‹ De la fréquence des altérations des annexes de l'utérus dans les affections dites utérinesChapitre 15 sur 24 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Tuberculisation des poumons, des plèvres, du péritoine, et des annexes de l'utérus.

H (Olympe), âgée de 36 ans, couturière, est entrée à l’hôpital Saint-Antoine,

salle Sainte-Thérèse, n° 6 (service de M. Aran), le 24 mai 1858, et est décédée le 28 juin 1858.

Constitution faible, détériorée; tempérament lymphatique. La mère de celle malade est morte d’un catarrhe pulmonaire ; quant à elle, sa santé a toujours été faible et délicate ; elle n’a cependant jamais eu de glaudes, ni de gourmes , ni d’abcès scrofuleux. Elle a été réglée à 20 ans, régulièrement et sans flueurs blanches ; elle a eu huit enfauts depuis l’âge de 25 aus, et le dernier, il y a dix mois : elle l’a nourri malgré les conseils d’uu médecin. Elle a conservé depuis son dernier accouchement des pertes blanches , accompagnées de douleurs assez vives dans les reins et le bas-ventre ; les règles n’ont pas reparu. Elle est plus malade depuis cinq semaines : fièvre presque continuelle, sensibilité à la pression dans la fosse iliaque droite; peau sudorale; vagin très-chaud; utérus fortement abaissé : le col est en avant et le corps en arrière; tous deux semblent.volumineux. Orifice enlr’ouvert, granuleux, irrégulier; rénitence dans le cul-de-sac droit, sans tumeur évidente ; constipation habituelle, mais diarrhée depuis cinq semaines. Le toucher rectal ne fait reconnaître qu’uue masse diffuse englobant 1 utérus sans qu’on en puisse rien distinguer; il existe en outre les signes évidents d’une tuberculisation pulmonaire double très-avancée. Morte le 28 juin 1858.

Autopsie. Enormes cavernes aux deux sommets, avec tubercules disséminés dans le parenchyme pulmonaire et les plèvres. Rien d’anormal au cœur, foie gras; reins un peu graisseux , eu voie de transformation granuleuse; péritonite tuberculeuse généralisée, avec adhérences membraneuses.

Tous les organes pelviens sont soudés par des adhérences, et l’<S iliaque est tombée dans la cavité du bassin, où elle est fixée.

L’utérus est en rétroversion légère, le col dirigé à gauche et le corps à droite ; les annexes sont placées eu arrière et le long du bord supérieur de l’utérus , tju’elles coiffent presque complètement dans sa-<moitié gauche; la trompe est adhérente par son pavillon à la face postérieure de l’utérus, au niveau de la réunion du col avec le corps.

Eu déchirant ces adhérences, on trouve qu’elles sont infiltrées de matière tuberculeuse jaunâtre , et la trompe se présente sous la forme d’un conduit gros comme le petit doigt, flexueux et sinueux, épais et résistant, injecté à la surface, surtout près du pavillon ; elle est distendue par une matière tuberculeuse jaunâtre, ressemblant à du fromage un peu mou; elle recouvre de se? sinuosités l’ovaire, qui a conservé son volume normal : celui-ci est criblé de cicatrices déprimées, et mesure Om,()35 sur 0ra,015 de largeur ; son parenchyme est pâle, et les follicules sont peu nombreux.

Du côté droit, les annexes sont situées sur la partie latérale inférieure du corps de l’organe, perdues aü milieu d’adhérences qui les recouvrent, au milieu desquelles la trompe se reconnaît, quoique moindre que celle du côté opposé; le pavillon est également adhérent à la réunion du col et du corps à la partie postérieure de l’utérus; les circonvolutions de la trompe sont encore bien plus serrées que celles du côté opposé, et renferment également de la matière tuberculeuse ramollie. L’ovaire est en contact avec le plancher du bassiu; son tissu est mou, injecté, renferme très peu de vésicules, et est entouré d’un grand nombre de vaisseaux dilatés. La vessie est épaissie et offre de nombreuses dilatations veineuses ; de la matière tuberculeuse est déposée en assez grande quantité derrière l’utérus , dans le cul-de-sac utéro-rectal , et empêche de reconnaître les ligaments de Douglas.

