‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 73 sur 198 · ART. 5. — MENSTRUATION · texte numérisé non relu

ART. 5. — MENSTRUATION

Parfois la fulguration directe ou à distance supprime subitement les règles. Hemmer, Diener, etc., en ont cité des exemples.

D'autres fois, sans les supprimer complètement, elle leur imprime de singuhères anomalies. Leconte en a cité un cas observé chez une négresse de vingt-neuf ans.

Hemmer affirme que dans d'autres circonstances, la fulguration a provoqué l'apparition des règles. L'étincelle des machines produit quelquefois le même effet.

Le professeur Pikel (1) rapporte qu''une fille qui l'assistait dans ses expériences, et qui éprouvait un long retard dans sa menstruation, ayant été frappée violemment par la décharge d'une batterie électrique, les règles reparurent le même jour.

La fulguration aurait eu un bien singuher résultat dans le cas suivant que nous devons à Leconte.

Une négresse de soixante-dix ans, frappée et blessée par

(i) Experiment. phys. med. de elecX. et colore animal., p. 44.

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la foudre, ne tarda pas à se rétablir, et, chose étrange, l'évacuation menstruelle, qui avait cessé depuis plus de vingt ans, se rétablit complètement d'une manière permanente. Ainsi, pendant une année entière, époque à laquelle l'observation fut publiée, chaque mois eut lieu, par les organes génitaux, un écoulement qui présentait tous les caractères des règles; pas une époque ne fit défaut, avec ses phénomènes précurseurs ordinaires; les seins reprirent leur ancien développement.

Il est bien remarquable que des femmes enceintes, ayant été foudroyées, soient cependant arrivées au terme naturel de leur grossesse et soient accouchées d'un enfant bien portant. Ce phénomène a été cependant déjà constaté par plusieurs auteurs.

Alexander rapporte qu'une femme d'Altona, enceinte de sept mois, fut blessée par la foudre, qui lui traça sur l'épaule gauche une fleur de Lichtenberg étoilée à neuf rayons; sa santé et celle du fœtus ne souffrirent en aucune manière de cet accident.

Le fait suivant a été signalé par Usleber à son élève et parent Kœchler (1).

Une femme d'Altenbourg était enceinte et filait près d'une fenêtre, lorsque la foudre éclata et lui brûla le dos, la poitrine, le ventre et les membres inférieurs; malgré cette grave atteinte, non-seulement elle n'avorta pas, mais elle accoucha à terme d'un enfant bien portant.

L'observation qui suit est due au docteur Wallis.

Parmi les personnes atteintes dans le foudroiement d'Everdon, se trouvait une femme enceinte, Mary Bird ; on crut qu'elle avait cessé de vivre. Elle avait reçu près de cent blessures; plusieurs étaient larges comme la main; de nom-

(1) Dissert, defulmme^ p. ii.

breuses et épaisses escharess'en détachaient; les plus grosses, du volume d'une noix au moins. Cette femme fut saignée; elle ne put se lever qu'au bout de trois semaines, et resta malade plus de trois mois. Cependant, elle accoucha à terme d'un enfant vivant, qui ne présenta sur la surface du corps ni tache ni trace quelconque de l'action de la foudre.

C'est au docteur Gastiilier que nous devons le fait suivant, exemple remarquable de la résistance de la mère et du fœtus, non-seulement à l'action de la décharge, mais aussi à l'intîuence d'un traitement souverainement énergique et perturbateur.

Le 20 fructidor an Vî, près de Montargis, une femme^ grosse de deux mois environ, fut blessée par la foudre et paralysée de tout le membre supérieur droit et de tout le membre inférieur gauche. (Voy. Hémiplégie croisée.) Entre autres moyens de traitement, on lui prescrivit trois grains de tartre stibié, qui produisirent de très-abondantes évacuations par haut et par bas; des prises de la poudre de Saint-Ange (4 par jour), qui occasionnèrent de fréquents éternuments; une seconde dose d'émétique, qui agit comme la première ; une solution de sel de Seignette et d'un grain de tartre stibié dans une pinte d'eau, à prendre par verres toutes les demiheures, médicament qui donna heu à de nombreuses évacuations et qui fut répété le surlendemain avec le même résultat; des frictions deux fois par jour, sur toute la longueur de la colonne vertébrale, avec un mélange d'huile et d'alcali volatil.

Tous ces moyens furent mis en usage dans l'espace de dix jours, du 20 au 30 fructidor, et cependant, le 6 vendémiaire, cette femme était parfaitement rétablie, et, au moment où l'observation fut rédigée, sa santé était parfaite.

Mais il n'en est pas toujours ainsi, et l'accouchement prématuré ou l'avortement a pu être fréquemment le résultat de l'action de la foudre, directe ou à distance, ou même de la frayeur occasionnée par les coups de tonnerre.

Bened. Gullmann rapporte qu'une femme de 34 ans, robuste et un peu pléthorique, arrivée au 8*^ mois de sa grossesse, fut vivement effrayée par tm grand coup de tonnerre. Elle

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ne remarqua le jour même qu'une diminution dans les mouvement du fœtus, elle continua à vaquer à ses affaires domestiques, mais le neuvième jour elle fut subitement prise d'une métrorrhagie foudroyante qui, menaçant d'être rapidement mortelle, exigea l'accouchement immédiat. L'enfant était mort et ses membres raides et convulsés : la mère se rétablit parfaitement. Il semble que la frayeur ait joué un grand rôle dans cette circonstance.

Pline raconte que la princesse Marcia fut frappée par la foudre pendant sa grossesse : le fœtus mourut, mais elle conserva la vie.

