu'il fallut six hommes pour le retenir ; des émissions sanguines firent à tout jamais cesser ces attaques épileptiformes.

Si nous ne connaissons point d'exemple d'épilepsie proprement dite occasionnée par la fulguration, nous savons, par l'observation suivante, que la fulguration peut rendre les accès épileptiques plus fréquents chez une personne déjà affectée de cette redoutable affection.

A bord du navire dont nous venons de parler se trouvait un soldat du régiment de Sainte-Hélène : il fut pris d'une atta-

EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX d07

{ue d'épilepsie , et les émissions sanguines eurent le même 'ésultat; mais les attaques revinrent bientôt, continuèrent )endant plusieurs semaines. Cet homme avait déjà eu des ittaques, mais aucune pendant toute la durée du voyage.

On a signalé des convulsions hystéri formes chez des 'emmes foudroyées ; nous ferons abstraction ici des crises de lerfs , si souvent occasionnées chez la femme par la sur- )rise ou la frayeur.

Les convulsions cloniques se calment en général pour toulOurs, mais on les a vues reparaître à plusieurs reprises. Des expériences faites sur des animaux très-divers par

, Priestley, Troostwyk, Krayenhoff, Herbert , Steiglener, Marat , Brongniart, ont démontré que l'étincelle des batteries

, pouvait donner la mort par convulsions. Quelquefois (Priest-^ ley) on a pu observer un état de mort apparente, et la vie revenir après des secousses convulsives.

Convulsions toniques. —On voit fréquemment la contraction tonique, la roideur tétanique s'emparer instantanément du foudroyé. Garmoy, Sage , Lacépède et Mayer l'ont observée dans leurs expériences sur les animaux : des oiseaux restaient roides comme s'ils eussent été gelés ; on les faisait sortir de cet

^ état en leur présentant quelques gouttes d'alcali volatil.

î La contraction tétanique cesse promptement, mais on la rend aisément continue, et l'on simule facilement le tétanos

,. naturel en interrompant et en rétablissant le courant assez

, rapidement pour que la contraction musculaire ne puisse s'évanouir. L'appareil de MM. Masson et Bréguet, et surtout les bobines de Ruhmkorff, permettent de réaliser des effets puissants qui simulent ceux que produit la foudre.

i" Sur l'homme, la contraction tétanique produite par la foudre peut n'être que partielle, se borner aux élévateurs de la paupière, aux fléchisseurs des doigts, aux muscles postérieurs du cou.

Un grenadier foudroyé tomba comme mort, les yeux grandement ouverts (Mayer).

Une cuisinière avait une casserole à la main quand elle fut foudroyée ; la contraction des fléchisseurs des doigts fut telle qu'elle persista plus d'un quart d'heure sans permettre

d'enlever la casserole des mains de cette femme (Palasson).

Une femme foudroyée ne pouvait tourner le cou; le muscle sterno-mastoïdien droit était contracté, roide et douloureux (Decerfz).

Un sonneur avait la tête tournée sur l'épaule et les bras renversés (Duhamel).

Rice cite un individu dont les muscles de la hanche et de la cuisse restèrent contractés après le coup qui le foudroya.

Un homme foudroyé resta pendant un quart d'heure dans un état de mort apparente; lorsque survint le docteur Parkinson, la respiration était très- faible, le pouls à peine perceptible, la face congestionnée; les yeux fixes, immobiles, hagards et injectés, les pupilles largement dilatées et les paupières très-grandement ouvertes. En outre, la tête était fortement portée en arrière, et elle resta immobile dans cette position malgré les efforts du malade et des personnes qui l'entouraient pour la ramener en avant. Les mains et les jambes étaient froides, livides, presque noires ; sous l'influence d'un traitement énergique sur lequel nous reviendrons, le malade se rétablit ; la contraction tétanique des muscles postérieurs du cou fut un des premiers accidents qui disparurent.

2° Souvent la roideur est générale ; nous allons l'étudier ainsi que l'état général et la situation du foudroyé.

A. Parfois le foudroyé tombe instantanément dans un état de mort apparente et entièrement roide. Cet état peut quelquefois se prolonger pendant plusieurs jours.

Zacchias rapporte que son oncle resta pendant trois jours entièrement roide (totus riguit), sans mouvement ni sentiment ; il se rétablit en passant par un état d'hébétude qui dura plusieurs semaines.

Un cultivateur, examiné par Brillouël paraissait sans vie, immobile et roide, il avait le visage noir, il rendait de l'écume sanguinolente par le nez et par la bouche ; sa langue était serrée entre les dents ; il recouvra la connaissance au bout de 14 heures.

Quelquefois cette roideur générale est accompagnée d'un froid glacial et rappelle les effets de la congélation :

Un jeune garçon fut rapporté sur une planche chez

M. Milward : il paraissait mort, le corps était roide et tout à fait froid. Les doigts et les orteils étaient fortement contractés, les yeux éteints, enfoncés, le visage plombé et livide. Il y avait une heure que le foudroiement avait eu lieu, pendant ce temps le corps avait été inondé par la pluie ; l'état du malade s'améliora au bout d'une demi-heure de soins.

Un jeune homme de 19 ans, une heure après la fulguration, fut trouvé froid comme la glace et le corps tout roide : il resta dans cet état pendant plusieurs heures, revint peu à peu à la vie, et se rétablit dans l'espace de 8 jours.

Godfrey cite un matelot du Cambrian chez lequel on observa à peu près les mêmes phénomènes.

B. Quelquefois le foudroyé est, comme dans le cas précédent, violemment renversé, et dans un état de roideur extraordinaire, mais dans une position insohte, par exemple sur le dos, les membres inférieurs en l'air ; après quelques

' moments, cette roideur cesse brusquement et les membres retombent sur le sol.

