‹ De la fréquence des altérations des annexes de l'utérus dans les affections dites utérinesChapitre 22 sur 24 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Périmëtrite ancienne , déviation de l’utérus, chlorose , péritonite survenue à la suite de l'introduction

de l’hystéroinètre; mort, autopsie.

V (Mélanie) , 28 ans, couturière, entrée à l’hôpital le 10 août, décédée le

14 du même mois.

Cette femme est d’une assez bonne constitution, d’un tempérament lymphatique; elle a eu quelques maladies graves (croup, choléra, fièvre typhoïde). Réglée à 14 ans, sans douleurs ni llueurs blanches, elle a eu deux enfants, le dernier il y a sept ans; accouchement heureux. Six semaines ou deux mois après l’accouchement, elle a commencé à éprouver des douleurs avec gonflement clans le bas-ventre. Elle fut traitée, chez M. Piedagnel, par les antiphlogistiques loco dolcnti , sortit au bout de six semaines en assez bon état, conservant néanmoins un peu de douleur dans le côté gauche du bas-ventre, avec gonflement de temps en temps. A la fin de 1856, à la suite de fatigues , elle a commencé à souffrir davantage dans le côté gauche et les reins, en même temps que les règles ont présenté des irrégularités; constipation habituelle, miction dificile depuis un mois, suivie de cuisson à la vulve; flueurs blanches; rapprochements sexuels douloureux depuis quatre mois : les douleurs ne paraissent qu’après le coït et durent une journée; maux d’estomac depuis sept ou huit mois, avec nausées, gonflement, leuteur des digestions ; fièvreet frissonsde temps en temps; palpitations de cœur en montant les escaliers.

Douleur et faiblesse dans le membre inférieur gauche, gênant la marche et augmentant par la simple position verticale.

1 1 août. État actuel. Embonpoint conservé et même augmenté : la malade a gagné 19 livres en neuf mois; pouls faible , 76 pulsations; céphalalgie fréquente, bruit de souffle intermittent avec redoublement sur les parties latérales du cou.

Col de l’utérus, d’un volume considérable, dirigé en avant et un peu en haut, déchiqueté, bosselé, irrégulier, entr’ouvert, formé de nombreuses saillies qui semblent s’emboîter les unes les autres; induration considérable.

Corps de l’utérus porté en arrière dans la concavité du sacrum, qu’il remplit en partie; sillon postérieur très-marqué. Le toucher rectal confirme l’existence de la rélr oflexion ; pas de matières dans la portion du rectum placée au-dessous de l’utérus rétrofléehi. Impossibilité de redresser la courbure en pressant sur la portion fléchie ; avec un doigt placé dans le rectum et l’autre dans le vagin, on parvient sans difficulté à faire basculer l’organe, mais non à le ramener dans a rectitude.

Mêmes caractères au toucher vertical qu’au toucher horizontal.

Au spéculum, le col présente un aspect bosselé, mais moins prononcé qu’au toucher, et un orifice presque perpendiculaire par rapport au col, et que la sonde montre n’être que l’ouverture d’un follicule. La sonde pénètre avec facilité la concavité de la courbure, en bas, dans le col, circonscrit par une exulcéralion ; profondeur à laquelle pénètre l’hystéromètre, 7 centimètres et demi : ou' ramène une certaine quantité de sang el de mucus. Impossibilité de redresser avec la sonde le fond de l’utérus, qui reste fixé même dans les mouvements de latéralité qu’on cherche à lui imprimer.

Le 12. Hier, gonflement du ventre sans douleur bien vive. Frisson ce matin, avec claquements de dents, suivi de fièvre; peau chaude et sèche; 108 pulsations. Langue collante, soif ardente, envies de vomir. Ventre non tendu; sensibilité très-vive du bas-ventre à la pression. — 30 sangsues à l’hypogaslre ; julep, huile de ricin, 30 gr., et huile de croton, 2 gouttes.

Le 13. La malade n’a pas été calmée par les sangsues. Quelques vomissements, évacuations alvines abondantes. Soif vive, altération des traits ; 76 respirations plaintives; pouls misérable, à 120 pulsations; douleurs extrêmement vives dans l’abdomen, et surtout dans les fosses iliaques; utérus très-sensible au moindre mouvement; rétention d’urine depuis hier malin; nausées, vomissements bilieux de temps en temps ; matité dans les parties déclives de l’abdomen.

Le 14. Les vomissements et les douleurs du ventre ont continué ; altération profonde des traits; voix éteinte, lange froide, pouls misérable à la radiale.

Morte le 14 août, à dix heures du matin.