Parmi les personnes atteintes par la foudre, le 10 juin 1759, sous le portail de l'église des Jacobins d'Aumale, il se trouvait, dit Marteau de Granvilliers, une femme enceinte de 5 mois et demi qui tomba sans connaissance. Sa jambe droite présentait une tache d'un pouce et demi de diamètre. Les premières douleurs calmées, la malade ne se rétablit pas, elle garda une fièvre lente avec douleurs vagues et ambulantes assez aiguës. Deux tumeurs se formèrent sur la tempe gauche. Depuis le jour de l'accident, elle garda le lit, elle sentait des frissons quand elle se levait, des étouffemenîs, une chaleur extraordinaire, et des sueurs abondantes aux approclies des orages. Les fonctions de l'estomac étaient troublées, la malade pouvait à peine supporter une tranche de pain dans du bouillon. Enfin, elle mourut au commencement de septembre, après une couche prématurée.

Sans donner li^u à i'avortement du fœtus, la foudre a pu exercer sur lui une influence qui se prolonge pendant une partie de la vie :

Une femme grosse fut effrayée par la chute de la foudre : elle donna naissance à une OUe qui, jusqu'à fàge adulte et probablement plus tard, était saisie d'une sorte de choléra avec vomissements et diarrhée toutes les fois qu'elle entendait le bruit du tonnerre (i).

Des faits analogues ont été observés chez les animaux.

Gamerarius affirme que le bruit du tonnerre occasionne

(!) Voir AffectiGus du Inhe digcslif.

Sestikh. h — li

l'avortement de la femme, et cite des faits à l'appui de son opinion. Il ajoute que les biches, les brebis, avortent souvent aussi par la même cause. Cet accident aurait surtout été observé chez les brebis séparées et isolées du troupeau : aussi les bergers, aux approches des orages, ont-ils l'habitude de les réunir. Plutarque avait déjà fait la même observation.

Le tonnerre ferait aussi, quelquefois, périr les poulets dans l'œuf et les abeilles dans la ruche.

On a vu la frayeur occasionnée par le bruit du tonnerre faire avorter toutes les brebis d'un troupeau (de la Prade).

Enfm, si les éclats du tonnerre peuvent suspendre le travail de l'accouchement, ils peuvent l'accélérer et le mener à bonne fin.

Nous devons à Christ. Garmann l'observation suivante, qu'il intitule « de Tonitru obstetricante. »

Une femme avait passé toute une nuit et la moitié de la journée suivante dans les douleurs de l'enfantement; les forces s'épuisaient et le travail n'avançait pas ; lorsque tout à coup les éclats du tonnerre effraient et bouleversent la patiente qui accouche rapidement d'un enfant sain et bien portant. La mère se rétablit bientôt après. — Toute cause d'effroi aurait probablement eu le même succès.

Sommaire. — Art. I. Empoisonnement par la foudre. — Xrt. IL Des effets salutaires de la foudre sur les maladies de l'homme. — § I. Paralysie. — § II. Rhumatisme et goutte. — § III. Affections diverses.

« Une chose étrange, dit Sénèque (1), c'est que le vin » gelé par la foudre et revenu à son premier état est un breu- » vage mortel ou qui rend fou. En me demandant compte de » ce phénomène, voici l'idée qui s'est offerte à moi : il y a » dans la foudre quelque chose de vénéneux dont vraisem- » blablement il demeure quelque chose dans le liquide con- » dense et congelé, qui, en effet, ne pourrait se solidifier si » quelque élément de cohésion ne s'y ajoutait. L'huile, d'ail- '> leurs, et tous les parfums touchés par la foudre exhalent » une odeur repoussante, ce qui fait voir que ce feu si subtil, » dont la direction est contre nature, renferme un principe » pestilentiel, qui tue, non -seulement par le choc, mais par » la simple exhalation. Enfin, partout où la foudre tombe, il » est constant qu'elle y laisse une odeur de soufre, et cette » odeur naturellement forte, respirée en abondance, peut » causer le délire. -f>

Plusieurs auteurs des xvI^ xvii^ et xviii® siècles attribuent aussi à la foudre une influence vénéneuse. '

Fabrice deHilden (2) dit: « Canes de carne animalium aful- » mine infectorum non gustant; propter odoris sœvitiam et mali- » gnam qualitatem., » et il affirme que les herbes recueillies dans les lieux frappés par la foudre sont dangereuses (3).

(1) Questions naturelles, liv. II, chap. lui : « Les tonneaux se brisent sans » que le vin s"écoule; il acquiert une consistance qu'il ne garde pourtant que » trois jours. » (Liv. II, chap. xxxi).

(2) De ambustionibus... fulmine..., cap. xvi, Bâle (1607),

(3) Nous ne ferons que citer les auteurs qui ont rapporté des faits à peu près semblables : J. R. Gamerarius (M emor ab ., cent, xin);— Schrottus (Phys.curios. lib. xi); — Kisling {Disput. de fulmine); — Vollmar (Dissert, inaug. de fui-

Suîvaiit Carnaoy (l), là mort par la fulguration serait due non pas à des déchirures de viscères, mais à la matière électrique agissant à la manière des gaz méphitiques qui détruisent plus ou moins promptement les fonctions vitales.

Nous pouvons encore citer plusieurs auteurs de diverses époques qui ont également admis l'action toxique de la foudre: mais nous cherchons en vain les faits positifs et bien constatés sur lesquels repose leur opinion; il nous faut arriver, d'après nos recherches du moins, vers le milieu duxvm^ siècle pour trouver dans les annales de la science le premier fait dont l'interprétation soit favorable à la doctrine de l'intoxication par la foudre. Nous en découvrons plus tard quelques autres, mais en très-petit nombre, et presque toujours les auteurs qui nous les ont fait connaître nous paraissent avoir méconnu leur portée.

Observation I. — Le 15 floréal de l'an II, le docteur Gaultier de Glaubry , étant à cheval près de Blois, fut assailli par mi violent orage.

(( Tout à coup, dit-il, une masse de feu d'un grand dia- » mètre se précipita sur moi, mon cheval est renversé ; par y> un mouvement machinal, j'écarte les jambes et je reste )> debout, mais la chaleur que je sentis surtout au visage et » aux mains me fit abandonner la bride. Les poils de ma » barbe, ceux que j'avais sur les mains furent brûlés en )) partie et ne sont jamais revenus. Les poils et les crins du » cheval furent également brûlés, excepté sous la selle et la >) sangle. J'eus beaucoup de peine à reconduire le cheval » jusqu'à la ville ; il trébuchait à chaque pas et trois jours » après il mourut.

