PARATONNERRES A BORD DES NAVIRES M
> nément soulevé du côté du point d'attache de rextrémité » ioférieure de la chaîne conductrice ; malheureusement, on » ne saurait dire de combien, et cette circonstance atténue
> beaucoup le mérite de la conjecteure que je viens de
> hasarder. A bord* de la Junon, tout le monde était con- » vaincu que la Tondre avait quitté le conducteur par l'effet
> du vent très- violent qui soufflait alors (i). »
A ces remarques, nous ajouterons la suivante. Si le navire était fortement soulevé à tribord, ses mâts étaient d'autant ioclinés du côté opposé ; la ligne trajectoire du conducteur était peut-être alors plus près de la mer à bâbord qu'à tribord. Ornons savons que l'eau de la mer attire la matière fulminique et que celle-ci a une grande tendance à suivre le plus court chemin pour aboutir au réservoir commun.
Signalons encore qu'au milieu d'un orage, l'installation des conducteurs mobiles est difficile, et même dangereuse pour ceux qui en sont chargés. Le ballotement et les tractions accidentelles auxquelles peuvent être soumis ces appareils, les exposent à des détériorations fréquentes, qui nuisent à leur action.
On a vu les conducteurs mobiles placés le long des haubans donner lieu au foudroiement des matelots pendant la manœuvre, et les dangers sont encore plus fréquents avec les conducteurs en chaîne, qu'avec les cftbies métalliques.
Trois matelots à bord du navire américain le Missimpi furent frappés de mort au moment de cette opération; et, comme le remarque M. Harris, lorsque, au milieu de la tempête, on est obligé d'apporter quelque changement aux mâts ou à la voilure, s'il s'agit, par exemple d'amener le mât de perroquet et de le descendre sur le pont : les cordages et le conducteur mobile battent alors de tous cdtés, et enve* loppent de leurs nombreux replis les hommes qui, placés sur les barres traversièresde hune, à une hauteur de cent pieds et plus, cherchent à dégager le conducteur et à l'installer; et
(1) Arago, NoHce, p. 516.
m PARATONNERRES DIVERS
c'est dans ce moment qae la foudre éclate I trèe- probable* ment alors» les hommes seront blessés ou tués, car Tétin* celle foudroyante, ne trouvant plus qu'un conducteur tortueux, se jettera sur le corps conducteur placé dans son voisinage ou en contact avec lui.
Les conducteurs mobiles attachés à des mâts, à des agrès qui subissent de violentes actions mécaniques, sont fréquemment lésés de diverses manières*
Le capitaine Ghads, qui avait commandé l'AndinnMqne pendant quatre ans, affirme qu'il ne se passait pas de jour que son conducteur n'eût besoin de réparation.
Nous avons déjà signalé sous ce rapport les avaries survemies aux conducteurs du Keni, de la Persétérunce.
Pendant que l'on hissait la grande voile d'un n«vire cobh mandé par le capitaine Wim en 1770; le galhauban fut si violemment frappé que la chaîne conductrice qui lui était attachée, fut cassée en deux endroits.
En 1840, deux conducteurs en fils métalliques, employés sur le Belle-Ile et Vlmpugnable^ furent usés par Faction répétée fréquemment de hisser et d'amener les hauts-màts.
Ajoutons que les conducteurs mobiles surchargent les hauts* mâts et gênent les manœuvres, aussi diffère-t-on autant que possible de les placer.
Remarquons enfin que si chaque conducteur mobile offre plusieurs inconvénients, ces inconvénients se multiplient singulièrement par suite de la nécessité de placer deux et même trois paratonnerre» à bord des grands navires.
VII. — InconvénieBts des paratonnerres à plaques. — Le paratonnerre fixe a été l'objet de plusieurs graves reproches ; la jonction des lignes de cuivre aux articulations des mâts n'est pas exacte, a-t-on dit ; on introduit la fiMidre dans l'intérieur même du navire près du magasin à poudre ; on a tout à redouter des explosions latérales.
