OBSERVATION V
Affection du cœur, apoplexie pulmonaire, périmétrite ancienne, ovarite.
L (Isabelle), âgée de 30 ans, entrée à l’hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-
Thérèse, n° 16 (service de M. Aran), le 26 juillet 1858; morte le 24 août.
Constitution faible, tempérament lymphatique; jamais de rhumatisme ni aucune affection grave; réglée à 11 ans sans accidents. Depuis ce moment, menstruation régulière, mais avec flueurs blanches. Mariée à 19 ans, a eu cinq enfants; tous les accouchements ont été heureux, excepté le dernier, qui a eu lieu le 21 janvier 1858. Depuis ce moment, la malade à des douleurs dans le bas-ventre, dans les reins, des étourdissements et des palpitations; il y a quinze jours que, sans cause appréciable, elle a été prise de fièvre, de toux, et de gêne plus graude de la respiration.
29 juillet. Lèvres pâles, figure un peu anxieuse avec une teinte blafarde; peau
médiocrement chaude, pouls à 100 puis, environ, irrégulier, intermittent; battements du cœur très-violents et très-tumultueux, présentant des bruits anormaux dont il est impossible d’apprécier la valeur diagnostique ; 24 respirations; matité dans toute la moitié inférieure droite; respiration soufflante et râles crépitants un peu éloignés de l’oreille; bronchophonie.
4 août. Au toucher, l’ulérus paraît fixé à gauche aux parois du bassin, et par le toucher rectal, on constate encore mieux les adhérences à gauche; en avant d'elles, on trouve un corps noueux chagriné, qui est probablement l’ovaire (par un oubli regrettable , on n’a pas signalé ce que l’on trouvait du côté droit de l’utérus); gène considérable de la respiration, 36-40 respir. ; battements tumultueux à la région précordiale; impulsion très-vive du cœur; pouls à peine sensible à la radiale, 96-100 puis. Au milieu du tumulte des bruits du cœur, on perçoit un bruit de souffle au premier temps; distension des veines du cou; râlement trachéal, râles nombreux dans la poitrine. — Potion avec sirop d’ipéca. 30 grammes, et sulfate de cuivre, 1 gramme.
Morte le 24 août 1856.
Autopsie. Outre une pleurésie, une apoplexie pulmonaire, etc., on trouve une légère insuffisance aortique et un rétrécissement considérable de l’orifice mitral, avec hypertrophie du cœur. Voici les lésions qu’on rencontre du côté des organes de la génération :
Libre, en avant, de toute adhérence, l’ulérus est fixé, en arrière, dans toute son étendue, à la face antérieure du rectum par la présenée de tractus fibreux très-courts, circonscrivant entre eux des espaces, les uns vides , les autres remplis de sérosité. L’V iliaque est adhérente le long du bord supérieur de l’utérus ; la trompe gauche, recourbée de bas en haut et de dehors en dedans, vient adhérer à l’A iliaque du côlon, embrassant dans ce trajet l’ovaire correspondant, qui est au moins triplé de volume, et contient dans son intérieur trois grandes cuillerées de pus épais, phlegmoneux ; le tissu de l’ovaire est complètement détruit, et la face interne du foyer est doublée par une membrane tomenteuse. En détachant l’utérus de la face antérieure du rectum, on déchire les espaces pseudo-membraneux dont il a été question, et on ouvre ainsi une grande quantité de foyers séreux. A droite, la trompe et l’ovaire sont soudés l’un à l’autre, et forment une masse surmontée de kystes, aux parois minces et transparentes, contenant de la sérosité citrine, et d’un volume variant de celui d’un pois à celui d’une aveline, au nombr e de dix au moins.
La trompe droite est fortement distendue, et ressemble à une petite anse intestinale remplie de pus ; sa membrane interne est épaissie et fortement injectée.
L’ovaire droit est atrophié, et contient plusieurs foyers remplis de caillots et d'autres remplis de sérosité.
La trompe gauche est libre par son pavillon, et présente les mêmes altérations que la trompe droite, quoique avec un degré moindre.
Enorme hypertrophie des parois de la vessie, avec dilatation variqueuse du bas-fond.
Col effacé, largement entr’ouvert ; utérus renfermant à son intérieur un peu de mucus sanguinolent; distension très-marquée des vaisseaux. Sa longueur totale est de 8 centimètres.
Réflexions. L’accouchement n’est-il pas encore ici le point de départ de la périmétrite , et n’est-on pas frappé de la gravité des lésions des annexes, comparativement à celles de l’utérus lui-même?