ART. 3. — PARALYSIE DES FOUDROYES
Les foudroyés, avons-nous dit, tombent, en général, subitement privés de connaissance, de sentiment et de mouvement. Cet état d'immobilité ou de résolution doit être distingué de la paralysie proprement dite, qui n'affecte qu'une partie du corps et qui ne se devine nettement qu'au moment où le foudroyé revient à lui.
La paralysie par fulguration atteint très-souvent, et peutêtre même le plus ordinairement, la sensibilité et la myotilité tout à la fois. Il peut arriver cependant que la sensibilité soit conservée, et que la paralysie ne porte que sur le mouvement, mais ce cas n'a été que rarement constaté ; nous citerons seulement deux observations.
Chez un marin, le membre abdominal gauche perdit entièrement le mouvement^ tout en conservant la sensibilité, qui n'était nullement atténuée ; quatre saignées furent pratiquées; le huitième jour, le blessé commença à mouvoir les orteils ; le dix-huitième jour la paralysie avait très-notablement diminué, et la faculté de locomotion était entièrement revenue deux mois et demi après l'accident. (Minonzio.)
Dans une seconde observation sur laquelle nous reviendrons en parlant de l'hémiplégie croisée , le bras et l'avant-bras droits, la cuisse et la jambe gauches, avaient entièrement lierdu le mouvement, tout en conservant la sensibilité, mais la main et le pied étaient privés à la fois de mouvement et de sensibilité.
Nous ajouterons que maintes fois, chez les foudroyés, les membres qui ne peuvent plus se mouvoir sont néanmoins le siège d'élancements et de tiraillements douloureux.
Siège, étendue. — La paralysie peut être bornée à une région
fort circonscrite, elle peut être de très- courte durée; mais il est très-rare qu'elle manque complètement. 1 Assez généralement le siège et l'étendue de la paralysie sont en rapport direct avec le siège et l'étendue des lésions produites par l'étincelle foudroyante sur la surface du corps. Que la lésion atteigne le bras, le pied seul, c'est ce bras ou ce pied qui sera paralysé; que la foudre sillonne tout le côté gauche du corps, de la tête aux pieds, on observera une paralysie gauche complète.
Chez un animal, si l'on fait passer la décharge électrique le long d'un membre seulement, ce membre seul est paralysé. Cette délimitation de la paralysie, bornée souvent ainsi à la région qui seule a été frappée, est importante à consigner.
Toutefois il est fréquent de voir la paralysie s'étendre bien au delà du point directement et ostensiblement frappé; ainsi une plaie superficielle a son siège sur une petite portion de la cuisse gauche, et tout le membre abdominal gauche est paralysé , et même la paralysie s'étend aux deux membres inférieurs.
Enfm la paralysie affecte quelquefois des individus qui, ;ans avoir été directement blessés par l'étincelle, se sont seulement trouvés dans sa sphère d'activité à une distance plus 3u moins considérable. Tel semble être le cas de ces deux personnes paralysées momentanément dans une maison où la foudre frappa de mort une vieille dame et sa nièce, à Borlington (1).
On conçoit que le siège et l'étendue de la paralysie doivent offrir une très-grande variété eu égard aux diverses régions du corps atteintes par l'étincelle.
Paralysie de la face et du cou. — On a vu paralysées par Tétincelle quelques parties peu étendues de la face, du front, de la joue, et même une paralysie de tout un côté de la face dans^^un cas d'hémiplégie.
Les muscles extenseurs du cou furent paralysés chez un soldat qui ne put dès ce moment maintenir sa tête sans appui. (Mayer).
(1) Cosmos, t. XIX, p. 31 (1861).
Sestier , n — =■ 8
Paralysie d'un seul membre. — Un marin que la foudre avait blessé grièvement perdit le mouvement du membre inférieur gauche et ne le recouvra que deux mois et demi après. (Minonzio.)
Parakjsie des membres inférieurs. — Pitcairn fut paralysé des jambes et des pieds ; ces parties, privées desensibilité, étaient comme celles d'un cadavre, la circulation y paraissait interrompue; ces symptômes disparurent au bout de 2 ou 3 jours, mais la jambe droite resta faible et molle pendant longtemps.
Decerfz cite un exemple à peu près semblable.
Paralysie des membres inférieurs et de la région inférieure du tronc. Paraplégie. — Un homme fut renversé par la foudre, et frappé de paraplégie ; les membres inférieurs tout entiers, et la moitié inférieure du tronc étaient privés de sensibilité et de mouvement; il semblait au blessé que ses pieds avaient pris un volume énorme; toutes les parties paralysées étaient glacées. Plusieurs personnes accourues à son secours le soutinrent sous les bras, et pour rappeler la vie dans les membres paralysés lui firent exécuter plusieurs allées et venues. Mœren administra du vin généreux au malade , puis un bain, et le rétablissement se fit complètement bien en quelques jours.
Paralysie des deux membres d'un côté et quelquefois de la région correspondante du tronc. Hémiplégie. — Le docteur Briliouët, frappé par la foudre qui lui flagella le dos, la cuisse, la jambe et le pied gauches, perdit connaissance pendant 3/4 d'heure; revenu à lui, il se trouva paralysé de tout le côté gauche ; cependant il put, quoique avec peine, se traîner jusqu'à l'endroit où gisait un cultivateur frappé du même coup et lequel paraissait mort.
Une jeune blanchisseuse fut paralysée de tout le côté gauche , côté grièvement blessé ; la paralysie disparut le quatrième jour.
Girault cite un exemple d'hémiplégie qui dura une demi-heure.
Le 20 fructidor an VI, une femme fut atteinte par la fou^, dre, près de Montargis; en tombant, elle crut qu'elle avait
le bras et la jambe cassés. Lorsque le D^" Gastillier arriva auprès d'elle, il la trouva paralysée de l'extrémité supérieure droite, depuis l'épaule jusqu'au bout des doigts, et de l'extrémité inférieure gauche , depuis l'articulation iléo-fémorale jusqu'aux extrémités des orteils.
Les muscles de ces membres étaient mous et flasques. « Mais, chose extraordinaire, ajoute l'auteur de cette obser- » vation, depuis l'articulation du poignet droit jusqu'à l'ex- » trémité des doigts, et depuis l'articulation du pied gauche » jusqu'au bout des orteils , la perte du sentiment suivait » celle du mouvement ; elle était totale; d'où résultait à ces )) deux extrémités, la paralysie la plus complète. »
Sous l'influence d'un traitement que nous exposerons plus tard, dès le 24, la malade éprouva des fourmillements dans les parties paralysées, fourmillements qui lui étaient insupportables et lui enlevaient tout sommeil. Le 27, elle com- ' mença à mouvoir le bras droit, la main et les doigts, et la sen- ; sibilité se manifesta en même temps à la main droite et au pied gauche, légère à la vérité. Le 29, le bras avait acquis ' assez de force pour se servir de béquilles et venir au secours ; de la jambe paralysée, qui en eut besoin pendant 10 ou i2 1 jours. Enfin, le 6 vendémiaire, on n'aurait pas pu distinguer les parties qui avaient été paralysées.
Il importe de remarquer, pour nous rendre compte de cette hémiplégie croisée, que la femme dont nous venons de par- ' 1er fut directement blessée par la foudre au pied gauche, qui fut dépouillé de son épiderme dans une petite étendue, ; et qu'elle tenait la main droite appuyée sur un panier plein d'herbes porté par un àne, qui fut tué par l'explosion électrique.
Paralysie des deux membres inférieurs et d'un membre supérieur. — Lorsque M. Roaldès eut été atteint par la foudre, les membres inférieurs et le bras droit étaient entièrement privés de sensibilité et de mouvement (application de linges chauds, frictions). Bientôt un fourmillement se manifesta et ne tarda pas à être suivi du pouvoir de remuer légèrement les parties naguère paralysées ; trois heures après l'accident, le malade put, en s'aidant du bras d'un de ses amis, monter
sur le comble de sa maison pour y inspecter les dégâts causés par la foudre (de Quatrefages).
Paralysie des 4 membres et d'une partie du tronc. — L'abbé de R...., âgé de 2o ans, fut grièvement blessé par la foudre à la poitrine, au bas-ventre et sur les membres; les extrémités supérieures étaient à demi paralysées, les inférieures l'étaient complètement. Cette paralysie se dissipa graduellement en quelques jours, mais il resta au malade une sorte d'insensibilité dans le bas-ventre, qui ne disparut que 6 mois après la guérison des brûlures (de la Prade) .
Un matelot, foudroyé dans la grande hune d'un navire, fut à l'instant paralysé des bras et des jambes ; il se rétablit en quelques jours (Bladh).
Nous venons d'étudier la paralysie dans les diverses régions qu'elle affecte; si maintenant nous cherchons sa fréquence relative dans ces régions, nous arrivons à la connaissance des deux faits généraux suivants :
La paralysie affecte beaucoup plus souvent les membres inférieurs que les membres supérieurs. — Sur 41 foudroyés, la paralysie a atteint les membres inférieurs 33 fois, et les membres supérieurs 8 fois. Cette différence s'explique par ce fait que la foudre atteint beaucoup plus souvent les membres inférieurs que les membres supérieurs. Sur 123 cas, il y a eu 18 fois lésions des membres supérieurs, et 105 fois des membres inférieurs, c'est-à-dire un peu plus des 3/4,'comme pour la paralysie. Et si les membres inférieurs sont bien plus souvent atteints que les supérieurs, c'est que le corps de l'homme, debout et les bras pendants, forme avec le sol un conducteur non interrompu, laissant en quelque sorte de côté les membres supérieurs qui ne conduiraient l'étincelle que dans l'atmosphère.
La paralysie affecte plus souvent les membres gauches que les membres droits. — En effet, sur 16 cas, les membres gauches ont été paralysés 13 fois, et les membres droits 3 fois. Rien ne prouve que la foudre ait pourtant une prédilection bien marquée pour le côté gauche; sur 92 cas de notre collection, la foudre a lésé plus ou moins grièvement 52 fois le côté gauche, et 40 fois le côté droit, différence trop peu impor-
EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTEME NERVEUX li7
tante ici pour en tirer une conclusion absolument générale. Faut-il invoquer une vigueur généralement moindre dans le côté gauche que dans le côté droit?
Degré de la paralysie. — La paralysie peut consister en un simple engourdissement, avec ou sans fourmillement, plus ou moins étendu. Forbes, l'abbé Ghapsal, Rittenhouse, l'abbé Moigno en ont chacun cité des exemples.
Cet engourdissement a été observé sur plusieurs personnes à la fois. D'après Keyler etTrencalye, huit personnes étaient réunies dans une maison, près de laquelle tomba la foudre; quelques-unes, qui étaient nu-pieds, dirent y avoir éprouvé une sensation semblable à celle qu'aurait produite le piétinement sur des copeaux ; celles qui avaient des souliers n'éprouvèrent rien de semblable (Linsley).
Quant à la paralysie proprement dite, nous avons déjà dit qu'elle atteignait parfois un très-haut degré; au reste, lorsque la paralysie atteint plusieurs membres à la fois, elle est souvent moins prononcée sur les uns que sur les autres, et il nous a paru qu'en général alors elle était beaucoup plus marquée sur les membres inférieurs que sur les supérieurs.
Marche. — Presque constamment la paralysie par fulguration, après avoir duré plus ou moins longtemps, diminue graduellement pour disparaître entièrement ; un fourmillement quelquefois insupportable, au point de rendre le sommeil impossible, est généralement l'annonce certaine du retour du mouvement.
Cette paralysie affecte-t-elle parfois la forme intermittente? C'est -ce qu'aucun fait de fulguration directe ne démontre positivement. Quant à l'observation suivante, nous sommes à nous demander si la paralysie intermittente dont elle fait mention doit être attribuée à un choc en retour, ou si elle ne serait pas un de ces accidents tout spontanés et en dehors de la fulguration, qui ne sont pas très-rares, surtout chez les vieillards.