Mais il est démontré que la matière fulminique ne
quitte pas un conducteur suffisant et continu. On sait en outre que plusieurs fois déjà la foudre, après avoir suivi des mâts non munis de conducteurs et avoir ainsi pénétré dans
PARATONNSHABS A BORD 9BS NAVIRES tffi
le corps du bâtiment, s'est échappée à la mer par les lignes métalliques qu'elle a rencontrées sur son passage, ainsi que nous en avons rapporté plusieurs exemples, lorsque nous avons examiné les différents modes suivant lesquels la foudre sort du navire. Enfin, et c'est ici le meilleur argument en faveur des paratonnerres fixes, un grand nombre de bâtiments de la Grande-Bretagne, pourvus de ces appareils, ont été pendant plusieurs années exposés à des coups de foudre sous toutes les latitudes, et dans des circcmstances fort diverses, et ils n'ont point été assaillis par la foudre à un plus haut degré que les autres; et lorsque de fortes déchaînes les oot atteints, leurs paratonnerres les ont protégés de la ma<* nière la plus complète et les plaques qui les formaient n'ont jamais été dérangées.
Le 30 juillet 1843, le Uinden^ stationné à Hong-Kong, fut également foudroyé et l'on vit le long du raftt un torrent de feu qui flit cependant conduit à travers le navire. Un bruissement fut entendu distinctement le long du conducteur fixe. En 1831, le Beagle, armé de paratonnerre fixe, fut atteint par'la foudre, à l'ancre hors de Montevideo, dans le Rio de la Plata, région souvent visitée par de très-violents orages, el en ce moment, le lieutenant Jullivan vit» au milieu d'un fracas épouvantable, le grand mftt entouré d'une masse de feu; et le eommissaire M. Rov^let, qui se trouvait dans une cabine correspondant à un bau le long duquel passait une des branches principales du conducteur, entendit fort distinctement sur cette branche un bruit comme celui de l'eau qui se précipite. Le navire ne subit d'ailleurs aucun dommage, pendant cinq années de voyage ; ce même navire Ait exposé fréquemment aux coups de foudre, il en fut même atteint deux fois et l'on entendit un fort sifflement le long des mâts, et cependant il sortit sain et sauf de ces rudes épreuves ; ses conducteurs restèrent en place et ne furent en aucune manière altérés. Tel est l'extrait du rapport du capitaine Robert Fitz- Roy.
Enfin la frégate la Dryade après une campagne de^deux ans dans les pays chauds, revint avec son conducteur en plaques métalliques en parfait état, malgré les différences
considérables de température et les fortes pressions occasionnées par la voilure pendant de violents coups de vent.
Il est encore un reproche adressé au paratonnerre de M. Harris. On prétend que si la foudre suivait le conducteur, elle altérerait les chronomètres et les boussoles. M. Harris répond que 1 00 observations suffisamment détaillées, et dans lesquelles la foudre a traversé le navire en suivant les mâts, ou divers objets métalliques» comme chaînes, tuyaux, pompes, pas une seule fois on n'a constaté l'altération des chronomètres et des boussoles. Il n'y a pas d'exemple connu, que des boussoles ou des chronomètres aient été affectés par la foudre, autrement que lorsque le météore a frappé et fait explosion dans leur voisinage (i).
Quelques navires français sont munis du paratonnerre Harris; nous citerons entre autres le yacht du prince Napoléon, le Jérôme Napoléon. Mais jusqu'à présent (âl sept. 1865), d'après les renseignements que nous avons recueillis au ministère de la marine, les paratonnerres de Snow Harris n'ont été appliqués qu'à titre d'essai à bord d'un très-petit nombre de bâtiments de la flotte française. ^
§ Vin. — Navires enfer. — Plus les lignes métalliques continues jusqu'à la mer se multiplieront sur un navire, plus il sera à l'abri des dégâts causés par la foudre. Un navire tout en fer serait en parfaite sûreté ; en effet, des décharges foudroyantes atteignirent à plusieurs reprises le bateau à vapeur en fer qui accompagna Lander, dans ses dernières tentatives pour explorer l'intérieur de l'Afrique, sans produire le plus léger effet sur ce bateau; tandis que des navires construits en bois et en métal furent endommagés (2).
§ IX. — Enduit de noir de fumée conune moyen préservatif des effets de la foudre. — Pouvoir préservatif des corps peints en noir. — On sait que trèssouvent les mâts, dans certaines parties de leur longueur, sont couverts d'un enduit au noir de fumée ayant pour véhi-
(i) NauUe. Mag., t. X, p. 106.
(I) Harris, Thund, p. 9S.