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moindre indice que la foudre soit tombée dans le temple de Jérusalem, ni depuis sa fondation sous Salomon jusqu'à sa ruine sous Nébucadnetsar, ni après la captivité depuis la reconstruction de Zorobabel jusqu'aux embellissements d'Hérode et à sa ruine définitive par les armes de Titus. On a fait remarquer que, selon l'histoire des Juifs, le temple était orné de tous côtés de pointes de métal doré ; les murs, en partie du moins, étaient aussi recouverts de longues lames de métal; de vastes cavités, des réservoirs souterrains s'ouvraient sous la colline qui portait le temple, et il est permis de croire que ces pointes faisaient l'oflice de conducteur et écartaient la foudre. Cette explication que la science moderne a fait passer à son creuset sévère, sans la rejeter, est d'autant plus plausible qu'il n'y a peut-être pas un exemple dans l'histoire d'édifice si longtemps épargné par les coups de tonnerre, et que les bâtiments du temple, dans leur position isolée et élevée au sommet d'un colline, semblaient d'autant plus exposés aux effets de la foudre (I).
Nous allons encore citer quelques passages de Flavius Josèphe et nous les emprunterons à la traduction d'Aroauld d'Andilly (2).
Le roy Salomon commença à bastir le Temple en la
quatrième année de son règne
» Toute la hauteur du Temple estoit de six-vingt
coudées
> La hauteur des trois étages ensemble montant à
soixante coudées revenoit justement à la hauteur du bas » édifice du Temple dont nous venons de parler; et il n'y » avoit rien au-dessus.
9 Les plafonds de toutes les chambres étoient de bois de » cèdre fort poli et enrichis de feuillages dorez taillez dans » le bois. Le reste estoit aussi lambrissé de bois de cèdre » si bien travaillé et si doré qu'on ne pouvoit y entrer sans
» que leur éclat ébloiiist les yeux Il y avoit dedans et
» dehors le Temple, des ais de cèdre attachez ensemble
(1) AUi.Goqii0rel, Biographie Kurée, ^ Mu, p. W. (i) SdiHom drAmkrdam (1681).
> dvee de grandes et fortes chaisnes, pour servir encore à » le maintenir en estât. >
.... Salomon fit diviser ce grand corps de bâtiment en deux parties, le saint Temple destiné aux sacrificateurs^ Tautre, le Sanctuaire, le Saint des Saints, particulièrement consacré à Dieu et qui renfermait l'Arche. Les deux parties étaient séparées par de grandes portes de cèdre parfaitement bien taillées et fort dorées.
« Salomon fit aussi faire deux Chérubins d'or massif de ) 3 coudées de haut chacun Tout le pavé du Temple
> était couvert de lames d'or et les^ portes du grand portail
> qui avoient 2U coudées de large et hautes en proportion,
> étoient aussi couvertes de lames d'or. Enfin, pour le dire en » un mot, Salomon ne laissa rien, ny au dedans ny au » dehors du Temple, qui ne fust couvert d'or.
» Salomon se servit pour tout ce que je viens de dire d'un ouvrier admirable, mais principalement aux ouvrages d'or, d'argent et de cuivre, nommé Ghiram, qu'il avoil fait venir de Tyr, dont le père, nommé Ur, quoique habitué à Tyr, estoit descendu des Israélites. « Ce mesme homme luy fit
> aussi deux colomnes de bronze qui avoient quatre doigts 9 d'épaisseur, dix-huit coudées de haut et douze coudées * de tour, au-dessus desquelles estoient des corniches de j fonte en forme de lys de cinq coudées de hauteur. Il y
> avoit à l'entour de ces colomnes des feuillages d'or qui
> couvroient ces lys et on y voyait pendre en deux rangs » deux cents grenades aussi de fonte. Ces colomnes furent I placées à l'entrée du porche du Temple; l'une nommée
> Jachin à la main droite; et l'autre nommée Boz à la main
> gauche.