Le 24 septembre 1826, M. B..., âgé de 72 ans, se trouvait dans une rue de Versailles, le côté droit tourné vers le mur d'une maison ; à peu de distance de lui un tuyau de con-
as EFFETS DE LA FOUDRE SUR LE SYSTÈME NERVEUX
duite métallique descendait le long de ce mur. Dans cette position et sans doute par un choc en retour, M. B... éprouva une commotion, qu'il décrivit lui-même de la m.anière suivante : il lui sembla que toute la partie droite de son corps était refoulée brusquement sur la gauche; en même temps, il ressentit une forte oppression et un vertige analogue à l'ivresse. Les suites immédiates de cet accident furent une grande gêne dans les mouvements de tout le côté gauche et une respiration haletante ; ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et en se reposant plusieurs fois que M. B... parvint à se tramer jusqu'à la maison d'un de ses amis, à une distance de 400 pas environ. Là, on reconnut que la langue éprouvait dans ses mouvements la même difficulté que les membres gauches. Les soins prodigués à M. B... lui rendirent un calme momentané, la nuit fut passable, et le lendemain matin le malade se trouva à peu près dans son état ordinaire ; mais le soir, à r heure oh la commotion avait eu lieu, l'oppression, l'engourdissement et la gêne dans les mouvements reparurent, et il en fut de même pendant toute une semaine. Cette affection céda cependant aux efforts de l'art, et le malade se rétablit entièrement; mais la périodicité des accès eut lieu jusqu'à la guérison (de Monferrand.)
Durée. — La paralysie des foudroyés est en général de courte durée et diffère sous ce rapport, comme sous bien d'autres, de la paralysie consécutive à l'hémorrhagie ou au camoUissement du cerveau.
Si nous n'avons égard pour le moment qu'à celles de nos observations où cette durée est nettement ou assez nettement formulée, nous voyons que, sur 28 cas, la paralysie a duré :
Une demi-heure 2 fois. Quelques jours 6 fois.
Trois quarts d'heure 1 — Huit jours 1 —
Deux heures 1 — Douze jours , 1 —
Quelques heures 5 — Quinze jours 2 —
Vingt heures 2 — Vingt jours 1 -^
Vingt-quatre heures 1 — Deux mois 1 —
Deux à trois jours i — Six semaines 1 —
Quatre jours .,.. i — Trois mois ,,., 1 —
Ainsi la paralysie n'a pas dépassé ^4 heures dans 12 cas,
c'est-à-dire dans près de la moitié des cas; et trois fois seulement la paralysie a duré de 2 à 3 mois.
Si nous mettons aussi en ligne 21 autres observations incomplètes, même un peu vagues sur quelques points, mais permettant de fixer à peu près la durée de la paralysie, nous trouvons que, sur 49 cas, la durée a été d'une demi-heure à un mois 41 fois, et de plus d'un mois 8 fois.
Au point de vue du pronostic, il est bon de remarquer que la paralysie, quoique étendue à plusieurs membres, a souvent cédé plus rapidement qu'une paralysie moins étendue et moins prononcée, autre caractère encore distinctif de cette paralysie de celle qui est symptomatique d'une lésion du cerveau.
Si la paralysie due à la fulguration a peu de durée, celle qui résulte de l'étincelle des machines sur les animaux a encore une durée moindre, car elle est de quelques heures seulement (Troostwyk et Krayenhoff.)
Diagnostic. — La paralysie par foudroiement est facile à constater ; toutefois, elle peut être méconnue, si le foudroyé, placé dans son lit immédiatement après l'accident, y est retenu par ses blessures, et si, comme cela n'est pas rare, il éprouve des douleurs profondes dans les membres paralysés. Le fait suivant mérite sous ce rapport d'être mentionné.
Le 23 thermidor an XI, un moissonneur, âgé de 45 ans, fut frappé par la foudre près de Gastellane (Basses-Alpes) ; transporté chez lui, le docteur Poilroux le trouva dans l'état suivant. Tous les sens paraissaient parfaitement hbres, excepté celui de l'ouïe ; la surdité était complète ; on voyait des écorchures à la nuque, au dos, à rabdom.en ; les jambes étaient noires le long du tibia, mais sans excoriations ; elles étaient très-douloureuses et faisaient pousser de hauts cris au malade. (Boissons stimulantes, applications chaudes; un peu plus tard, saignée.) Le 24, les jambes étaient toujours très-douloureuses; bientôt on reconnut qu'elles étaient le siège de lésions très-superficielles, mais étendues.... Le 7 du mois suivant, toutes les plaies étaient cicatrisées ; le 10, on engagea le malade à se lever, mais l'étonnement fut grand, de voir que ses jambes étaient comme paralysées, qu'il les
jetait çà et là sans pouvoir se soutenir. (Frictions sèches et aromatiques.) Plus tard, la faiblesse persistant, des vésicatoires furent appliqués sur les mollets, et peu à peu les forces revinrent ; au bout de deux mois, le malade put marcher quelque peu sans le secours d'un bâton; mais la marche était pénible et chancelante. (Liniment avec l'alcali volatil, employé sur toute la longueur de la colonne vertébrale.) Guérison rapide.
L'auteur attribue une grande efficacité aux vésicatoires appliqués sur les membres paralysés. Chez ce malade, la jambe dont le vésicatoire fournit le plus de suppuration s'est libérée plus promptement que l'autre.
Dangers attachés à l'état de paralysie. -— La paralysie expose les foudroyés à plusieurs espèces de dangers : les uns, par exemple, revenus promptement à eux, voient leurs vêtements en feu, sans pouvoir les éteindre ; d'autres, frappés dans des lieux solitaires, y restent exposés sans secours pendant un temps quelquefois fort long. Ainsi :
Un bûcheron dont parle Goester, atteint par la décharge électrique dans une forêt, ne revint à lui qu'au bout de six heures; alors il essaya de se relever, mais en vain; ses jambes lui refusèrent tout service : il ne fut découvert et secouru que le lendemain.
Qui dira avec quelle peine infinie, avec quelle lutte désespérée le physicien Buchwalder, foudroyé sous sa tente, au sommet du Sentis, à 2,504 mètres au-dessus du niveau de la mer, parvint enfin à se glisser et à se traîner jusqu'au village le plus voisin ?
Nous citerons ailleurs un ancien militaire qui, après avoir été frappé par la foudre dans un lieu isolé, y serait resté étendu sans connaissance pendant quatre jours, et qui, revenu enfin à lui et se traînant à peine sur la terre, ne fut secouru que vingt-quatre heures encore après.
Sommaire. — Art. I. — Action de la foudre sur l'appareil de la vision. — § I . Muscles palpébraux, — §11. OpMlialraie. — § III. Pliotophobie. — § IV. Amaurose. Hémiopie. — § V. Cataracte. — § VI. Cécité par fulguration. — § VII. Altération de la cornée transparente. — Art. II. Action de la foudre sur l'ouïe. — Art. lil. Action de la foudre sur le goût et sur l'odorat. — Art. IV. Action de la foudre sur la phonation et sur l'articulation des sons.
ART. i^'\ — ACTION DE LA FOUDRE SUR l'APPAREIL DE LA VISION.
Les effets de la foudre sur l'appareil de la vision sont nombreux et variés ; souvent passagers et sans gravité, ils consistent en une douleur insupportable, mais momentanée, qui abolit la vision pendant quelques instants et qui résulte de l'impression trop vive de la lumière éclatante de l'éclair. Souvent aussi ses effets sont plus graves et surtout plus prolongés; ils se traduisent par l'abolition ou la perturbation profonde de la vision, résultant soit d'un trouble nerveux, soit d'une altération matérielle de l'organe. Nous citerons en particulier la paralysie, la contraction permanente des muscles palpébraux, Vophthalmie superficielle aiguë, la pliotophobie, l'amaurose, Vhémiopie^ la myopie, V impossibilité de distinguer les couleurs ou le daltonisme, la cataracte.
On a constaté sur le cadavre des individus foudroyés et peu d'instants après la mort V opacité de la cornée et des épanchements de sang dans les chambres de Vœil; lésions qui, n'étant nullement incompatibles avec la vie, seront peut-être plus tard retrouvées sur l'homme vivant.
Gomme contre-partie, nous verrons enfin dans un autre chapitre que la fulguration a fait disparaître subitement une cécité qui durait déjà depuis longtemps.
Examinons maintenant en détail les diverses lésions physiques ou vitales que nous venons d'énumérer.
I P^ — Muscles palpéforaux. — Les mouvements des muscles des paupières sont souvent modifiés par l'étincelle foudroyante.
Tantôt les muscles relevears des paupières sont paralysés et cette paralysie, rarement isolée^ est le plus ordinairement associée à celle de plusieurs autres régions.
D'autres fois les muscles orbicidaires ou constricteurs des paupières restent fortement contractés pendant un temps plus ou moins long.
Par le fait seul de cette occlusion des paupières, la vue est abolie; mais, en général, la rétine ne reste pas alors intacte et se trouve atteinte de paralysie ou d'hypéresthésie.
Aussi ne citerons-nous ici qu'une seule observation, comptant en présenter plusieurs autres lorsque bientôt nous étudierons la photophobie et l'amaurose résultant de la fulguration.
Le fait suivant est un des exemples les plus remarquables de cécité par suite de la contraction, en quelque sorte tétanique, des muscles orbiculaires des paupières, liée à une sensibilité exagérée de la rétine.
Un homme de 45 ans environ, domestique d'un fermier d'Edmonton, avait été en»voyé par son maître, par une nuit d'orage, pour faire rentrer le bétail, lorsqu'un éclair d'un éclat extraordinaire lui traversa la figure; au même instant il entendit un violent coup de tonnerre, il fut renversé sans perdre connaissance, et fut incapable de se relever pendant quelques secondes; il ressentit à l'instant même dans les yeux une douleur excessive qui ne tarda pas à se dissiper, mais le laissa complètement aveugle. Il resta sept mois dans cet état, et à l'occasion d'une blessure accidentelle il se rendit auprès du docteur Parkinson (1).
Les paupières étaient fortement closes , leur surface presque plane laissait croire à une diminution et peut-être à une destruction du globe de l'œil. Les premières tentatives pour ouvrir l'œil échouèrent ; renouvelées sur les instances du malade, elles laissèrent entrevoir les globes oculaires ;
(1) Mém, of the mcclic, mciely of London, t, II, p, 503.
leur forme était ordinaire, la cornée brillante, transparente, les pupilles fortement contractées. Le malade s'écria qu'il voyait la lumière, mais si douloureusement qu'il fallut laisser se refermer les paupières. Le malade disait avoir vu une flamme aussi brillante que l'éclair qui l'aveugla. Ce ne fut qu'après sept ou huit tentatives destinées à maintenir les paupières écartées qu'on réussit à lui faire accuser la vue du châssis de la fenêtre.
La contraction des paupières était moins énergique, mais une légère ophthalmie étant survenue, on cessa toute tentative. Les yeux furent constamment iotionnés avec de l'eau fraîche, et comme la violence du spasme des muscles palpébraux était évidemment diminuée par l'emploi d'une force extérieure, le malade fut invité à entr'ouvrir forcément les paupières deux ou trois fois le même jour. Dès le lendemain l'oplithalmie avait diminué, la vision devint plus distincte et moins douloureuse.
Deux ou trois jours après le malade avait recouvré le libre exercice de ses paupières ; il ne se plaignait que d'une extrême sensibilité de la rétine qui sans doute se dissipa plus tard.