» Quant à moi, je n'avais que de la chaleur, je suais au » point que mes habits étaient traversés, mais je n'éprouvais » aucune douleur. Depuis quelque temps j'avais un rhume » et j'expectorais avec peine : du moment même l'expecto- » ration se fit avec facilité. J'avais à la bouche un léger goût » de gaz hépatique, j'en sentais l'odeur qui se faisait percey> voir également par les personnes qui m'approchaient. Je

(1) Réflexions sur les effets des commotions éleciriques, relativement au corps iin.main (Dict, dephys., t. XXÎX, p, 201).

» dormis fort tranquillement la nuit ; je passai douze jours » dans le calme le plus parfait, ne pensant plus à mon acci- » dent, quoique le goût hépatique persistât toujours.

» Le douzième jour au soir, je fus attaque subitement et » sans aucun signe précurseur de violentes convulsions » dans les bras : elles durèrent environ une heure. La tête » et la gorge devinrent douloureuses, la nuit fut extrême- » ment agitée. A 5 heures du matin, le mal de tête était des » plus violents et j'étais menacé de suffocation. Je me fis » saigner du pied sur le champ et une seconde fois à midi ; » ne me sentant pas soulagé, je me fis saigner de nouveau » à 6 heures du soir. Cette troisième saignée diminua le mal » de tête et le mal de gorge; dès ce moment, j'avalai mieux » et ma respiration fut plus libre, mais le goût et rôdeur » hépatique devinrent insupportables; ce qui est à remarquer, » c'est que cette odeur augmentait à mesure que la moiteur » s'établissait : la nuit je dormis quatre heures, je fus ré- » veillé par un besoin; l'odeur hépatique que mes urines » exhalaient fut si forte, qu'on fut contraint de les jeter aus- » sitôt. Remis dans mon lit, il me sembla que mon serre-tête » me gênait; je le détachai et m'étaot reposé sur l'oreiller, » je sentis que ma tête s'enflait. Je fus obligé d'ôter mon » bonnet, je le remplaçai par un mouchoir que je ne pus gar- » der longtemps : ma tête et mon visage grossissaient d'un » moment à l'autre.

» A l'enflure générale, se joignaient des tumeurs partielles, » tant sur la tête que sur la face. Sur ces tumeurs s'en éle- » valent d'autres dont les plus petites acquirent le volume » d'une noix, et plusieurs celui du poing. Sur chacune de » ces tumeurs de second ordre, il y en avait encore d'autres, » plus petites, placées les unes à côté des autres : toutes » deux étaient dures, accompagnées de rougeur, de douleur » et d'une chaleur excessive.

» Ma tête, qui, dans l'état naturel, a 6 décimètres de circon- » férence avait alors près de 1 mètre 1/2 : j'avoue que dans » cet état je faisais horreur, même à mes enfants, dont le » plus jeune n'osait pas s'approcher de moi.

» A mesure que le volume de ma tête augmentait, et que

» les tumeurs s'élevaient, le mal de tête et celui de la gorge » diminuaient, de sorte que je me trouvai sans douleur » quand ma tête fut parvenue au maximum de sa grosseur, » ce qui arriva dans la nuit du 5 au 6 ; je dormis huit heures » sans interruption. Ma tête diminua par degré comme elle » avait grossi.

» Mes urines exhalaient une odeur hépatique insuppor- » table; quand elles étaient reposées, il se formait à leur » surface une couche huileuse d'un ou deux ceniimètres; mes » transpirations, qui furent abondantes, avaient la même » odeur et si forte qu'il était impossible de rester auprès de » moi, pendant quelques minutes sans éprouver des nausées.

» Le dixième jour, mon visage. et ma tête commencèrent » à se dépouiller; l'épiderme s'en détachait par lambeaux; » en peu de jours, l'exfoliation fut complète.

» Mon traitement fut très-simple; il se borna aux trois » saignées dont j'ai parlé, à Teau de veau légère pour bois- » son, à la diète la plus rigoureuse pendant huit jours et à » quelques lavements. Le bon effet que j'avais observé de » l'alcah, me détermina à l'employer pour moi-même : je )^ pris 15 gouttes d'ammoniaque ou alcali volatil dans un » verre d'eau de rivière de six en six heures ; à chaque dose, » je ne tardais pas à éprouver un soulagement marqué. »

Gomment méconnaître ici une intoxication, qui, après une incubation de quelques jours, éclate subitement par les plus violents et les plus graves accidents. Les saignées restent insuffisantes, mais la nature médicatrice protège le blessé ; le poison est éliminé par les reins et par la peau ; les tumeurs formées si subitement à la surface du corps ne restent sans doute pas étrangères à cette œuvre importante de translation du poison du dedans au dehors.

Observation IL — Le 12 germinal de l'an II, rapporte le docteur Gaultier de Glaubry, la femme Chabot, d'un village près de Blois, étant occupée à couler la lessive, fut frappée de la foudre; le coup porta sur la clavicule gauche et descendit en ligne verticale, jusqu'à la malléole interne.

Dans tout ce trajet, il traça une plaie d'environ sept millimètres de largeur et de cinq millimètres de profondeur. Dans

le premier instant, cette femme sentit une légère chaleur dans tout le trajet de la plaie ; bientôt après, la chaleur augmenta, la fumée s'éleva autour d'elle, la douleur et la crainte lui arrachèrent des cris. Une de ses camarades, pour la secourir, lui jeta promptement sur le corps deux seaux de lessive froide, obtenue avec des cendres de bois neuf et de sarments.