> Cet admirable ouvrier fit aussi un vaisseau ^ de cuivre » en forme d'un demy rond auquel on donna le nom de mer fc à cause de sa prodigieuse grandeur ; car l'espace d'un bord
» à l'autre estoit de dix coudées et ses bords avoient une . ^ palme d'épaisseur
> Ce vaisseau çontenoit deux milles baths Il fit
* outre cela dix autres vaisseaux de fonte, soutenus sur 1» dix bases de cuivre quarrées, et chacune de ces bases
436 HISTORIQUR
» avoit cinq coudées de long, quatre de large et six de haut. » Toutes étoient composées de diverses pièces fondues et » fabriquées séparément. Elles étoient jointes en cette sorte; » quatre colomnes quarrées recevoient dans deux de leurs faces
9 creusées à cet effet les costez qui s'y emboitoient
9 Le grand vaisseau, nommé la mer, étoit destiné à laver » les mains et les pieds des Sacrificateurs lorsqu'ils entroient y> dans te Temple pour y faire des sacrifices : et les cuves » estoient pour laver les entrailles et les pieds des bestes
> qu'on offroit en holocauste. Il fit aussi un autel de fonte » de vingt coudées de .longueur, autant de largeur et dix » de hauteur sur lequel on brûloit les holocaustes.
» Il fit de mesme tous les vaisseaux et les instruments 9 nécessaires pour TauteK comme chaudrons, tenailles, » bassins, crocs et autres si bien polis et dont le cuivre
> estoit si beau qu'on les auroit pris pour estre d'or.
» Le roy Salomon fit faire aussi grand nombre de tables, 9 et entr'autres une fort grande d'or massif, sur laquelle 9 on mettoit les pains que Ton consacroit à Dieu. Les autres » tables qui ne cédoient gueres en beauté à celle-là estoient » faites de diverses manières, et servoient à mettre vingt » mille vases ou coupes d'or et quarante mille autres 9 d'argent.
9 II fit faire aussi, comme Moïse l'avoit ordonné, dix • mille chandeliers.... et une table sur laquelle on mettoit » les pains qu'on offroit à Dieu
» Salomon fit faire aussi quatre-vingt mille coupes à » boire du vin, dix mille autres coupes d'or, vingt mille
> d'argent; quatre- vingt mille plats d'or, cent soixante » mille plats d'argent; soixante mille tasses d'or, vingt-six » mille tasses d'argent, vingt mille assarons ou hins d'or et y* quarante mille autres d'argent ; vingt mille encensoirs pour » offrir et brûler les parfums et cinquante mille autres pour » porter le feu depuis le grand Autel jusques au petit qui
» estoit dans le Temple Il fit aussi deux cens mille
» trompettes et quarante mille instruments de musique,
> comme harpes, psallérions, et autres faits d'un métail » composé d'or et d'argent, »
La cause de l'immunité vis-à-vis de la foudre dont a joui le Temple de Salomon pendant plus de mille ans et que Ton peut signaler comme un des plus remarquables exemples de hnfluence des armatures métalliques sar la foudre, consiste dans la multitude de véritables paratonnerres dont il était armé. Le toit était muni d'une forêt de longues flèches métalliques, pointues ou dorées, que Flavius croit destinées à préserver le toit de la fiente des oiseaux, mais dont l'action sur la foudre ne peut être méconnue.
Ces flèches ou lances étaient enchâssées à leur base dans des masses de plomb. Elles communiquaient avec le sol par de nombreuses plaques d'or et d'argent, par les colonnes et par les bois dorés qui recouvraient les faces du monument dans toute leur étendue et surtout par de nombreux tuyaux métalliques de descente aboutissant à de vastes citernes creusées en grand nombre dans la montagne sur laquelle le Temple était bâti, et destinées à recevoir l'eau de pluie ainsi qu'à servir d'abri en cas de siège.
Phothis (1) nous a transmis un passage de l'ouvrage de Ctésias Gnidius sur l'histoire de la Perse et de l'Inde. Gtésias avait reçu deux épées, l'une des mains du roi, l'autre de celles de Parisatis, mère du roi. Enfoncées dans le sol, elles jouissaient du pouvoir d'écarter les nuages, la grêle et les ouragans ; et Ctésias affirme avoir vu plusieurs fois le roi lui-même en faire l'expérience devant lui.
On sait que Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, était Sabin d'origine et qu'il appartenait à l'ancienne Étrurie, pays duquel les Romains avaient emprunté la plupart de leurs cérémonies et de leurs cites sacrés.