I IL — Ophthalmie, — L'oplithalmie superficielle, palpébrale ou oculaire semble résulter le plus souvent de l'action directe du feu électrique ; ordinairement elle est immédiatement consécutive à cette action, on la voit quelquefois tarder à se manifester.
Un soldat, cité par le docteur Ristelhueber, eut ses cheveux embrasés par la foudre et l'épaule légèrement brûlée... Vers le quatrième jour après l'accident, une ophthalmie se déclara avec quelques symptômes gastriques. Ces phénomènes furent dissipés par les délayants et par i'émétique en lavage, administrés pendant trois jours,
i IIL — Photophobie. -— La photophobie résultant de l'excessive sensibilité de la rétine est un des effets les plus fréquents de la foudre sur l'appareil visuel de l'homme. La vivacité de l'éclair suffit quelquefois pour la produire, tan-
dis que dans d'autres circonstances elle résulte de l'action directe de l'étincelle foudroyante.
La photophobie est ordinairement accompagnée d'une contraction spasmodique et permanente des orbiculaires des paupières. Elle coexiste souvent avec une sensibilité exagérée de l'ouïe, avec des élancements très-douloureux et névralgiques au front et en d'autres parties de la face, revenant par paroxysmes ; avec de vives douleurs, et une sensation de pulsation dans la tête; avec une forte excitation cérébrale , etc. En sorte que parfois l'ensemble de ces phénomènes ne s'éloigne pas beaucoup de ceux qui appartiennent à la première période de l'arachnitis.
La durée de cette photophobie est variable : ordinairement de 5 à8 ou 10 jours ; mais dans un cas que nous avons déjà cité, on a vu que la photophobie avec contraction spasmodique des muscles palpébraux durait déjà depuis sept mois environ lorsqu'on commença le traitement.
Les observations suivantes nous feront encore mieux connaître les caractères de cette affection.
Un enfant, âgé de huit ans, était assis devant une croisée ouverte lorsqu'il fut ébloui par un éclair ; il perdit complètement la vue de l'œil droit, dont la pupille était fortement contractée, tandis que l'œil gauche fut atteint de photophobie. Des émissions sanguines abondantes à l'aide de sangsues, l'application continue sur les yeux de compresses imbibées d'eau froide, des lotions rafraîchissantes, et le repos absolu, dans une chambre peu éclairée, rétablirent graduellement et complètement la vision, au bout de cinq ou six jours (doct. Behre, d'Altona.)
Le 10 septembre 1761, vers 10 heures du soir, la foudre tomba sur le château de Saint-Barthélémy et blessa les deux demoiselles Ducos, alors couchées dans le même lit... Appelé auprès d'elles, le docteur Polisson ayant voulu les examiner, fut obligé de leur couvrir le visage avec plusieurs doubles de hnge, parce que la lumière produisait sur elles une impression si vive qu'elles tombaient en syncope ; on pratiqua une saignée. Les malades restèrent ainsi plusieurs jours sans pouvoir supporter l'éclat de la lumière du jour, ni celle d'une
chandelle ; on était obligé de leur faire prendre leurs aliments dans l'obscurité.
Jane Humphreys , âgé de onze ans, récitait sa leçon à récole paroissiale de Saint-Martin , dans l'après-midi du 6 mai 1828, et se trouvait debout, le côté gauche vers la fenêtre, lorsqu'un orage éclata ; la salle fut vivement illuminée par un éclair qui produisit sur l'enfant la perte instantanée de h vue du côté gauche, où elle éprouvait une douleur semblable à celle que produiraient des orties. Cette douleur ne fit qu'augmenter les jours suivants et nécessita la visite d'un médecin. Le docteur Mayo prescrivit des applications répétées de sangsues aux tempes, des vésicatoires derrière l'oreille et sur la nuque, les mercuriaux jusqu'à salivation.
Sous l'influence de ce traitement, il y eut chaque jour un progrès sensible vers la guérison.
Le 11 mai, cinq jours environ après l'accident, le globe oculaire éprouvait une sensation pénible de chaleur; il était douloureux à la pression ; la malade ne pouvait lever la paupière , tant était grande la sensibilité à la lumière ; la vision de ce côté était presque abolie; aucune inflammation de la conjonctive, de la cornée, ni de l'iris ; aucune perte de transparence dans les milieux de l'œil ; douleur et serrement au front, sensation de pulsation dans la tête, pouls fréquent.
Vers le 20 mai , la malade pouvait plus facilement supporter la lumière et distinguer les objets, mais il lui était impossible d'élever la paupière supérieure dont le muscle moteur était sans doute paralysé.
Le 24 mai, elle pouvait relever la paupière, mais le consensus entre les deux yeux était troublé de telle façon, que lorsque les deux yeux étaient fermés, la malade pouvait ouvrir l'un ou l'autre à volonté, mais non pas tous les deux à la fois. Dès qu'elle essayait d'ouvrir le second, le premier se fermait, ou bien, si l'on maintenait celui-ci ouvert, le globe oculaire tournait sur son axe en haut et en dehors.
Le 27 mai , les deux yeux pouvaient fonctionner simultanément, mais l'œil gauche était atteint de myopie, et la malade avait perdu la faculté de distinguer les couleurs. Des mouchetures écarlates sur un fond jaune lui apparaissaient noires, et
en général elle voyait les différentes couleurs avec une teinte plus foncée, presque noires. Ce fut l'œil gauche qui garda le dernier cette faculté de voir les objets plus obscurs et moins distincts. Plus tard, l'état normal revint complètement.
Le 11 juillet 1777, un laitier de la ville d'York, âgé de 22 ans, fut foudroyé et resta comme mort ; il ne reprit connaissance que deux heures après ; pendant ce temps il fut « dans un état apoplectique. »
Le docteur Thomas Fowler le visita dans la soirée : la tête et la face ne présentaient aucune lésion externe. Le malade se plaignait d'une vive douleur au front, dans les oreilles, que réveillait le plus petit bruit; d'une sensation de brûlure dans les yeux, qu'il comparait à celle que produiraient des cendres brûlantes, sensation accompagnée de chocs violents, allant du front aux nerfs optiques, et revenant par paroxysmes de minute en minute.
La face était rouge, les yeux injectés et larmoyants ne pouvaient supporter la lumière. Le pouls était plein , dur, mais de fréquence ordinaire. L'accident était arrivé vers quatre heures de l'après-midi, vers six heures apparurent des nausées et un refroidissement des extrémités ; on pratiqua une forte saignée qui n'amena aucune amélioration. Le docteur Fowler prescrivit deux lavements avec du sel, du sucre et du lait, et fit appliquer six sangsues sur la région temporale. Les piqûres des sangsues coulèrent jusqu'à six heures du matin, et dans la nuit, la bande du bras s'étant dérangée, l'ouverture de la veine fournit encore une notable quantité de sang. Le lendemain , l'amélioration du côté de la tête et des yeux était très-marquée; du 12 au 15, elle fit des progrès sous l'influence de deux doses de sel de Glauber et d'un collyre, avec deux gouttes de sel de Saturne pour soixante grammes d'eau distillée.
Le 15, les douleurs lancinantes dans la tête et dans les yeux revinrent avec leur première violence. (Six sangsues, même collyre.)
Le 16, très-grande amélioration, mais susceptibilité nerveuse excessive; une porte fermée brusquement cause au
malade des palpitations et un tremblement universel. (Sel de Glauber.)
Le 17, les douleurs des yeux ont cessé, le malade n'éprouve plus que de la douleur de tête; les tremblements nerveux sont moins marqués. Le 2o, sous l'intluence d'un refroidissement, les yeux sont de nouveau enflammés. L'application d'un vésicatoire à la nuque est suivie de succès. Le 5 août, le malade est parfaitement rétabli. La perte de sang qu'avait éprouvée cet homme peut être évaluée à 1,600 grammes environ.
I IV. — = Amaurose. Hémiopie. — L'amaurose par fulguration est complète ou incomplète.
L'hémiopie a été aussi le résultat de la fulguration. La vue peut être perdue par insensibilité momentanée de la rétine, et aussi parce que les muscles releveurs des paupières sont paralysés.
Wardrop dit avoir vu une amaurose consécutive à une fulguration (Gerdy).
Le docteur Rognetta rapporte qu'un ecclésiastique foudroyé tomba par terre ; revenu à lui-même, il ne distinguait plus que la moitié des objets.
Le docteur Hemotay cite un autre exemple d'amaurose accompagné de vertige et de céphalalgie qui dura six jours tt céda à un grand vésicatoire appliqué à la nuque.
Le matelot Brown, foudroyé à bord du Cambrian, resta pendant quelques moments froid, sans pouls et dans un état tétanique; plus tard, le pouls et la chaleur se développèrent, et le malade s'endormit pendant plusieurs heures ; mais à son réveil, le docteur Godfrey constata qu'il avait perdu la vue et la parole, 11 ne pouvait soulever la paupière supérieure ; les globes oculaires ne présentaient aucun changement dans leur forme, ils étaient forcément dirigés en haut et en dedans, le malade ne pouvait changer leur position. Les pupilles étaient un peu dilatées ; les paupières complètement immobiles ; et le malade, très-irritable, indiquait par gestes qu'il éprouvait des douleurs dans la tête et dans l'orbite.
Après 3 mois de traitement, le malade pouvait enfin soulever les paupières et encore incomplètement ; il avait recouvré la vue d'un œil ; il la recouvra sans doute plus tard de l'autre côté, à la suite d'un orage qui lui causa la plus vive frayeur, comme nous le verrons plus loin.
Chez ce malade, la perte de la vue fut causée, suivant le docteur Godfrey, par la paralysie des nerfs optiques et des muscles élévateurs des paupières ; il parait même que la portion antérieure du muscle occipito-frontal était également paralysée, au point de laisser immobile la peau du front. Nous verrons que la paralysie avait également envahi les organes de la voix (voyez Phonation).
I V. — Cataracte. — La production d'une cataracte est certainement un des effets les plus intéressants de la foudre sur l'homme.
Plusieurs auteurs anciens en font déjà mention ; ainsi
Garcœus, en parlant du feu de la foudre, dit : Humorem
cristallimim ocidorum exsiccat et ligne facit^ qtio exsiccato mit lique facto, cecitatem sequi necesse est.
Voici quelques-unes des observations que nous avons pu recueillir.
Un serrurier, âgé de 25 ans, fut atteint par la foudre pendant son travail. Il tomba à la renverse privé de connaissance ; mais bientôt il revint à lui. Pendant les premiers jours qui suivirent l'accident, il éprouva des étourdissements, sa vue s'affaiblit graduellement et se perdit du côté droit ; quelques personnes de son entourage attribuèrent ce phénomène « à une pellicule qui couvrait le brillant de l'œil. » Quoi qu'il en soit, 2 mois après, le docteur Christian Faye de Skien ayant été consulté, reconnut dans l'œil droit une cataracte parfaitement développée et d'une couleur jaune grisâtre ; la pupille était un peu dilatée et le malade ne pouvait de cet œil distinguer le jour d'avec la nuit; l'œil gauche était sain.
Le 16 juillet 1836, une paysanne de 23 ans fut frappée sous un arbre : on la releva inanimée ; tout le côté gauche du corps avait été sidéré (paralysé?) ; le lendemain, la ma-
lade, revenue à elle, avait perdu la vue de Vœil gauche. En Texaminant devant un miroir, elle y vit très-distinctement une tache blanchâtre, obturant complètement la prunelle; elle resta pendant dix ans dans cet état. C'est alors que le docteur Rivaud-Landran la vit et ne put obtenir d'elle qu'elle se laissât opérer.