En examinant la malade, le docteur Gaultier de Claubry, s'aperçut que tout ce qui avait été mouillé par la lessive était d'une couleur tirant sur le brun et peu sensible, et ce qui n'avait pas été mouillé était d'un rouge vif, accompagné de phlyctènes avec une chaleur très-vive et des douleurs cuisantes. Frappé de cette différence, il ouvrit les phlyctènes, couvrit toute la plaie avec des linges trempés dans la même lessive et les renouvela quatre fois par jour. La malade se plaignant de percevoir une saveur d'hydrogène sulfuré, il lui prescrivit deux grammes de carbonate de potasse dans une pinte d'eau. Le lendemain, les garde-robes et les urines avaient une forte odeur d'hydrogène sulfuré; les urines reposées présentaient à leur surface l'épaisseur de cinq millimètres à peu près d'une couche huileuse dont les matières alvines étaient également recouvertes.

Le cinquième jour la plaie était sèche, le dixième les croûtes étaient tombées en grande partie. La malade guérit complètement ; nous ferons remarquer le succès qu'on a recueilli de l'emploi du carbonate de potasse intus et extra.

Observation III. — Le docteur lîrillouët, frappé de la foudre et blessé peu grièvement au dos et au membre inférieur gauche ne reprit connaissance que trois quarts d'heure après. Mis au lit dans une maison voisine, il éprouva un violent accès de fièvre qui se termina par une sueur abondante, laquelle remplit la chambre d'une odeur hépatique tellement forte que ceux qui y entrèrent en furent mcommodés : le blessé se rétablit bientôt.

Ici, l'élimination du poison aurait été plus prompte que dans le cas précédent, car la sueur à odeur sulfureuse s'est montrée trois ou quatre heures après l'accident, et le rétablisse-

ment du blessé ayant bientôt suivi cette éliniination rapide et complète de l'agent toxique.

Observation IV. — Le 31 juillet... pendant la nuit, la foudre tomba dans une rivière, à quelque distance de l'habitation de de la Prade. Dans deux maisons voisines du lieu où était, tombée la foudre, on sentit une odeur sulfureuse très-forte. Dès le lendemain, les cinq habitants de cette maison furent pris d'une fièvre intermittente double tierce. L'autre maison renfermait six personnes, deux seulement éprouvèrent la même maladie; deux de ces malades moururent après de longues souffrances. La convalescence des autres fut longue, ils ont assuré que leur transpiration avait été imprégnée pendant quelques jours d' une odeur sulfureuse ; de la Prade n'a pas pu constater ce phénomène, n'ayant pas suivi les malades.

Les deux maisons dont il vient d'être question étaient entourées de marécages, et par conséquent placées dans des circonstances qui favorisent la production de la fièvre intermittente. Faut-il admettre que la foudre ait subitement augmenté ces émanations marécageuses ? faut-il admettre que la foudre ait produit des matières sulfureuses dans ces marécages ? Cette dernière opinion est peu probable quand on tient compte des autres observations.

Observation V. — Nous avons rapporté déjà cette observation. C'est l'accident arrivé le 10 juin 1759 à Aumale (1). Nous ferons remarquer ici qu'il y a eu, comme chez notre premier malade, des tumeurs dures, chaudes, douloureuses aux tempes, sans suppuration ; des sueurs abondantes, mais non sulfureuses.

Observation VL — Le 20 juin 1776, l'abbé Robert Seconditi, fut blessé légèrement par la foudre dans le monastère de Sainte-Marie-des-Anges à Faenza. On trouva pour toute lésion externe, sur les épaules, quelques traces semblables à celles qu'aurait occasionnées un frottement rapide , une tache noire sur le pouce du pied droit, et une grande partie de la plante du pied gauche criblée comme une éponge.

Le blessé éprouvait de la pesanteur au bras et dans tout

(1) Voir Action delà foudre sur les femmes enceintes, p. 161.

le côté droit ; la langue était convulsivement retirée vers le fond de la bouche ; il ne parlait qu'avec peine ; les gencives et les dents étaient couvertes d'un limon salé et très-amer, dont il essaya de se débarrasser avec du vinaigre.

« Je commençai, dit l'abbé Seconditi, l'usage des bains et » des pédiluves; et un soir, pendant que j'avais les pieds » dans Teau, il s'ouvrit une plaie sous le pied droit, de » laquelle il s'écoula une si grande quantité de sanie vis- » queuse, noirâtre, extrêmement fétide, qu'elle m'aurait fait » évanouir, si je n'eusse été prompt à ouvrir les fenêtres et » à la jeter dans le jardin ; la douleur et l'ardeur des épaules » se calma ; mais pour cela, je ne fus pas encore guéri ; au » contraire, en continuant à mettre mes pieds à l'eau, il » s'ouvrit une seconde plaie près de la première, mais plus » petite, et une troisième sous la plante de l'autre pied, qui » fournirent l'une et l'autre une matière semblable à celle de » la première, mais en moindre quantité et sans m'occasion- » ner de douleur; à cette époque, l'état convulsif de ma » langue diminua considérablement, ainsi que la pesanteur » de mon bras droit. »

Les plaies se cicatrisèrent en peu de jours, laissante peine quelques vestiges ; toutefois, l'abbé Seconditi ne se sentait pas dans son état normal; sa vivacité n'était pas naturelle; ses idées se présentaient toujours en foule, sans qu'il eût la liberté de réfléchir; il se mettait en colère pour le plus léger sujet ; il aurait pu se hvrer à un exercice violent, sans jamais se lasser. A cet état, se joignirent des hémorrhagies très-abondantes par le nez^ un crachement de sang et une diarrhée sanguinolente et très-fétide. Malgré les nouveaux accidents, sa vigueur s'accrut, ainsi que son appétit. Toujours inquiété par des songes et par des secousses continuelles mais légères, il ne pouvait prendre de repos que rarement, et seulement à l'air et dans la campagne : son sommeil était toujours de courte durée. Pendant quinze jours que le malade passa à la campagne, marchant au moins douze heures par jour, se fatiguant par des travaux rustiques à l'ardeur du soleil et obtenant par ce moyen des sueurs énormes, le malade n'obtint cependant aucune amélioration. Son imagination avait toujours la même

vivacité et ses forces ne diminuaient pas. Telle fut à peu près sa situation jusqu'au 21 juillet.