Citons deux exemples de ce singulier phénomène. Un vieillard, au rapport de Brereton, était debout devant ^a fenêtre, observant un orage, lorsque tout à coup un 3clat de la foudre le jeta en arrière dans sa chambre à la distance de plusieurs pieds. Il tomba à la renverse sur son dos et les jambes en l'air; il resta longtemps ainsi, sans pouvoir ni parler, ni ouvrir les yeux, ni faire aucun mouvement; ses vêtements et la surface du corps étaient gravement

. lésés ; il se rétablit cependant d'une manière complète.

î Le 20 juin 1831, le nommé Jacqueline fut frappé par la foudre dans un poste de télégraphie électrique à Strasbourg. Il était debout devant un pupitre lorsque la décharge électrique le renversa sur le plancher, étendu sur le dos ; le cou, les bras étaient roides^ ainsi que les membres inférieurs^ qui fléchis sur le bassin, étaient tournés vers le plafond; il voyait les quelques lambeaux qui le couvraient encore embrasés, sans qu'il lui fût possible de chercher à les éteindre.

, Il se sentait suffoqué par une fumée épaisse et sulfureuse et

[il ne pouvait fuir le danger; heureusement pour lui, le

mouvement revint dans la jambe droite qui retomba sur le plancher, et il parvint, en- s'appuyant contre les meubles et les poteaux de l'appareil, à atteindre une porte donnant sur une galerie extérieure et que la commotion avait entr' ouverte. Là, il se mit sur le côté et gagna la galerie en se laissant rouler le long de quelques marches : la paralysie du membre supérieur droit ayant cessé presque subitement, il chercha à éteindre quelques lambeaux de sa chemise et de son pantalon qui brûlaient encore : ses cris ne tardèrent pas à être entendus et on vint à son secours.

La paralysie du côté gauche persista jusqu'au lendemain, surtout dans le membre inférieur.

G. La roideur qui surprend le foudroyé le laisse quelquefois dans la position qu'il avait au moment de l'accident. Dans les observations qui suivent, la roideur, sans être spécialement signalée, a dû cependant exister, car il serait autrement impossible de se rendre compte de la position qu'ont affectée pendant quelque temps les foudroyés ; sans cet état de roideur, il est évident qu'ils se seraient affaissés sur eux-mêmes et seraient tombés sur le sol.

La foudre ayant frappé, en 1747, l'église collégiale de Pithiviers, on y entra aussitôt et on y trouva un sonneur debout, immobile et sans connaissance, et tenant encore la corde de la cloche. Revenu à lui, il se plaignit d'un ébranlement universel et de grandes douleurs dans les membres et à la nuque (Nollet).

Le 13 juillet 1798, la foudre tomba à bord du Good-Hope, et y atteignit en particulier un matelot occupé sur un mât à la manœuvre d'une voile; on le trouva exactement dans la position qu'il avait au moment de l'accident ; il paraissait mort. Cependant il revint à la vie (W. Pétrie).

M. Roaldès, dont nous reparlerons bientôt, resta immobile sur sa chaise, la main étendue sur une table et tenant encore une longue-vue , et la tête fortement renversée en arrière (de Quatrefages.)

Quatre hommes s'étaient réfugiés sous un appentis , lorsque la foudre tomba à 25 ou 30 pieds de là ; deux d'entre eux , qui étaient assis par terre au moment de la chute du

météore, furent trouvés près de la muraille, hébétés et comme endormis. (Linsley.)

Ce phénomène a aussi été observé chez les animaux.

Le 13 juin 1842, la foudre tomba dans la cour de la caserne de Tarbes, y atteignit une colonne de 28 chevaux. Un de ces animaux resta pendant un quart d'heure debout, dans une immobilité complète, sans qu'on pût le faire ni avancer ni reculer. (D^ Guyon.) L'abbé Richard a vu un cheval rester aussi immobile après le foudroiement de son cavalier, et partir à un second fracas du tonnerre. L'immobilité avec un certain degré de roideur survient quelquefois à deux reprises chez le foudroyé : au moment même de l'accident et un peu plus tard. M. Gabard en a observé un cas sur un campagnard de 47 ans.

L'état de roideur dont nous venons de parler est généralement d'une courte durée; en effet, dans 17 observations, nous voyons que constamment, une seule fois exceptée, elle n'a pas dépassé quelques heures ; elle n'a même duré qu'un quart d'heure dans 8 cas, ou dans la moitié environ des cas.

Quoique portée à un très-haut degré, cette roideur est un des premiers symptômes qui disparaissent ; en sorte que le foudroyé est encore loin de reprendre connaissance que déjà la roideur tétanique a diminué ou disparu.

Nous n'avons cité qu'un cas de roideur d'une durée de trois jours (Zacchias) ; cette durée exceptionnelle nous conduit à signaler deux observations qui prouveraient, sauf à suspecter les rapports, qu'après le foudroiement, il pourrait survenir une contracture permanente , entraînant la déformation des parties affectées.

Une jeune demoiselle, atteinte du même coup qui tua une religieuse à côté d'elle, aurait été affectée d'une contracture des muscles de la colonne vertébrale, et serait restée bossue (de la Prade).

Une femme à moitié sourde, qui pariait difficilement, et dont la plupart des membres étaient distordus, vint demander l'aumône au D^ Kochler , et lui dit que la cause de ses infirmités était un coup de foudre qui l'avait atteinte quel-

il2 EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTEME NERVEUX

ques années auparavant. Sage rapporte que de Romas ayant reçu une forte commotion lorsqu'il avait la tête penchée et tournée, « ses nerfs » furent si fortement affectés qu'il resta toute sa vie dans cette attitude .

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