INCONVÉNIENTS ET DANGERS DES PAHATONNEURES
Dans bien des cas, il faut attribuer Tinsuffisance d'un paratonnerre à ce que le pied de son conducteur ne s'enfonce pas suffisamment dans le sol; il peut alors arriver qu'une partie des rayons s'échappe du conducteur dans le voisinage (lu sol.
D'après le professeur Olmsted, la ville de New-Haven est une des localités les plus fréquemment atteintes par la l'oudre. En 1845, il y eut jusqu'à sept maisons foudroyées, dont trois étaient armées de paratonnerre. Le sol est de nature siliceuse et d'une grande sécheresse, ce qui diminue considérablement l'action préservatrice des paratonnerres (1).
Un exemple analogue est cité par de Saussure : il s'agit <lc l'église de N. D. de Garde, située sur une montagne, près de Gênes, et dont le conducteur aboutissait dans un amas de rocailles en pente rapide, exposé au midi, et par conseillent desséché vers la fin de l'été. En 1779, l'église subit d'assez graves dégâts de cette mauvaise disposition (2j. Depuis qu'un double conducteur mieux installé, et dont une branche plonge toujours dans un terrain très-humide, a été établi sur cet édifice, on n'a pas observé d'accidents causés par la foudre, et ce pendant les quatorze premières années d'observations, tandis qu'avant cette installation l'église était foudroyée tous les ans.
Le 19 juin 1819, la foudre tomba sur la principale aiguille de la cathédrale de Milan. Cette aiguille était armée d'un paratonnerre en bon état dont le conducteur plongeait dans un vaste puisard. Cependant, près de ce conducteur encore intact, on trouva, à diverses hauteurs, des marbres brisés et dispersés, des arabesques détruites..., etc. C'est alors que le professeur Gonfigliachi constata que le prétendu puisard était une citerne bien dallée.
Le 4 janvier 1827, la foudre tomba sur le paratonnerre du phare de Gênes, qui a 76 mètres d'élévation. La lanterne du phare est couverte en plomb et surmontée d'une croix en
(i) Roued, ofthe Amei-ic, Atsoc., (1850,.
(2) Voyagé dam les Alpes, t. 111, p. 141, ot BibL brit., t. XU, p. 29^; ReiiDiriu, Nêuer Bemerk,, p. 91.
fer dont les pointes sont dorées. De cette croix part une corde composée de 3 fils de cuivre ayant chacun 4 millimètres de diamètre, maintenue à 2 décimètres de la muraille, et se terminant dans une citerne par un poids de 2 kilogrammes. Cette citerne étanche est de peu de capacité, creusée dans la roche sur laquelle le phare repose, a 4 mètres de longueur, 2 mètres de largeur et 4 mètres de profondeur; elle est remplie de 2 mètres d'eau. Le paratonnerre, placé il y a plus 50 ans, avait élé oxydé et les pointes de la croix avaient élé renouvelées plus de 20 fois, parce qu'elles avaient été partiellement fondues, celle du milieu toujours plus que les deux autres.
Après le coup de foudre, on trouva les lésions suivantes : La croix avait été cassée (non pas fondue) h la base de sa portion verticale. Le conducteur était rompu à 14 mètres de son extrémité inférieure. Une de ses parties, longue de 9 mètres, avait été arrachée et divisée en 6 fragments; l'un d'eu\ fut trouvé à 12 mètres de là. Les extrémités de tous ce> tronçons étaient plus ou moins fondues. Les parties supérieures et inférieures du conducteur restées en place étaieni désoxydées, à lexception de la portion qui passait sur la couverture en plomb de la lanterne. Les deux branches horizoïH tales de la croix avaient été lancées à plus de 30 mètres delà tour. On ne put retrouver la branche verticale. La tour ellemême n'avait nullement été endommagée; quant à la citerne, ses 2 portes étaient ouvertes et leurs gonds arrachés.
Dans les relations suivantes, le pied du paratonnerre aboutiisait à Pair et non plus à l'eau ni au sol.
En 1821, la foudre atteignit le paratonnerre du château d'Ortenbourg. L'extrémité inférieure du conducteur ne s'enfonçait pas en terre, mais s'arrêtait à la surface du rocher sur lequel est b&ti le château, aussi la foudre descendit-elle dans une maison située plus bas (1).
Le conducteur du paratonnerre du monument de MeltilU, à Edimbourg, avait été relevé accidentellement hors du sol et à une certaine distance de celui-ci. La foudre atteignit iv
(1) aUberfi Ann„ t. LXVni, p. M) (1811).