« Ce jour, ajoute Tabbé Seconditi, je me levai avec plus » d'inquiétude et d'altération que de coutume; j'allai me » promener lentement à travers les champs ; bientôt je fus * tourmenté par une colique violente qui se termina par une . évacuation vermineuse fétide à l'excès ; je continuai à mar- » cher, mon trouble s'augmenta et j'eus une sueur si abon- » dante, qu elle était sensible par grosses gouttes sur les •) mains mêmes. Je me sentis brûler avec des tiraillements » douloureux dans tout le corps; je crus, dans cet instant, » toucher au terme de ma vie ; l'esprit égaré, je m'avançais » pour me coucher dans quelque fossé, mais les douleurs que » j'éprouvais, croissant de plus en plus, et ne sachant où aller, » je m'enfonçai, presque désespéré dans une chènevière voi- » sine, et j'y rendis par haut et par bas une si grande quantité » de sang avec des vers enveloppés dans un mucilage si » fétide, qu'à peine j'eus la force de me relever et de me ^) traîner quatre pas plus loin, où j'eus une sueur froide et » une défaillance qui fut de peu de durée. Je pense que c'est » de cet instant que ma santé a commencé à se rétablir ; car » je revins dîner avec un esprit tranquille, mon imagination » se régla, mes inquiétudes se calmèrent et depuis ce jour, » quoique j'aie été sujet à quelques diarrhées, elles ont été » naturelles et ne m'ont occasionné aucun accident parti- » culier. »

Nous ferons observer ici que l'intoxication admise, il y a eu deux grandes époques dans l'élimination du poison : la première, c'est l'écoulement de cette sanie fétide noirâtre par les pieds; la seconde, ce sont ces évacuations alvines excessivement fétides qui entraînent avec elles une masse énorme de glaires, de sang et d'entozoaires.

En résumé, les observations que nous avons citées nous conduisent à regarder comme démontrée l'action toxique que la fulguration a exercée dans certaines circonstances ; nous constatons sa rareté ; peut-être que c'est faute d'avoir eu l'attention appelée sur ce sujet que nous possédons un si petit nombre d'observations.

Nous ignorons complètement la nature du poison, et aucune analyse chimique sérieuse ne nous permet de dire que c'est un composé sulfuré. Nous ferons remarquer que cette action toxique a pu se produire à distance, c'est-à-dire assez loin du lieu directement frappé par la foudre (iv) ; nous avons signalé la saveur sulfhydrique, ou plutôt l'odeur sulfureuse, le temps plus ou moins long qu'a nécessité l'élimination du poison.

Quand l'élimination du poison a été nulle ou incomplète, les accidents qui en avaient manifesté la présence ont persisté, se sont aggravés. Alors des douleurs vagues et ambulantes, l'insomnie, la suffocation, l'inappétence, la débilité de l'estomac, des frissons alternant avec une chaleur extraordinaire, une sueur abondante aux approches des orages conduisent lentement le malade au tombeau.

Aucun fait ne nous montre que l'intoxication fulminique ait produit la mort instantanée, aussi y a-t-il lieu de considérer quel traitement il faudrait faire subir à un individu ainsi atteint par la foudre.

Des boissons sudorifiques, diurétiques, des purgatifs semblent devoir être le début du traitement.

Si l'urine, la sueur répandent l'odeur hépatique, on administrera une boisson abondante additionnée de chlorure de soude de manière à agir sur le poison lui-même, et à exciter la transpiration. Des lotions, des lavements avec addition de chlorure de soude seraient administrés. Rappelons cependant que le docteur Gaultier de Glaubry, dont l'empoisonnement fulminique était sulfuré, se trouva bien de l'emploi de 15 gouttes d'ammoniaque dans un verre d'eau de six en six heures. Dans un autre cas, une pinte d'eau édulcorée avec le sirop de guimauve et additionnée de deux grammes de carbonate de potasse fut administrée à une femme qui le lendemain de la fulguration avait rendu des urines sentant fortement l'hydrogène sulfuré.

Quant aux moyens d'éliminer le poison, la saignée générale sera-t-elle toujours utile? On s'appliquera surtoutà provoquer la sueur par des boissons appropriées , par des bains de vapeur et à l'aide de quelques médicaments particuliers, tels

que la poudre de Dower. Les purgatifs et les diurétiques seront utiles.

Tout en remplissant cette seconde indication, on ne négligera pas de combattre directement les accidents qui pourraient se développer du côté de la tête, de la poitrine ou de l'abdomen.

Si des tumeurs inflammatoires se forment à la surface du corps, on se gardera bien de les traiter par des répercussifs, par le froid, etc., mais on les couvrira de cataplasmes émollients et maturatifs. Si la fluctuation apparaît, on pratiquera de bonne heure la ponction ou l'incision.

Et en général, toutes les fois qu'après le foudroiement un individu ne se rétablit pas promptement, et reste affecté de quelque souffrance interne, que les blessures ou les brûlures extérieures ne peuvent expliquer, il convient, croyons-nous, de ne pas perdre de vue la possibilité de l'intoxication fulminique et, sur le simple soupçon, d'agir en conséquence.

ART. 2. — DES EFFETS SALUTAIRES DE LA FOUDRE SUR LES MALADIES DE l'HOMME.

La foudre, soit par la frayeur qu'elle occasionne, soit par son action propre, exerce parfois une salutaire influence sur l'homme malade : cela est incontestable. Malheureusement les observations que possède la science sur cet intéressant sujet ne sont encore qu'en petit nombre, mais lorsque dans la suite des temps, elles se seront multipliées et lorsque surtout, elles ne laisseront rien à désirer sous le double rapport de leur authenticité et de la rigueur avec laquelle elles auraient été recueillies, elles fourniront cà l'histoire des effets de la foudre, un de ses chapitres les plus importants, riche peut-être en déductions thérapeutiques.