Numa lui-même était indubitablement un homme instruit. U rectifia le calendrier et fit correspondre les années solaires et lunaires. U connaissait la propriété des miroirs concaves
(1) « De ferro, qaod in hajos fontis fundo reperitur, ex qno duos se habnisse
* aliqmandô gladios ipse Ctésias commémorât, unam a rege, alterum a Pary- > utide régis ipsins matre sibi donatam. Ferri antem hujas eam esse vim, ut » in terram depactum nebalas, et grandines, turbinesque avertat, hoc semel se
• itsràmque TÎdisse, cùm rex ipse ejus rei periculum faeeret. > {Phatii BiMio» <A«airynoM6{oii, cod. uxu. In-folio, Rothamagi (Rouen, ieS3).
de concentrer les rayons solaires et d'enflammer par ce moyen les combustibles ; c'était ainsi que les Vestales allu* maient leur feu. Il fut le principal législateur politique et religieux dans son pays.
Voici d'après Valérius Anlius, historien bien antérieur à Denys d'Halicarnasse, le procédé à l'aide duquel Numa obtint de Jupiter le pouvoir d'appeler et de diriger la foudre. Cette ancienne légende a été reproduite par Plutarque, par Ârnobe. Numa cacha douze beaux garçons» munis de liens, auprès d*une fontaine où Picus et Faunus avaient coutume de se désaltérer ; il mit à l'entour de cette source des coupes remplies devin et de moût; ces demi-dieux s'enivrèrent de liqueurs meilleures que l'eau, leur boisson journalière, s'endormirent» furent saisis et garrottés pendant leur sommeil par les jeunes gens apostés et ne furent relâchés qu'après avoir enseigné à Numa comment la foinh e était évoquée. Numa fit des sacrifices et surtout des expériences sur le mont Aventin» attira Jupiter sur la terre et lui demanda les moyens d'obtenir sa foudre ; le Dieu hésita longtemps et se rendit enfin. Il parait que plusieurs fois Numa réussit à attirer ainsi la foudre.
Arnobe (1) a consigné le même récit dans ses ouvrages ; il a reproduit l'entretien de Jupiter et de Numa à peu près dans les mêmes termes que le poëte Ovide. (Voir plus loin.)
Cette légende si singulière ne revient-elle pas en réalité à Tun des prêtres étrusques, si connus dans l'antiquité par leur grande science dans les choses naturelles ; car» comme le dit Cicéron (2), les Étrusques étaient les interprètes les plus exercés de tous les prodiges célestes.
Servius (3)» en parlant de la nymphe Bygoïs» ne nous dit-il pas qu'elle avait écrit chez les Étrusques un traité de la
i (1) Arnobius, Dispuiaiionet adver$ùs génies, Hanoviae, p. 183 (i6(X1).
I (2) Traité de la Divination, liv. VI, cli. xli, xlii, et les notes des pages 166,
167, édition Panckoucke.
Voir encore sur ce sujet : Diodora de Sicile, liv. V, traduct. de Miol, t. II. \ p. 380. Paris, 1834. — Les Étrusquet d'Oufried Mullcr, t. II.— Piioa, Hisi. nat..
liv. II, ch. un.
(3) Sarrias, Commentairt» twr Virgile, Enéide, liv. VI» édit, in-foUo« Pan>. leOO : apiul Seb, NMlium,
foudre?... quœ artem scripserat fulguritarum ajntd Tuscos. Ovide, dans ses Fastes^ a longuement et magnifiquement raconté comment la déesse Égérie suggéra à Numa le moyen d'obtenir la foudre de Jupiter. Il a rappelé par quelles violences sur Picus et Faunus, Numa obtint de ces divinités champêtres les moyens qui le mirent en relation avec Jupiter, Tétrange colloque (1) de Jupiter et de Numa, et la chute trois fois répétée de la foudre sous un ciel sans nuage {i).
Ter tonuit fine nube Deus, tria falgora misit*
« Les Annales font foi qu'à l'aide de certains sacrifices,
> de certaines prières, on force la foudre à descendre, ou
> qu'on l'obtient du ciel. C'est ce qui, selon la tradition
> étrusque, eut lieu à Yolsinies, lorsque cette ville et les • campagnes environnantes étaient ravagées par un monstre
> qu'on nommait Volta et qui fut foudroyé par le feu du ciel.
> Leur roi Porsenna l'évoqua au^si. Lucius Pison, auteur
> grave, rapporte, au premier livre de ses Annales, qu'avant
(!) Caoàè capot, dixit : eui nt, Parebimm, inqnît :
Cœdenda est hortis emU cepa meis.
Addidit bic, Hominis : Sunnnoe» ait ille, capiUoe.
