‹ De la foudreChapitre 129 sur 174 · ART. 6. — PRÉTENDUS INCONVÉNIENTS ET DANGERS · texte numérisé non relu

ART. 6. — PRÉTENDUS INCONVÉNIENTS ET DANGERS

c En général, dit Arago, les physiciens de profession ont * seuls une idée exacte des propriétés préservatrices de ces » appareils, une conviction entière de l'efficacité de la méi> thode, vous ne la trouverez nulle part. Les uns ne vont i^as » au delà du doute; ils attendent, pour se prononcer, qu au » lieu de simples analogies on leur présente de véritables » démonstrations. D'autres, comparant l'immensité du dom-

INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES PARATONNERRES fiOl

mage possible à l'exiguïté du préservatif, déclarent qu'il répugne à leur raison d'accorder qu'une mesquine tige métallique puisse mettre un grand édifice, un grand navire à l'abri des atteintes du plus imposant des météores. Suivant eux, ces tiges élevées dans les airs et qualifiées d'une manière si ambitieuse, sont absolument sans effets; elles ne font ni bien ni mal. Il en est qui s'abandonnent à un ordre d'idées tout opposé, attribuent aux barres métalliques une forte action; mais ils croient cette action nuisible. Armer le faite d'un édifice de tiges de métlil élevées, c'est, disent-ils, y appeler la foudre de propos délibéré; c'est aussi un danger qui sans cela n'eût pas existé ; c'est faire descendre sur soi des feux dont les nuées orageuses fussent allées se décharger au loin ; c'est accroître considérablement les risques courus par les habitations voisines. • Les doutes, les difficultés que je viens d'indiquer ont poussé dans les esprits de profondes racines. En réfléchissant au moyen de l'extirper et d'augmenter le nombre des partisans éclairés des paratonnerres, il me parait tout d'abord qu'il conviendrait de séparer total^ent l'observalion de la théorie; que la marche la plus sûre, la plus rationnelle, serait d'analyser les effets bien constatés de la Ibudre , d'essayer d'en déduire des conséquences générales saiis rien emprunter, par voie d'analogie, aux expériences électriques des physiciens. Je crois, en un mot, qu'il faudrait se faire l'historien exact, minutieux, du météore, sauf à chercher ensuite au milieu des petits phénomènes qui nous environnent, ou que nous avons su faire naitre dans nos cabinets, dans nos laboratoires, des points de contact elde rapprochement (1). • On ne saurait se préoccuper longtemps de la prétendue ^iliculté que la foudre aurait, d'après certains auteurs, à <>ÛYre des conducteurs horizontaux ; nous avons signalé avec Nie facilité elle suit, au contraire, les fils de sonnettes et les Gis de fer des lattis.

Les paratonnerres n'attirent point la foudre sur les bàti-

(1) Ângo, Noêieê, Annuaire dêi UmgUudes, p. M (t83S).

50) ACTION DES PAHATOMNtîiaHËS SUii LA FOUDRE

ments voisins, un conducteur n'attire pas la foudre ou n'nlii que celle à laquelle il peut ofTrir une issue facile dans le ^ (Barbier de Tinan).

Lors même (1) qu'il serait vrai qu'une tige pointue atli la Foudre, nous ne pouvons néanmoins supposer qu'elle att : plus qu'elle ne peut conduire, puisque Tattraction dépend? du pouvoir conducteur du métal; et dire qu'un conduit* . peut attirer à lui plus d'électricité qu'il ne peut en condui: c'est affirmer en d'autres termes quHI attire plus qu'il ne {m. attirer, proposition évidemment inadmissible.

§ I. — Les paratonnerreB attirent-ils la foudn sur les édifices ou sur les navires cfui en scr munis? — On a dit que les paratonnerres à tiges élani. et pointues attiraient la foudre sur les édifices, sur les na> qui, sans eux, ne seraient pas visités par le météore; •»: < ajouté que la garantie des conducteurs n'étant pas infaill' il valait donc mieux ne pas élever de paratonnerres. >• Wllson... ont soutenu ces opinions et sont arrivés à dé», que les paratonnerres étalent plus dangereux qu'utilo. i trouve même encore en 1829, dans un ouvrage publié su | Canada par M. Taggart [Three years in Canada by F. if. 1 gart, civil Ingineerin the service of the British Govemtttenf^ ^ passage suivant : « La science a tout motif de craindrt \ paratonnerres de Franklin ; ils attirent la destruction, e; \ maisons sont plus en sûreté sans eux qu'avec eux. S'ils élu 4 capables de conduire le fluide qu'ils ont la puissance d 'itt rer, il ne pourrait y avoir de danger, mais c'est ce qu'il> a| sont pas en état de tbire. »

