EMPOISONNEMENT PAR LA FOUDRE 16S
> dormis fort tranquillement la nuit ; je passai douze jours 1 dans le calme le plus parfait, ne pensant plus à mon acci- »^(, quoique le goût hépatique persistât toujours.
• Le douzième jour au soir, je fus attaqué subitement et »saos aucun signe précurseur de violentes convulsions
> dans les bras : elles durèrent environ une heure. La tête d la gorge devinrent douloureuses. Fa nuit fut extrêmement agitée. A 5 heures du matin, le mal de tête était des plus violents et j'étais menacé de suffocation. Je me Rs saigner du pied sur le champ et une seconde fois à midi ; oe me sentant pas soulagé, je me fis saigner de nouveau à 6 heures du soir. Cette troisième saignée diminua le mal de tête et le mal de gorge; dès ce moment, j'avalai mieux et ma respiration fut plus libre, mais le goût et Codeur hépatique devinrent insupportables; ce qui est à remarquer, c'est que cette odeur augmentait à mesure que la moiteur s'établissait : la nuit je dormis quatre heures, je fus ré* veillé par un besoin; l'odeur hépatique que mes urines exhalaient fut si forte, qu'on fut contraint de les jeter aussitôt. Remis dans mon lit, il me sembla que mon serre-tête me gênait; je le détachai et m'étant reposé sur l'oreiller, je sentis que ma tête s'enflait. Je fus obligé d'ôter mon bonnet, je le remplaçai par un mouchoir que je ne pus garder longtemps : ma tête et mon visage grossissaient d'un moment à l'autre.
B A l'enflure générale, se joignaient des tumeurs partielles, tant sur la tête que sur la face. Sur ces tumeurs s'en élevaient d'autres dont les plus petites acquirent le volume d'une noix, et plusieurs celui du poing. Sur chacune de ces tumeurs de second ordre, il y en avait encore d'autres, plus petites, placées les unes à côté des autres : toutes deux étaient dures, accompagnées de rougeur, de douleur et d'une chaleur excessive.
• Ma tête, qui, dans l'état naturel, a 6 décimètres de circonférence avait alors près de 1 mètre i/2 : j'avoue que dans cet état je faisais horreur, même à mes enfants, dont le plus jeune n'osait pas s'approcher de moi. > A mesure que le volume de ma tête augmentait, et que
iet DE QUELQUES FAITS SINGULIERS
les tumeurs s'élevaient, le mal de tête et celui de la gorge diminuaient, de sorte que je me trouvai sans douleur quand ma tête fut parvenue au maximum de sa grosseur, ce qui arriva dans la nuit du 5 au 6 ; je dormis huit heures sans interruption. Ma tête diminua par degré comme elle avait grossi.
» Mes urines exhalaient une odeur hépatique insupportable; quand elles étaient reposées^ il se formait à leur surface une couche huileuse d'un ou deux centimètres; mes transpirations, qui furent abondantes, avaient la même odeur et si forte qu'il était impossible de rester auprès de moi, pendant quelques minutes sans éprouver des nausées. » Le dixième jour, mon visa;>;e et ma tète commencèrent à se dépouiller; Tépiderme s'en détachait par lambeaux; en peu de jours, Texfoliation fut complète. » Mon traitement fut très-simple; il se borna aux trois saignées dont j'ai parlé, à Tenu de veau légère pour boisson, à la diète la plus rigoureuse pendant huit jours et à quelques lavements. Le bon effet que j'avais observé de l'alcali, me détermina^ à remployer pour moi-même : je pris 15 gouttes d'ammoniaque ou alcali volatil dans un verre d'eau de rivière de six en six heures; à chaque dose, je ne tardais pas à éprouver un soulagement marqué. ■ Gomment méconnaître ici une intoxication, qui, après une incubation de quelques jours, éclate subitement par les plus violents et les plus graves accidents. Les saignées restent insuffisantes, mais la nature médicatrice proté;^e le blessé ; le poison est éliminé par les reins et par la peau ; les tumeurs formées si subitement à la surface du corps ne restent s^ms doute pas étrangères à cette oeuvre importante de translation du poison du dedans au dehors.
Observation II. — Le 12 germinal de l'an H, rapporte le docteur Gaultier de Claubry, la femme Chabot, d'un villaj^r près de Blois, étant occupée à couler la lessive, fut frappée de la foudre; le coup porta sur la clavicule gauche et descendit en ligne verlitrale, jusqu'à la malléole interne.
