‹ De la fracture du col du fémurChapitre 12 sur 13 · PLAIES DU VENTRE · texte numérisé non relu

PLAIES DU VENTRE

Or.s. C. Plaie du scrotum et du bas-ventre par un morceau de beis tranchant. — Abcès dans l'épaisseur des parois abdominales. — Tétanos. — Mort au dixième jour. — Visonneau ( Jean ) , âgé de douze ans, fut apporté à l'Hôtel-Dieu de INautes le 28 juillet 1827. On nous rapporta que huit jours auparavant, étant monté sur un arbre pour cueillir des fruits , i! tomba sur un morceau de latte taillé en forme de lame de sabre , aigu large de deux doigts à peu prés et fort mince. Cette espèce de lame tranchante entra par le scrotum et pénétra dans l'épaisseur des parois abdominales du côté gauche , dans une étendue de ciiiq pouces à peu près , marchant parallèlement à la direction des parois. Le corps vulnérant fut retiré de la plaie, immédiatement après l'accident, par les personnes qui accoururent aux cris de cet enfant. Les jours suivans, une médication antiphlogistique locale très-active fut employée. Mais embarrassés pour le diagnostic et pour le traitement d'une tumeur longitudinale et bosselée qui s'était formée sur le trajet du corps vulnérant , les médecins qui avaient été appelés déterminèrent la famille à faire transporter le jeune malade de la campagne où il demeurait à l'Hôlel-Dieu de Nantes. — Il y arriva le 28 juillet, huitième jour de l'accident. La face était rouge, le pouls fréquentât dur : il y avait chaleur générale et sueur. Sur le trajet d'une tumeur longitudinale située à la partie inférieure gauche de l'abdomen , et

( «37 ) qui commençait inféricureincot au scrotum , s'élevaient trois bosselures distinctes offrant uruî fluctuation manifij te. Un cataplasme fut appliqué sur la tumeur, et k' soir à cinq heures on fît , à sa partie la plus déclive, une incision d'un [)()uce et dc^ni de longueur qui donna issue cà un pus verdàtre, peu consistant, d'une odeur infecte et en quantité d'une demi-verrée. Celte incision fut pratiquée au-dessus de la plaie qu'avait faite le corps étranger; plaie qui s'était cicatrisée de manière à être à peine reconnaissable. La sortie du pus fut accompagnée d'un soulagement immédiat, à la grande satisfaction du malade. Du reste, l'abdomen était sou[)le dans toute son étendue, à l'exception de la partie malade, qui formait un relief bien tranché au-dessus du niveau des parois abdominales. ( Injections émollientes dans la plaie: cataplasme.)

La nuit fut calme ; il y eut un peu de sommeil.

Le lendemain, ^jg juillet, plaie très-douloureuse. Dans la soirée, de vives douleurs se faisaient sentir à la plaie, et se propageaient à la région lombaire, principalement à gauche. Pendant la nuit, insomnie, agitation; le malade cherche à se lever.

Le 3o juillet, resserrement des mâchoires; mouvement spasmodique pendant la déglutition, qui est excessivement douloureuse, et durant laquelle le malade éprouve une anxiété inexprinjable, parfois même comme des menaces de suffocation. Dans l'effort pour avaler, il retire fortement la tête en arrière. La face est rouge, couverte de sueur; peau moite et chaude; tronc spasmodiquement recourbé en arrière et à gauche. Toutes les fois qu'on veut toucher le malade, soit pour examiner le pouls, soit pour faire les pansemens, il éprouve uu mouvement spasmodique général, remarquable surtout dans les muscles du tronc, qui le courbent chaque fois à la manière d'un arc. Vives douleurs dans la région des reins et du dos. Il n'y a point de selles. (Potion avec le sirop diacode, cataplasme arrosé de laudanum sur l'abdomen, bain tiède. ) Après avoir passé une heure dans le bain, le malade ne pouvant y garder aucune situation fixe, on l'en retira, et il fut enveloppé d'une couverture de laine. — A onze heures, quelque

