DIGESTIF
Les effets de la foudre sur ie]tube digestif sont immédiats ou consécutifs, et très-variés en raison de l'action diverse du fluide électrique et de la portion du tube digestif sur laquelle elle s'exerce.
l^ La difficulté ou même t impossibilité d* avaler a été plusieurs fois observée. Cette dysphagie est due tantôt à une brûlure du pharynx; ainsi une femme affectée d'une pharyngélaryngite, immédiatement après la fulguration, a très-probablement offert une pareille brûlure, qui d'ailleurs a été parfaitement constatée chez les animaux. (Voyez Anatomie pathologique.)
D'autres fois, la dysphagie est due au spasme convulsif des organes de la déglutition (voyez : Gangrène de Pestomac), et surtout à leur paralysie ; nous en avons cité plusieurs exem* pies en parlant de Taphonie déterminée par la foudre.
20 — Du côté de l'estomac, signalons d'abord :
Les vomissements dont les foudroyés sont assez fréquemment saisis, immédiatement après l'accident, lorsqu'ils sortent de
m LES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE U9
lair ai comme apoplectique, ou lorsqu'ils sont atteints de coo^ms générales.
lôaiatières vomies sont ordinairement fdes glaires, des
li^jdes aliments, mais quelquefois c'est du sang ; ainsi :
iispic la foudre pénétra dans Téglise de Châleauneuf-
ç-liuliers, le curé fut gravement blessé et renversé sans
'«^oce; revenu à lui, il. vomit beaucoup de sang . Plus
^, ii se rétablit entièrement.
Toe fille citée par de la Prade resta plusieurs heures sans 'îaaissance ; à peine remise de cet état, elle vomit des jâtières noires et fétides et se sentit soulagée. Les deux frères Tècle, gravement blessés par la foudre, î?^ avoir repris connaissance, éprouvèrent de violentes ïïQsées et vomirent à plusieurs reprises, lorsqu'on leur eut iïoimslré quelques tasses de thé ; ils rejetèrent d'abord un ^ude saog, comme il était arrivé à un individu tué à côté iaii.
I^ vomissements cessent en général bientôt pour ne plus ^TaUre; quelquefois cependant ils se renouvellent pendant lîwi 24 heures, et à plusieurs reprises, comme M. Leconte 'a a vu un exemple chez une négresse.
r<^tomac est quelquefois le siège de vives douleurs, ana- ■'^^ à celles de la gastralgie ; une femme s'en est plainte .•codant trois semaines.
l'embarras gastrique survient assez souvent le lendemain '^ le surlendemain de l'accident ; il est caractérisé par ^duil jaune verdàtre de la langue, la soif, l'inappétence, ^nausées, et les douleurs épigastriques.
^')us signalerons bientôt la gastrq-entérite aiguë.
&fin la gangrène de l'estomac aurait été observée chez ^iodividuqui, après un repas copieux, aurait reçu à distance ■"îkoc de la foudre; les détails intéressants de cette obser- *iOQ que nous devons à de la Prade, seront signalés plus ^fd. (Voyez : Causes de la mort.)
3" Du côté du tube intestinal, mentionnons :
^^impanite intestinale : Une jeune fille, citée par Garmann, fs^enae à elle après avoir été foudroyée, vit son abdomen Wre rapidement un volume considérable ; à l'aide de
liniments, du bézoard pris à Tintérieur la tuméfaction disparut au troisième jour.
Plus tard, dans nos observations cadavériques, nous signalerons plusieurs cas de distension énorme de rinlestin par des gaz, sans qu'on puisse l'attribuer à la putréfaction, mais bien à une action spéciale do la foudre sur la muqueuse gastrointestinale.
Vassalli a réussi, à Taide du courant galvanique qu'il faisait passera travers des grenouilles, à les enfler si prodigieusement quelles ne pouvaient plus s'enfoncer dans ïeau; il ne réussit jamais en ayant recours aux décharges électriques .
On a pu observer chez les foudroyés des mouvements île contraction spasmodique de l'intestin et des convulsions de presque tous les organes musculaires internes et externes.
Un homme de 47 ans, brûlé par la foudre, sur toute rétendue du côté gauche au 1"'" et au 2® degrés offrit au docteur Gaffard un pouls petit, intermittent, convulsif, souvent imperceptible, une respiration convulsive, irrégulière, souvent comme suspendue ; des soubresauts généraux, des douleurs vives, de l'oppression à Tépigastre ; des mouvements convulsifs du diaphragme, un abdomen douloureux, arec mourertieitts vermiculaires de l'intestin appréciables à l'œil nu; un sentiment douloureux dans le testicule gauche et dans le cordon sperniatique; une roideur musculaire générale, une soif ardente. Pendant la nuit, le malade eut des mouvements convulsifV très-vifs; après dix jours de phénomènes nerveux assez graves, il entra en convalescence et finit par se rétablir.