Postulat hic animam : cui Numa, Piscis, ait. Risit; et, His, inqnit, facito, mea tela procures,
0 rit colloquio non abigende meo.
Sed tibi, protulerit qnom totom cra^tinus orbem
Gynthins, imperii plgnora certa dabo.
JupiUr, «-> Coupe une tête.
Numa. — Je ferai couper la tête d'un oignon de mon jardin.
Jupiter, -»le reux ceUe d*nn homme.
Numa. — Coi, tous aores ses chereux.
JufitÊT, — Il me faut une âme.
iVuma. ^ Oui, ceUe d'un poisson.
-> Eh bien t soit, dit en riant Jupiter, emploie ces expiations pour obtenir mes foudres, ô mortel digne de converser avec le roi des dieux I Demain, lorsque Phébus éclairera l'univers entier de ses rayons, je te donnerai un gage infaillible de puissance (Faites, Ut. III, y. 285-380).
(S) Cicéron nous fournit encore un exemple de foudroiement sous un ciel sans nnsge :
Aut qunm terribili perculsns fulmine civis, Luee serenanti, vitalia lumlna liqult.
(De la DwwaJtion, Ht. I, fh. «i.)
» Porsenna^ Numa en fit souvent autant (1) ; que TuUus 1» Hostilius l'imita ; mais que^ peu exact dans l'accomplisse- » ment des cérémonies,' il fut foudroyé. Nous avons des bois » sacrés, des autels et des sacrifices, et parmi des Jupiter > Stator et Tonnant et Férétrien, nous avons aussi admis un 2» Jupiter Elicius... (2). >
Tite-Live nous apprend que Numa bâtit sur le mont Aventin un autel à Jupiter Elicius. — Quœque prodigia fulminibm, aliove quo viso^ missa susciperenttir atqne curarentur: ad ea elicienda ex mentibus divinis^ Jovi Elicio aratn in Aven" tino dicavit deumque consulit auguriU quœ suscipienda essent.
Suivant les anciens, faire i descendre le tonnerre, c'était faire descendre la divinité elle-même, et Pline témoigne, d'après de bonnes autorités, dit-il, que Numa avait eu fréquemment ce pouvoir.
Les Romains adoraient fréquemment Jupiter sous des noms divers ; tantôt c'était Jupiter Tomns (a tonitru) ; tantôt' c'était Jupiter Elicius {ab eliciendo fulmine); tantôt enfin Jupiter Catabaitès (xaTaSouvco, je descends).
Eliciunt cœlo te, Jupiter, nndé minores
Nimc qnoque te célébrant, Elicinmque TocanI (3).
< Us attirent Jupiter de sa demeure céleste, et c'est de là que nous honorons aussi ce dieu sous le nom d'Ëlicius. »
Tite-Live raconte qu'après avoir examiné les mémoires de Numa et y avoir trouvé une description de certains sacrifices solennels et mystérieux en Fhonneur de Jupiter Elicius, Tullus Hostilius voulut essayer d'y procéder en particulier; mais par quelque défaut de l'ensemble des procédés ou des rites, non-seulement il ne put obtenir aucun signe de la faveur des dieux', mais ayant excité la colère de Jupiter par ces cérémonies irrégulières, il fut frappé du tonnerre et consumé, lui et son palais.
c Ipsum regem, tradunt,voIventem commentarîos Numie;
(1) Et ante enm a Numa saepius hoc factitatum (Pline).
(2) Pline, Hist» fMt„ liv. U, chap. lit, t'dit. Panckoucke.
(3) Ovide, lu FatUt, liv. III, y. 327. Voir encore Virgile. Enéide, Ut. Il, TersflSO elsaivants.
DES PARATONNëRRBS AVANT FRANKLIN 44i
» quum ibi qasedam occulta soUemnia sacrificia Jovi Elicio
> facta iavenisset, operatum his sacris se abdidisse : sed » ooQ rite iQitum aut curatum id sacrum esse ; nec solùm ) ullam ei oblatum cœlestium speciem, sed ira Jovis, solli-
> citati prava religione, fulmine ictum cum domo confla- » grasse (1). >
Julius Obsequens dit que c'est en imitant Numa que TuUus fet frappé de mort par la foudre. « Hostilius dum Numam 'sacrificiis imitatur, Jovi litare non potuit, sed fulmine ) ictus, cum regia conflagravit (2). »
TuUus ne fut pas le seul expérimentateur malheureux. la roi d'Âlbe, Rémulus, frère d'Acrotus, fut aussi fou* droyé.