Selon M. Rivaud, la cataracte par fulguration serait due à un ébranlement d'où résulterait la rupture des attaches du cristallin et des vaisseaux qui le nourrissent, et comme conséquence son opacité. N'y aurait-il pas plutôt une action physico-chimique? C'est le cas de rappeler qu'en 1841, le docteur Krussel d'Helsingfors annonça avoir produit sur des animaux, à l'aide du pôle négatif, des cataractes qu'il pouvait dissoudre avec le pôle positif. Il disait aussi avoir dissous en cinq minutes, au moyen du pôle positif d'une pile, une cataracte grise, qu'un oculiste de Saint-Pétersbourg avait déclarée n'être pas opérable. Nous rappellerons que M. le docteur Edm. Morin a démontré que l'albumine était coagulée par un courant électrique sans subir de changement dans sa composition ; une coagulation directe du cristallin est donc possible, bien qu'il n'y ait pas ici heu d'affirmer que les choses se passent réellement de cette façon.
I YL — De la cécité par fulguration. — Une
cécité plus ou moins prolongée est souvent le résultat des diverses affections que nous venons d'étudier. Il ne nous reste plus maintenant pour arriver à un résultat statistique, qu'à signaler plusieurs observations de foudroiement dans lesquelles, faute de détails, nous ne pouvons saisir au juste la cause de la perte de la vue.
Une vieille femme, atteinte par la foudre, resta trois jours privée de la vue ; alors elle commença à distinguer les objets placés directement devant ses yeux ; mais elle ne pouvait les remuer qu'avec douleur (Richard).
Une femme fut tout à coup aveuglée par la foudre et recouvra la vue quelques jours après (P. Clare). Bertholon cite un cas semblable.
La foudre qui, le 8 juin 1747, tomba dans l'église des
Sestier, 1] — 9
Grands- Augustins, à Paris, parcourut le chœur et brûla les sourcils d'un enfant de 8 ans, qui fut pendant 8 jours privé de la vue (1).
Un individu qui s'était trouvé dans le voisinage d'un enfant tué par la foudre resta sourd et aveugle pendant sept semaines (Bergman).
Le gardien d'un phare en Angleterre fut brûlé par la foudre et resta privé de la vue pendant quelque temps : il la recouvra à la longue, mais elle resta toujours faible.
Si nous résumons maintenant l'état de nos connaissances sur la cécité par fulguration et si nous laissons de côté un grand nombre de foudroyés qui n'ont perdu la vue que pendant quelques instants, ou pendant quelques minutes, nous trouvons 14 cas de cécité par fulguration. Ces cas étant les seuls de notre nombreuse collection, nous considérons la cécité comme un accident assez rare de la fulguration.
Sur huit cas, avec indication de la cause de la cécité, nous trouvons six fois la sensibilité excessive de la rétine ou la photophobie et deux fois seulement l'amaurose. Dans les six autres cas, où faute de détails, la cause de la cécité nous est restée inconnue, nous pouvons cependant affirmer, à cause du peu de durée de l'affection, qu'il ne s'agissait pas de cataracte.
Sur ces 14 sujets aveuglés par la foudre, nous signalons 2 enfants, 3 jeunes gens et 9 adultes ou vieillards ; nous voyons en outre que cette cécité a duré :
Trois jours.. 2 fois
Cinq à six jours 3 —
Plusieurs jours 5 —
Vingl jours 1 —
Sept semaines i —
Trois mois 1 —
Sept mois ........ . i —
La durée a donc été de 3 jours à 1 mois dix fois, et de 7 semaines à 7 mois, trois fois seulement. Et remarquons que l'homme qui resta sept mois aveugle ne reçut que vers la fin
(l) Abbé Poncelel. la nature dans la formation dit tonnerre, p. 105. Paris 1766).
du 7^ mois des secours qui furent couronnés d'un plein succès.
• La cécité produite par fulguration est donc généraiement de courte durée ; nous ne connaissons pas d'exemple de cécité qui ait persisté pendant plusieurs années.
Le second du navire américain le Visconsin fut aveuglé par la foudre pendant un orage terrible, et ne recouvra pas la vue. Mais la relation ne dit pas depuis combien de temps dure cette cécité (1),
i Vn. — Altération de la cornée transparente.
— Jusqu'à présent, l'opacité de la cornée transparente n'a été constatée que chez les animaux et immédiatement après l'accident.
Elle est due sans doute à Faction locale du fluide électrique sur la cornée ; dans quelques cas, elle est certainement la conséquence de la brûlure de la cornée ; mais on ne saurait toujours invoquer cette cause.
Priestley, Galitzin ont cité des observations d'opacité de la cornée obtenue par des expériences directes sur des chiens, des poules, des pigeons.
ART. â. — ACTION DE LA FOUDRE SUR l'oUIE.
Les personnes près desquelles la foudre vient de tomber éprouvent souvent à l'instant même des hourdonnements, des hruissements, une sensation semblable à celle que produisent des peupliers agités par le vent, des tintements ou des retentis^ sements analogues à celui qui accompagne le choc d'un verre.
Ces sensations affectent le plus ordinairement les deux oreilles à la fois, plus rarement une seule; leur durée est de quelques minutes, et même de plusieurs jours.
Le même phénomène a été aussi plusieurs fois observé chez d'autres personnes au moment où elles reprenaient leurs sens, après avoir perdu connaissance pendant un temps plus ou moins long.
(1) Monit, Univ., il mai 1856.
i32 EFFETS DE LA FOUDRE
Chez les premières, les tintements et les bourdonnements peuvent être attribués en grande partie au fracas du tonnerre ; mais la même explication ne peut s'appliquer aux secondes, qui le plus souvent sont tombées sans avoir rien vu, rien entendu.
La sensation d'un cJioc violent dans l'oreille a été accusée par quelques personnes; l'une d'elles, citée par Beard, éprouva depuis la même sensation à chaque coup de tonnerre.
Il n'est pas rare que l'homme soumis à l'influence directe ou indirecte de la foudre perde rouie en partie. Cette dureté' primitive de l'ouïe n'a guère duré que quelques jours au plus chez les individus dont nous analysons les observations.
Mais assez souvent les foudroyés sont atteints de surdité. Le phénomène exige un examen détaillé.
Nous n'avons trouvé dans notre collection que 14 cas de surdité complète occasionnée par la foudre; il est assez curieux que ce nombre soit le même pour la cécité. Cette circonstance pourrait porter à croire que les individus aveuglés par la foudre ont été en même temps privés de l'ouïe; il n'en est rien cependant, car tous les sujets dont il est question dans ces deux catégories sont différents, un seul excepté, qui resta sourd et aveugle pendant sept semaines. Il est même remarquable que parmi tous les sujets qui ont éprouvé seulement de la dureté de l'ouïe , nous ne trouvons aucun de ceux qui ont été aveuglés par l'étincelie. Ces faits, dont le nombre est assez considérable pour avoir quelque valeur, démontrent l'indépendance dont la vue et 1 ouïe jouissent l'une à l'égard de l'autre.
Parmi les 14 sujets privés de l'ouïe, nous ne trouvons pas un seul enfant; nous connaissons, au contraire, deux enfants aveuglés par la foudre.
Sur onze cas, où la durée de la surdité complète a été plus ou moins exactement déterminée, nous trouvons qu'elle a été de :
, . Quelques moments. 2 fois.
Quelques heures 1 —
Quelques jours. 2 —
Sept à huit jours 1 fois.
Sept semaines 1 —
Six mois 2 —
Quelques mois 2 —
Ajoutons qu'un maielot paraît être resté sourd depuis son accident; il l'était du moins au moment où a été close Tobservation qui le concerne.
Aucune de nos observations ne constate une surdité qui aurait persisté pendant toute la vie du sujet.
Le retour de Vou'ie se fait, en général, d'une manière graduelle; il aurait été subit dans le cas suivant. Borelli (1) dit avoir vu un homme et une femme qui, rendus sourds par le bruit du tonnerre, ont, au bout de six mois et contre tout espoir, recouvré subitement la faculté d'entendre, après avoir éprouvé une sorte de craquement dans V oreille. Il attribue ce phénomène au départ subit des humeurs qui obstruaient l'organe.
La surdité par foudroiement est due à l'action variée de la décharge électrique sur les centres nerveux et sur les nerfs auditifs eux-mêmes, ou peut-être aussi aux filets nerveux de la caisse du tympan.
L'oblitération subite du pavillon de la trompe d'Eustache en serait-elle quelquefois la cause? L'observation précédente de Borelli semblerait devoir le faire soupçonner. Le feu électrique, qui parfois atteint les fosses nasales, la bouche, le pharynx et le larynx, agirait-il alors plus particulièrement sur la trompe d'Eustache? Mais, sur ce point comme sur d'autres, nous attendons de nouvelles observations.
Quant à la rupture de la membrane du tympan, on sait qu'elle n'atteint presque jamais qu'une seule oreille, et que si elle occasionne parfois de la surdité de ce côté, le malade peut entendre de l'autre. D'ailleurs, elle n'a été que très-rarement constatée chez les foudroyés. Nous en citerons plus tard deux ou trois exemples signalés sur le cadavre; pour ce qui concerne l'homme vivant, nous n'en connaissons encore qu'un seul cas bien constaté,
(1) HinL et observ. médic. pkys.
m EFFETS DE LA FOUDRE
Un charretier, blessé par la foudre lors du terrible orage qui s'abattit sur Paris le 30 juin 1834, fut transporté à i'Hôtel-Dieu, où il ne tarda pas à se rétablir de sa paralysie et de ses blessures. ^
Le 4 juillet, en se mouchant, il s'aperçut pour la première ' fois que l'air sortait par son oreille gauche, et le 5, à la visite, après l'avoir engagé à fermer le nez et la bouche et à gonfler les joues, on entendit l'air sortir en sifflant à travers la membrane du tympan; la main sentait le courant d'air qui se produisait ainsi; le malade affirma qu'il n'en était pas ainsi avant l'accident, que toutefois il avait ressenti depuis deux jours un léger tintement dans cette oreille, tintement qui se produisait encore lorsqu'il chassait l'air par l'oreille. L'ouïe de ce côté était plus failjle que du côté droit; d'ailleurs, point d'écoulement de pus ou de sérosité, pas de douleur; on appliqua un bourdonoet de charpie dans l'oreille, afin de tenter le recollement de la membrane du tympan, en évitant le passage de l'air. Maisde malade ne voulut pas s'astreindre à l'emploi de ce moyen. Bientôt il sortit de i'Hôtel-Dieu.
ART. 3. —ACTION DE LA FOUDRE SUR LE GOUÏ ET SUR l'odorat.
Trois personnes citées par Mountaine, GastiUier et Gaultier de Claubry, atteintes directement par la foudre, ont accusé, une fois revenues à elles, une saveur de soufre et d'hydrogène sulfuré dans la bouche et dans la gorge. Deux autres personnes qui se trouvaient dans la sphère d'activité de la foudre, mais qui ne furent pas directement atteintes, ont éprouvé la même sensation. Une jeune fille garda cette saveur sulfureuse pendant 48 heures. (Ludwig.) Une autre jeune fille, à genoux sur le marchepied de l'autel d'une église, ne fut point frappée, mais pendant plusieurs jours il lui sembla qu^elle avalait de la fumée de soufre et de bitume,
La femme citée par Gaultier de Claubry, et qui se plaignait du goût d'hydrogène sulfuré, rendit, le lendemain de î'acci-
dent, des selles et des urines qui répandaient la même odeur. (Voir Intoxication par la foudre.)
Nous noterons ici l'odeur sulfureuse qu'un grand nombre de personnes ont perçue lorsque la foudre est tombée dans leur voisinage, ou lorsque, directement frappées, elles ont repris leurs sens et remarqué l'odeur de leurs vêtements.
Nous signalerons plus loin la brûlure de la muqueuse des fosses nasales constatée chez les anfmaux, et jamais chez l'homme. On conçoit combien une pareille lésion modifierait l'olfaction.