Le plus souvent la foudre produit chez ceux qu'elle atteint la diarrhée et même des évacuations subites et involontaires t urine et de matières alvines, Scaliger et déjà Aristote avaient signalé cet effet de la foudre. James dit avoir connu plusieurs personnes sur lesquelles le tonnerre produisait l'elTet d'un purgatif.
Carman a observé sur presque tous les oiseaux qu'il n soumis aux commotions électriques une chose qui mérite d'être notée. A la première commotion ils se vidaient ; les excréments étaient d'une consistance, ordinaire ; mais à la suite des autres chocs, ils devenaient moins liés et finissaient
SITR LES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE I5i
pirSitUmt i feit liquides; il ne lui a pas paru qu'il arrivM naéptreil au corps humaio.
b^ailro-entérile aiguë se développe quelquefois chez les taNÀ, mais elle nous parait due beaucoup moins à TacbiÉ la foudre sur le tube gastro-intestinal qu^à Tinfluence f<meflt sur lui les vastes brûlures dont la surface du ip^est parfois atteinte. Ck)ntentons-nous de rapporter Jfi exemples de cette redoutable complication. Tfi marin cité par le docteur Minonzio eut la surface du ^ couverte de nombreuses brûlures. Le s^tième jour i^le foudroiement, apparut une violente gastro-entérite sa dora deux semaines et mit en danger la vie du blessé; ^ céda aux antiphlogistiques.
Le fait suivant démontre quelles précautions hygiéniques iôiveot prendre, au point de vue de la gastro -entérite mena- .^te, les individus grièvement blessés par la foudre. Cae femme de 68 ans fut brûlée sur tout le côté gauche ^corps; cette brûlure, dit le docteur Yolpelière, était su- P^ielle, érythémateuse, et à large surface dans la plqs ^aode partie de son étendue ; profondé cependant en quelles points. Sous rînfluence du traitement interne et externe» a blessée entrait en convalescence, lorsque plusieurs écarts ^ régime occasionnèrent une gastrq-entérite qui devint ^^lle deux mois après le foudroiement.
I^^rsque bientôt nous étudierons l'intoxication parla foudre, ^signalerons quelques accidents gastro-intestinauXj dignes k la plus graqde attention.
! I^. — Sécr^tioa sallvalre. — La décharge élec- ^ parait surexciter quelquefois les glandes saliyaires. W ne connaissons pas, il est vrai, d'exemple de ce phé- '^'^ehez l'homme, mais il n'en est pas de même pour les ^|Qaui; M. Biondeau rapporte qu'une trè&abondante sali- ^^a fut observée chez un cheval blessé par la fohdre.
^ley ayant dirigé sur la tète d'un chien la décharge
153 ACTION DE LA FOUDftE
d'une forte batterie, l'animal resta pendant une minute environ dans un état de mort apparente et jeta upe grande quantité de salive, quelques minutes après être revenu à la vie.
Marat a fait aussi, sur un chien, une observation analogue.
§ n. — Sécrétion biliaire. — La fulguration exerœ peu d'influence sur l'appareil sécréteur et excréteur de la bile ; dans deux de nos observations il est fait mention de douleurs dans la région du foie ; chez l'un des sujets, les douleurs étaient très-vives et apparurent trois jours après l'accident. Elles furent enlevées par l'application d'un vésicatoire. Nous aurons plus tard à signaler une perforation du foie, produite par la foudre, mais il n'y a là rien de spécial, cette région pouvant être atteinte comme les autres.
La frayeur, la terreur qu'inspire la chute de la foudre, les commotions violentes qu'elle imprime à l'homme souvent projeté à plusieurs pas de distance, etc..., sembleraient devoir souvent produire Victère; cependant nous ne pou* vons en citer un seul cas ; il est vrai qu'une teinte jaune s'est montrée sur quelques foudroyés, mais cette teinte est due à un enduit formé par des substances étrangères et pondérables entraînées par le courant électrique. D'ailleurs cette teinte jaune ayant été quelquefois remarquée chez des individus instantanément frappés de mort, ne peut pas être attribuée à une jaunisse, c'est-à-dire au mélange avec te sang de la matière colorante de la bile.
§ III. — Sécrétion urlnaire. — Si le foie et ses fonctions ne sont pas atteints et modifiés d'une manière spéciale par la fulguration, il en est tout autrement de l'appareil sécréteur et excréteur de l'urine ; nous allons en effet signaler des douleurs fixes et localisées dans les régions occupées par ces organes ; des symptômes de néphrite et de cystite; Vk/maturie, et, phénomène bien singulier, l'apparition rapide de la graoeïle, la paralysie de la vessie, et la suppressitm d'écoulements urétraux.