( 68 j temps après la sortie du bain : constriclion permanente des sourcils, paupières plissécs, ailes du nez dessinées avec force et dilatées, resserrement des mâchoires (sans l'introduction qu'on avait faite d'un niorceau de bois entre les dents molaires, il y aurait eu impossibilité d'ouvrir assez la bouche pour introduire les liquides). Violens efforts pour effectuer la respiration, qui, au dire du malade, est extrêmement gênée. Par iustans, les muscles de la poitrine sont pris d'un mouvement de contraction convulsive, et", dans le même moiuent , les muscles de la partie |)ostérieure da tronc se recourbent fortement en arrière. Pouls fréquent, presque imperceptible. A midi, la déglulition paraît un peu moins gênée; mais l'anxiété respiratoire continue, ainsi que les contractions convulsives. Vive rougeur de la face; céphalalgie; raideur du tronc et des membres abdominaux. Les membres thoraciques ne sont point encore envahis; les carotides battent avec force. Une douleur très-vive est rapportée au testicule, à la portion du cordon accollée au trajet du corps vulnérant et aux reins. Tout l'abdomen est ballonné. (Laudanum sur la plaie de l'incision , sur le scrotum et sur le trajet du cordon. ) Le malade dit éprouver, à la suite de l'instillation du laudanum dans la' plaie, une cuisson assez vive, qui bientôt est suivie d'un soulagement marqué. A trois heures, un peu de salivation; soubresauts du diaphragme très-fréquens. Les mâchoires paraissent moins difficiles à écarter. Sueur continuelle. Mort à onze heures du soir.

Autopsie faite le 5i juillet. — Crâne. Pie - mère injectée; substance crébrale laissant échapper à chaque section des gouttelettes sanguines assez fortes et très-rapprochées; même disposition dans la substance du cervelet. Les membranes de la moelle, examinées avec soin dans la totalité de leur trajet, n'offrirent rien de particulier; seulement au-dessous du feuillet arachnoïdien qui revêt la partie postérieure de la moelle, il y avait une injection très-vive, et la moelle, qui, dans le reste de son étendue, offrait la même consistance que

( 69 ) dans l'état normal , était évidemment lamollio dans les points subjacens aux parties de la membrane qui étaient les plus injectées. A la partie infériein-e du sac formé par l'arachnoïde rachidienne existait une espèce de gelée, à peine rougeâtre, diflluenteet en quantité peu considérable.

Poumons : parfaitement blancs , légers , crépitans. — Cœur : rien d'extraordinaire. — Estomac pâle , contenant quelques lombrics au milieu d'une n)ucosité abondante. — Intestins rouges dans quelques points. — Vessie et reins : rien de particulier.

Toutes les paires lombaires qui pouvaient entretenir quelque communication avec le trajet de la plaie ont été disséquées et examinées avec un grand soin, depuis leur origine jusqu'à la plaie; aucune altération ne s'y est fait apercevoir; seulement les ganglions d'origine ont paru un peu plus volumineux que dans l'état naturel. L'abcès de la paroi abdominale était situé au-dessus et en dehors du cordon ; il était situé à la face postérieure du muscle transverse, séparé de la cavité péritonéale par la seule épaisseur du péritoine et du fascia transversalis , qui s'était épaissi par suite de l'inflammation. Il n'y avait aucune trace de péritonite.

Obs. D. Plaie par arme à feu, divisant dans toute sa hauteur le premier espace inter-osseux de la main gauche. — Hémorrhagies consécutives multipliées. — Ligature delà radiale. — Guérison. — Rousseau (Michel), âgé de vingt-deux ans, charron , fut grièvement blessé par un canon de fusil qui lui éclata dans la main gauche, dans la soirée du lundi, i5 octobre 1827, Dans la journée du mardi 25, la plaie, qui marchait assez bien , donna une petite hémorrhagie. Le 24 , l'hémorrhagie fut très -abondante, et se renouvela dans la journée du 25. Enfin le 26, jour où il fut apporté à l'Hôtel-Dieu , il en avait encore eu une très-forte : presque toutes s'étaient accompagnées de syncope. Un tourniquet avait été appliqué sur le bras. Le soir, à huit

( 70 ) hpures, moment de l'entrée du malade, voici quel était son état: regard inquiet; face pâle; parole mal assurée; vives inquiétudes sur le retour de l'hémorrhagie : un second tourniquet avait été appliqué à l'avant-bras ; la main était énormément tuméfiée ; le pouce écarté de l'axe de la main et formant presque un angle droit avec elle. Une grande quantité de charpie , des compresses et des bandes avaient été appliquées sur la plaie; la charpie fut enlevée avec précaution jusqu'au lieu dans lequel le sang l'avait imbibée; de la poudre de ratanhia, de l'agaric et quelques bourdonnets de charpie furent appliqiiés et maintenus par une bande médiocrement serrée. Le tourniquet fut relâché, et l'avant-bras placé de manière à ce que la main gardât une position élevée.

