PUTRÉFACTION DES CADAVRES
On a vu la décomposition marcher si rapidement que les cadavres tombaient en lambeaux : Richman, tué à Saint- Pétersbourg le 6 août, était tellement corrompu au bout de, 48 heures qu'on eut de la peine à le mettre en entier dans le cercueil.
Le 25 juin 1794, à 5 heures de l'après-midi, la foudre tua une dame dans une salle de bal à Dribourg; au bout de 24 heures, le cadave exhalait déjà une odeur si insupportable de putréfaction, que le docteur Boeckmann put à peine l'examiner extérieurement, sans danger de s'évanouir. Le 27 au matin, c'est-à-dire 36 heures après la mort, les habitants de la maison furent forcés de la quitter, à cause des exhalations fétides. Dans l'après-midi, c'est à peine si l'on put mettre le cadavre dans le cercueil : il tombait par morceaux.
Le 25 septembre 1800, plusieurs hommes furent tués à bord du York, de 74, à l'ancre à Port-Royal. Leur chair se détachait au toucher comme une pomme contuse et pourrie (1). Ce phénomène est sans doute survenu très-promptement, car il n'est pas d'usage de conserver longtemps à bord les cadavres des matelots.
Chez les animaux foudroyés, la putréfaction est non moins rapide que chez l'homme.
« Un homme de considération m'a assuré, dit Franklin (2) » qu'il avait une parfaite connaissance d'un fait de ce genre. )' Tous les moutons d'un troupeau rassemblés en foule sous » un arbre en Ecosse, ayant été tués par un grand coup de » tonnerre, le soir un peu tard, le propriétaire voulant en » sauver quelque chose, envoya le lendemain matin des » gens pour les écorcher ; mais la pourriture était si grande, » et l'infection si abominable, que les gens n'eurent pas le » courage d'exécuter cet ordre ; de sorte que les moutons fu- T> rent enterrés avec leurs peaux. »
Vingt-sept bêtes à cornes furent tuées du même coup ; vingtet-une heures après, tous les cadavres offraient un haut degré de putréfaction : l'accident avait eu lieu au mois de juillet (Tobias).
(1) Nantie. Mag., t. XII, p. 808.
(2) Lettre à Barheau-Dubourg et à Dalibard. — OEuvres trad. de Barbier.
23i EXAMEN EXTÉRIEUR DU CADAVRE
Le 10 septembre 1845, vers deux heures après midi, la foudre) tomba sur une maison du village de Salagnac (Creuse). Entre autres accidents, elle tua un cochon dans une écurie; M. le docteur Maslieurat-Lagémard affirme que trois heures après, la décomposition était complète.
Lorsque les animaux sont tués, non plus par la foudre, mais par la simple décharge de nos machines, la décomposition cadavérique marche également avec une grande rapidité.
Dans une des expériences faites dans ces dernières années par Brown-Séquard, un cochon d'Inde fut tué par l'électro-magnétisme. On continua, pendant dix minutes après sa mort, à faire passer le courant de la tête à l'anus : le lendemain matin, en moins de treize heures, la putréfaction avait déjà commencé chez cet animal.
D'autres expériences, quoique instituées d'une manière différente, ont conduit Brown-Séquard aux mêmes résultats.
Un des membres postérieurs d'un lapin vivant fut soumis pendant une demi-heure à l'action d'un courant électro-magnétique puissant, et aussitôt apiès l'animal fut tué. Au bout de deux jours, la putréfaction était déjà très-manifeste dans ce membre ; au bout de huit jours, il était en pleine décomposition; tandis que le membre correspondant, qui n'avait pas été électrisé, possédait encore la rigidité cadavérique ; la putréfaction ne s'y manifesta d'une manière très-marquée que le douzième jour après la mort.
Sur un autre lapin, on enleva les membres antérieurs, et l'on fit passer par l'un d'eux un courant électro-magnétique puissant; huit jours après, il était dans un état de putréfaction, avancée, tandis que l'autre était encore rigide (2).
Disons enfin qu'Achard avait déjà remarqué dans ses expériences que la viande crue électrisée se putréfie plus promptement que la viande non électrisée : il avait même observé ce résultat pour la viande cuite.
En résumé, les nombreuses observations que nous venons
(1) Comptes rendus des séances de la soc. de Biologie. Gazette médic. de 1849, p. 994.
(2) Voir Journ. de phys., t. XXV, p. 435.