SUB LES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE m
de la foudre sur les reins nous parait démontrée
psrisfirits suivant&f tout incomplets qu'ils soient :
bkMDme cité par James Reid, grièvement blessé par la
faÉ», parut d'abord privé de vie; lorsqu'il revint à lui, les
fs organes internes évidemment affectés dirent, ajoute
'êmr, les reins qui étaient surexcités : un peu de sang
imk par le canal de l'urètre.
Oeox individus cités par Hemmer et par Herrenschneider»
as avoir été directement atteints par l'étincelle foudroyante,
TTOorèrent pendant quelque temps de fortes douleurs dans les
Aq rapport de Sprengel, un soldat renversé sans connaissi&ceet'sugillé par la foudre sur plusieurs parties du corps, ^piaigoit, en revenant à lui, de fortes douleurs dans les reins lignée, sel de nitre). Dans la nuit, un violent accès d'isdiorie se déclara; il céda à des cataplasmes sur la région pu- ^w : les douleurs se firent encore sentir le lendemain tos les reins.
lusqa'ici rien ne prouve réellement que le rein ait été le a^e de l'affection douloureuse. Voici des observations plus T^cises communiquées à M. le docteur Risteihueber, par '•A..., chirurgien- major.
U 3 juillet 1823, à une heure de l'après-midi, la foudre ^basor une aile de la caserne de Montélimart (Drôme), y ^^tegnit trois chasseurs : Lartigue et Hargain, qui étaient '^adés sur une croisée, et Laserre qui se trouvait devant •î croisée de sa chambre.
/•• Lartigue eut ses cheveux embrasés ; le feu prit à sa che- ^, sur Tépaule gauche, dont la peau fut légèrement brûlée ; ^ sembla mort, et malgré des émissions sanguines, ce ne fut ^ te quatrième jour qu'il put reconnaître ses camarades.
U malade resta trois jours sans uriner ; mais, comme la ^e n'était pas pleine, oii ne fut pas obligé de recourir au ^étérisme ; la soif était insupportable. Après ces trois Pi^ le besoin d'uriner se fit sentir; les urines ne furent f abord évacuées qu'avec de grands efforts : elles étaient ^, brûlantes et sanguinolentes, et donnaient lieu à un *P*t de petits graviers.
iB4 ACTION DB LA FOUDRE
Le dix-huitième jour après l'accident, Lartigue sortit de l'hôpital, ne conservant qu'une douleur vive au dos, à Thypogastre et au périnée. II rentra à la caserne, sans faire de service pendant 15 jours ; mais étant allé tirer à la cible avec sa compagnie, à la première décharge il fut renversé sur le dos; la douleur qui lui était restée s'exaspéra par cette chute. Deux jours après il fut obligé de rentrer à rh6pital; il y resta du 14 août au 22 septembre. Il en sortit pour regagner son bataillon à Phalsbourg, n'ayant plus que de légères douleurs au dos et à Thypogastre; l'écoulement des urines était moins douloureux. Il ne put supporter le cahotement de la voiture et fut obligé de s'arrêter à Lyon, parce que les douleurs s'exaspéraient, que ses urines entraînaient des graviers et lui semblaient sanguinolentes.
Licencié le 31 décembre, il se retira à Urt (Basses-Pyrénées); depuis il rend toujours des graviers accompagnés de mucosités abondantes; il est tourmenté par la soif, il maigrit de plus en plus ; il a conservé une sensibilité nerveuse si grande, qu'au moindre bruit il éprouve des lipothynûes ; le besoin d'uriner est fréquent.
Avant cet accident, Lartigue ne s'était jafnais plaint de maladie de vessie, pendant cinq ans qu'il a servi au régiment.
B. Hargain, chasseur d'infanterie légère, était avec Lartigue accoudé sur la croisée; il fut renversé et perdit connaissance; on n'aperçut sur son corps qu'une légère blessure entre le premier et le second orteil du pied droit (cordiaux, aspersion d'eau acidulée; saignée). Après avoir repris connaissance, il se plaignit de douleurs au périnée et à l'hypogastre qui était tendu ; la vessie n'était pas pleine; l'excrétion de rurine était difficile; ce liquide était brûlant, roi^e et sç^nguinoient (délayants, sangsues et émollients sur l'hypogastre) ; l'excrétion de l'urine devint plus facile, mais le malade continua à éprouver de fréquentes envies d'uriner.
Jusqu'au 31 septembre, le malade resta à Montélimart ; pendant cette période, les symptômes furent une douleur sourde dans la vessie, de la difficulté dans l'émission des urines, qui étaient rares et sanguinolentes, de l'inappétence et de l'insomnie (tisanes émulsionnées et nitrées, introduc-