Ritter afilrme qu'outre l'envie d'éternuer et le chatouillement.H se développe au pôle positif une odeur acide, au pôle négatif une odeur ammoniacale, comme s'il y avait décomposition d'un sel amm.oniacal.
Valentin dit que cette sensation manque souvent; Wagner n'a pas pu la produire. M. Longet a fait plusieurs fois passer des courants électriques dans ses fosses nasales ; il a éprouvé un picotement vif dans la pituitaire, avec sécrétion abondante de larmes, mais sans perception d'odeur.
Pfaff et de Humboldt (1) avaient échoué dans des tentatives analogues.
Nous ne ferons que citer l'odeur phosphorée et même d'autres sensations olfactives qu'ont notées quelques observateurs.
ART. 4. — ACTION DE LA FOUDRE SUR LA PHONATION ET l'articulation DES SONS,
La voix et la parole reçoivent souvent de graves atteintes de l'explosion électrique directe ou à distance.
Si certains foudroyés en revenant à eux, ont seulement la voix sourde et gémissante, si d'autres ne parlent d'abord qu'en balbutiant, ou n'articulent qu'imparfaitement et avec une grande difficulté, il en est aussi dont les organes de la phonation et de la parole sont beaucoup plus gravement affectés,
(i) Expér. sur le galvanisme^ ç,M9. .. . . ■
Les uns, par exemple, perdent la voix, tout en conservant la faculté d'articuler les très-faibles sons qu'ils émettent encore; d'autres, au contraire, perdent la faculté d'articuler tout en conservant la voix ; d'autres enfin, perdent à la fois ces deux facultés, ou bien, dans une phase de leur guérison, retrouvent la voix, mais non point encore la parole.
Il est à remarquer que souvent alors les organes de la déglutition, si intimement liés à ceux de la voix et de la parole, sont en même temps plus ou moins affectés.
Les phénomènes dont nous parlons ont une durée trèsvariable, de quelques heures à quelques jours ; ils se prolongent parfois pendant des mois et des années.
La guérison peut être subite : nous citerons en particulier un cas oii l'excessive frayeur causée par un orage redonna subitement la parole à une personne qui l'avait perdue plusieurs mois auparavant, au moment de la fulguration.
Quant à la cause intime de ces phénomènes, nous invoquerons, suivant les circonstances, la nature des symptômes concomitants et l'état physique des parties; tantôt /a jjara/|/sïe, tantôt le spasme et la contraction tétanique des muscles qui président à la production et à l'articulation des sons.
Parmi les observations que nous avons examinées et qui nous paraissent dignes d'une mention particulière, il en est qui, tout en spécifiant le mutisme et la perte de la parole, ne nous font pas connaître cependant si ces phénomènes dépendaient d'une aphonie ou de la perle de la faculté d'articuler ; ainsi, une jeune personne observée par le docteur Tournier, de Besançon, fut atteinte d'un mutisme complet à la suite d'un coup de tonnerre, sans présenter d'ailleurs aucune lésion extérieure ni aucune altération des facultés intellectuelles : ce mutisme durait déjà depuis plusieurs jours lorsque le fait fut publié.
Un officier du génie, cité par Ackermann, se tenait à Rendsburg, l'épaule droite appuyée contre un pilier, lorsqu'il fut légèrement blessé par la foudre et renversé à quelques pas de là. Après un quart d'heure, il revint à lui, m.ais il ne pouvait niparler ni avaler : cependant, trois semaines après, il était parfaitement guéri.
Au rapport de Lami, im jeune homme fut tellement saisi par le passage d'une trombe ftilmmante, qu'il en perdit la parole : il en mourut quelques jours après.
L'aphonie presque complètes avec conservation de la faculté d'articuler, a pu' être observée.
Le 10 septembre 1845, vers deux heures de l'après-midi, la foudre tomba sur une maison du village de Salagnac (Creuse). B..., âgé de 30 ans, grand, bien constitué, doué d'une forte voix de basse-taille, fut renversé par la foudre. Il se releva quelques instants après comme un homme ivre et frappé d'aphonie. Le docteur Maslieurat-Lagémard arriva peu de temps après ; il observa au-dessus de l'œil droit une petite tache de la dimension d'une lentille, semblable à celle qu'aurait produite l'application d'un fer rouge ; sur le dos du nez il y avait deux rainures privées d'épiderme. Il n'y avait aucune autre lésion, et de douleur nulle part, et pourtant B... pouvait à peine se faire entendre. Le lendemain la voix prit un peu plus d'intensité, en restant aiguë et chevrotante ; peu à peu elle s'améliora ; et au bout de huit jours elle était redevenue normale. Il n'y avait ni rougeur ni douleur dans le pharynx, dans le larynx, même à la pression ; il semblait au malade qu'il avait besoin de faire un grand effort pour émettre les quelques sons imparfaits qu'il pouvait moduler.
L'auteur de cette observation avoue lui-même qu'il ne saurait fournir aucune explication valable des faits qu'elle renferme.
Desjardins a cité un fait d'aphonie par foudroiement qui durait encore treize jours après l'accident; mais le matelot, sujet de cette observation, ne pouvait émettre aucun son. Dans le cas suivant, Taphonie qui, du reste, n'a été qu'apparente, a reconnu une tout autre cause.
Un homme, cité par Maccaulay, éprouva, bientôt après le foudroiement, une douleur aiguë dans le côté droit ; lorsqu'il voulait parler, cette douleur devenait si vive, que le blessé, pour ne pas la développer, évitait avec le plus grand soin de parler, aussi paraissait"!! avoir perdu la voix; bientôt la douleur ayant disparu, le malade put parler librement.
La perte de la faculté d'articuler les sons, en d'autres termes, la perte de la parole, a peut-être existé seule chez le sujet suivant :
Une petite fille de dix ans, citée par Mayer, ayant été frappée delà foudre, resta pendant assez longtemps hémiplégique et privée de la parole ; phénomène que l'auteur attribue à la paralysie de la langue ; l'emploi de l'électricité lui fit retrouver les mouvements et la parole .
La perte simultanée de la voix et de la faculté d'articuler des sons très-faiÎ3les et très-voilés nous paraît avoir eu lieu dans le cas suivant :
Un jeune homme de quatorze ans, terrifié par un violent coup de tonnerre, resta muet. « Sa langue, dit Troostwyk, était lâche et détendue, les muscles qui dirigent la partie supérieure de la trachée étaient paralysés, la déglutition était fort difficile, et le malade ne pouvait ni rire, ni pleurer, ni donner aucun son. » Il fut guéri par l'appUcation de l'électricité.
L'observation qui suit est du plus haut intérêt : nous y voyons le foudroyé perdre la voix et la parole, et plus tard la voix revenir, mais sans la faculté de l'articuler.
Le matelot Brown, foudroyé à bord du Camhrian, après être resté pendant quelque temps froid, sans pouls, et dans un état tétanique, reprit bientôt sa chaleur et s'endormit profondément. A son réveil, on constata qu'il avait perdu la vue, par suite de la paralysie des nerfs optiques et des muscles élévateurs des paupières. (Voyez Vision.) Mais là ne se bornaient pas les tristes suites de son accident; on reconnut en effet que ce malheureux avait perdu complètement Tusage de la parole, et que la déglutition était trèsdifficile; il accusait des douleurs dans la tête, dans les orbites et dans le larynx. Ces dernières augmentèrent au point que toute déglutition devint impossible et que le malade ne pouvait prendre aucune nourriture, quoique son appétit fùtlîon. L'épine dorsale était douloureuse au moindre mouvement, et la mâchoire inférieure ne se mouvait qu'avec peine. La langue qui paraissait beaucoup plus petite qu'à l'état normal, était rétractée dans l'arrière-bouche et ses mouvements étaient
difficiles. Après trois mois d'un traitement dont nous parlerons plus tard, la déglutition se faisait sans grande difficulté, le malade pouvait siffler, émettre des sons^ des cris, mais il ne pouvait pas articuler mie seule parole.
Enfm la faculté de parler lui revint subitement dans les circonstances suivantes : en se rendant à Londres, à bord d'un bâtiment en rade de Deptford, il fut surpris en route, et pour la première fois depuis le foudroiement dont il avait été l'objet, par un violent orage. Il fut tellement effrayé qu'il se sauva dans la première maison dont il trouva la porte ouverte, se cacha dans une cave et attendit la fm de l'orage, dans une grande anxiété, et sans qu'on pût le faire sortir du coin où il s'était blotti. S'étant enfin bien assuré que l'orage est passé, il se hasarde à monter dans une chambre, y trouve une Bible, l'ouvre et commence à hre à haute voix. Étonné, il regarde autour de lui, persuadé qu'une autre personne lit les mêmes versets î II comprend enfm avec bonheur qu'il a recouvré l'usage de la parole. (Godfrey.)
Troostwyk cite un exemple d'un enfant qui resta muet après un coup de foudre, et ne pouvait que difficilement déglutir. L'emploi de l'électricité lui rendit la parole et les mouvements libres du pharynx.
SECTION IV. - ACTION DE LA FOUDRE SUR LES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE.
Sommaire. — Art. I. Action de la foudre sur la respiration,— § I, Dyspnée. — § II. Laryngo-broiicliite. — § III. Hémorrhagies des conduits aériens. — § IV. Broncliopneumonie. — Art. II. Jction de la foudre sur la circulation. — Art. III. Action de la foudre sur le tube digestif. — Art. IV. Action de la foudre sur les sécrétions. — § I. Sécrétion salivaire. — § II. Sécrétion biliaire. — § III. Sécrétion urinaire. — Art. V. Menstruation. — kït. VI. Action de la foudre sur les femmes enceintes.
ART. i. —ACTION DE LA FOUDRE SUR LA RESPIRATION.
1 1. — Dyspnée. — La difficulté de respirer, portée quelquefois jusqu'à la suffocation, est un des effets ordinaires et presque constants de la fulguration chez l'homme ; ses causes sont nombreuses : c'est d'abord la vapeur épaisse, acre et souvent sulfureuse qui remplit les endroits clos où la foudre a pénétré, et dont nous avons rapporté un grand nombre d'exemples. Nous verrons plus tard si, dans quelques cas, la mort ne peut pas être attribuée à cette vapeur. Notons aussi la paralysie incomplète et partielle des muscles respirateurs, leur contraction continue et en quelque sorte tétanique ; leurs mouvements irréguliers et saccadés, les douleurs vives et parfois excessives dont la poitrine est quelquefois le siège et dont nous ne citerons qu'un seul exemple, entre plusieurs que renferme notre collection.
Un soldat, dont parle M. Ristelhueber, fut frappé de la foudre et atteint aux extrémités inférieures; il avait la face pâle et décomposée ; le pouls fréquent et inégal ; il éprouvait des douleurs déchirantes dans la poitrine; sa respiration était haletante et très-pénible ; son corps était couvert d'une sueur abondante.
Bientôt nous signalerons comme affection consécutive au foudroiement, la laryngo-bronchite aiguë, la congestion, l'hémorrhagie et l'inflammation des poumons; et si nous ajoutons à tant de causes de suffocation^ l'influence que la fulguration exerce sur le centre cérébro-spinal, nous ne
pourrons plus nous étonner de la variété que présente la dyspnée des foudroyés.
N'ayons égard pour le moment qu'à la dysjmée primitive, qui survient au moment même du foudroiement ou lorsque le sujet, tombé sans connaissance et mort en apparence, revient à la vie.
Alors nous voyons que la respiration est petite, languissante, lente, stertoreuse, haletante, accompagnée d'oppression, d'une sensation douloureuse de forte compression ou de violent serrement ; irrégulière, saccadée, convulsive et de temps en temps suspendue.
