‹ De la fréquence des altérations des annexes de l'utérus dans les affections dites utérinesChapitre 12 sur 24 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Périmétrile chronique, phthisie pulmonaire.

C.... (Géraldine), âgée de 21 ans, gilelière, est entrée à l’hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n° 20 (service de M. Aran), le 21 juillet 1859.

Taille petite, constitution faible, tempérament lymphatique, glandes sous le cou dans l’enfance, et cicatrices d’abcès sous le menton. Souvent malade dans sa jeunesse. Réglée à 13 ans régulièrement, sans douleur, mais avec flueurs blauches. Mariée à 17 ans : un seul enfant il y a trois ans. Aucun accident pendant la

grossesse, mais accouchement très-long et très-laborieux ; accidents à la suite, qui lui font garder le lit pendant trois semaines. Depuis, elle a toujours éprouvé des douleurs dans le bas-ventre, contre lesquelles on lui a fait porter une ceinture pendant deux ans. Peu après, en faisant un effort, elle ressentit une douleur beaucoup plus vive dans la fosse iliaque gauche. La marche et la station verticale sont devenues plus pénibles, la miction plus douloureuse, et accompagnée d’une sensation de cuisson et de brûlure vive à la vulve. L’appétit s’est perdu, l’amaigrissement est survenu, en même temps qu’nue toux sèche et une hémoptysie d’un verre environ. Les règles, toujours abondantes, ont été accompagnées de souffrances extrêmement vives qui forçaient la malade à prendre le lit. C’est dans cet état qu’elle entre à la Pitié, dans un service de médecine, où elle reste quatre mois. On lui administre des douches et on -lui applique des vésicatoires et des ventouses sur le bas-ventre, en même temps qu’on lui touche le col avec des crayons de tannin. Il y avait une ulcération qui disparaît sous l'influence de ce traitement, et la malade est renvoyée comme guérie, bien qu’elle se plaigne toujours beaucoup. Les douleurs qu’elle accuse sont jugées de nature névralgique, et on lui promet une prompte guérison. Cependant deux mois se passent au milieu de vives souffrances. La marche, la station, sont impossibles; la miction toujours accompagnée d’une cuisson ardente, constipation presque invincible, et les règles viennent encore exaspérer tous les symptômes. C’est alors que la malade entre à l’hôpital Saint-Antoine dans l’état suivant :

22 juillet. Pâleur, amaigrissement , pouls faible, à 88. Bruit de souffle à la base>du cœur, plus accusé sur les parties latérales du cou. 20 respirations. Submatité sous la clavicule droite, avec faiblesse et embarras delà respiration, qui contraste avec l’amplitude qu’elle présente du côté gauche. Eu arrière et au sommet droit la matité est plus nette. Langue blanche, humide. Peu d’appétit; quelques nausées et vomissements la semaine dernière. Ventre ballonné; sensibilité trèsvive à la partie inférieure de l’abdomen. Digestion lente, avec gonflement stomacal après les repas. Constipation rebelle. Un peu de rougeur au pourtour de la vulve. Le loucher est très-douloureux. Col allongé dans la lèvre supérieure, conique, très rapproché de la vulve. Saillie et rénitence très-accusée du cul-de-sac latéral gauche, se prolongeant derrière l’utérus. Immobilité presque complète de l’utérus, très-douloureux, dans les mouvements qu’on cherche à lui imprimer. Le vagin se prolonge le long du bord latéral droit de l’utérus, en refoulant le culdc-sac du même côté, qui offre une certaine rénitence. Par le rectum, on constate une tumeur située sur la partie latérale gauche de l’utérus, dure, très-sensible, et dans laquelle le doigt ne peut rien reconnaître. A droite, au contraire, ou ci oit sentir l’ovaire, qui fait un relief saillant en arrière. — Bains, catapl., injection, 4 pilules d’un extrait d’opium, privé de tous les alcaloïdes, excepté de la codéine.

