‹ De la galvanocaustie thermiqueChapitre 12 sur 32 · LE MODÉRATEUR · texte numérisé non relu

LE MODÉRATEUR

Middeldorpf avait déjà cherché à remplir cette indication au moyen de son commutateur. Mais s'il diminue l'intensité du courant, c'est en en augmentant la tension; d'ailleurs le commutateur agit par saccades et ne permet pas d'affaiblir graduellement le courant en proportion du rétrécissement de l'anse coupante.

M. Broca a senti également l'importance du problème, sans parvenir à le résoudre d'une façon satisfaisante; après avoir essayé le serre-nœud gradué de Grenet, il l'a abandonné et recommande simplement de cesser l'insufflation d'air, qui active la marche de sa pile, ou de soulever le zinc plus ou moins avec la main, pour diminuer sa surface d'immersion.

Dans la pile de Leiter on peut déplacer l'un des réophores, de îaçon à éliminer successivement un ou plusieurs couples.

La disposition de notre pile permet déjà une graduation plus régulière et moins saccadée, puisque tous les couples sont suspendus à une planchette qui monte et descend sur une tige centrale à pas de vis trèsallongé. Avec quelques tours de manivelle on peut retirer complètement les éléments hors du liquide acidulé ou les y plonger à n'importe quel degré.

MODÉRATEUR REDSLOB.

Je me préoccupai cependant de trouver un véritable modérateur permettant de régler d'une façon encore plus sûre et surtout plus prompte la force du courant. Après divers essais, M. Redslob me construisit l'instrument suivant (voy. pi. I, fîg. 2), qui me paraît répondre à toutes les exigences : sur les deux côtés d'une planchette de sapin E sont disposés deux longs fils d'argentan faisant chacun 50 méandres. Ces deux fils ne communiquent que par l'entremise d'une paire de roues massives en cuivre F réunies par un axe de même métal, et cette espèce de chariot peut rouler librement d'un bout à l'autre de l'échelle constituée par les fils d'argentan.

Le système est intercalé dans l'un des réophores, et selon qu'on roule le chariot de l'une des extrémités de la planchette vers l'autre, on fait passer le courant par toute la longueur des deux fils ou seulement par une faible portion. Or l'argentan est de tous les métaux le

plus mauvais conducteur et les nombreux coudes des fils augmentent encore leur résistance au passage du courant. Celui-ci peut donc être affaibli ou augmenté très-rapidement et sans interruption, rien qu'en faisant rouler la paire de roues d'un côté ou de l'autre. En les soulevant, le courant cesse instantanément. La manœuvre de cet appareil est bien plus facile que sa description; pour la simplifier, les différents coudes du fil sont gradués de 100 à 1. Ces chiffres n'indiquent aucune valeur absolue, mais seulement la force relative du courant envoyé par la pile. Le chirurgien n'a donc qu'à commander la manœuvre en nommant un chiffre et l'aide peut aussitôt exécuter l'ordre en communiquant une légère impulsion aux roues.

Pour vérifier le fonctionnement de ce modérateur, on n'a qu'à faire l'expérience suivante : Préparez l'anse la plus longue que votre pile puisse chauffer et placez vos roues sur le numéro 100 du modérateur, elle deviendra aussitôt incandescente et menacera peut-être de fondre. Roulez alors les roues de 100 à 80, 60, 20, et l'anse passera du rouge vif au rouge cerise, au rouge sombre, pour se refroidir complètement à 0, alors que les roues ont quitté le fil; ajoutons que le courant, avant de passer dans le fil d'argentan, traverse un cadre métallique, qui entoure une aiguihe d'inclinaison G, dont la déviation indique- que la pile fonctionne.

Depuis que j'emploie cet instrument, il ne m'est plus jamais arrivé de rompre une anse de platine.

Mais si le modérateur permet de graduer le courant, il ne dit rien de son intensité absolue ni de la rapidité

plus ou moins considérable avec laquelle l'anse va diviser les tissus. Or c'est un point important à considérer, puisque nous avons vu que les instruments galvanocaustiques chauffés à blanc coupent les parties comme un rasoir et sans arrêter le sang, ce qui est cependant le but principal de la méthode.

Il n'y a aucun instrument qui puisse indiquer le degré de rapidité de la section; car cela ne dépend pas seulement de l'intensité du courant et du volume du pédicule, mais surtout de la nature des tissus à diviser. On est obligé de s'en rapporter à la fumée qui se dégage et à la résistance qu'on éprouve à serrer la vis du serre-nœud. Si l'on désire une section lente et par conséquent une escarre épaisse, il faut affaiblir le courant au moyen du modérateur aussitôt qu'il se dégage un léger nuage de fumée de la rainure dans laquelle le fil est engagé. Quand la fumée cesse et qu'on ne peut plus tourner la roue du serre-nœud, on commande quelques degrés de plus, mais en ayant soin de faire de nouveau diminuer le courant aussitôt que la fumée se redégage. De cette façon j'ai obtenu des escarres d'un centimètre d'épaisseur, qui m'ont paru même trop considérables dans certaines circonstances.

Un autre phénomène très-important à connaître dans le maniement du serre-nœud, c'est que le fil de platine ne commence à s'échauffer qu'à un centimètre au delà des canules du porte-hgature. Si vous considérez une anse libre traversée par le courant, vous verrez que l'incandescence cesse à un centimètre de l'orifice des canules. Il en résulte que, lorsqu'à force de rétrécir

l'anse, celle-ci ne forme plus qu'une saillie d'un centimètre, elle noircit, et vous aurez beau forcer le courant, que vous avez été obligé de diminuer graduellement jusque-là, vous ne parviendrez pas à couper les dernières fibres de la tumeur; toute la chaleur se communique au porte-ligature. Cette circonstance embarrasse quelquefois l'opérateur novice; mais il suffit d'allonger l'anse de quelques crans pour la voir rougir ou d'avoir interposé au préalable un corps étranger, comme nous l'indiquerons plus bas.

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