La dyspnée est parfois excessive.
Un homme de 40 ans, près de qui la foudre tomba, fut renversé sans connaissance; bientôt il revint à lui, mais il pouvait à peine respirer ; la suffocation devenait de plus en plus grave et semblait devoir amener prochainement la mort du sujet, lorsque une saignée et un vésicatoire sur la poitrine le soulagèrent promptement et le rétablirent bientôt entièreoient. (Brisbane.)
La dyspnée, dont nous venons d'indiquer les formes si va- ; piées, ne s'observe pas seulement sur les personnes directe- : nent atteintes par la foudre, mais aussi chez celles qui se i îont trouvées très-voisines du lieu qu'elle venait de frapper. ! \.u fait précédent nous en joindrons un autre. i Kulmus rapporte qu'étant assis sous un auvent dans la , 30ur d'une auberge, la foudre fendit un arbre près de lui : I à l'instant il éprouva une oppression si forte qu'il ne pouvait ' pas respirer et qu'il craignit une suffocation subite. Ce ne fut ïu'après un temps assez long qu'il put reprendre sa libre respiration. Il avait remarqué qu'au moment de la chute de la toudre, il venait d'expirer l'air de ses poumons, et qu'il ^prouvait le plus impérieux besoin de les remplir de nouveau, sans pouvoir y parvenir (1).
I IL — Laryngo-bronchite. — Le 4 juillet 1838, dit Diener, la foudre tomba dans une maison à Heerliberg
(1) Bresl. Samml. (1720).
et y atteignit deux femmes. L'une, âgée de 46 ans, fut gravement brûlée sur diverses parties du corps et particulièrement sur la face et le cou. Une heure après l'accident, elle éprouva une douleur vive et ardente dans la gorge en avalant les liquides (potion oléo-mucilagineuse). Le 2° et le 3"^ jour, la douleur persiste au cou, s'accompagne d'une sécheresse intolérable des organes de la déglutition : l'usage du petit-laii tiède apporte quelque adoucissement. La douleur, au 4^ jour, se propage au larynx et aux bronches, une toux sèche et violente l'aggrave encore. Au 8« jour, la toux commence à se modérer; les crachats sont abondants, épais; au 10"^ jour, diminution des symptômes (soufre doré d'antimoine). Guérison un peu plus tard. Nous reviendrons sur des accidents nerveux observés dans ce cas. Ne serait-on point en droit de soupçonner que la foudre avait aussi brûlé la gorge et le pharynx, et se serait ensuite propagée jusqu'aux bronches?
L'autre femme, âgée de 38 ans, assise à côté de la précédente, perdit connaissance, sans présenter de trace de lésion. La menstruation, survenue depuis deux jours, s'arrêta brusquement, et une bronchite survint. L'emploi des saignées locales et générales, des antiphlogistiques à l'intérieur modérèrent cette phlegmasie dont la marche fut d'ailleurs réguUère. Le septième jour, il survint une abondante transpiration, la menstruation reparut et la guérison fut bientôt complète.
Il faut remarquer que la chambre où se trouvaient ces deux personnes était close, et fut instantanément remplie d'une vapeur sulfureuse qui est peut-être la cause de l'inflammation des voies respiratoires.
Lorsque, plus tard, nous étudierons les lésions internes trouvées sur le cadavre des foudroyés, nous signalerons plusieurs cas de forte congestion et même d'apoplexie des poumons. Nous ne pouvons dès lors nous étonner qu'on ait parfois observé sur le vivant des hémorrhagies des voies respiratoires, des phénomènes de congestion et peut-être même d'inflammation pulmonaire.
I m. — Hémorrhagies des conduits aériens. —
Une très-forte décharge électrique, faite à travers ia poitrine, est souvent suivie de crachement de sang (I).
Peu de temps après le foudroiement, un individu, cité par Parkinson, se plaignit d'une vive douleur à la poitrine, douleur qui fut aggravée par une toux fréquente, pendant laquelle le malade rendit une quantité considérable de sang.
Au rapport de Feltstrom, une femme, qui se trouvait dans une cuisine où ia foudre pénétra, fut renversée sans connaissance; peu de temps après elle revint à elle et se plaignit alors de douleurs à la poitrine, et pendant deux jours elle cracha du sang à plusieurs reprises.
C'est sans doute à du sang qu'il faut attribuer la coloration noire des crachats rendus par le malade dont nous allons parler.
Dans ia nuit du 17 au 18 juillet 1767, rapporte le D' Rigaud, la foudre tomba sur une souche de cheminée, d'une maison située rue Plumet ; les chambres furent remplies d'une odeur suffocante et qui prenait à la gorge ; l'un des habitants, atteint à la hanche par l'étincelle, après être resté plus d'une demi-heure privé de sentiment, éprouva une difficulté extrême de respirer et rendit des crachats noirs. La dyspnée persista pendant 48 heures, et, phénomène singulier, à l'approche d'un petit orage, qui eut lieu quelques jours après, le malade éprouva les mêmes symptômes. Est-ce à la peur ou à l'influence électrique qu'il convient d'attribuer cette récidive ?
I lY,— Broncho-pneumonie.— Les symptômes offerts par les deux sujets dont nous allons tracer l'histoire se rapprochent de ceux que présentent les malades atteints de broncho-pneumonie : il est à regretter que l'auscultation et la percussion n'aient point ici éclairé le diagnostic.
Deux jours après avoir été atteint par la foudre, un malade, cité parSprengel, fut pris d'une toux fréquente, accompagnée de crachats mucoso-sanguinolents, d'oppression, de douleurs lancinantes dans la poitrine, de céphalalgie.
(1) Marat. Mém., p. 68,
Les accidents disparurent promptement sous l'influence d'une saignée du pied, qui fournit peu de sang, de ventouses scarifiées sur la poitrine et d'un lavement purgatif.
Au rapport de Minonzio, dans la nuit du 21 au 22 février, un marin, à bord de la Médée, fut grièvement brûlé par la foudre sur le tronc et sur les membres. Il éprouva le lendemain matin de vives souffrances; le pouls était alors faible et serré (saignée). Vers le soir survinrent les symptômes d'une réaction générale et d'un engorgement pulmonaire considérable (pas d'indications de symptômes).
Le 2e et le 3^ jour, respiration difficile avec quelques accès de toux; face empourprée; peau sèche et Î3rûlante; soif intense; difficulté extrême d'uriner. Les douleurs dues aux brûlures étaient excessives. (Deux saignées, boisson nitrée, potion calmante, lotions froides, puis cataplasmes sur les brûlures.) Le 4^ jour, respiration plus libre, diminution dans la difficulté d'uriner. (Nouvelle saignée, boisson nitrée.) Le 5*^ jour, respiration presque normale, sueurs abondantes, plus tard, guérison complète.
La syncope joue un rôle important dans l'état de mort apparente des foudroyés et aussi sur l'issue funeste de l'accident dont ils sont les victimes. (Voyez : Causes de la mort.)
Des lipothymies ou demi-évanouissements se remarquent quelquefois chez T homme frappé de la foudre , lorsqu'il revient à la vie ; elles se prolongent, se répètent plus ou moins et donnent à son état une apparence de gravité qu'il n'a réellement pas.
Des anxiétés précordiales, une sensation douloureuse de serrement au cœur, ont été observées chez plusieurs personnes, et l'une d'elles ne put être délivrée de cet accident qu'au bout de plusieurs années.
Dq fovies pulsations de T aorte abdominale, et notamment du tronc cœliaque, ont été signalées par M. de Quatrefages.
Il s'agit de M. Roaldès, qui éprouva au moment de la fulguration une violente douleur au creux de l'estomac, douleur telle qu'il crut avoir le ventre ouvert par l'explosion d'une arme à feu ; or il se plaignit le jour même de fortes pulsations isochrones au poids dans le trépied cœliaqiie^ accompagnées d'une sensation plus incommode que douloureuse. Ces symptômes ne tardèrent pas à disparaître.
Un phénomène fort intéressant à noter est le gonflement des mnes des régions qui viennent de subir la décharge foufroyante ; les vaisseaux, privés subitement de leur tonicité, se laissent distendre par le sang.
Au rapport de Blondeau, les veines sous-cutanées étaient distendues et très-apparentes chez des chevaux frappés à mort par la foudre.
Des veines gonflées entouraient une blessure qu'un individu cité par Voigt reçut à la tête.
Chez un homme qui resta plusieurs heures paralysé des membres inférieurs, nous avons remarqué, le lendemain de l'accident, et lorsque déjà les mouvements s'étaient en partie rétablis, une distension très-notable des veines des membres récemment paralysés et plus spécialement des saphènes internes et de leurs principales branches. Cet état, sur lequel nous attirâmes l'attention du foudroyé, était tout nouveau pour lui et disparut bientôt.
Un factionnaire atteint par l'étincelle fut paralysé du bras et de la jambe gauches ; neuf jours environ après l'accident, le bras était encore lourd et les veines s'y tuméfiaient promptement lorsqu'il restait pendant (1).
Le fait suivant est fort remarquable, parce qu'fi démontre l'atonie des veines d'une région du corps atteinte par la foudre; et l'influence de la contraction • musculaire sur la circulation dans ces vaisseaux.
M. Roaldès, dont il vient d'être question, eut, immédiatement après le coup de foudre, les jambes paralysées : cette paralysie diminua rapidement mais deux jours après l'accident il s'aperçut que les veines des jambes jusqu'à la hauteur des genolix, se gonflaient pendant la station, au poiM de faire
(i) Bresl. SamniL
Sestier. Il ^ 40
craindre leur rupture. En même temps, et toujours pendant la station, les membres inférieurs éprouvaient un engourdissement qui bientôt mettait le malade dans l'impossibilité de les détacher du sol. Ces deux phénomènes ne se manifestaient jamais à la suite d'une marche même forcée ou dans la position horizontale, et le moindre mouvement des orteils suffisait pour les faire cesser en rétablissant la circulation : ils disparurent tout à fait.
On observe encore un autre phénomène qui se lie sans doute à cette dilatation des veines : c'est la tuméfaction^ l* enflure des membres après le foudroiement.
Un homme foudroyé, en revenant à lui, observa que ses jambes étaient le siège d'une vive douleur et d'une enflure considérable. (Goldschmidt.)
Wallis parle de deux individus, et Howard d'un autre chez lesquels la foudre donna lieu à une enflure des jambes.
Cette enflure semble un phénomène de congestion passive par atonie des vaisseaux et des tissus, plutôt qu'une congestion inflammatoire; aussi conviendrait-il de la traiter parles toniques et les excitants.
Des hémorrhagies par diverses voies sont fréquentes chez les foudroyés, mais jamais, que nous sachions, elles n'ont compromis l'existence. Aucune des observations que nous connaissons ne fait mention de l'état du sang.
Nous avons noté déjà ï hémorrhagie des voies respiratoires, nous signalerons bientôt VhémorrEagie gastrique, intestinale et celle des voies urinaires. Quant à celle qui a lieu par les oreilles, le nez, la bouche sans que nous puissions savoir précisément d'où vient le sang rendu par ces dernières voies, elle est assez fréquente.
L'étincelle des machines et le courant galvanique peuvent aussi produire des hémorrhagies par les muqueuses. Aldini détermina une hémorrhagie par les fosses nasales en faisant passer un courant électrique dans les fosses nasales d'une jument atteinte de morve.
Troostwyk a donné lieu à un crachement de sang répété chez un scorbutique atteint de paralysie et qu'il avait soumis au traitement par l'étincelle.
Le fait suivant est plus intéressant encore, parce qu'il s'est produit chez deux personnes en santé.
