‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 74 sur 198 · ILES FOUDROYÉS · texte numérisé non relu

ILES FOUDROYÉS

Sommaire. — Art. I. De la mort apparente . —Art. II. Des signes de la mort chez les foudroyés. — Art. III. Signes éloignés de la mort. —Art. IV. De la mort par la foudre. — § I. Causes de la mort instantanée. — § II. Causes de la mort survenant à une certaine distance du foudroiement.

Très-souvent les foudroyés tombent sans connaissance, ni mouvement, ni sentiment. Toutefois une respiration, quoique rare et très-faible, et un pouls à peine perceptible, attestent encore que la vie n'est pas éteinte. Dans quelques cas même, le pouls ne bat plus, les mouvements respiratoires cessent, et les foudroyés, plongés dans un état de mort apparence, reviendront à la vie.

Nous possédons divers cas de mort apparente signalés sans détails par Diemerbroeck, Musschenbroek, Folhergill, Cummenus, Reid, Parkinson, Pétrie, Marteau de Grandvilliers, Behrens, Brillouët, Ghapsai, Feltstrôm, Bergman, etc. Nous allons faire connaître ceux où cet état est plus complètement décrit.

Un jeune garçon, renversé par la foudre,fut exposé à la pluie pendant plus d'une heure; ses parents le trouvèrent ayant le visage livide, les yeux éteints et toutes les apparences de la mort. Ils l'emportèrent, le déshabillèrent; son corps était roide et froid, les doigts de ses pieds et de ses mains étaient contractés fortement. On l'enveloppa de couvertures chaudes, on lui tira du sang (vingt onces), et, au bout d'une demi-

heure, il commença à pousser quelques soupirs. A l'aide de soins consécutifs, il fut complètement rétabli au bout d'une semaine (1).

Un matelot, Daniel Brown, foudroyé à bord du Cambrian, le 21 février 1799, était froid, sans pouls radial; il semblait atteint du tétanos; il écumait par la bouche. On lui appliqua des linges chauds sur le corps mis à nu, et une heure après le pouls revint, la face se colora et la chaleur se rétablit sur tout le corps (Godfrey).

Le 25 juin 1794, la foudre tomba dans une salle de bal de Dribourg. Un jeune garçon de deux ans, auprès duquel passa le rayon fulminant, resta étendu mort. Son père, le docteur Boeckmann, entra dans la salle trois minutes après l'accident, ne remarqua en lui aucun soufïle, et, autant qu'il put s'en souvenir, il ne trouva pas de pulsations ; il le porta à l'air frais, et ce ne fut que huit minutes après qu'il aperçut la première respiration. Bientôt, et après avoir poussé quelques cris, Tenfant, très-abattu, s'endormit et ne se réveilla que quatre ou cinq heures plus tard, et se rétablit parfaitement ; seulement, depuis cet accident, il parut plus irritable (Boeckmann).

Le 29 novembre 1839, un voyageur, M. Marie, fut frappé et blessé par la foudre à bord de V Hélène, près Bordeaux. // resta étendu sans aucune apparence de vitalité. Après lui avoir, en vain, prodigué des secours, on ne trouva rien de mieux, en désespoir de cause, que de l'exposer à une pluie battante. Enfin, au bout d'une heure et quart, quelques mouvements révélèrent que r existence n'était pas détruite...; bientôt il reprit ses sens (Eug. Bermond).

L'abbé Bichard dit avoir vu un homme qui, dans la force de l'âge, fut frappé et blessé par la foudre ; il resta sans connaissance, sans mouvement, sans respiration, sans pouls, avec toutes les apparences de la mort. La dame chez laquelle il était et à côté de laquelle il avait été frappé, revenue de sa première surprise, ne pouvant se persuader qu'il fût mort, le

(1) Transact. of the roy, humane society, voL I, p. 198, et Bibl. brit., t. LX, p. 35.

fit déshabiller sur-le-champ et mettre dans un lit très-chaud, où on le frotta de liqueurs spiritueuses pendant deux ou trois heures, avant que l'on pût en espérer de succès. Enfin, la chaleur se rétablit peu à peu dans les parties extérieures; le mouvement et la connaissance revinrent ensuite.

Une femme, âgée de 24 ans, également blessée par la foudre, tomba sans connaissance; quand on la releva, elle fit encore deux ou trois inspirations , puis parut morte. Lorsque le docteur Girault la vit, environ trois quarts d'heure après l'accident, elle était étendue sur un lit, paie, les traits de la face rétractés, les yeux fermés, les pupilles dilatées, sans pouls et sans respiration. Les membres étaient froids, sans mouvement et faciles à fléchir; le seul signe qui pût faire soupçonner un reste de vie, était le léger frémissement d'une écume blanche sur les lèvres. Dans cette grave circonstance, le docteur Girault recourut, non pas aux sinapismes, dont la préparation et l'action auraient exigé trop de temps, mais à l'eau bouillante : des mouchoirs fréquemment imbibés d'eau bouillante furent apposés à la plante des pieds, aux chevilles et même aux genoux et aux jarrets. On avait le soin de ne pas déployer les mouchoirs, pour qu'ils conservassent mieux leur chaleur; on appliquait même plusieurs mouchoirs de suite sur le même endroit. Pendant longtemps, ce moyen fut sans résultat; enfin, quelques mouvements du pied indiquèrent une sensation; ces mouvements ne devinrent bien apparents qu'au bout d'une heure. Alors la respiration et la circulation étaient manifestes...; toutefois, ce fut seulement après quatre heures que la malade, sous le nez de laquelle on plaçait des allumettes soufrées et enflammées, de Véther, de Vammoniaque, indiqua, en se retirant, qu'elle éprouvait quelque sensation.

