‹ De la FranceChapitre 16 sur 21 · HORACE VERNET · texte numérisé non relu

HORACE VERNET

qui, pour orner le salon, n'y a pas envoyé non plus toutes pierreries véritables. Le plus remarquable des tableaux qu'il a exposés était une Judith sur le point de tuer Holopherne. Elle vient de quitter sa couche,

la belle jeune femme à la taille élancée brillant de tout l'éclat de sa beauté. Un vêtement violet, noué à la hâteautour deshanches, descendjusqu'àses pieds. Le haut du corps est couvert d'une robe de dessous d'un jaune pâle, dont la manche, tombant sur le bras droit, est relevée avec une sorte de geste de boucher, mais d'une grâce enchanteresse, par la main gauche, car la droite tient le glaive recourbé qui menace Holopherne endormi. La voilà, 'cette ravissante créature, hier encore vierge, pure devant Dieu, souillée devant le monde, hostie profanée. Sa tête est délicieusement attrayante et d'un charme étrange: ses cheveux noirs semblables à de petits serpents qui se redressent en se roulant, lui donnent une grâce effrayante. Le visage est légèrement ombré, une douce férocité, une tendresse sombre, un courroux sentimental percenttout à la fois dansles traits de cette beauté meurtrière. Son œil surtout étincelle de divine cruauté et delà joie do la vengeance; car elle a aussi son injure à elle, la profanation de son beau corps, à venger sur l'affreux païen. Celui-cin'est pas eneffet très-attrayant, mais il paraît bon enfant au fond. Il dort avec tant de complaisance dans l'engourdissement de béatitude qui suit sa félicité! Il ronfle peut-être; ou, comme dit

Louise, sommeille tout haut. Ses lèvres frémissent encore comme si elles donnaient des baisers : et la mort l'envoie ivre de bonheur el certainement de vin, sans intermédiaire de souffrance et de maladie, par le ministère de son plus bel ange, dans la nuit blanche de l'éternel anéantissement. Quelle fin digne d'envie ! Oh ! quand mon heure viendra, faites-moi, grands dieux ! mourir comme Holopherne !

Est-ce une ironie d'Horace Vernet d'avoir fait caresser par les premiers rayons du soleil levant cet homme qui va mourir, tandis que la lampe nocturne s'éteint ?

Un autre tableau du même peintre, qui représente le pape actuel, se recommande moins par l'esprit que par la virilité du dessin et de la couleur. La tête ceinte de la triple couronne d'or, vêtu d'ornements blancs brodés d'or, assis sur un siège d'or, le serviteur des serviteurs de Dieu est porté en procession autour de l'église de Saint-Pierre. La figure du pape, quoique assez colorée, a un air de faiblesse et s'éteint presque sur le fond blanc de l'encens qui fume et des éventails de plumes blanches dressés derrière lui. Mais les porteurs du pontife sont d'une encolure athlétique et pleins de caractère. Leur livrée est rouge cramoisi,

et de noirs cheveux tombent et encadrent leurs visages brunis. On n'en voit que trois, mais ils sont admirablement peints. On peut faire le même éloge des capucins, dont on ne voit que les têtes ou plutôt les nuques courbées et surmontées d'une large tonsure. Mais l'insignifiance vaporeuse du personnage principal et la saillie vigoureuse des figures accessoires sont un défaut dans ce tableau. La facilité de pose et le coloris avec lesquels ceux-ci sont rendus, m'ont rappelé Paul Véronèse. Mais il y manque la magie vénitienne, cette poésie de la couleur, qui, ainsi que l'éclat des lagunes, n'est que superficie, et cependant émeut Tâme d'une manière si merveilleuse.

Une conception hardie et le mérite de la couleur ont conquis aussi de nombreux suffrages à un troisième tableau d'Horace Vernet, qui représente l'arrestation des princes de Gondé, de Conti et de Longueville. Le lieu de la scène est l'escalier du Palais-Royal au moment où les personnages arrêtés descendent après avoir, sur Tordre d'Anne d'Autriche, remis leurs épées. Cette disposition a donne au peintre la facilité de conserver chaque personnage isolé et avec ses contours complets. Condé est le premier devant le spectateur, sur la marche la plus basse. Il caresse

sa moustache en méditant, et je sais ce qu'il pense. L'officier qui porte les trois épées sous son bras arrive de la marche la plus élevée. Ce sont trois groupes posés naturellement et naturellement rattachés l'un à l'autre. Il n'y a qu'un homme qui a atteint un degré bien élevé dans l'art qui puisse avoir une pareille idée d'escalier.

Je fais grâce des autres tableaux moins importants d'Horace Vernet, artiste multiple, qui peint tout, tableaux religieux, batailles, vie bourgeoise, animaux, paysages, portraits, et tout cela en courant, presque à la manière d'un faiseur de pamphlets.

J'arrive à

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