La première fois que Winkier (1) reçut la décharge de la bouteille de Leyde, il éprouva de grandes convulsions dans tout le corps; « elle lui mit le sang dans une agitation si 9 violente qu'il craignit d'être attaqué d'une fièvre chaude.., » il se sentit aussi la tête pesante, comme s'il y eût eu une » pierre dessus... Cette expérience lui causa deux fois, dit-il, » un saignement au nez, auquel il n'était pas sujet ; sa femme, » après une pareille commotion, saigna également au nez. »
Nous examinerons plus tard si les plaies faites par la foudre saignent ou ne saignent pas. Disons seulement qu'on a vu les cautères que portait un individu frappé de la foudre, devenir le siège d'une hémorrhagie d'ailleurs peu abondante ; le fluide électrique ne paraissait pas cependant les avoir atteints (de Quatrefages.)
Nous attirerons plus tard aussi l'attention sur un cas singulier d'hémorrhagie spontanée survenue réguhèrement tous les huit jours, pendant plusieurs semaines de suite, à l'heure oij la fulguration avait eu lieu et avait occasionné une blessure, siège de cette hémorrhagie.
Mais revenons aux phénomènes relatifs à la circulation, qui surviennent immédiatement ou peu de temps après la fulguration, et examinons en particulier le pouls, la chaleur et la sueur.
Au moment de l'accident, les foudroyés présentent en général un état de coUapsus et de refroidissement qui peut durer plusieurs heures ; alors, le pouls est tantôt petit, presque imperceptible; tantôt mou et facilement dépressible ; quelquefois, avec ces caractères, il est fréquent, mais le plus souvent d'une remarquable lenteur. Parfois aussi il est petit, intermittent et comme convulsif ; chez deux sujets cités par Tzschirner et Parkinson, à peine sentait-on le pouls radial, et cependant il était très-appréciable, lent, régulier et même normal aux carotides.
En même temps la température du corps est au-dessous de
(1) Priestley, Hist. de l'électricité, traduc, p. 1S4.
la moyenne, froide, et même glacée, surtout aux extrémités, et la sueur, quand elle existe, est froide et visqueuse.
A cet état de dépression succède, au bout d'un temps variable, souvent de quelques heures, une réaction plus ou moins vive et prolongée, alors le pouls est fréquent, dur et plein ; la chaleur s'élève graduellement et devient brûlante et une sueur copieuse inonde parfois le malade. Une circonstance fort curieuse à noter ici est V odeur sulfureuse que cette sueur répand chez quelques sujets. (Voir înîoxkation par la foudre.)
GependaoL la fièvre se calme bientôt et fait place au sommeil, à moins qu'elle ne soit entretenue et aggravée ou reproduite par les brûlures et les blessures de la surface du corps ou par l'apparition de quelques phlegmasies intenses.
Les effets de la foudre sur iepube digestif sont immédiats ou consécutifs, et très-variés en raison de l'action diverse du fluide électrique et de la portion du tube digestif sur laquelle elle s'exerce.
1° La difficiilté ou même l'impossibilité d'avaler a été plu-' sieurs fois observée. Cette dysphagie est due tantôt à une brûlure du pharynx; ainsi une femme affectée d'une pharyogolaryngite, immédiatement après la fulguration, a très-probablement offert une pareille brûlure, qui d'ailleurs a été parfaitement constatée chez les animaux. (Voyez Anatomie pathologique.)
D'autres fois.^ la dysphagie est due au spasme convulsif des organes de la déglutition (voyez : Gangrène de P estomac), et surtout à leur paralysie ; nous en avons cité plusieurs exemples en parlant de l'aphonie déterminée par la foudre.
2° — Du côté de restomac, signalons d'abord :
Les vomissements dont les foudroyés sont assez fréquemment saisis, immédiatement après l'accident^ lorsqu'ils sortent de
leur état comme apoplectique, ou lorsqu'ils sont atteints de convulsions générales.
Les matières vomies sont ordinairement ^des glaires, des liquides, des aliments, mais quelquefois c'est du sang ; ainsi :
Lorsque la foudre pénétra dans l'église de Ghâteauneufles-Moutiers, le curé fut gravement blessé et renversé sans connaissance; revenu à luij il vomit beaucoup de sang. Plus tard, il se rétablit entièrement.
. Une fille citée par de la Prade resta plusieurs heures sans connaissance ; à peine remise de cet état, elle vomit des matières noires et fétides et se sentit soulagée.
Les deux frères Tècle, gravement blessés par la foudre, après avoir repris connaissance, éprouvèrent de violentes nausées et vomirent à plusieurs reprises, lorsqu'on leur eut administré quelques tasses de thé ; ils rejetèrent d'abord un peu de sang, comme il était arrivé à un individu tué à côté d'eux.
Les vomissements cessent en général bientôt pour ne plus reparaître ; quelquefois cependant ils se renouvellent pendant 12 ou 24 heures, et à plusieurs reprises, comme M. Leconte en a vu un exemple chez une négresse.
L'estomac est quelquefois le siège de vives douleurs, analogues à celles de la gastralgie ; une femme s'en est plainte pendant trois semaines.
L'embarras gastrique survient assez souvent le lendemain ou le surlendemain de l'accident ; il est caractérisé par l'enduit jaune verdàtre de la langue, la soif, l'inappétence, les nausées, et les douleurs épigastriques.
Nous signalerons bientôt la gastro-entérite aiguë.
Enfin la gangrène de l'estomac aurait été observée chez un individu qui, après un repas copieux, aurait reçu à distance le choc de la foudre ; les détails intéressants de cette observation que nous devons à de la Prade, seront signalés plus tard. (Voyez : Causes de la mort.)
3o Du côté du tube intestinal, mentionnons :
La tympanite intestinale : Une jeune fille, citée par Garmann, revenue à elle après avoir été foudroyée, vit son abdomen prendre rapidement un volume considérable ; à l'aide de
liniments, du bézoard pris à l'intérieur ia tuméfaction disparut au troisième jour.
Plus tard, dans nos observations cadavériques, nous signalerons plusieurs cas de distension énorme de l'intestin par des gaz, sans qu'on puisse l'attribuer à la putréfaction, mais bien à une action spéciale de la foudre sur la muqueuse gastrointestinale.
Vassalli a réussi, à l'aide du courant galvanique qu'il faisait passera travers des grenouilles, à les édifier si prodigieusement qu elles ne pouvaient plus s'enfoncer dans l'eau; il ne réussit jamais en ayant recours aux décharges électriques.
On a pu observer chez les foudroyés des mouvements de contraction spasmodique de l'intestin et des convulsions de presque tous les organes musculaires internes et externes.
Un homme de 47 ans, brûlé par la foudre sur toute l'étendue du côté gauche au l'^^et au 2^ degi'és offrit au docteur Gaffard un pouls petit, intermittent, convulsif, souvent imperceptible, une respiration convulsive, irrégulière, souvent comme suspendue ; des sod^resauts généraux, des douleurs vives, de l'oppression à l'épigastre ; des mouvements convulsifs du diaphragme, un abdomen douloureux, avec mouvements vermiculaires de T intestin appréciables à l'œil nu; un sentiment douloureux dans le testicule gauche et dans le cordon spermatique; une roideur musculaire générale, une soif ardente. Pendant la nuit, le malade eut des mouvements convulsifs très-vifs ; après dix jours de phénomènes nerveux assez graves, il entra en convalescence et finit par se rétablir.
Le plus souvent la foudre produit chez ceux qu'elle atteint la diarrhée et même des évacuations subites et involontaires d'urine et de matières alvines. Scaliger et déjà Aristote avaient signalé cet effet de la foudre. James dit avoir connu plusieurs personnes sur lesquelles le tonnerre produisait l'effet d'un purgatif.
Garman a observé sur presque tous les oiseaux qu'il a soumis aux commo'tions électriques une chose qui mérite d'être notée. A la première commotion ils se vidaient; les excréments étaient d'une consistance ordinaire; mais à la suite des autres chocs, ils devenaient moins liés et finissaient
par être tout à fait liquides; il ne lui a pas paru qu'il arrivât rien de pareil au corps humain.
La gastro-entérite aiguë se développe quelquefois chez les foudroyés, mais elle nous paraît due beaucoup moins à l'action de la foudre sur le tube gastro-intestinal qu'à l'influence qu'exercent sur lui les vastes brûlures dont la surface du corps est parfois atteinte. Contentons-nous de rapporter deux exemples de cette redoutable comphcation.
Un marin cité par le docteur Minonzio eut la surface du corps couverte de nombreuses brûlures. Le septième jour après le foudroiement, apparut une violente gastro-entérite qui dura deux semaines et mit en danger la vie du blessé; elle céda aux antiphlogistiques.
Le fait suivant démontre quelles précautions hygiéniques doivent prendre, au point de vue de la gastro -entérite menaçante, les individus grièvement blessés par la foudre.
Une femme de 68 ans fut brûlée sur tout le côté gauche du corps ; cette brûlure, dit le docteur Volpelière, était superficielle, érythémateuse, et à large surface dans la plus grande partie de son étendue ; profonde cependant en quelques points. Sous l'influence du traitement interne et externe, la blessée entrait en convalescence, lorsque plusieurs écarts de régime occasionnèrent une gastro-entérite qui devint mortelle deux mois après le foudroiement.
Lorsque bientôt nous étudierons l'intoxication parla foudre, nous signalerons quelques accidents gastro-intestinaux, dignes de la plus grande attention.
I pr. — Sécrétion salivaire. — La décharge électrique paraît surexciter quelquefois les glandes salivaires. Nous ne connaissons pas, il est vrai, d'exemple de ce phénomène chez l'homme, mais il n'en est pas de même pour les animaux; M. Blondeau rapporte qu'une très-abondante salivation fut observée chez un cheval blessé par la foudre.
Priestley ayant dirigé sur la tête d'un chien la décharge
lo2 ACTION DE LA FOUDRE
d'une forte batterie, l'animal resta pendant une minute environ dans un état de mort apparente et jeta une grande quantité de salive, quelques minutes après être revenu à la vie.
Marat a fait aussi, sur un chien, une observation analosfue.
I n. ™. Sécrétion biliaire. — La fulguration exerce peu d'influence sur l'appareil sécréteur et excréteur de la bile ; dans deux de nos observations il est fait mention de douleurs dans la région du foie ; chez l'un des sujets, les douleurs étaient très-vives et apparurent trois jours après l'accident* Elles furent enlevées par l'application d'un vésicatoire. Nous aurons plus tard à signaler une perforation du foie, produite par la foudre, mais il n'y a là rien de spécial, cette région po^ivant être atteinte comme les autres.
La frayeur, la terreur qu'inspire la chute de la foudre, les commotions violentes qu'elle imprime à l'homme souvent projeté à plusieurs pas de distance, etc., sembleraient devoir souvent produire Victère; cependant nous ne pouvons en citer un seul cas; il est vrai qu'une teinte jaune s'est montrée sur quelques foudroyés, mais cette teinte est due à un enduit formé par des substances étrangères et pondérables entraînées par le courant électrique. D'ailleurs cette teinte jaune ayant été quelquefois remarquée chez des individus instantanément frappés de mort, ne peut pas être attribuée à une jaunisse, c'est-à-dire au mélange avec le sang de la matière colorante de la bile.
I lïL — Sécrétion urinaire. — Si le foie et ses fonctions ne sont pas atteints et modifiés d'une manière spéciale par la fulguration, il en est tout autrement de l'appareil sécréteur et excréteur de l'urine ; nous allons en effet signaler des douleurs fixes et localisées dans les régions occupées par ces organes ; des symptômes de néphrite et de cystite; Vhématiirie, et, phénomène bien singulier, l'apparition rapide de la gravelle, la paralysie de la vessie, et la suppression d'écoulements urétraiix.