Parmi les maladies qui ont été améliorées ou guéries parla fulguration, nous* trouvons en première ligne celles du système nerveux : ainsi les paralysies par diverses causes ; ceviame?> affections spasmo cliques, la surdité^ la cécité, quelques affections du système musculaire ; le rhumatisme par exemple, plusieurs affections de l'appareil respiratoire et de l'appareil

EFFETS SALtJTÂlAES DE LA FOUDHË m

iirinaire ; nous signalerons aussi l'intéressante histoire d'une tumeur du sein ramollie et résorbée après la fulguration, et nous citerons enfin trois cas de guérison d'un état maladif dont la nature précise nous est restée inconnue.

1 1. — Paralysie. C'est à Diemerbroeck(l) que la science doit l'intéressante observation qui suit.

Suzanne Schmacht était âgée de 6 ans, lorsqu'à la suite d'une très-vive frayeur, elle fut paralysée de tout le corps, la tête exceptée; un traitement long et compliqué fit disparaître la paralysie de la moitié supérieure du corps, mais elle persista sur la partie inférieure du tronc et sur les membres correspondants. Elle était complète depuis les lombes jusqu'aux pieds, en sorte que la marche était impossible sans béquilles ; Suzanne vécut ainsi misérablement jusqu'à l'âge de 44 ans.

A cette époque, au milieu d'une nuit de juin, éclata un trèsviolent orage avec éclairs et tonnerre, horribles à voir et à entendre : Suzanne contre son habitude en est excessivement effrayée et prie Dieu avec ferveur. En ce moment, et au plus fort de l'orage, son frère frappe à la porte de sa chambre à coucher, alors fermée en dedans, elle veut aller lui ouvrir et cherche des yeux ses béquilles ; ne les trouvant pas à leur place ordinaire, elle se dispose à sortir de son lit et à se traîner sur le parquet à l'aide de ses bras et de ses mains, lorsqu'elle sent pouvoir se tenir sur ses jambes, et en effet elle va sans difficulté ouvrir la porte. Son frère, la voyant ainsi debout et marchant en liberté, est tellement saisi de crainte, qu'il est sur le point de tomber évanoui. Grand fut l'étonnement des habitants de la ville, lorsque le lendemain, ils virent Suzanne se promener dans les rues : des milliers de curieux vinrent même de loin admirer cette cure si miraculeuse. « Moi-même, ajoute Diemerbroeck, qui pendant pluyj sieurs années avais connu la malade dans son misérable » état de paralysie, et l'avais mille fois visitée, je pus cons- » tater ensuite pendant plus de quinze ans sa guérison )) entière et radicale. »

(i) Observ. et curai, med,, oljfîerv. x.

M. Leffers, de la Caroline du Nord, paralysé de tout le côté gauche depuis son enfance, fut foudroyé dans sa chambre le 10 août 1807. Il perdit connaissance pendant 20 minutes, et au bout de quelques jours il recouvra graduellement et pour toujours l'usage de ses membres. Une faiblesse de l'œil gauche disparut également, le malade put écrire sans lunettes; mais, par contre, il fut frappé de surdité (1).

M. Winter, pasteur à Kent, âgé de 54 ans, paralysé par apoplexie le 1^^ juillet 1761, fut foudroyé le 24 août 1762, dans la soirée. Il fut éveillé par le bruit du tonnerre, sentit sa poitrine allégée d'un poids énorme, et le lendemain se trouva guéri de toute trace de paralysie (Wilkinson. Cette observation est aussi détaillée par Gardini).

Gardane (2) rapporte qu'un paralytique depuis 20 ans prenait les eaux ferrugineuses de Tumbridge, lorsque la foudre l'atteignit et lui rendit l'usage de ses membres.

La professeur Nieuhof a vu un cas pareil sur un jeune homme (Troostwyk).

Le 24 juin 1781, la foudre tombant sur un hôpital d'une petite ville de la Bavière autrichienne, parcourut quelques lits ; dans l'un d'eux se trouvait un hémiplégique qui put se lever le lendemain et marcher sans aide. ( Troostwyk et Gazette de santé 1781. )

Une paysanne de 46 ans était atteinte d'hémiplégie à la suite de convulsions hystériques; la foudre tomba dans la chambre où elle était couchée et assez près d'elle. Le docteur Giuseppe Barrea trouva la malade dans une angoisse mortelle et en proie à un tremblement général causé par la frayeur. Il se borna à pratiquer une saignée. « Le lendemain, dit M. Barrea, je fut fort étonné de trouver cette femme dans un état de santé très-satisfaisant, et maintenant elle se porte bien (3).

En comparant ces sept observations, nous voyons cinq hommes et deux femmes, atteints d'une paialysie dont lorigine n'est indiquée que deux fois : dans l'une, c'est une

(1) Schweigg. Journ., t. XXXV, p. 118, et Quartely journ.,Xlll, p. 419.

(2) Conjectures sur l'électricité. Paris (1768).

(3) Arch. de méd., 2« série, t. XI, p. 22i6.

apoplexie ; dans l'autre, des convulsions hystériques. L'hémiplégie s'est présentée trois fois et la paralysie deux fois avec une durée presque toujours considérable.

Deux seulement de ces malades furent directement atteints par la foudre, les autres en ressentirent seulement l'influence, et tous les sept furent guéris. La guérison est graduelle une fois, très-prompte deux fois, instantanée chez trois autres ; elle est définitive et radicale trois et peut-être quatre fois : cette circonstance n'est pas mentionnée dans les autres cas.

On sait que la frayeur a pu guérir des paralysies : d'après Valleriola, un habitant d'Arles, affecté d'une hémiplégie jusqu'alors rebelle à toute médication , en fut guéri subitement par l'excessive frayeur que lui causa l'incendie de la maison qu'il habitait. Schenck rapporte un fait semblable arrivé chez un jeune iiomme paralysé depuis longtemps.

Le même auteur rapporte qu'un violent accès de colère guérit subitement son cousin affecté depus six ans d'une paralysie des membres inférieurs.