Autopsie. A l’ouverture de l’abdomen, on trouve des anses intestinales vivement injectées, mais non soudées par de fausses membranes. A mesure qu’ou approche du petit bassin, on trouve les intestins fortement vascularisés et une certaine quantité de pus épais, sans aucune trace de fausses membranes. Quelques cuillerées de pus se trouvent dans la région des flancs.

Vu par le haut du petit bassin, l’utérus se montre sous la forme d’une voûte à courbure postéro-inférieure, avec des adhérences en arrière. Les deux trompes sont accolées contre le rebord du bassin Les intestins étant enlevés, l’utérus conserve la même position, reste toujours éloigné par son fond de la circonférence postérieure du bassin.

De la face postérieure de l’utérus, au voisinage de son fond, se détache une bride, longue de près de 0,04 centimètres, filamenteuse, aplatie, transparente ; cette bride va s’insérer, par une base triangulaire, sur la face antérieure îdu rectum.

Au fond du sinus formé par l’angle de la courbe postérieure de l’utérus ,

existent trois groupes d’adhérences, uu médian et les deux autres latéraux, qui, joints à la bride déjà décrite, empêchaient l’utérus d’être redressé. On peut vérifier, du reste, qu’à mesure qu’on porte le corps en avant, le col se porte en arrière. Néanmoins il est possible d’arriver à un certain degré de redressement; mais il reste toujours un sillon.

La courbure de l’utérus n’est pas angulaire, mais arrondie; elle commence un peu au-dessus de la réunion du col et du corps. Injection très-vive à la surface de l’ovaire gauche, qui mesure 0,05 de long sur 0,015 de large. Sou tissu est dense, présente quelques vésicules de de Graaf et quelques ecchymoses avec des caillots. L’ovaire et la trompe sont soudés l’un à l’autre par des adhérences filamenteuses. Raccourcissement considérable du ligament de l’ovaire.

La trompe, par suite, est fortement recroquevillée sur elle-même: son pavilon, d’un rouge-brun, vivement injecté ; quand on la presse, il s’en échappe du mucus comme purulent.

En ouvrant la trompe, on la trouve pleine de pus dans sa moitié externe, sans que la membrane interne présente d’injection.

La trompe et l’ovaire droits sont soudés l’un à l’autre par des adhérences filamenteuses anciennes, mais bien plus serrées qu’à gauche ; et tandis que la trompe gauche est très-courte, la droite mesure 0,11 centimètres. Son calibre est sensi blement augmenté; elle est perméable dans presque toute son étendue, et contient partout du pus, sans que sa membrane interne soit injectée.

Les orifices des trompes, dans la cavité utérine, ne sont pas dilatés et ne laissent s’écouler aucun liquide, quand ou presse sur les trompes de dehors en dedaus.

L’ovaire droit est très-dense, très-fortement injecté à l’extérieur, et mesure 6 centimètres; il est creusé, à l’intérieur, de nombreuses cavités, dont quelquesunes contiennent des caillots. Le stroma est plus résistant que d’habitude.

V u du côté du vagin, le col présente une forme conique, constituée par une lèvre supérieure très-épaisse, qui mesure à sa base 3 centimètres sur 0.015 millimètres de haut en bas, et une lèvre inférieure subdivisée en deux saillies secondaires.

L’orifice ressemble à une fente dirigée obliquement de haut en bas et de gauche à droite.

Par suite de l’écartement des deux lèvres, une grande partie de la cavité du col se trouve à découvert.

Longueur totale de l’utérus, 8 centimètres.

Largeur d’une trompe à l’autre, 5 centimètres. Longueur du col, jusqu’à sa réunion avec le corps, 3 centimètres et demi. La cavité du corps mesure 0,042 millimètres et celle du col 0,030 millimètres.

Une certaine quantité de sang coagulé existe dans la cavité interne de l’utérus, au voisinage de l’orifice des trompes; mais ce qui est surtout remarquable, c’est l’épaississement de la muqueuse (2 millimètres) au voisinage des trompes.

L’injection de la muqueuse est générale et s’étend aussi au tissu de l’utérus plus mou, plus rosé que d’habitude.

Au niveau du sillon, le tissu utérin n’a subi aucune modification, ni en avant, ni en arrière, si ce n’est que l’épaisseur de la partie postérieure à ce niveau est de 3 à 4 millimètres plus considérable en avant qu’en arrière.

Cœur petit, rétracté; poumons très-sains. Rien à dire du foie, de la rate et des reins.

Il n’est pas possible de méconnaître l’influence directe de l’introduction de l’hystéromètre sur la production de la péritonite à laquelle a succombé la malade. Les détails de l’autopsie ne montrentils pas le danger du cathétérisme dans les déviations de l’utérus , lorsqu’il existe des brides ou des adhérences?

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