SUR LES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE i53
L'action de la foudre sur les reins nous paraît démontrée par les faits suivants, tout incomplets qu'ils soient :
Un homme cité par James Reid, grièvement blessé par la foudre, parut d'abord privé de vie; lorsqu'il revint à lui, les seuls organes internes évidemment affectés furent, ajoute l'auteur, les reins qui étaient surexcités : un peu de sang s'écoula par le canal de l'urètre.
Deux individus cités par Hemmer et par Herrenschneider, sans avoir été directement atteints par l'étincelle foudroyante, éprouvèrent pendant quelque temps de fortes douleurs dans les reins.
Au rapport de Sprengel, un soldat renversé sans connaissance et sugillé par la foudre sur plusieurs parties du corps, se plaignit, en revenant à lui, de fortes douleurs dans les reins (saignée, sel de nitre). Dans la nuit, un violent accès d'isehurie se déclara; il céda à des cataplasmes sur la région pubienne : les douleurs se firent encore sentir le lendemain dans les reins.
Jusqu'ici rien ne prouve réellement que le rein ait été le siège de l'affection douloureuse. Voici des observations plus précises communiquées à M. le docteur Ristelhueber, par M. A...., chirurgien-major.
Le 3 juillet 1823, à une heure de l'après-midi, la foudre tomba sur une aile de la caserne de Montélimart (Drôme), y atteignit trois chasseurs : Lartigue et Hargain, qui étaient accoudés sur une croisée, et Laserre qui se trouvait devant la croisée de sa chambre.
A. Lartigue eut ses cheveux embrasés ; le feu prit à sa che-» mise, sur l'épaule gauche, dont la peau fut légèrement brûlée; il sembla mort, et malgré des émissions sanguines, ce ne fut que le quatrième jour qu'il put reconnaître ses camarades.
Le malade resta trois jours sans uriner; mais, comme la vessie n'était pas pleine, on ne fut pas obligé de recourir au cathétérisme ; la soif était insupportable. Après ces trois jours, le besoin d'uriner se fit sentir; les urines ne furent d'abord évacuées qu'avec de grands efforts : elles étaient rouges, brûlantes et sanguinolentes^ et donnaient lieu à un dépôt de petits graviers.
Le dix-huitième jour après l'accident, Lartigue sortit de l'hôpital, ne conservant qu'une douleur vive au dos, à l'hypogastre et au périnée. Il rentra à la caserne, sans faire de service pendant 15 jours ; mais étant allé tirer à la cible avec sa compagnie, à la première décharge il fut renversé sur le dos; la douleur qui lui était restée s'exaspéra par cette chute. Deux jours après il fut obligé de rentrer à l'hôpital; il y resta du 14 août au 22 septembre. Il en sortit pour regagner son bataillon à Phalsbourg, n'ayant plus que de légères douleurs au dos et à l'hypogastre ; l'écoulement des urines était moins douloureux. 11 ne put supporter le cahotement de la voiture et fut obligé de s'arrêter à Lyon, parce que les douleurs s'exaspéraient, que ses urines entraînaient des graviers et lui semblaient sanguinolentes.
Licencié le 31 décembre, il se retira à Urt (Basses-Pyrénées); depuis il rend toujours des graviers accompagnés de mucosités abondantes; il est tourmenté par la soif, il maigrit de plus en plus; il a conservé une sensibilité nerveuse si grande, qu'au moindre bruit il éprouve des lipothymies ; le besoin d'uriner est fréquent.
Avant cet accident, Lartigue ne s'était jamais plaint de maladie de vessie, pendant cinq ans qiiil a servi au régiment.
B. Hargain, chasseur d'infanterie légère, était avec Lartigue accoudé sur la croisée; il fut renversé et perdit connaissance; on n'aperçut sur son corps qu'une légère blessure entre le premier et le second orteil du pied droit (cordiaux, aspersion d'eau acidulée; saignée). Après avoir repris connaissance, il se plaignit de douleurs au périnée et à l'hypogastre qui était tendu ; la vessie n'était pas pleine; r excrétion de l'urine était difficile; ce liquide était brûlant, rouge et sanguinoient (délayants, sangsues et émollients sur l'hypogastre) ; l'excrétion de l'urine devint plus facile, mais le malade continua à éprouver de fréquentes envies d'uriner.
Jusqu'au 21 septembre, le malade resta à Montélimart ; pendant cette période, les symptômes furent une douleur sourde dans la vessie, de la difficulté dans l'émission des urines, qui étaient rares et sanguinolentes, de l'inappétence et de l'insomnie (tisanes émulsionnées et nitrées, introduc-
tion de la sonde qui est laissée en place pendant quelque temps mais qui augmente les douleurs et fait parfois jeter les hauts cris au malade).
Le 21 septembre, Hargain fut dirigé sur Phalsbourg ; il souffrit considérablement pendant le voyage ; il était obligé de faire arrêter la voiture à tout moment, pour satisfaire au besoin d'uriner ; et ce n'était que par de grands efforts qu'il parvenait à rendre quelques gouttes d'urine mêlées de sang. Du 17 octobre, jour de son entrée à l'hôpital m.ihtaire de Phalsbourg, jusqu'au 8 novembre, le malade éprouva des alternatives d'amélioration et d'aggravation. Des boissons gommeuses, des bains généraux, des sangsues au périnée avaient très-notablement amélioré son état, lorsqu'à la suite d'un excès de boissons alcooliques, les accidents s'aggravèrent subitement : douleurs très-vives dans la vessie et l'urètre, fièvre intense, excrétion de l'urine très-difficile (20 sangsues, eau gommée et nitrée, bols de camphre et nitre, cathétérisme). Le 9 novembre, le docteur Kuttinger, ayant éprouvé de la difficulté à introduire la sonde et à la retirer, examina la verge et sentit à travers les parois de la partie moyenne de l'urètre, un corps ovoïde et dur qu'il enleva à l'aide de l'opération de la boutonnière : c'était un calcul de forme ovoïde, aplatie, d'un gris brunâtre, très-dur, sans saveur ni odeur. Après cette extraction, le malade alla mieux. Cependant il est resté à peu près infirme; il éprouve toujours des souffrances, urine difficilement; l'urine est toujours chaude, rouge et parfois sanguinolente; elle dépose un sédiment abondant et des mucosités ; il est tourmenté par la soif et a de fréquentes envies d'uriner.
Ce militaire se trouvait au régiment depuis quatre ans et demi; il n'avait jamais été malade avant cet accident.
G. Lasserre était devant la croisée de sa chambre au moment où la foudre l'atteignit aux extrémités inférieures ; il fut renversé sur le dos à deux pas de l'endroit où il avait été frappé. Le jour même de l'accident, il éprouva de la difQculté à uriner; ses urines étaient rouges^ déposaient un sédiment sablonneux. La gangrène s'étant emparée du pied, et s'étant compliquée d'opisthotonos, le malade succomba onze jours
après le foudroiement. A Fautopsie, on trouva la vessie rétractée, contenant une très-petite quantité d'urine, mêlée à de petits graviers.
Ce militaire n'avait jamais eu à se plaindre d'une maladie de vessie depuis quatre 'ans et demi qu'il servait au régiment.
Nous voyons dans ces trois observations une grande ressemblance : les trois chasseurs sont tombés sans connaissance; tous les trois ont été atteints de suppression d'urine, de douleurs vésicales accompagnées de graviers. Chez les deux qui survécurent, nous voyons l'affection vésicale persévérer. Cette similitude de lésions chez trois individus atteints par la foudre, du même coup, se retrouve assez fréquemment. Nous signalerons la rupture du cœur chez trois animaux foudroyés du même coup.
Chez deux sujets foudroyés, on a observé aussi une urine exhalant une forte odeur d hydrogène sulfuré et se recouvrant d'une substance huileuse. (Voir Intoxication fulminique.)
Nous avons vu dans les trois cas dont nous avons donné l'observation détaillée que les symptômes observés pouvaient faire croire à une lésion directe de la moelle épinière; les douleurs dorsales, la gangrène, le tétanos semblent justifier cette opinion.
L'action de la foudre sur la moelle épinière étant admise, on peut facilement se rendre compte de l'altération de l'urine. On sait, en effet, que la sécrétion urinaire est notablement modifiée ou même suspendue dans certains cas de destruction ou de désorganisation du centre nerveux rachidien.
L'excrétion de l'urine, son écoulement involontaire ou sa rétention sont deux symptômes habituels des lésions de la moelle, et résultent soit de la paralysie du col de la vessie seulement, soit de celle des parois musculaires du corps de cet organe.
Krimer a démontré qu'après la section de la moelle épinière, au voisinage des vertèbres dorsales et lombaires, l'urine devenait claire comme de l'eau, contenait beaucoup de sels, mais peu de matières extractives.
Le docteur Hunkel a vu un changement notable survenir dans la composition de l'urine, à la suite d'une commotion de la moelle.
Dupuytren a remarqué que la paralysie est de toutes les maladies celle dans laquelle les sondes fixées dans la vessie se recouvrent le plus souvent et le plus promptement d'incrustations salines.
Rappelons enfin que M. Claude Bernard, en piquant le quatrième ventricule chez un lapin, a fait immédiatement changer la nature de l'urine, qui contenait par suite du sucre que Ton n'y trouvait pas avant.
Terminons ces considérations sur l'appareil urinaire par l'observation d'une suppression simultanée de la sécrétion urinaire et d'une blennorrhagie, sous l'influence, à distance, de fexplosion de la foudre.
Au rapport du docteur Coquart, un homme de quarante ans, d'un tempérament nerveux, avait depuis quinze jours une gonorrhée, qui, dans le commencement, avait été fortement inflammatoire. Déjà l'écoulement diminuait, lorsqu'une nuit de thermidor, le malade, qui dormait sur son lit presque nu et les fenêtres ouvertes, à cause de l'excessive chaleur, fut éveillé tout à coup par le bruit du tonnerre tombé dans le voisinage; il se jeta à terre, fit plusieurs tours dans sa chambre et se remit au lit. Il ressentit aussitôt quelques douleurs au périnée et fut agité toute la nuit; le lendemain matin, les urines étaient supprimées, les efforts pour uriner n'amenaient que quelques gouttes de sang; l'écoulement avait cessé. Le malade fut plongé dans un bain; il rendit de l'urine et du sang en petite quantité. Un second bain fut pris à midi; les urines sortirent en filet et toujours sanglantes. Un troisième bain pris le soir, aidé de petit-lait nitré et d'une diète sévère, fit cesser l'hématurie et rétablit complètement le cours- de l'urine. Les bains, les boissons délayantes et le régime furent continués jusqu'au 15 fructidor suivant. A cette époque, le malade ayant discontinué les bains, la gonorrhée se rétablit spontanément; la matière était laiteuse et peu abondante. A la fin du même mois, l'écoulement et les douleurs que le malade avait éprouvées jusque-là au périnée
158 ACTIOiN DE LA FOUDRE
cessèrent, et tous les symptômes de la gonorrhée disparurent complètement.
Est-ce à la surprise du coup de tonnerre ou à l'action indirecte, à distance, de la foudre, qu'il faut attribuer cette double suppression? Ce qui pourrait donner lieu à supposer l'action directe de la foudre, c'est l'observation suivante.
Un Anglais était atteint depuis deux ans d'un écoulement contre lequel il avait tout essayé, et toujours en vain, tant en France qu'en Angleterre. Le docteur Rousselle, habitant alors Ostende, après plusieurs tentatives infructueuses, crut devoir recourir à l'électricité. 11 introduisit dans cet urètre rebelle aux médications ordinaires une tige de fer, de laquelle il tira une seule étincelle électrique; le malade ressentit à l'instant même une vive douleur au périnée : la gonorrhée disparut complètement à tout jamais.
C'est le docteur Rousselle lui-même qui a raconté ce fait à M. le docteur Coquart.