Dans tout ce trajet, il traça une plaie d'environ sept millimètres de largeur et de cinq millimètres de profondeur. Dans
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k premier instant, cette femme sentit une légère fehaleur dûs tout le trajet de la plaie ; bientôt après, la chaleur npieata, la fumée s'éleva autour d'elle, la douleur et la aante lui arrachèrent des cris. Une de ses camarades, pour liceourir, lui jeta promptement sur le corps deux seaux de isBre froide, obtenue avec des cendres de bois neuf et de «meots.
Eo examioant la malade, le docteur Gaultier de Glaubry, s'aperçut que tout ce qui avait été mouillé par la lessive était d*one couleur tirant sur le brun et peu sensible, et ce qui flavait pas été mouillé était d'un rouge vif, accompagné de pUyetènes avec une chaleur très-vive et des douleurs cuisantes. Frappé de cette différence, il ouvrit les phlyctènes, couvrit toute la plaie avec des linges trempés dans la même kssive et les renouvela quatre fois par jour. La malade se plaignant de percevoir une saveur d'hydrogène stdfuré^ il lui prescrivit deux grammes de carbonate de potasse dans une pinte d'eau. Le lendemain, les garde^obes et les urines avaient me forte odeur d* hydrogène sulfuré; les urines reposées présen-laient à leur surface l'épaisseur de cinq millimètres à peu près iume couche huileuse dont les matières alvines étaient également recowcertes.
Le cinquième jour la plaie était sèche, le dixième les croûtes étaient tombées en grande partie. La malade guérit complètement; nous ferons remarquer le succès qu'on a recueilli de l'emploi du carbonate de potasse intus et extra.
Observation III . — Le docteur Drillouët, frappé de la foudre et blessé peu grièvement au dos et au membre inférieur gauche ne reprit connaissance que trois quarts d'heure après, ïis au lit dans une maison voisine, il éprouva un violent aecès de fièvre qui se termina par une sueur abondante, laquelle remplit la chambre d'une odeur hépatique tellement Ibrie que ceux qui y entrèrent en furent incommodés : le blessé se rétablit bientôt.
Ici, l'élimination du poison aurait été plus prompte que dans le cas précédent, car la sueur à odeur sulfureuse s'est montrée trois ou quatre heures après l'accident, et le rétablisse-
ment du blessé ayant bientôt suivi cette élimination rapide et complète de l'agent toxique.
Observation IV. — Le 31 juillet... pendant la nuit, la foudre tomba dans une rivière, à quelque distance de Tbabitalion de de la Prade. Dans deux maisons voisines du lieu où était tombée la foudre, on sentit une odeur sulfureuse très-forte. Dès le lendemain, les cinq habitants de cette maison furent pris d'une fièvre intermittente double tierce. L'autre maison renfermait six personnes, deux seulement éprouvèrent la même maladie ; deux de ces malades moururent après de longues souffrances. La convalescence des autres fut longue, ils ont assuré que leur transpiration avait été imprégnée pendant quelques jours d* une odeur suif ureuse ; de la Prade n'a pas pu constater ce phénomène, n'ayant pas suivi les malades.
Les deux maisons dont il vient d'être question étaient entourées de marécages, et par conséquent placées dans des circonstances qui favorisent la production de la fièvre intermittente. Faut-il admettre que la foudre ait subitement augmenté ces émanations marécageuses? faut-il admettre que la foudre ait produit des matières sulfureuses dans ces marécages ? Cette dernière opinion est peu probable quand on tient compte des autres observations.
Observation V. — Nous avons rapporté déjà cette observation. C'est l'accident arrivé le 10 juin 1759'àÂumale (i). Nous ferons remarquer ici qu'il y a eu, comme chez notre pre mier malade, des tumeurs dures, chaudes, douloureuses aux tempes, sans suppuration ; des sueurs abondantes» mais non sulfureuses.
i»servation F/.— Le 20 juin 1776, l'abbé Robert Seconditi, fut blessé légèrement par la foudre dans le monastère de Sainte-Marie-des-Ânges à Faenza. On trouva pour toute lésion externe, sur les épaules, quelques traces semblables à celles qu'aurait occasionnées un frottement rapide , une tache noire sur le pouce du pied droit, et une grande partie de la plante du pied gauche criblée comme une éponge.
Le blessé éprouvait de la pesanteur au bras et dans tout
(I) Voir Action de la foudr$tur Ut femma eneeintet, p. 101.