Mais ces opinions, ces assertions sont entièrement erront car, d'une part, on connaît positivement aujourd'hui la q^ tité métallique propre à conduire les décharges foudroyai les plus puissantes de toutes celles qui aient été obser^ jusqu'Ici ; et, d'une autre part, on peut affirmer que les p tonnerres à tiges pointues n'attirent pas la foudre sur édifices ni sur les navires qui en sont armés* En tffel :

(l)il.Harri8, fAiifid., p. lii.

i.vconvëniënts et dangers des Paratonnerres 803

{^L'observation n^a pas démontré que des maisons, des édifices et des navires rhunis de paratonnerres pointus eussent été frappés de la foudre plus souvent que ceux qui n'étaient pas armés.

2® Bien au contraire, des édifices souvent atteints par le météore avant l'installation d'un ou de plusieurs paratonnerres ne l'ont plus été que beaucoup plus rarement après cette installation, comme nous l'avons établi par plusieurs observations. Le même phénomène a été constaté sur des navires qui n'ont plus été visités par la foudre depuis qu'on les a munis de paratonnerres.

3^ Nous avons vu, dans un grand nombre de cas» la foudre tomber près et même très-près d'un paratonnerre, élevé sur un édifice ou sur un navire, n'atteindre ni cet édifice ni ce navire.

4^ Enfin, aux observations très-nombreuses qui prouvent incontestablement que les paratonnerres pointus n'attirent pas la foudre sur les édifices ni sur les navires, nous ne pouvons opposer qu'un seul cas contraire. Il s'agit d'un belvédère qui a été foudroyé après avoir été armé, tandis qu'il n'avait jamais été frappé pendant tout le temps qu'il était resté sans paratonnerre. Le fait est rapporté par Arago de la manière suivante :

c ... Une maison de campagne appartenant à la famille du célèbre physicien Macédoine Melloni, et située près du village de Vallera, éloigné d'une petite lieue de la ville de Parme ; le belvédère de cette maison est dominé à la distance de 50 à 60 mètres par des chênes, des ormes» des frênes et aussi parle clocher de l'église de Vallera. Les habitants de la contrée ne se rappellent pas que cette maison, ainsi que les arbres environnant l'église, aient jamais été frappés de la foudre avant 1830, époque à laquelle un paratonnerre fut placé sur le sommet du toit qui couvre le belvédère; mais dans l'été de 1831, la foudre tomba sur le paratonnerre en question, et avec une telle violence que la pointe assez épaisse, en cuivre doré, fut entièrement fondue, et le conducteur fortement ébranlé. Mais on peut avec juste raison se demander, si dans ce cas unique et

« tout exceptionnel, le paratonnerres été réellement la cause «^déterminante de la chute de la foudre ».

§ II. — Édifices foudroyés quoique monis de paratonnerres. — Il est vrai que des édifices armés de paratonnerres ont été endommagés par la foudre.

L'examen de ces faits démontre : ou que le paratonnerre était vicieux, ou bien qu'il ne pouvait étendre sa puissance jusqu'à l'endroit endommagé, ou bien enfin que la foudre s'est bifurquée dans l'atmosphère, que l'un des rayons a suivi le paratonnerre, tandis que l'autre s'est jeté sur un autre point de l'édifice.

A, Paratonnerres vicieux. — Les paratonnerres peuvent être vicieux dans leur pointe* leur tige, leur conducteur, ou leur pied; ou bien encore être irréprochables en eux-mêmes; ils peuvent être vicieux dans leur situation, dans leur nombre, ou viciés par leur voisinage.

La pointe du paratonnerre est souvent trop mince, trop aiguë, ou bien elle est faite d'un métal qui s'oxyde trop facilement.

Sa jonction avec la tige ne remplit pas toujours les conditions voulues, elle n'est pas exacte, la rouille l'envahit, etc.

La tige n'est pas assez épaisse mais ce sont surtout le

le conducteur et le pied de l'appareil qui méritent de flxer notre attention.

0. Inflexions bnisques du conducteur. — Les inflexions trop brusques du conducteur peuvent avoir de fâcheux résultats; tantôt, par exemple, l'étincelle quitte le conducteur, d'autres fois le conducteur lui-même est gravement lésé.

Dans la Description de Saint-Domingue^ par Moreau de Saint-Méry, on voit un cas qù la foudre suivit d'abord réguliùrement un conducteur, puis l'abandonnna à l'endroit où il formait un angle aigu ; alors elle se précipita à travers l'air, sur des objets situés sur le prolongement du premier cété de l'angle. < Car V électricité sort des angles aigus comme elle sort des pointes, i

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