Voici deux autres observations où la nature de la paralysie est inconnue : un domestique perdus de ses deux bras gardait les animaux aux champs quand il fut renversé par la foudre sans être blessé ; lorsqu'il revint à lui, il avait recouvré l'usage de ses bras et de ses mains (1).

Lorsque le paquebot le New- York fut frappé à deux reprises à neuf heures de distance, tous les passagers étant au lit et en dehors de l'action du courant électrique, échappèrent au danger ; mais avec une circonstance toute particulière, c'est que l'un d'eux, infirme, d'un âge avancé, et d'un embonpoint remarquable, dormait dans un lit dans la cabine des dames, sa femme et son jeune enfant étaient dans la chambre contiguë. Cet homme était si peu en état de prendre de l'exercice que, depuis trois années, il n avait pas marché l'espace d'un demi-mille et qu'il n'avait même point paru sur le pont, depuis le commencement du voyage : or, après les deux décharges

(1) Hist, de l'Acad. des se. (1773).

m BË QUELQUES FAITS SÎNGÎJLIëHS

électriques, il quitta son lit, monta sur le pont et se prorueriâ de tous côtés, librement et sans manifester la moindre gêne, mais dans un état d'aberration mentale. Par bonheur, le dérangement des facultés intellectuelles ne fut que momentané, et l'influence bienfaisante de l'électricité sur les infirmités fut durable; car non-seulement le malade conserva l'usage de ses jambes pendant tout le reste du voyage, mais il fut même en état, quand on eut mis pied à terre, de faire, à pied, une assez grande course pour se rendre chez son hôte (Scoresby).

D'après les observations suivantes, des spasmes, des tremblements dans les extrémités, la cécité, la surdité, le mutisme, auraient reçu de la fulguration de très-notables améliorations.

Au rapport de Garclini, une femme fut guérie par un coup de foudre d'un mal de tête très-opiniâtre, de palpitations, de différents spasmes et de convulsions qu'elle éprouvait depuis longtemps. Malheureusement la guérison ne fut pas de longue durée.

Un cultivateur, cité par le docteur Poilroux, fut cruellement brûlé par la foudre et momentanément paralysé des extrémités inférieures. Cette paralysie fut traitée en particulier par des frictions ammoniacales et des vésicatoires. A la suite de cet accident, cet homme fut presque entièrement guéri d'un tremblement des extrémités supérieures, auquel il était sujet depuis très-longtemps.

Un acleur du théâtre de Surrey à Londres, M. Gardley, qui depuis plusieurs années était complètement aveugle de l'œil droit, retrouva subitement la vue à la suite d'un coup de foudre.

Le 17 juillet 1821, la foudre tomba à Biberach en Prusse, sur deux jeunes cultivateurs et les blessa plus ou moins grièvement : l'un d'eux, qui élait sourde recouvra l'ouïe (1).

Tulpius raconte, après vérification du fait, qu'un jeune homme muet depuis trois ans, à la suite de l'ablation de la moitié de la langue, ressentit un grand mouvement dans les muscles de cet organe, au moment où il vit briller un éclair

(1) Sage, Effels de la foudre et des trombes.

suivi d*un violent coup de tonnerre, et recouvra immédiatement la parole (1).

I II. — Rhumatisme et goutte. — M. Lavrillère, 38 ans, courrier de malle-poste, était atteint depuis cinq ans de douleurs rhumatismales continues avec de fréquentes exacerbations, et chaque année il éprouvait une recrudescence au mois de mars. Après une pleurésie grave, à l'une de ces époques, il eut une attaque de goutte dans le pied droit, et la douleur persista dans la jambe et dans le pied. La santé générale était assez mauvaise. Le 9 du mois d'août 1834, M. Lavrillère fut atteint, entre Dijon et Genlis, par la foudre, qui tomba entre les deux chevaux de devant de la malle-poste ; les quatre chevaux furent renversés et le postillon lancé dans un fossé. Le courrier et une dame qui l'accompagnait ne ressentirent qu'une commotion. « Il m'a •) semblé, dit M. Lavrillère, qu'on m'ôtait quelque chose du » corps, je me suis trouvé aussitôt exempt de douleur, léger » et bien portant. » La santé, l'embonpoint revinrent rapidement, il n'y eut plus d'exacerbations au mois de mars, mais de temps en temps l'ancien goutteux ressentit quelques secousses électriques dans la jambe droite (Ghailly).

C'est là un exemple de rhumatisme et de goutte habituels guéris par la foudre.

A Plancy (Aube), la foudre tomba, le 20 juillet 1843, dans un ateher oi!i se trouvaient réunis plusieurs bonnetiers. L'un d'eux, atteint de douleurs rhumatismales, se trouva entièrement guéri.

I IIÏ. — Affections diverses. — Nous avons déjà signalé comme effet sur les voies respiratoires, la guérison du rhume dont était atteint M. Gaultier de Claubry quand la foudre l'atteignit. Rice cite un autre exemple de guérison de toux et de fortes douleurs de poitrine. — Voici une autre observation de Diener, intéressante au point de vue thérapeutique : un homme de 56 ans souffrait d'un asthme depuis longtemps; la foudre tomba dans sa chambre, y blessa une

(1) Observ. raed., lib. }, observ, 41.

Sestier, ïi — là

femme, sans l'atteindre lui-même. Il déclara n'avoir pas souffert et n'avoir jamais aussi facilement respiré que depuis le moment où la chambre avait été remplie de vapeurs sulfureuses par la foudre.

Strangurie. — La négresse de 70 ans, chez laquelle la foudre avait ramené une menstruation régulière, était aussi atteinte de strangurie, elle en fut guérie; plus tard, cette affection se fit ressentir mais d'une façon bénigne (Leconte).

Le fait &m\dini,ve\aiiïkune tumeur du sein, est certainement des plus importants, il a été communiqué au docteur Al. Eason de Dublin, par le docteur Hicks et le révérend M. Wynne(l).