LVCONVÉNIËKTS ET DANGEBS DES PAUATONNERRES m
iDooumeDt le 14 juillet 1837 et produisit des dommages assez considérables (1).
Yelin cite un conducteur en cuivre complètement oxydé et sulfaté par son séjour prolongé dans un terrain riche en pyrites et en schistes alumineux (2).
Nous voyons par les quelques exemples que nous venons de rapporter et que nous aurions pu considérablement multiplier, que si un paratonnerre est défectueux sur quelques points, tous ses défauts s'ajouteront pour rendre le conducteur plus insuffisant et plus dangereux. Un paratonnerre excellent peut devenir mauvais, soit parce que le sol s'est modifié depuis son installation, soit parce que son conduc-leur g est altéré ou que, dans son voisinage, on a établi quel* quemasse considérable de métaux; de là, l'absolue nécessité (le veiller souvent sur ces appareils.
I III. — Paratonnerres non assez multipliés sur
un bfttiment. — Des paratonnerres irréprochables en euxmêmes peuvent être vicieux dans leur situation, dans leur wmbre ou viciés par leur voisinage. Ainsi, tel paratonnerre A était pas assez rapproché de la portion du bâtiment le plus habituellement menacée par les orages; tel autre n'a pu protéger une partie du bâtiment trop éloignée de lui et aurait dû avoir pour auxiliaire un second paratonnerre; quel* quefois, enfin, des masses m^^a/Zi^tk^ trop voisines du paraton* nerre peuvent diminuer sa puissance par Tattraction qu'elles exercent sur la matière fulminique,
U peut même arriver, si les masses métalliques voisines du paratonnerre sont trop considérables, que la foudre tombe sur elles ou sur le bâtiment qui les contient, et non pas sur le paratonnerre lui-même, conrmie cela a été observé pour le palais d'Ësterhazy (3).
Parfois un bâtiment armé d'un paratonnerre a été endom* mage par la foudre, parce que ce paratonnerre était trop éloigoé du point frappé pour pouvoir le protéger. Par exemple :
(1) Uarris, Thund, p. S23.
(î) Telin, Uber BUtzabUit., p. M.
(3) ReiiiMmis, Neuer Bemerk,, p. 886.
Le 24 août 1783, la foudre atteignit un balcon en fer situ^ au coin occidental du château de Dresde, à 106 aunes ( 60 mè très) du paratonnerre élevé sur la tour de ce château. Dance cas, la foudre s'échappa d'un nuage assez éloigné du èhàteau et se dirigea sur lui presque horizontalement.
Quelquefois aussi, non-seulement le point frappé est tro|) éloigné du paratonnerre, mais encore celui-ci est mal construit, ce qui diminue nécessairement sa sphère d'activité.
I IV. — Bifurcation de la foudre. — Il est arrivé plusieurs fois que la foudre a endommagé des bâtiments pourvus d'un bon paratonnerre, et on a vu dans quelques cas le météore se diviser, une des branches frapper le para tonnerre lui-même, tandis que l'autre atteignait une partie du bâtiment plus ou moins éloignée.
Un remarquable exemple est rapporté par Blagden et par Nairne (1).
La vaste maison des pauvres de Heckingham consiste eo un corps de bâtiment de 108 pieds de longueur avec deu\ ailes d'environ 160 pieds chacune. Elle porte huit cheminées: chacune d'elles est munie d'une tige pointue en fer qui la dépasse de 4 à 5 pieds. Huit tiges de fer constituaient le^ conducteui*s, elles se réunissaient de manière à ne plus former que quatre conducteurs se rendant dans le sol. Ceuxci n'avaient pas une communication suffisante avec le sol; elle était presque nulle pour quelques-uns, et par conséquent l'écoulement du fluide n'était pas garanti. Le toit du bâtiment avait ses arêtes et ses bords garnis de plomb, sans qu'on eût songé à mettre ce métal en communication avec les conducteurs. L'angle de la maison d'Heckingham est éloigné de 70 pieds du conducteur.
Le 17 juin 1781, cette maison fut endommagée par la foudre, malgré ses huit paratonnerres ; ce fut précisément l'angle dont nous venons de parler. Le feu put être éteint avant qu'il eût occasionné de graves dommages. Si la foudrt n'a pas frappé le paratonnerre il ne faut pas s'en étonner. car la tige de paratonnerre la plus voisine était encore s
(1) PhUoi, Irani., t. LXXII, p. 35SW77 (i87t) ; — AMdg., t. XV, . 306.