‹ De la galvanocaustie thermiqueChapitre 13 sur 32 · EFFETS DE L'ANSE GALYANOCAUSTIQUE SUR LES TISSUS VIVANTS · texte numérisé non relu

EFFETS DE L'ANSE GALYANOCAUSTIQUE SUR LES TISSUS VIVANTS

Le fil de platine rougi par le courant coupe par une légère pression tous les tissus, même des os spongieux. Middeldorpf a divisé de cette manière le rebord alvéolaire et une phalange d'un jeune enfant. Quant aux os compactes d'adulte, on peut les calciner au point de les rendre friables, comme le démontrent les expériences de M. Sédillot.

L'escarre produite revêt la plaie et les extrémités nerveuses d'une couche protectrice, non absorbante, qui empêche presque complètement la douleur et donne lieu à une réaction fébrile nulle ou très -minime. M. Sédillot a été le premier à insister sur ces avantages de la galvanocaustie, Tl s'est appuyé sur plusieurs obser-

vationS;, dont trois amputations de jambe au tiers inférieur pratiquées avec le fil incandescent.

L'épaisseur de Vescarre dépend de la rapidité avec laquelle la section a été effectuée et par conséquent de la chaleur du fil et du degré de pression qu'on lui communique. Avec notre modérateur^ en allant très-lentement, on peut obtenir des escarres d'un centimètre d'épaisseur; mais, en chauffant fortement le fil et en hâtant la constriction , elles ont à peine un millimètre et se réduisent à une mince pellicule. Ces escarres subissent un sort variable, selon la partie du corps qu'elles occupent et le traitement auquel on les soumet. Placées à la surface du corps et exposées à l'air, elles se dessèchent et se raccornissent jusqu'à ce que la suppuration les élimine. Par contre, celles qui siègent dans les cavités muqueuses, dans la bouche, le vagin, le rectum, etc., et qui y sont soumises à une chaleur humide continue, se dissocient en quelques jours et tombent en putrilage.

Après plusieurs opérations sur la langue et la matrice, oii je m'étais évertué à avoir des escarres aussi épaisses que possible, il m'a fallu user des désinfectants sur une très-vaste échelle pour combattre la putridité. (Voir les Observations à la fin de cet ouvrage.)

C'est, du reste, un fait connu en chirurgie que le mélange de salive et de pus est tout particulièrement fétide. Dans ces régions, il ne faut donc pas exagérer inutilement l'épaisseur de l'escarre.

ESCARRES INTRA-PERITONEALES.

Par contre, les escarres enfermées dans la cavité péritonéale, si elles ne sont pas trop considérables, paraissent susceptibles de se résorber sans suppuration. C'est Clay (de Manchester) qui a établi ce fait en divisant les adhérences des kystes ovariques au moyen d'un petit cautère en hachette chauffé au rouge brun sur une lampe à alcool. Les ovariotomies pratiquées d'après cette méthode ont donné des résultats tout aussi favorables que celles où les adhérences avaient été divisées d'une autre manière.

J'ai vu également M. Kœberlé se servir quelquefois du cautère de Clay, et quoiqu'il y ait renoncé depuis, ce n'est pas qu'il ait reconnu de grands inconvénients à ces petites escarres intra-péritonéales.

D'autres chirurgiens sont allés plus loin. Ainsi Baker- Brown a divisé le pédicule ovarique avec le cautère en hachette et l'a réduit dans la cavité abdominale. Tyler- Smith le lie, coupe court les fils à ligature et le réduit également. Leurs méthodes d'opérer, à ce qu'il paraît, ne donnent pas des résultats beaucoup plus défavorables que la méthode ordinaire, extra-péritonéale. Spencer Wells, qui a employé comparativement les deux méthodes, reconnaît cependant à la dernière une légère supériorité.

Krassoiusky (de Saint-Pétersbourg) et son chef de chnique, Masslowski, ont expérimenté sur des chiens et ont reconnu l'innocuité des escarres intra-péritonéales chez ces animaux {Petershurger medizinische

Zeitschrift, 1866, fascicule 7). Il paraît même que Krassowsky a opéré plusieurs kystes ovariques, en coupant le pédicule avec l'anse galvanocaustique. Mais je n'ai pas pu remonter à la source pour vérifier ces assertions.

En 1868/ Spiegelberg et Waldeyer (de Breslau, in Archiv fur pathologische Anatomie, de Virchow, 1868, vol. XXIV, p. 69) ont répété les expériences des chirurgiens russes et sont arrivés aux mêmes conclusions. Ils ont divisé avec le cautère galvanocaustique en porcelaine les deux cornes de l'utérus, de façon à produire des escarres épaisses, et puis ont refermé la plaie abdominale. Les chiens ont tous survécu, sauf un qui avait arraché les sutures. En sacrifiant l'un d'eux au bout de 22 jours, ils ont constaté que l'escarre s'était complètement résorbée, à l'exception de quelques parcelles de charbon disséminées dans les adhérences. J'ai répété les mêmes expériences en coupant avec l'anse galvanocaustique tantôt la rate, tantôt la matrice ou le grand épiploon, ou encore l'un des reins, et je n'ai perdu aucun animal de péritonite. Le détail de ces expériences est rapporté dans le chapitre suivant.

De Bruns {Galvanochirurgie , loc. cit.) a essayé la section galvanocaustique d'un pédicule ovarique, mais a été arrêté par une hémorrhagie primitive. Dans une opération du même genre, j'ai éprouvé le même accident, mais avec certaines précautions indiquées plus bas (voy. Obs. 26), je crois qu'on arrivera à l'éviter et que la méthode galvanocaustique pourra s'appliquer avec avantage dans les ovariotomies.

De tous ces faits on est autorisé à conclure que, même chez l'homme, une escarre galvanocaustique d'une épaisseur moyenne peut se réduire impunément dans la cavité abdominale et qu'il n'en résultera pas nécessairement une inflammation suppurative. C'est ce que j'ai eu l'occasion de vérifier sur le vivant dans une opération d'épiplocèle, oii l'expérience se fit en quelque sorte malgré moi. (Voy. Obs. 20.)

Une large portion d'épiploon, divisée avec le cautère électrique, se réduisit spontanément dans le péritoine. Il n'en résulta ni inflammation, ni suppuration. Le ventre resta plat et indolore; seulement, au bout de quelques jours, on sentit au niveau de l'épiploon rétracté une légère induration occasionnée, sans doute, par des fausses membranes englobant l'escarre. Au bout d'un mois, toute induration avait disparu sans laisser de traces soit physiques, soit fonctionnelles.

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