MOYENS DIVERS DE PROTÉGER UNE CONTRÉE
tiouelte de jour comme de nuit; des magasins A poudre prirent feu ; les Portugais mirent le feu à plusieurs de leurs vaisseaux. Enfin, le jour de la prise de la place, la canonnade redoubla et cependant il éclata < un orage accompagné, dit Duguay-Trouin , des éclats redoublés d'un tonnerre affreux qui se succédèrent les uns aux autres sans laisser presque aucun intervalle, t
Les détonations de l'artillerie, suivant quelques auteurs, feraient crever les nuées.
Un officier d'artillerie a assuré à de la Prade, avoir vu des averses décidées tout à coup par une forte décharge de canons; ces averses n'étaient point annoncées par quelques gouttes de pluie, comme cela arrive ordinairement; elles se manifestaient immédiatement après la décharge et l'eau tombait par torrents.
Arago recommande de nouvelles recherches de ce genre aux généraux des écoles d'artillerie et croit surtout utile d observer, au polygone même, l'état du ciel. « En tout cas,
> ajoute-t-il, il sera indispensable de joindre aux observa-
> lions de chaque jour d'école, les observations de la veille
> et celles du lendemain, faites bien exactement toutes trois
* aux mêmes heures. Si l'on se contentait de noter les
> variations de temps pendant la durée du tir, on courrait » évidemment le risque d'attribuer aux détonations de l'ar-
* tillerie le changement dans l'état du ciel qui, presque
> tous les matins, se manifeste à mesure que le soleil s'élève
* sur l'horizon. »
Arago, après avoir cité les résultats des observations recueillies à l'Observatoire de Paris, à peu de distance du polygone d'artillerie de Vincennes, les jours d'école ainsi que la veille et le lendemain de chacun de ces jours, dit que, relativement aux nuages communs, la détonation des plus forts canons parait être sans influence. On serait même tenté de croire qu'au lieu de dissiper et de chasser ces nuages, le bruit de Tartillerie les condense et les retient.
En résumé, d'après les faits arrivés à notre connaissance, nous sommes fort disposés à croire que les détonations de Tartillerie n'exercent aucune influence sur les orages» ne les
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ooipécheqt pas de se former, ne les dissipent pas, mais ne favorisent pas non plus leur naissance et leurs progrès; ii nous parait d'ailleurs fort difficile que de simples oadulalions dans Tair atmosphérique qui ne s'étendent jamais, du moins avec une ceçrtaine énergie, qu'à une fort petite distance, puissent modifier la quantité et la distributiou de l'électricité dans les nuées orageuses. 11 est évident, au reste, q ue cet intéressant sujet exige de nouvelles recherches.
Nous ne ferons que signaler un ouvrage de M. Gh. Le Maout, ayant pour titre : Im canonnades de Sébastopoi, ou le canon et le baromètre, pendant le siège de cette place.
I m. — Fusées volantes. — M. de Rochemont, pensant qu'un fort ébranlement de l'air peut contribuer à dissiper le nuage porteur de la foudre, a proposé d'essayer l'effet des détonations produites, non pas à la surface du sol, mais à une grande hauteur dans l'atmosphère, au taoyeu de fusées volantes (1).
§ IV. •— Grands feux. — Quand le tonnerre grondait fortement, le sénat romain, les aruspices, les pontifes ordonnaient des sacrifices pour apaiser le maître de la foudre, et alors on allumait en plusieurs endroits, surtout sur les lieux élevés, de vastes bûchers, d'où s'échappaient de gigantesques colonnes de flamme et de fumée noire et épaisse. Les prêtres connaissaient-ils réellement l'influence physique de ces feux sur les nuées orageuses, et avaient-ils, plus pa^ ticulièrement dans ce but, institué leurs sacrifices? c'est ce que l'on peut à peine soupçonner.
Des expériences de physique dues à Beccaria, à Vassalli, ont montré quelle est l'action de lailamme sur l'électricité; Vol ta se fondait sur elles pour indiquer que de grands feux pourraient prévenir les orages ou les rendre moins re* doutables«
L'observation montre qu'un feu unique, même violent, ne parait pas pouvoir empêcher un orage d'éclater. Le 1^' juii-
(i) Comptée rendue, t. XVilf, p. 1068 (1844).
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lel 1810, au milieu d'une fête donnée par l'ambassadeur d'Autriche à Napoléon et à Marie-Louise, un effroyable incendie dévora la salle de bal de l'hôtel du prince de Schwartzeoberg, nie du Mont-Blanc (chaussée d'Antin), et cependant vers la fin de cette nuit éclata un épouvantable orage avec éclairs et tonnerre.
Des feux multiples ont-ils plus d'action? Près de Gésène, en Romagne, il existe une paroisse sur laquelle, à 12 kilomètres à la ronde, d'après le conseil du curé, on dispose, de 15 en 15 mètres, des tas de paille et de bois léger; quand un orage approche, on les allume; et depuis trois ans que Ton suit cette pratique, la paroisse n'est pas ravagée par la grêle comme auparavant et comme le sont encore les paroisses voisines. Mais trois ans i c'est bien peu pour juger une pareille question. Ce fait a été communiqué à Arago par M. Matteucci (1).
Si nous portons notre attention sur les contrées où des feux multiples sont habituellement entretenus d'une façon continue, nous verrons bientôt qu'il résulte de l'observation directe que les pays agricoles anglais sont plus souvent orageux que ceux de mine, sur lesquels sont établis des hauts fourneaux nombreux; mais la rareté des orages pourrait bien être due à la différence de nature du sol bien plus qu'aux sources de chaleur disséminées en plus ou moins grand nombre.
M. Matteucci a observé dans les Apennins que les cantons où Ton fabrique le charbon et où l'on prépare le soufre, sont très-peu sujets aux orages et jamais grêlés (2).
La végétation donnant lieu à un dégagement considérable d'électricité, il n'est pas d'ailleurs étonnant que les pays dei mines qui sont très-pauvres en agriculture soient plus rarement le siège d'orages considérables.
En résumé, nous ne regardons pas comme rigoureusement établi, que les feux nombreux soient doués d'une influence assez grande pour prévenir ou dissiper les orages.
(1) Notice, p. 540.
d) Comptn nndut, t. IX, p. 605 (1S39).