‹ De la foudreChapitre 130 sur 174 · INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES PARATONNERRES · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES PARATONNERRES

c Le 16 décembre 1852, dit M. Tabbé Pinel (1), la foudre atteignit le paralonnerre élevé sur la vieille tour de Nicolasie, voisine du petit séminaire de Sainte-Anne d'Auray. La pointe et la tige de l'appareil disparurent, Tun des tampons scellés au dôme fut renversé, de petites laines de plomb, placées inconsidérément de distance en distance aux points de jonclion des barres de fer qui composaient le conducteur, furent fondues ou plutôt volatilisées. Quant au conducteur luimême, il avait été rompu à l'endroit où, après avoir contourné la corniche au-dessous de la galerie de pierre, il se redressait pour redescendre verticalement jusqu'au sol. Il est à remarquer qu'après avoir brisé les conducteurs, la foudre 06 se jeta pas sur l'énorme masse métallique des cloches placées près de là, mais suivit la partie inférieure du conducteur. En effet, un spectateur placé dans l'enceinte, non loin de la chapelle, dit avoir vu la chute rapide d'un globe de />use précipitant du sommet de l'édifice jusqu'à une petite distance du sol, où il lui parut avoir un instant d'arrêt et produire relTet d'une immense explosion projetant de toutes parts des globes de feu. Le fluide se jeta sur les objets environnants et en particulier sur un ouvrier qui s'était réfugié tout auprès du paratonnerre, sous le toit qui règne au pied de la tour; il fut très-grièvement blessé. Une autre partie du fluide avait percé une muraille presque au niveau du sol et pénétré dans une chambre, près de la sacristie. »

L'auteur de cette intéressante relation ne fait pas mention du mode d'installation du pied du paratonnerre, mais nous soupçonnons très-fortement qu'il se rencontrait en cet endroit de l'appareil quelque vice qui aura favorisé la rupture du conducteur au point même de son incurvation. Peutêtre cependant les effets désastreux observés au pied de ce paratonnerre doivent-ils être attribués à la nature même de la décharge électrique qui offre les caractères de la fotidre ^ globe.

Le 8 juin 1839, la foudre tomba sur le dôme des Invalides. Le conducteur était constitué par 20 fils de fer disposés en

(1) Jo«m. UComoi, t. II, p. i3Q (1853).

Câbles; il fut rompu inFérieurement à la hauteur de la main. En cet endroit, il passait dans un anneau en fer scellé dans le mur, et sans doute, pour diminuer l'effet de son poids, on l'avait tortillé deux fois autour de ce collier. Cette disposition vicieuse, jointe à la direction angulaire, avait déterminé la fracture du câble métallique (1). Celte rupture, que M. Leymerie croit antérieure au coup de foudre, fut sans doute la cause des dégâts qu'on a signalés dans cette relation. C. Conducteurs trop faibles ou rouilles. — Le clocher de Rostall, élevé de 156 pieds, domine toute la contrée. Ilesl surmonté par une tige de paratonnerre terminée par une pointe en cuivre longue de 8 pouces un quart, et d'une épaisseur de 5/8 de pouce à sa base. Le conducteur descrnJ verticalement dans un terrain sablonneux, où il se prolonge horizontalement sur une longueur de 8 pieds. Ce conducteur est formé de 10 fils de cuivre minces (13 pieds de Ba vière à la livre) peu tordus et qu'un tube de fer envelopv à leur entrée dans le sol.

Le 30 avril 1822, la Poudre frappa la tige du paratonnem. fbndit sa pointe et la courba en forme de corne de bout, puis elle suivit le conducteur et se partagea en trois rayons Le premier fondit la moitié du cadran, pénétra dans Thorioge et presque dans l'église. Le second, guidé par un (il A^ métal, suivit horizontalement le faite du toit. Le troisièmt^ suivit le conducteur et le brisa en nombreux fragments. Le.^ fUs métalliques étaient brisés perpendiculairement à loui axe, sans trace de fusion ; la caisse en bois destinée à pn^ téger la partie inférieure du conducteur avait été fendue ei brisée. Le professeur Kastner a recueilli ces renseignemenî sur le lieu même de l'accident.

Ce paratonnerre avait un conducteur beaucoup trop fai

ble, il passait trop près de la masse métallique de l'horlou'^

et des cloches; enRn il se perdait dans un terrain trop soi

et trop peu conducteur (2).

Le même auteur cite la rupture des conducteurs tni

(I) Bttgnot, Complet réndui de i'Acad. des »c., t. VIU. p. 978 et p- ''

(1) YeUo, Uber die BliUabUiter.