25 juillet. Au spéculum, dont l’application est très-douloureuse : col à peine saillant dans le vagin et très-rapproché de la vulve, un peu violacé; orifice entr’ouvert. Pas d’ulcération. Ecoulement catarrhal par la lumière du col. Les culs-de-sac semblent faire saillie et empiéter sur le col. — 8 sangsues sur le col.

Le 28. Soulagement; col petit et rouge. — Laudanum et amidon.

8 août. L’époque des règles ramène des douleurs très-vives dans le bas-ventre, qui se calment sous l’influence de la faradisation cutanée. Ventre plus développe .et rénitence profonde et sensible daus la fosse iliaque gauche. Le col, toujours très-bas et porté eu avant, se dégage à peine d’une gangue inflammatoire qui l’entoure de toutes parts. Rectum distendu par des fèces indurées. — Lavement purgatif. On commence en même temps l’électricité continue (douze piles Daniel) jusqu’au 20; la malade reste trois heures sous sou influence par jour. Les douleurs diminuent beaucoup, et la miction est beaucoup plus fréquente et plus abondante.

Le 17, la malade a pu se lever et marcher toute la journée; cependant la constipation persiste et ne peut être vaincue que par des lavements ou des purgatifs.

Le 21. Des douleurs plus vives se déclarent daus le bas-ventre; le col est toujours rouge, et la tumeur péri-utérine n’a pas diminué. — 15 sangsues sur l’hypogaslre et 2 verres d’eau deSedlitz.

Le 25. Peu d’amélioration. — 10 sïhgsues sur le col.

Le 26. Même état. — 1 vésicatoire sur la fosse iliaque droite.

5 septembre. Depuis cinq jours, grand soulagement, mais persistance de la constipation et de l’engorgement péri-ulériu.

Le 13. Les règles sont venues et ont ramené les douleurs; aujourd’hui se trouve mieux.

10 octobre. Douleurs très-vives avec tranchées utérines qui sont pour la malade I annonce des règles. (Ou applique sur le col 10 sangsues, qui procurent un peu de soulagement.) La malade tousse davantage, et cependant l’embonpoint revient.

20 décembre. Grande amélioration depuis un mois. Le loucher peut être pratiqué sans réveiller des souffrances aussi vives. Pour la première fois, depuis son entrée, elle a eu ses règles, il y a dix jours, sans douleur; elles ont duré huit jours comme d’habitude, tandis que le mois dernier elles en avaient duré douze. Depuis six semaines, l’embonpoint reparaît, el cependant la toux est plus iotèose. Sonorité normale de la poitrine en avant; respiration forte, avec quelques râles vibrants £fu sommet droit. Pouls très-précipité, à 120. Aucun bruit de souffle au

cœur, ni aux vaisseaux du cou. En arrière, diminution du son au sommet droit, âvec respiration forte, rude, surtout après la toux, et avec retentissement considérable de la voix. Toux très-fréquente, presque entièrement sèche. Le toucher vaginal fait reconnaître que le col est abaissé, porté en avant, peu volumineux, l’orifice est transversal et à peu près fermé; sillon à la partie postérieure; rétroflexion évidente. Tumeur dans le cul-de-sac postérieur. On peut imprimer à l’utérus quelques mouvements d’arrière en avant, mais il est complètement fixé à gauche. Par le rectum, le fond de l’utérus est porté dans la concavité du sacrum. A gauche, sillon vertical qui limite l’utérus, puis rénitence et tumeur assez étendue, adhérente aux parois pelviennes, où l’on reconnaît des bosselures, des inégalités très-douloureuses, qui feraient croire qu’elles appartiennent à l’ovaire. Le rectum est un peu incliné adroite. Constipation toujours rebelle; malgré des lavements huileux que la malade prend tous les jours, depuis trois semaines. La miction est encore douloureuse et accompagnée de cuisson.

Le 31, la malade est encore dans la salle.

Celte observation nous paraît surtout importante parce qu’elle nous montre combien se trompent ceux qui regardent l’ulcération du col comme la cause des troubles morbides que présentent les malades, et combien il serait facile d’éviter cette erreur, si on attachait plus d’importance aux différents modes de toucher; elle prouve encore une fois de plus la liaison qui existe entre la phthisie et les affections utérines.

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