‹ De la foudreChapitre 27 sur 174 · ÂBT. 1. — EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE · texte numérisé non relu

ÂBT. 1. — EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE

€ Une chose étrange, dit Sénèque (1), c'est que le vin gelé par la Foudre et revenu à son premier état est un breuvage mortel ou qui rend fou. En me demandant compte de ce phénomène, voici l'idée qui s'est ofTerle à moi : il y a dans la foudre quelque chose de vénéneux dont vraisemblablement il demeure quelque chose dans le liquide condensé et congelé, qui, en effet, ne pourrait se solidifier si quelque élément de cohésion ne s'y ajoutait. L'huile, d'ailleurs, et tous les parfums touchés par la foudre exhalent une odeur repoussante, ce qui fait voir que ce feu si subtil, dont la direction est contre nature, renferme un principe pestilentiel, qui tue, non -seulement par le choc, mais par la simple exhalation. Enfin, partout où la foudre tombe, il est constant qu'elle y laisse une odeur de soufre, et cette odeur naturellement forte, respirée en abondance, peut causer le délire. >

Plusieurs auteurs des xvi«, xvu® et x\m* siècles attribuent aussi à la foudre une influence vénéneuse.

Fabrice deHilden (i) dit : < Canes de came animalium afuU » mine infect orum non gustant; propter odoris sœvitiam et mali- 9 gnam qualitatem, » et il afllrme que les herbes recueillies dans les lieux frappés par la foudre sont dangereuses (3).

(i) QuettiaHM naturelle, liv. II, cbap. lui : « Les tonoeant se brisent sans

• <tiie le vin s'écoule; il acquiert une consistance qu'il ne garde pourtant que

• trois jcors. » (Liv. Il, cbap. xxxi).

(1) De ambuâtionibus... fulmine..., cap. XTi, Bàle (1607).

(3) Noos ne ferons que citer les auteurs qui ont rapporté des faits à peu prôt semblables : J. R. Camerariufl (if emorab., cent, un); — Schrotcus {Phys.eurios. lit. xi) ; — Kialing {DispuL de fulmine) ; — VolUaar (DisterL inamg, de A>l-

Suivant Carmoy (1), la mort par la fulguration serait duc non pas à des déchirures de viscères, mais à la matière électrique agissant à la manière des gaz méjihitiques qui détruisent plus ou moins promplement les fonctions vitales.

Nous pouvons encore citer plusieurs auteurs de diverses époques qui ont également admis l'action toxique de la foudre: mais nous cherchons en vain les faits positifs et bien constatés sur lesquels repose leur opinion; il nous faut arriver, d'après nos reoherches du moins, vers le milieu duxviii* sièclo pour trouver dans les annales de la science le premier fait dont rinterprétation soit favorable à la doctrine de Tintoxication par la foudre. Nous en découvrons plus tard quelques autres, mais en très-petit nombre, et presque toujours les auteurs qui nous les ont fait connaître nous paraissent avoir méconnu leur portée.

Observation L — Le 15 floréal de Tan II, le docteur Gaultier deClaubry , étant à cheval près de Blois, fut assailli par un violent orage, c Tout à coup^ dit-il, une masse de feu d'un grand dia* mètre se précipita sur moi, mon cheval est renversé ; par un mouvement machinal, j'écarte les jambes et je reste debout, mais la chaleur que je sentis surtout au visage el aux mains me fil abandonner la bride. Les poils de ma barbe, ceux que j'avais sur les mains furent brûlés en partie et ne sont jamais revenus. Les poils et les crins du cheval furent également brûlés, excepté sous la selle et la sangle. J'eus beaucoup de peine à reconduire le cheval jusqu'à la ville ; il trébuchait à chaque pas et trois jours après il mourut.

9 Quant à moi, je n'avais que de la chaleur, je suais au point que mes habits étaient traversés, mais je n'éprouvais aucune douleur. Depuis quelque temps j*avais un rhume et j'expectorais avec peine : du moment même l'expectoration se lit avec facilité. J'avais à la bouche un léger goût de gaz hépatique, j'en sentais l'odeur qui se faisait percevoir également par les personnes qui m'approchaient. Je

(1) BèflêxUmi $ur Us effets det tommotionê èlectriqHet, relatirement an corpsi hnmain (Dict. dephys., t. XXIX, p, ÏOI).

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