INGONVÉNIEATS ET DANGEHS Dfi8 PARATONNERRES CK)7

fkiblM du chàteâu royal de Staremberg et d'une maison de Dacbau.

Le conducteur du paratonnerre du château de Torring- Seefeld était en âls minces de mauvais laiton; il fut brisé perpendiculairement à son axe en fragments d'une longueur moyenne de trois pieds environ qui furent lancés jusqu'à une distance de 600 pieds. La pointe conique de la tige avait été lancée à 200 pas de là (1).

Le l*' septembre 1827, la foudre brisa le paratonnerre insuffisant de l'église fl-ançaise à Berne, pénétra dans l'église et y blessa ou. renversa un grand nombre de personnes (S).

Dans quelques cas, le conducteur était en fer et n'avait que deux à trois lignes de diamètre; aussi de pareils conducteurs sont, non-seulement divisés, mais fondus, volatilisés, au point qu'on n'en retrouve plus que des vestiges.

Il peut arriver qu'une partie seulement des fils de la corde conductrice soient en contact parfait avec la tige. Tel fut le cas du Jupiter. D'ailleurs un conducteur devient insuffisant par cela même que la rouille l'a attaqué (3).

Ces observations montrent bien qu'il faut donner au conducteur une section assez considérable, et le mettre en rapport intime avec un sol bon conducteur (4).

/). Solution de continuité sur la longueur du conducteur ou eiUre te conducteur et le soL — Les solutions de continuité du conducteur peuvent être la cause de grands dégâts.

A Villers-la-Garenne, dans la nuit du 17 au 18 août 1792, la foudre tomba sur une maison armée de deux paratonnerres. Le météore, sous la forme d'une boule de feu, frappa le paratonnerre du côté ouest, où s*était formé l'orage. La pointe dorée de la lige fut fondue sur une longueur de 7 à 8 pouces, et comme il existait une solution de continuité accidentelle de

(1) YeUD, Uberdie BlUzableiter, p. 37.

(2) Acad. de BruxeUis, obterv. météor., t. V, p. 33 (1S29).

(3) /«uhud., p. 03 et il.

(4) Voir encore : Franklin, OEuvrei, trad. de Barbea-Dubourg, 1. 1, p. 983; Paris, 1773, in-4*; et AnnaU$ de Chimk et ai Pk^itn^, X. XXVt, p. t!t, (iStt).

plus de six pouces entre la base de la tige et le conducteur, la foudre se jeta sur une gouttière en fer-blanc plus rapprochée de la tige que le conducteur, et endommagea très*gravementle bâtiment (1).

La foudre était déjà tombée plusieurs fois à Hambourg sur la tour de Saint-Nicolas, haute de 425 pieds et couverte de cuivre à sa partie supérieure ; elle avait dévasté la partie inférieure de cet édifice, lorsque, après l'orage de 1767, on lui adapta un conducteur en plaques de cuivre, allant du bord (le la couverture de cuivre jusqu'au sol. Mais au lieu de suivre l'avis de Reimarus^ qui voulait lui dopner 8 pouces de large, on ne lui en donna que 4, et ces diverses pièces, au lieu d'être soudées, furent liées entre elles par des crochets. Or, bientôt la foudre atteignit la tour, suivit le nouveau conducteur, mais il fut rompu en 7 endroits; plusieurs pierres sous-jacentes furent brisées, et partout où les plaques de cuivre étaient mal réunies, leurs extrémités furent repoussées à angle droit. Inférieurement enfin, la masse électrique s'étant divisée, deux de ses rayons pénétrèrent dans deux maisons voisines, dont Tune, occupée par un chaudronnier, était remplie d'objets métalliques (2).

Un autre exemple bien remarquable est rapporté par Franklin (3). Il s'agit d'un paratonnerre dont le conducteur consistait en faibles tringles de fer dont les extrémités étaient terminées en crochets pour les unir les unes aux autres.

E. Itistallation défectueme du pied du paratonnerre. — Le pied d'un paratonnerre peut être défectueux, tantôt para' qu'il ne pénètre pas assez profondément dans le sol, tantôt parce qu'il pénètre dans un sol sablonneux ou pierreux, trop sec ou trop mauvais conducteur, ou dans du charbon de bois au lieu de braise bien calcinée. Enfin il peut aboutir dans une citerne élanche, ou même ni dans l'eau ni dans le sol, mais seulement dans l'air; ou bien être considérablement altéré par la nature même du sol dans lequel il se perd.

(1) Le Roy et fieyer, Journ, dêphyt,, t. XLTII, p. 98; — et Beyer, Porvlati.,

(3) GUbert't Ann., t. IX, p. 480 (1801). (3) CBuvrm, trad. de Barbea-Duboarg, 1. 1, 4, 235.

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