Reraulus matarior annis Falmine periit, imitalor fulminis ictii (3).
DeDys d'Halicarnasse et tous les auteurs s'accordent à dire que la mort de Tullus et l'incendie de son palais eurent lieu dans une furieuse tempête.
Voici encore un roi qui, suivant Denys d'Halicarnasse, put ttirer la foudre :
I Après Agrippa, Afades, qui était un tyran, régna » 19 ans. Ce roi, méprisant les dieux, avait imaginé un moyen » (f imiter les foudres et le bruit du tonnerre, afin d'imprimer ' de la terreur aux hommes et de se faire passer pour un
> dieu. Mais les foudres et les orages tombèrent sur son «palais et les eaux du lac auprès duquel il demeurait,
> s'étant enflées extraordinairement, l'ensevelirent avec toute
> sa maison (4). »
Nous trouvons dans Lucain un passage très -remarquable :
César descend du haut des Alpes, passe le Rubicon et oarche sur Rome. La ville est épouvantée, les prêtres, les augures font des sacrifices et des expiations, et l'Étrusque
(1) Tiic-UYe. liv. I, s XXXI.
Il) Julios Obseqaens, Prodigia, III.
(3) OriJe, Métamorphom, liv. XIV» vers 617.
\i) Deoysd'Halicarnasse» ÀnUquiUs romaiihet, liv. I, ch. xv (à la lin).
Arnins ramasse les feux dispersés de la foudre, les c^cl dans la terre avec un triste murmure et donne un nom à ? lieu sacré (i)
N'est-ce pas faire croire à la connaissance des paratonnerres pour soutirer la foudre et la conduire dans l> sol?
Il n*est pas non plus sans importance de citer le passn: suivant de la belle harangue que Philippe prononça au séna i contre Tambition effrénée de Lépide, harangue que nou> ;: i conservée Salluste. « Quand je vois que chacun de vous enti^if \ » les maux présents comme la foudre dont on désire de n'iU » pas frappé, sans faire le moindre effort pour F empêcher i 9 tomber y etc. (2). »
Cette phrase fait croire à de Laboissière, peut-ètro < tort, que Torateur et Thistorien font allusion à que!;'. moyen que possédaient les Romains pour détourner !; foudre.
De Laboissière mentionne une médaille décrite pj Duchoul (3), sur laquelle on voit le temple de Junon, doe-^ de l'air, surmonté d'un toit dans lequel sont Qxées des flèch ^ pointues. « i
II signale une autre médaille, d'authenticité douteuse, i;v. Pellerin a décrite et gravée. Elle porte pour légende :J'<piter Elicius. Le dieu est représenté tenant la foudre, et lo au bas est un homme dirigeant un cerf-volant. i
Il est probable, dit Gardini, que les Étrusques et les Sabins se servaient pour évoquer la foudre de lances qu V^
(1) Arrans dispersos fulminis ignés
CoIUgil» et terne mssto emn marmnre condit, Datquelocis namen sacris
Pharsale, liv. I, v. 601. — Édit. Panckouckt*
Et c«t antre passage, Ut. VIH, ▼. 801 :
Tarpeis qui sœpè Deis sna tara neganint, Inclttsam Thasco venerantur cespite fulmen.
Le mortel qai soavent refuse ses hommages aux dieux du Capitole, adon gazon toscan où s'enferment les débris de la foudre.
(2) Traduit par Millot.
(3) Sur la réHçion âet Domatni.
adoraient, comme le constate Ovide, et il est probable qu'ils eo employaient non pas une, mais un grand nombre, constituant une sorte de forêt.
Il nous semble donc probable que les anciens connaissaient fart d'attirer, de diriger la foudre, d'une manière imparfaite, mais que celte connaissance était plus particulièrestent confinée chez les rois et chez les prêtres qui s'en serraient pour montrer leur pouvoir divin.
Les Étrusques, les Sabins, compatriotes de Numa, avaient on grand respect pour les lances; Numa avait bâti, en l'honœur de Jupiter Elicius, non point un temple, mais un autel eo plein air, au sommet du mont Aventin.
Le christianisme fit cesser ces pratiques du paganisme, mais l'usage d'élever de longues perches dans les champs pour détourner la grêle et les orages se retrouve jusque sous Charlemagne. Ce monarque proscrivit cet usage comme superstitieux, dans un capitulaire de 789. II paraît que ces perches n'avaient d'effet, croyait-on, qu'autant qu'elles étaient armées d'un parchemin probablement couvert de (pelques caractères magiques.