Le îendeniain 27 , ù une heure de l'après-midi, retour de l'héraorrhagie sans aucune cause apparente; la plaie fut alors uiise à découvert : elle occupait toute ia hauteur du premier espace inter-osseux , et c'était de sa partie la plus profonde que provenait l'hémorrhagie ; le sang paraissait sortir de deux points à la fuis. Après quelques tentatives pour appliquer des ligatures sur des tissus qui se déchiraient entre les doigts , on cautérisa avec l'acide hydrochlorique. Le sang s'écoulant encore , on exerça une forte compression ; l'appareil s'imbiba d'une sérosité sanguinolente pâle. A sept heures du soir , vives douleurs à la main; langue chargée; abdomen seiwible à la pression; peau fraîche ; pouls petit , à peine sensible.

Le 2C) , récidive de l'hémorrhagie à sept heures et demie du matin. La plaie est tamponnée une seconde fois. Anxiété très-vive ; pendant l'hémorrhagie, pouls fréquent et dur. A six heures du soir : le malade n'a cessé de se plaindre toute la journée des vives douleurs que lui cause la compression ; il demande avec instance qu'on relâche l'appareil, et accuse une chaleur brûlante à la main ; le pouls est peu fréquent. Le même état dura toute la soirée. A dix heures, agitation extrême; paroles incohérentes ; à minuit, nouvelle hémorrhagie. On vint me prévenir, et je trouvai le malade dans un état d'exaltation difficile à décrire : lui qui s'était montré jusque-là pusillanime et

( 7> I craigiiaiil la niorl, demandait inslamnienl qu'on laissât couler le sang , et qu'on le débarrassât, quoi qu'il en pût arriver, des douleurs atroces que lui causait la compression.

Bien convaincu, par tant d'épreuves déjà impuissantes, de l'iiicfficacilé de la compression pour arrêter une pareille héinorrhagic, redoutant d'ailleurs les dangers qu'un état aussi intolérable (aisait courir au malade , je résolus de recourir à la ligature de la radiale ; et, au cas où cetle ligature ne serait pas suffisante, d'en appliquer une autre sur la cubitale. Dans cette intention, je fis appeler MM. Cox et Marcé , alors mes collègues d'internat, pour ni'éclairer de leurs conseils, et pour réclamer leur assistance pendant l'opération. Je commençai , avant d'inciser la peau , par m'assurer si la compression de la radiale avait quelque influence sur l'iiémorrhagie. En conséquence , ayant débarrassé la plaie de tout ce qui l'obstruait , et voyant que chaque fois que la radiale était comprimée l'hémorrhagie s'arrêtait , je fus confirmé dans l'idée de lier cette artère. Je priai M. Cox de comprimer l'artère brachiale , et , ayant fait une incision de deux pouces sur le trajet de la radiale à sa partie inférieure, j'appliquai une ligature composée d'un seulfd, et je rapprochai les lèvres de la plaie avec des bandelettes agglutinatives. Je rapprochai ensuite le pouce du reste de la main dont il était considérablement écarté, et j'appliquai sur la main un cataplasme émoUient.

Le 3o, l'état du malade est satisfaisant.

Le 3i, presque plus de douleur à la main ; dégorgement très-marqué du pouce ; suppuration peu abondante. ( Pansement simple, )

Le i" novembre : sommeil paisible cette nuit ; peau à peine chaude ; pouls très-lent.

Les jours suivans, l'amélioration marcha avec une extrême rapidité. Le 7 novembre, neuvième jour de l'opération , la ligature se détacha spontanément. Le 1 5, la plaie de l'opération était parfaitement cicatrisée ; et le 5 décembre, la plaie de la main était complètement fermée ; le pouce , que j'avais constamment rapproché de la main , à partir du moment de l'opéralion , était réuni, et le premier intervalle

métacarpien, ouvert d'abord dans toute sa hauteur, s était complètement reformé.

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