Le militaire dont il va être question est-il resté plus ou moins longtemp's dans un état de mort apparente, ou seulement privé de connaissance? Malgré le doute où nous sommes à cet égard, nous croyons devoir placer ici son observation, intéressante sous plusieurs rapports.

Le lundi 23 mai 1836, Martin Lefebvre, âgé de 42 ans, ancien lieutenant au 42® de ligne, était convalescent d'une

maladie qui avait exigé une forte application de sangsues, lorsque, venant de Versailles à Paris, par Passy, il se dirigea vers un petit bois, reste de l'ancien parc de Boulainvilliers, pour se mettre à l'abri de l'orage qui éclatait avec violence. A peine venait-il de s'abriter, qu'il fut frappé par la foudre et renversé par terre, entièrement privé de connaissance. Ce malheureux resta, paraît-il, quatre jours dans cette position, car ce fut seulement le vendredi qu'il reprit l'usage de ses sens et qu'il chercha à se procurer du secours ; les forces lui manquant, il resta dans cette pénible situation, se traînant à peine sur la terre jusqu'au samedi. Des habitants de Passy, qui l'avaient vu depuis un jour ou deux dans la même position et dans le même endroit, et qui n'avaient pas eu l'idée de s'approcher pour savoir ce qui retenait un homme ainsi couché depuis tant d'heures, prévinrent enfin la gendarmerie qui releva ce malheureux et le conduisit de suite à Passy et de là à l'hôpital Beaujon. Du lundi au samedi, il n'avait pris aucune espèce de nourriture, son état de paralysie n"avait pas encore cessé lorsque cet événement a été publié (1).

Si nous résumons maintenant nos observations de mort apparente chez les foudroyés, observations qui sont au nombre de 21; nous voyons d'abord qu'elles se rapportent à des individus de tout âge.

Presque tous ceux (19 sur 21) qui sont restés dans cet état avaient été directement atteints par l'étincelle foudroyante ; deux fois seulement la foudre avait frappé, non pas l'individu lui-même, mais très-près de lui.

Sur 16 cas où la durée de la mort apparente a été nettement indiquée, nous trouvons qu'elle a été de :

Six à huit minutes. ...... 2 fois.

Quinze minutes 1 —

Quatre à cinq minutes. ... 1 —

Une tieure 5 —

Une beure et demie 1 —

Deux, heures 3 —

Trois heures 3 —

elle aurait été de plusieurs heures dans un 17® cas.

(i) Journal le Temps, 31 mai 1836.

Quant au degré de cette apparence de mort, nous avons vu que plusieurs de nos foudroyés étaient privés non-seulement de connaissance, de mouvement et de sentiment, mais encore de pouls et de respiration, Toutefois ,chez aucun d'eux on n'a ausculté le cœur; très-probablement on l'aurait entendu battre, et on aurait à l'instant acquis la certitude que la mort n'était pas réelle.

La mort apparente que nous venons d'observer chez l'homme s'observe aussi chez les animaux.

Un troupeau d'oies paissait dans un pré, lorsque la foudre en globe atteignit une jeune fille qui cherchait à le faire rentrer dans la ferme. Deux de ces oies, les plus proches de la jeune fille, furent renversées comme mortes. L'une d'elles revint bientôt à la vie, l'autre, apportée à la cuisine comme morte et destinée à être mangée, s'enfuit au bout de quelques heures, complètement rétablie (Spallanzani).

L'étincelle de nos machines offre des résultats à peu près' semblables.

Une forte étincelle mit un lézard en état de mort apparente pendant 5 ou 6 minutes (Raschig).

Des grenouilles restèrent cinq minutes en état de mort apparente après la décharge d'une batterie de 33 pieds carl'és, mais au bout d'une heure à trois heures elles reprenaient leur vitalité ordinaire (1).

Un lapin resta 1/4 d'heure dans un état de mort apparente produite par l'étincelle électrique, puis se ranima sous l'influence de l'ammoniaque (2).

Une batterie de 62 pieds carrés déchargée sur un chien couchant ordinaire le mit dans un état de mort apparente pendant quatre minutes (3).

Priestley a reconnu sur des grenouilles qu'il avait frappées après leur avoir ouvert la poitrine que leur cœur n'avait point cessé de battre, bien qu'elles fussent tombées dans un état de mort apparente.

(1) Priestley, Traité d'électricité, traduct., t. III, p. 323.

(2) Broguiart, Journal de phys.

(3) Priestley, Traité d'électricité, t. III, p. 319.

Un rat, dont la poitrine avait été également ouverte, offrit à Marat les mêmes phénomènes.

Un cochon d'Inde reçut la décharge de neuf bouteilles de Leyde, de la tête à la queue : à l'instant même, il tomba et cessa de respirer. Trois minutes se passèrent ainsi ; alors on ouvrit la poitrine et l'on trouva le cœur battant avec régularité et vigueur 80 fois par minute (1).

Un lapin ayant été jeté dans un état de mort apparente par une forte décharge électrique, le stéthoscope permit de constater l'abaissement des battements du cœur de 30 et 40 pulsations par minute : puis l'animal revint à lui par le repos (2).

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