Au xv^ siècle, on clouait une épée nue aux mâts du vais- ^u pour le protéger contre la foudre. Saint Bernardin de Sienne traite cette pratique de superstitieuse (1).
Le P. Imperati, qui écrivait au xvii® siècle, raconte qu'au château de Duino, en Frioul, l'usage fort ancien s'était maintenu, quand un orage se préparait, de sonder le tonnerre. La sentinelle touchait de sa lance une barre de fer dressée sur les murailles, et, lorsque leur contact produisait une étincelle, OD donnait aussitôt l'alarme afin d'avertir les bergers du danger qu'ils allaient courir.
Les anciens connaissaient bien aussi la fréquence relativement plus grande des coups de foudre sur les édifices élevés et en particulier sur les temples.
Numa avait dressé un autel à Jupiter Eiicius au sommet
du mont Aventin.
(1) Voyez de Laboissiôro : NoUoe tur la trac, de l^Àcad, dêt h, du Gùrd âê iSIl-ittl (Nismes» iSSS). Mémoire» tur te eonnamancu det ancUnê dans Vwrt «Tévofiier el <f o^iorôfr la foudre.
< Pourrions- nous, dit Gicéron, douter de la puissance des
> éclairs? Et parmi tant d'exemples étonnants, oubliera-too » ce qui arriva à Summanus (1), image en terre placée sur l* » faite du temple du grand Jupiter? La foudre le frappa; oq
> ne reti^ouvait nulle part la tète de la statue : les aruspices » déclarèrent qu'elle avait été lancée dans le Tibre; et, en
> effet, on la découvrit dans le lieu que ces aruspices avaient
> indiqué (2). »
« Le centaure du Gapitole a été frappé de la foudre; elle a 0 brisé les portes de TAventin, renversé des hommes. A ^ Tusculum, elle est tombée sur le temple de Castor et Pollux:
> à Rome, sur celui de la Pitié (3). »
c Car, le père du tonnerre, s'appuyant sur l'Olympe étoile,
> a lui-même autrefois frappé ses collines et ses temples, et » lancé sa foudre sur le Gapitole. Alors fut renversée la » vieille statue d'airain de Natta et fondue la sainte table » des lois. La flamme de l'éclair anéantit les images dt^s » dieux. Là se trouvait la sauvage nourrice du nom romain,
> la louve consacrée à Mars, qui, de ses fécondes mamelles. » prodiguait le suc vital aux enfants du dieu. Arrachée de sa » base avec les enfants qu'elle allaitait, elle a laissé les rester t de ses pieds (4). »
Bien avant Franklin, on avait remarqué avec quelle facilité la foudre suit les conducteurs métalliques. Le passa^^e suivant emprunté à Gehier en est un exemple.
(1) Summanus, dieu des éclaira nocturnes. Voir la MythohgU deCreuiz^r, l. II, p. 965; Ovide, les Fattet, liv. IV, v. 731; et Augustin, Cité de /)«-*. liv. iv, ch. xxiii.
{%) Cicéron, de la Divination, liv. I, chap. x; liv. II, chap. xix et p. 349 d' l'édition Panckoucke.
(3) Cicéron, de la Divination, liv. I, chap. xliii. Consultez encore liT. l chap. XII, et liv. II, chap. xx, et Julius Obsequens, dee Proâigee, % XCVin^ed.tien de Lyon 1555, traduit par George de la Bouihière.
(4) Cicéron. àe (a Divination, liv. I, ch. xii, liv. II, ch. xx,édit. Panekoock^ Consultez aussi les notes, p. lU, 145 et 349.
DES PARATONNERRES DEPUIS FRANKLIN 4ir,
c La théorie du paratonnerre repose sur deux proposi-
> tions : la première est qu'un conducteur métallique non » ioterrompu, d'une grosseur suffisante, conduit la foudre lou la matière électrique, sans dommage pour d'autres
> corps, jusque dans la terre ; la descente de la foudre sur des tfils ou f autres ouvrages de fer avait été remarquée longi temps avant Franklin. Reimarus tire des Bresl. SammL une 1 observation du docteur Reiman à Epperic, en Hongrie, >du i7 juillet 1717, dans laquelle la foudre est descendue le
long de plusieurs fils métalliques, et que suivant au pas-
> sage d'un fil sur un autre, les pierres interposées ont été I brisées ; l'auteur de cette observation suppose d'après «cela une singulière sympathie de la foudre sur le fer, * parce que dans l'année 1673, la foudre, au même endroit, » est descendue sur le même fil qui était alors plus long, » sans que les pierres se trouvassent faire obstacle à son
> chemin et descendit jusqu'en bas. > {Indic. von Donnerh.) On peut donc s'étonner que les conducteurs des paraton-
lerres niaient pas été inventés avant Franklin.