L’orifice du col est largement entr’ouvert, la lèvre antérieure plus volumineuse que la postérieure. Le col a subi un mouvement de torsion, par lequel l’orifice se présente sous la forme d’une fente oblique de droite à gauche et d’avant en arrière ; sa largeur est de 0m,030 ; son épaisseur, de 0m,30, et l’orifice mesure 0m,024. D’avant en arrière, l’utérus mesure 0m,040. L’hypertrophie porte surtout sur la paroi postérieure, qui est de 0“’,024 , tandis que l’antérieure n’est que de 0m,016; tissu utérin congestionné. La muqueuse est recouverte d’une

matière blanche, semblable à celle qui remplit les trompes ; elle forme une couche de 0m,001 dans toute la cavité du corps , et cesse brusquement au point où finit cette cavité, qui mesure 0m,035 de haut en bas, et qui parait un peu dilatée dans les autres sens. Les orifices internes des trompes sont dilatés, mais non au point d’y faire passer un stylet. La cavité du col n’a que 0m,025 ; elle est parfaitement saine.

Réflexions. Je pense qu’il serait difficile de citer un plus bel exemple de tuberculisation généralisée, puisqu’elle avait même envahi les fausses membranes qui remplissaient le petit bassin. N’estce pas la meilleure preuve que nous puissions donner de la coïncidence de la phthisie pulmonaire avec la tuberculisation des trompes?

OBSERVATION Vil.

Périmétrile aiguë , ouverture spontanée d’un foyer purulent dans le rectum ; guérison.

B (Catherine), couturière, âgée de 23 ans, est entrée à l’hôpital Saint-An-

toine, dans le service de M. Aran, le 30 mai 1859, et en est sortie guérie le 28 juin de la même année.

Celte femme est d’une constitution forte et robuste, d’un tempérament Jymphatico-sangnin : elle a les cheveux noirs, les yeux vifs, animés, brillants; elle est très-nerveuse, quoiqu’elle n’ait cependant jamais eu de grandes attaques de nerfs; elle était abondamment réglée, etses sœurs aussi. Sa mère, ayant eu quatorze enfants, est morte hydropique, à 65 ans, après quatorze mois de maladie. Eile n’a jamais eu de glandes engorgées sous le cou, ni d’abcès. Il n’existe aucun antécédent diathésique.

Elle a été réglée à 16 ans, régulièrement, sans douleurs ni tlueurs blanches. Dès le début, la menstruation durait de cinq à huit jours. Les premiers rapports s.exuels ont eu lieu à 17 ans; trois années après elle fit une fausse couche double à six mois de grossesse..... Elle s’est levée le septième jour, parfaitement rétablie et ne souffrant nulle part; mais, à partir de ce moment, les règles sont devenues douloureuses et plus abondantes, quelquefois mêlées de caillots et suivies de flueurs blanches. La douleur avait surtout son siège au-dessus du pli de l’aine gauche et redoublait quelques jours avant les règles, pour diminuer graduellement quelques jours après la cessation du flux menstruel.

Cependant les digestions ont toujours été bonnes, les déjections régulières, excepté depuis un mois qu’il existe de la constipation; quelques battements de cœur en montant les escaliers ; pas de toux habituelle, et jamais de crachements de sang.

Il y a un peu moins d’un mois que, sans cause connue, immédiatement après une époque menstruelle, la malade fut prise d’une douleur plus vive que jamais, audessus du pli de l’aine gauche, avec fièvre, agitation la nuit, et quelques envies de vomir. Depuis ce moment, elle n'a pu se tenir levée; les douleurs ont persisté dans le bas-ventre et s’irradient le long de la face externe du fémur, dans ia direction de la branche fémoro-cutanée; les flueurs blanches sont devenues très-abondantes, et la malade entre enfin à l’hôpital, dans l’état suivant :

31 mai. Embonpoint conservé ; un peu de pâleur ; pouls faible, à 94-96 ; 24 respirations; langue blanche, humide ; pas d’appétit ; soif assez vive; constipation depuis huit jours; cœur d'un volume normal; bruit de souffle très-intense à sa base et sur les parties latérales du cou; diminution du son sous la clavicule droite, respiration forte et rude à ce niveau.

