PLAIES DE TÈTE
Obs. a. Plaie de tête avec fracture du frontal; pleurésie à droite; symptôme de pneumonie dans les derniers jours. — Mort le dix-neuvième jour de la maladie. — Abcès métaslatiques dans les poumons , le foie et sous la peau. — Louis-Joseph Pavageau, âgé de trente-six ans, tonnelier, rentrant chez lui à dix heures du soir, le 26 août 1827, reçut à la tête un violent coup de pierre que lui asséna un homme caché à côté de sa porte. Pavageau ne tomba pas au moment flu coup et ne perdit pas connaissance, ce ne fut même que le lendemain qu'il vint se faire panser. Je trouvai à" la partie latérale gauche du front une plaie transversale irrégulière , de deux pouces de longueur à peu près , sillonnant profondément la peau , et laissant voir dans son fond le coronal brisé, et même un peu déprimé.
Un [lansement simple ayant été fuit , il fut impossible >lo retenir le malade à l'Hôtel-Dieu. Sept jours se passèrent sans qu'on entendît parler de lui, lorsque, le malin du 2 septembre, il se présenta de nouveau à l'hôpital, et nous raconta qu'il avait travaillé pendant les deux jours qui suivirent l'accident , mais qu'ensuite il avait été forcé de renoncer à son travail , n'ayant [)lus d'appétit et ressentant quelques frissons.
Les bords de la piaie étaient engorgés, rou.es et très-douloureux; un pus de couleur blanc sale, et en plus grande quantité que ne le comportait l'étendue de la plaie, s'écoulait de celle-ci. Du reste , ce n'est qu'au toucher que la plaie est douloureuse ; il n'y a pas de céj)lialalgic , mais quand le malade se lève il éprouve des étourdissenieus. Langue humide et molle; ventre souple, nullement douloureux; selles et urines faciles; aucune douleur à la région du foie, qui est exploré d'une manière spécial'. Peau chaude; pouls fréquent, dur. Le malade se plaint que le cœur est embarrassé, et qu'il éprouve de l'oppression. (Saignée de i3 onces; cataplasme émoUient sur la plaie. ) Le soir à huit heures, chaleur à la tête.
Le 3 septembre , bords de la plaie moins rouges, n'offrant plus de tendance à. se renverser comme la veille; suppuration moins abondante; plaie toujours très-douloureuse au moindre contact ; point de céphalalgie , pesanteur de tête; pouls fréquent et concentré, un peu dur. (Boisson, limonade; pansement émollient. ) A quatre heures du soir : le malade a eu plusieurs pertes de connaissance très-passagères ; en se levant pour aller aux lieux, élourdisscnient ; bouche mauvaise; langue molle, humide, un peu chargée à sa base; nulle douleur à l'abdomen; grande faiblesse musculaire; pouls comme le matin. Une heure après, douleur très-vive dans la région des reins- On fait coucher le malade de manière à favoriser l'issue du pus. Pendant la nuit , douleur de reins , frissons suivis de chaleur et de sueur , délire ; le malade se lève et court dans la salle , parle avec incohérence des objets habituels de ses travaux.
Le 4- Ce matin, nulle douleur rie lêto; il y a eu un frisson très-vif dans la matinée; grande anxiété; nulle douleur à l'abdomen; peau chaude, pouls petit, fréquent. L'os paraît anfractueux au fond de la plaie. A onze heures , peau fraîche; pouls peu fréquent ; il y a eu une selle; douleur nulle; grand calme. (Diète.) A deux heures, nouveau frisson très-profond , suivi de chaleur ; langue chargée. A sept heures, frissons suivis de chaleur et de sueur. A dix heures, période de chaleur; pouls fréquent , un peu dur.
Le 5. Pendant la nuit, frissons à plusieurs reprises, toujours suivis de chaleur et de sueur; une selle dans l'après-midi. A cinq heures, il n'y a point eu de nouveaux frissons dans la journée.
Le 6, nulle douleur dans la poitrine ni dans l'abdomen; les douleurs de reins ont cessé; sommeil ; un peu de rêvasserie dans la nuit ; jjouls toujours fréquent. La plaie, toujours pansée avec des cataplasmes, donne im pus homogène, blanc, non séreux, en quantité modérée. Les bords de la plaie sont affaissés. A midi et à deux heures de l'après-midi, frissons.
Le 7 , nulle douleur de la tète , ni dans aucune autre partie ; beaucoup de chaleur à la peau, qui est chaude et humide; pouls petit, fréquent. (Crème de riz; lim 5 pots.*)
Le 8 : il y a eu du sommeil dans la nuit; le malade est calme; langue trc^fihargée ; nulle céphalalgie, rougeur de la face ; ventre un peu ballonné, non douloureux à la pression; pouls petit , peu fréquent.