L'identité de Télectricité des machines et de la foudre Rnait d'être constatée : ce fut alors que Franklin inventa le aratonnerre.
Franklin (1) est incontestablement l'inventeur du paratonerre. C'est avec juste raison qu'on a dit de lui :
firipnit cœlo folmen, sceptnunque tyrannis.
^à, en 1749, il traite de l'action des pointes pour soutirer Heetricité et dit qu'on pourrait en tirer un grand avantage )ur protéger les bâtiments.
U est beaucoup plus explicite encore en 1753. Il remarque M^ que l'explosion n'aura, lieu que si le conducteur est terrompu ou d'un trop petit diamètre ; une tringle d'un lart de pouce d'épaisseur lui parait devoir être suffisante. uis une expérience élégante, il note l'action des pointes
A) Franklin, Expériences sur Vèleetriciié, — Lettres à Collinson, Paris, sa (irad.).
sur des flocons de coton suspendus au conducteur de I3 machine et représentant des nuages orageux.
Les compatriotes de Franklin se hâtèrent de suivre Sf> conseils.
Franklin n'eut pas plus tôt constaté sa découverte (\iappliqua les conducteurs électriques à la protection (1>: bâtiments publics et4)articuliers; un appareil, construit si) ^^ sa direction, fut placé dans la maison de M. West, rie ;< marchand de Philadelphie ; et c'est une circonstance rem:)' quable, qu'à peine installé, comme pour prouver la \a!r: du nouveau système, le conducteur fut frappé de la foudre (sans en subir de dommage).
En Europe, et notamment en Allemagne, la première [ position relative à Tusage des paratonnerres fut faite, ce n semble, en 1733, par Winkler (1) ; il conseille de fixer sur faite des bâtiments une tige isolée, communiquant ensi i avec une chaîne ou un cordon métallique (iil de sûitt de 3 lignes d'épaisseur fixé en terre à l'aide d'une pic de fer.
Le premier paratonnerre exécuté en Allemagne est ci 1 du chanoine Procopius Divisch ; il fut élevé en 1754, à P.-: ditz, près Znaym (2), en Moravie, mais son mode de ai] struction est resté inconnu.
Le 10 juillet 1754, il fut frappé des rayons blancs del foudre, ce qui préserva de l'orage les alentours.
Le premier conducteur, vu en Angleterre, fut élevé pari docteur Watson, àPagncshill, en 1762.
La tour de Jacob, à Hambourg, fut armée en 1769.
En Bavière, le conseiller Von Osterwald, fit, dans 1 1' de 1776, armer sa maison de campagne d'un para (11 nerre.
En 1777, la tour de la cathédrale de Sienne, en Toscan fut munie d'un paratonnerre, et le 10 avril 1777, la fuu. l'atteignit et suivit son conducteur.
(i) Progr, de avertendi fulminit artificio, Leips., I7S3, in-4*. 1%) MUsschoDbroek, Court dêph^fii^, i, U\, { 2543, tradaç. do Sigaud ai Fond, p. 4S4 (Paris, 1769, in-4*) .
£o 1778, la république de Venise décréta qu'elle armerait de, paratonnerres ses vaisseaux et ses magasins à poudre (1).