Distension de la partie inférieure de l’abdomen ; sensibilité très-vive à la région hypogastrique, et surtout à la pression de la fosse iliaque gauche, où l’on sent une tumeur qui déborde en haut de trois travers de doigt le ligameut de Faliope; celte tumeur paraît arrondie et la sonorité est conservée, quoique diminuée à ce niveau. Le vagin est très-chaud, baigué de mucosités abondantes; col très-volumineux, presque triplé de volume, avec épaississement considérable de la lèvre antérieure; sillon postérieur au niveau de la jonction du col et du corps ; celui-ci semble incliné en arrière; dans le cul-de-sac gauche, on sent une tumeur rebondie, dure, douloureuse au toucher, et que l’on peut circonscrire entre la main appliquée sur l’abdomen et le doigt introduit dans le vagin; elle semble embrasser ce cul-de-sac en passant par derrière, et s’avancer à droite, de manière qu'entourant incomplètement l’utérus, elle refoule ceL organe à droite, où il est fixé.

Le toucher rectal est douloureux, le doigt trouve une tumeur volumineuse située sur le côté gauche de l’utérus, dont le corps, porté en arrière, est toutefois séparé par un sillon. Il y aurait donc un intervalle entre l’utérus et la tumeur; celle-ci, dont le volume est évalué à celui d’une grosse orange, remplit l’excavation du bassin à gauche et a refoulé l’utérus à droite, où l’on sent des adhérences qui donnent lieu à une rénitence manifeste. — 20 sangsues sur la fosse

iliaque gaùche.

Julep avec : Huile de ricin 30 grammes.

Sirop nerprun. ...... 30 —

Huile de croton 2 gouttes.

i*1’ juin. Soulagée par les sangsues et de nombreuses évacuations, ou applique encore 10 sangsues sur la fosse iliaque gauche ; cataplasmes.

Le 2. A beaucoup souffert hier ; un peu plus calme ce matin; 80 pulsations; pas de chaleur à la peau; un peu de pâleur; sensibilité extrêmement vive à la fosse iliaque gauche; la tumeur, plus appréciable encore à la palpation abdominale, déborde de trois travers de doigt le ligament de Fallope. — Frictions mercurielles (ter) ; cataplasmes, et 6 pilules avec :

Extrait tbébaïque 0,20

Calomel 0,20

Le 3. La malade est prise, dans la matinée, d’un besoin impérieux d’aller à la selle, et, après des matières solides, elle a rendu une assez grande quantité de pus avec quelques caillots; depuis, elle se sent très-soulagée, et la tumeur a notablement dimiuué, quoiqu’on la sente encore par la palpation abdominale; besoins fréquents d’aller à la garde-robe; peau fraîche, 76 pulsations, 20-24 respirations; un peu d’agacement dans les dents. — Même prescription.

Le 6, la salivation commence à s’établir, et la tumeur est de moins en moins grosse et douloureuse.

Le 8. La salivation est pleinement établie; le ventre esl devenu peu douloureux, même à la pression. — Suppression des pilules et des frictions ; julep chlorate de potasse, 4 grammes.

Le 4. Se trouve très-bien ; salivation arrêtée ; 72 pulsations ; face calme, naturelle; pas de chaleur à la peau; 20 respirations. La tumeur ne se retrouve plus à la palpation abdominale; à peine sent-on une rénitence profonde; induration dans le cul-de-sac latéral gauche avec prolongement de cette rénitence en avant et en arrière du col, qui semble ainsi se dégager d’une sorte de gangue inflammatoire; mouvement latéral gauche douloureux et très-limité; col énorme; par le toucher rectal, on sent la rénitence dans laquelle est englobé et immobilisé l’utérus.

Le 17. Très-bon état; pas de douleur dans le ventre, malgré l'empâtement qui persiste. La malade prend un bain tous les jours.

Le 28. Se trouve bien ; pas de tumeur appréciable dans le ventre ; mais persistance de l’empâtement autour de l’utérus ; col volumineux, présentant autour de son orifice de petits mamelons ; par le rectum, ou ne trouve plus que des adhérences des brides qui immobilisent l’utérus. Exeat sur sa demande.

Réflexions. Nous retrouvons encore ici l’influence de l’accouche-

ment sur les annexes de l’utérus, et celle de la menstruation sur la marche de la maladie la faisant passer de l’état chronique à l’état aigu; le mode de terminaison nous paraît aussi digne d’intérêt.

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