Le 9, à midi, frissons, vomissemens ; au milieu d'une grande quantité de liquide se trouvaient quelques alimens non digérés. Douleur dans le côté droit ; cette douleur s'est fait sentir tout à coup dans la matinée ; il y a de la matité à la partie postérieure et inférieure droite du thorax. Le soir, à dix heures, respiration accélérée; peau chaude; pouls petit, fréquent ; douleur vite dans le flanc droit et à la partie postérieure du côté droit du thorax. 11 y a eu de la somnolence dans la journée.
Le lo : ce malin, somnolence; paupières pesantes; dents fuligi-
( 58 ) ncuses ; langue rocouverle d'un cndnil jaunâtre ; il y a eu une selle abondante et liquide ; respiration accélérée; point de délire, mais affaiblissement marqué de la mémoire ; il y a parfois des frissons et des douleurs passagères dans le côté. Cinq heures du soir : dans la journée , le malade a eu pleine connaissance, dans les courts instans où oti l'a tiré d'un assoupissement continu. Décubilus dorsal, rontlenient ; respiration brusque , suspirieuse par momcns , et parfois convulsive. liouche ouverte; demi-occlusion de l'œil du côté sain ; réponses très-nettes; respiration accompagnée par instans d'un mouvement convulsif; peau chaude; pouls fréquent, petit et dur. Quand on parle au malade, il se réveille brusquement, répond avec facilité, peut remuer tous les membres avec une égale facilité , ne l'essent aucune douleur à la pression du flanc droit, qui, ce matin encore , était tellement douloureux qu'il y avait un point de celte région où la pression provoquait un cri instantané. A dix heures du soir, douleur au flanc droit ; sensation d'un mouvement douloureux à la base du côté droit ; le malade a craché du sang à deux reprises ; respiration puérile et courte, surtout à la partie antérieure et supérieure des deux côtés, et notamment à droite; à la base du même côté, point de bruit respiratoire- râle crépitant dans quelques points; dans quelques autres , espèce de murmure crépil.ant continu. ( Large vésicatoire au côté droit. ) É^Èt
Le 1 1, douleur à i'hypochondre droit et dans le flanc l^nt; pupilles un peu dilatées; tendance à l'assoupissement.
Le 12, la nuit a été bonne : ce matin le malade se trouve mieux, demande des alimens, et parle avec facilité; la respiration est plus lente. Langue humide et molle. Un des bords de la plaie s'est cicatrisé; celle-ci conserve toujours une vive sensibilité. (Crème de riz, tisane 3 pots.) A onze heures du soir, assoupissement, demi-occlusion de l'œil droit; point de céplialalgie ; contraclilité des pupilles; expectoration laborieuse de crachats jaunâtres, rouilles; toux fréquente et pénible.
Le i55, à neuf heures du matin, frisson : ce matin on aperçoit au
( 59 ) fond de la plaie; les battcmcns du cerveau ; point de paralysie en aucun point.
Le i4, dans la journée, somnolence, subdelirium, respiration lente, pouls presque imperceptible, peau chaude, sueur.
Le i5, efforts faibles et iiupuissans pour expectorer; un peu plus de difficulté à mouvoir le bras gauche que le droit; essoufflement; point de délire; pupilles dilatées; le malade s'est levé pendant la nuit. A cinq heures, rougeur de la face; sueur générale très-abondante; point de délire; toux avec gargouillement; langue très-rouge et sèche. L'agonie se prolongea jusqu'au lendemain 16 : il n'y eut point perle de connaissance; quelquefois le malade parlait seul, d'une manière incohérente, mais répondait avec assez de justesse aux questions qu'on lui adressait. — Il mourut à dix heures du matin, n'ayant eu aucun syniplôme de paralysie.
L'autopsie fut faite à trois heures et demie le même jour. — A la partie inférieure gauche du front, plaie d'un pouce et demi de longueur. Le périoste contenait <le la sérosité, et offrait de la rougeur dans une petite étendue en avant; il offrait les mêmes altérations dans une plus grande étendue., du côté de la région temporale; dans tous les endroits où il était épaissi, il se décollait très-facilement, et se déchirait de même. La partie antérieure du muscle temporal était en suppuration dans le point correspondant à la plaie.