< Le Louvre est en France le premier monument public ) sur lequel on ait élevé des paratonnerres. » Un membre de laocienne Académie dés sciences. Le Roy, avait depuis longtemps sollicité cette mesure, qui fut enfin adoptée ea 1782* Dans le cours des années suivantes, le gouverne- Bient se décidait à tenter de plus larges essais : en 1783, le loistre de la guerre consultait l'Académie des sciences sr les moyens de garantir les magasins à poudre de Marieille, et la commission, chargée de rédiger cette première ioslruction, fut composée de Franklin, deLaplace, Coulomb, Le Roy (2) et Tabbé Rochon. En 1784, le ministre de la tDarine donnait au même académicien Le Roy une mission laos les ports de TOcéan, Brest, Lorient et Rochefort, m qu'il y lit élever des paratonnerres tant sur les prinâpâux étabUssements de la marine que sur les vaisseaux tt les frégates qui se trouvaient en rade. Tels furent, )ûute M. Pouillet, les débuts un peu tardifs de TadministraioD dans cette voie nouvelle où elle avait été devancée ^ là plupart des États de l'Europe. Ce fait est d'autant ks remarquable que 30 ans auparavant, en 1752, la raoce avait précédé toutes les autres nations, même celles e l'Amérique, dans les expériences par lesquelles fut dé- K)ntrée de la manière la plus décisive et la plus éclatante I vérité des conjectures de Franklin sur la nature de la ludre.
Une seconde instruction fut rédigée en 1823 par la section i physique de TAcadémie des sciences, section composée î MM. Poisson, Lefèvre-Gineau, Gérard, Dulong, Fresnel et ay-Lussac, rapporteur. Elle est devenue en quelque sorte ) Manuel populaire par ta grande publicité qui lui a été Minée de toutes parts et par la manière claire et précise
fl> Jowm. dêpkyi. de Rozier, p. 21 (1782).
[^ Le Roj dans ses écrits a sovrent désigné l6i paratonnerres sons le nom
fâide-ionnerres; plusieurs auteurs du siècle dernier affectionnaient ce dernier
me.
iiS HISTORIQUE
dont elle décrivait les règles ù suivre dans la eonstruclion des appareils (1).
Un supplément (2) à cette instruction a été présent en 1854 par la section de physique, composée de MM. Becquerel, Babinet, Duhamel, Desprelz, Cagniard de Latour et Pouillet, rapporteur.
En 1855 (3), l'Académie publia une note spéciale pour les nouvelles constructions du Louvre.
Dans les commencements, les paratonnerres furent accueillis par le public proprement dit, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ; d'autres fois, ils lui inspirèrent un véritable effroi.
Un physicien de Saint-Omer, M. Villery de *Bois-Vall»\ avait élevé un paratonnerre sur sa maison ; bientôt le peup e fut saisi d'étonnement et d'effroi à la vue de cet appareil ; le bailli de Saint-Omer vint sommer le physicien de l'enlever et Téchevinage de celte ville arrêta dans un jugement que la machine serait démontée, enlevée... A cette occasion, on consulta plusieurs savants, M. Bertholon en particulier, el c'est pour éclairer les juges et le public qu'il écrivit et publia plusieurs observations qui démontrèrent l'utilité des paratonnerres (4).
En d'autres localités, on accusa le paratonnerre de contrarier les voies de la Providence, reproche qu'on adressait d'ailleurs aussi à l'inoculation t
L'abbé Poncelet (5) demandait que, par des règlements dt police, on interdit la construction des paratonnerres. La tige protectrice, élevée en 1777 sur le sommet de la tour de Sienne, était appelée par le peuple la Baguette hérétique. Et nous voyons, en 1778, le physicien Guden (6) déclarer qu'il n»' croit pas aller contre les décrets de la Providence en établi^-
' (i) Annales de ehimU el de phyt,, 2« série (1824).
(2) Compkt rendus, U XXXIX, p. 1142 (ISdée. 1854).
(3) CompUs rendus, t, XL, p. 40^ (19 février 18^.
(4) NouveUes preuves de l'efficacité det paratonnerres, par Vêhhé BerthûU R. 328.
(5) La nature dans la formation du tontierre, 1'* partie, p. 118.
(6) VerhaU, reg., Crotha (1778).
saot des paratonnerres, fondé qu'il est sur ce que plusieurs abbés et prêtres ont agi ainsi ; par exemple Tabbé Felbiger, l'abbé Foniana à Florence, le père Beccaria à Florence, le père Mako à Vienne, le père Toaldo à Padoue, qui ont établi des paratonnerres.
Aujourd'hui l'utilité des paratonnerres est généralement reconnue et cependant nous nous plaignons très-hautement que ce précieux moyen protecteur soit aussi peu répandu en France. Quiconque a voyagé a pu remarquer combien les paratonnerres sont plus fréquents en Allemagne et en Suisse qu'en France, où l'on a tant fait d'expériences pour en étudier la construction la plus avantageuse.
Sbstiir. Il tè