M^'^Wynne, après un accouchement, fut atteinte d'une tumeur squirrheuse du sein gauche; M. Hicks lui opposa inutilement plusieurs traitements. Craignant que l'affection ne prît le caractère cancéreux, il engagea la malade à aller à Dublin consulter MM. Dunt et Lister, qui la renvoyèrent dans son pays, convaincus que le seul moyen curatif était V extirpation de la tumeur à laide du bistouri. Plusieurs mois s'écoulèrent sans qu'il survînt quelque changement à la maladie. A cette époque, M""^ Wynne, étant à sa fenêtre pour admirer un ciel orageux, reçut un coup de foudre sur la partie gauche de la poitrine; le courant parut avoir traversé le sein et être sorti par le dos. La couleur de la robe de soie fut enlevée à diverses places; la flanelle qui recouvrait le sein fut un peu roussie, comme si elle avait été repassée par un fer trop chaud. La malade tomba sur le carreau et y resta sans mouvement jusqu'à la nuit; on réussit à la ranimer avec de la moutarde et de l'alcool. Deux jours après cet accident, le docteur Hicks trouva, à son grand étonnement, la tumeur du sein très-ramollie et considérablement diminuée; peu de temps après, elle disparut complètement.

Ce cas remarquable fait naître naturellement une question pratique : puisque la foudre et l'électricité de nos machines sont de même nature, ne serait-on pas encouragé à essayer les chocs électriques contre les gonflements indurés des glandes? Cette médication ne pourrait-elle pas, au moins, venir en aide à d'autres moyens?

(1) Medic. and philos, comment, by socieiy in Edinburgh, t. IV, p. 82.

Plusieurs fois déjà, une santé chancelante, ou même profondément altérée, s'est entièrement rétablie après la fulguration.

Ainsi, M. Roaldès, qui fut blessé par la foudre et dont les membres inférieurs et le bras droit furent momentanément privés de senliment et de mouvement, non-seulement fut bientôt guéri, mais, chose bien remarquable, sa santé, qui était profondément altérée depuis plusieurs années, se rétablit entièrement.

Le nommé Jacqueline, cité comme le précédent par M. de Quatrefages, fut grièvement blessé par la foudre. Les plaies dont il était couvert mirent quatre mois à se cicatriser; encore resta-t-il à la partie interne de la cuisse une plaie de la largeur de la main, qu'il fut impossible de guérir. Or, cet homme, comme le précédent, obtint en définitive une très-grande amélioration dans sa santé, et jamais il ne se porta mieux que depuis l'accident qui avait failli lui coûter la vie.

La plaie suppurante qui persista à la cuisse aurait-elle, à l'instar d'un exutoire, amené cet heureux résultat? Ne seraitil pas plus rationnel de l'attribuer à l'agent électrique luimême? Une circonstance qui nous disposerait à admettre cette dernière hypothèse, c'est que chez M. Roaldès, dont la santé s'améliora d'une manière si remarquable après la fulguration, les lésions externes furent très-légères et disparurent promptement sans suppuration aucune, et par conséquent sans former d'exutoire. Nous ajouterons que Delpech, à qui Roaldès raconta son aventure, n'hésita pas un instant à attribuer à l'influence électrique la salutaire modification survenue dans sa santé.

L'observation suivante, citée par de la Prade, est l'un des exemples les plus remarquables des effets salutaires de la foudre sur l'homme malade.

A la suite d'une fièvre putride et maligne, à laquelle avait succédé une fièvre intermittente, l'abbé Rostaing fut atteint « d'une fièvre lente, » qui fut regardée par plusieurs médecins de Montpellier comme symptomatique d'une phthisie pulmonaire très-avancée et prochainement mortelle. Cet état

morbide durait déjà depuis deux ans, lorsque, le 25 juin 1783, le malade, alors âgé de 27 ans, fut frappé de la foudre dans un château du Dauphiné. La poitrine, le basventre et les extrémités furent couverts de brûlures. Les membres supérieurs et inférieurs furent paralysés; ces derniers complètement. Le chirurgien du village fit envelopper le malade dans une peau de mouton nouvellement écorcho, après avoir pratiqué des scarifications profondes sur toutes les parties brûlées; puis il prescrivit des bains de lait ; à ceux= ci succédèrent des applications de feuilles de mauves cuites, qui furent employées jusqu'à la fin du traitement. La suppuration ne tarda pas à s'établir; elle fut énorme. Les eschares se détachèrent peu à peu et les plaies furent cicatrisées au bout de deux mois. La paralysie s'était dissipée graduellement et n'avait duré que quelques jours. Cependant le malade avait un appétit dévorant, les digestions étaient faciles, les forces se rétablissaient de jour en jour, et la guérison fut bientôt complète. Depuis ce moment, l'abbé Rostaing a joui d'une santé parfaite.

Les animaux ont parfois présenté le même phénomène. Ainsi : le docteur Guyon rapporte qu'un cheval était malade depuis longtemps et portait plusieurs sétons, lorsqu'il se trouva sous l'influence d'un coup de foudre qui, sans le blesser directement, tua plusieurs chevaux près de lui. Le lendemain de l'accident, les sétons se trouvèrent desséchés, et, les jours suivants, la santé de l'animal s'améHora rapidement.

Il paraîtrait, d'après l'observation suivante, qu'un vieillard se serait trouvé en quelque sorte rajeuni par l'action fulgurante.

La foudre qui, au rapport de Troostwyk, tomba le 13 août 1783 à Roveredo, sur Téglise de Saint-Marc, atteignit, entre autres personnes, le prêtre qui disait la messe; plusieurs parties de ses vêtements furent brûlées. Or, cet ecclésiastique, alors âgé de 84 ans, se sentit, depuis cet accident, plus de force qu'auparavant; il marchait d'une manière plus ferme et lisait sans lunettes.

Une opinion assez généralement répandue dans le peuple

EFFETS SALUTAIRES DE LA FOUDRE i81

est que les personnes touchées par la foudre parviennent souvent à un très-grand âge sans infirmités. M. d'Hombres-Firmas semble partager cette opinion. Mais on comprend que des questions de ce genre exigent, pour être résolues, un grand nombre de faits authentiques et comparables.

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