L'os fut scié avLC précaution dans toute sa partie frontale : quelques esquilles nécrosées étaient libres au fond de la plaie; le tissu spongieux, dans une étendue de quelques pouces, était infiltré d'un pus verdâtre. En détachant la calotte du crâne, il se forma à la surface de la dure-mère un grand nombre de gouttelettes sanguines. Audessous du lieu déprimé, la dure-mère offrait une couleur d'un bleu noirâtrt; ; elle semblait recouverte en cet endroit d'une escharre consistante, dont les lambeaux faisaient relief à sa surface. A la surface interne de la dure-mère, et dans le lieu correspondante l'altération qui vient d'être indiquée, il ny avait aucune lésion, si ce n'est une simple coloration bleuâtre qui semblait due à la coloration extérieure
( fio ) de la dure-mère vue par Irausparencc. A l'ouverlurc de la duremère, il s'écoula une petite quanlilé de sérosité citrine. Pie-aière légèrement injectée, n'offrant de laclie dans aucun point. La substance cérébrale était trcs-fernic, fortement injectée; un jjeu de sérosité citrine s'écoula du canal rachidien ; le même liquide occupait en quantité modérée les veutricules latéraux.
Thorax. Matité à droite; sonoréité à gauche. La cavité pleurétique droite était ri>mplie d'un liquide jaune foncé; le poumon de ce côté était refoulé vers la partie interne; toute la cavité était tapissée par une couche jaune, molle, facile à détacher, se rompant par un léger effort, et présentant à sa surface interne des franges et des lambeaux faciles à rompre, et flotiant au milieu de la sérosité. Au-dessous de cette couche épaisse, la plèvre était parfaitement lisse. A la [)artie inférieure de la cavité, le poumon adhérait au diaphragme par une bride étroite. Dans le lobe supérieur du poumon droit, il y avait deux petits foyers de matière purulente, jaune, homogène, autour desquels le tissu pulmonaire était d'un rouge livide, et d'un aspect analogue à celui qui est observé dans la pneumonie des agonisans. A la partie inférieure, se trouvaient plusieurs cavités distinctes contenant du pus bien formé; dans d'autres points , des masses d'une matière blanchâtre, concrète, et infiltrée dans le tissu. Le reste du poamçn était crépitant, et le lobe moyen ne [)articipait point aux altérations des deux autres. En détachant le lambeau sternal , la section de la jveau fit apercevoir un dépôt purulent placé extérieurement aux muscles intercostaux. Le poumon gauche, parfaitement crépitant dans toute son étendue, offrait seulement à sa partie supérieure un petit abcès contenant du pus homogène et épais, d'un blanc jaunâtre. Les parois de la petite cavité étaient tapissées d'une membrane résistante. Cœur très-volumineux; ventricule gauche hypertrophié, à chair consistante. L'oreillette droite était remplie d'un caillot très-ferme, mais noir; le ventricule droit contenait un caillot très-consistant, d'un jaune citrin.
{ 6. ) Abdomen. Foie très-\oliimineux, surtout dans son lobe droit, qui est au moins trois (ois aussi volumineux que le gauche ; rien de particulier à sa surface externe. Son tissu était d'un rouge brun assez foncé, gorgé de sang. Dans une des coupes, on mit à découvert un noyau de substance formé de points bruns et de points verdâlres ; dans une seconde coupe , on tomba sur un foyer purulent du volume d'une petite orange. 11 s'en écoula du pus de couleur verlc, d'une consistance médiocre et au milieu duquel nageaient des grumeaux d'une matière blanchâtre. Les parois de ce foyer, qui était assez régu* lièrement arrondi, étaient tapissées d'une membrane blanche assez ferme, qui, à sa partie inférieure, était immédiatement appliquée sur les membranes qui tapissent le sillon de la veine ombilicale; le bord tranchant du foie était, dans une étendue de deux lignes et demie, teint d'une couleur bleuâtre. Rate volumineuse, bleue à sa surface, gorgée de sang, et présentant dans divers points des taches d'un brun foncé. L'estomac était d'une teinte généralement rosée; la muqueuse était plissée, assez ferme; il y avait quelques plis rougeâtres vers la petite courbure. L'intestin grêle était injecté dans presque toute son étendue, mais à des degrés variés dans les divers points ; la rougeur devenait plus vive vers la fin de l'intestin grêle; elle était surtout remarquable à l'extrémité libre des valvules. On trouva aussi dans le même point quelques plaques insuliformes, d'une couleur grisâtre et piquetée de points noirs. Dans les points les plus in- 9 jectés, la muqueuse se détachait facilement ; dans le gros intestin, rien de remarquable. L'intestin grêle contenait une bile de couleur foncée au milieu de laquelle se trouvaient quelques lombrics. Les reins étaient rouges et fermes ; la vessie était revenue sur ellemême , et offrait à sa surface interne des boursoufïlemens assez volumineux.