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DES PILES

La galvanocaustie thermique exige des piles à action chimique vive et à grande surface pour fournir un courant d'une intensité suffisante. De plus, le courant doit rester constant pendant le temps nécessaire à l'opération et à ses préparatifs. Sans doute, l'opération ellemême ne demandera jamais plus de quelques minutes; mais il faut que la pile fonctionne avant ce moment pour qu'on puisse s'assurer de sa force; puis il s'agit d'anesthésier le malade, de mettre le serre-nœud en place, ce qui peut exiger des manipulations assez longues;

enfin il peut survenir des complications et des retards imprévus. De toute façon il est nécessaire que la pile soit en état de fonctionner pendant une heure au moins, pour que le chirurgien ne soit pas exposé à des mécomptes au moment le plus important.

Middeldorpf a choisi une pile composée de quatre couples de Grove (zinc et platine), qui ont l'avantage de donner un courant assez constant. Au moyen d'un commutateur fort ingénieux, il peut changer presque instantanément l'accouplement de ces éléments, de façon à les disposer soit en surface, soit en tension.

Cette pile est fort chère et pour cette raison on lui préfère aujourd'hui en Allemagne celle de Bunsen (zinc et charbon) , qui donne bien un courant très-intense au début, mais fort inégal et peu constant à la longue.

La pile employée par Leiter est formée par quatre éléments de Bunsen, réunis dans une caisse très-élégante en caoutchouc durci. Les réophores peuvent être déplacés de façon à éhminer rapidement un ou plusieurs couples.

M. de Bruns s'est arrêté en dernier heu à deux éléments, fer et zinc, ce dernier de 20 centimètres carrés de sm'face.

Toutes ces piles sont à deux liquides (acide sulfurique et acide nitrique) et exigent un acide nitrique trèsconcentré, qui ne peut servir utilement qu'une seule fois. Il en résulte pour toutes une série d'inconvénients : cherté et difficulté du chargement ainsi que du nettoyage; puis surtout émanations de vapeurs nitreuses très-incommodes, sinon dangereuses pour le malale et ses assistants.

M. Broca a cherché avec raison à obtenir un courant d'une intensité suffisante, au moyen d'une pile à un seul liquide, que M. Grenet lui a fournie. Elle se compose de deux couples, zinc et charbon, plongés dans de l'acide sulfurique étendu et renfermant des cristaux de bichromate de potasse. Il est nécessaire toutefois d'activer le courant en insufflant de l'air entre le zinc et le charbon pour renouveler le liquide qui a de la tendance à y stagner. Si l'on veut diminuer le courant, on cesse l'insufflation et l'on soulève avec la main les éléments hors du hquide.

Pile Bœckel-Redslob.

Premier modèle.

J'ai demandé à M. Redslob de me construire une pile galvanocaustique, à un seul liquide, mais exempte des inconvénients de celle de Grenet. Après quelques essais il m'a fourni en 1869 l'instrument suivant (PI. I, fig. 1) qui peut servir également à la galvanocaustie chimique ou thermique et avec lequel j'ai pratiqué depuis trois ans un assez grand nombre d'opérations.

Les couples (B) sont formés par une lame de zinc non amalgamée de 5 centimètres de large sur 15 centimètres de haut, placée entre deux lames de charbon qui la débordent de 4 centimètres par en bas, pour empêcher une polarisation nuisible. Le liquide est, comme dans la pile de Grenet, l'acide sulfurique étendu avec addition de bichromate, dans les proportions suivantes :

Acide sulfurique rectifié du commerce .... 900

Bichromate de potasse * 600

Eau commune 9000

De plus on jette au fond des vases des cristaux de bichromate, de façon à en former une couche d'environ un centimètre, pour entretenir la constance du courant, en absorbant l'hydrogène dégagé, H y a ainsi huit éléments suspendus à une planchette, sur laquelle des lames de cuivre mobiles (D), fixées par des vis, permettent de disposer la pile en série ou en batterie. Par ce mécanisme fort ingénieux, on peut obtenir quatre combinaisons diff'érentes, décrites avec planches à l'appui dans la thèse de M. Reibel {loc. cit.); mais il n'y en a que deux usitées dans la pratique; celle où tous les huit éléments sont disposés en série et qui sert à la galvanocaustie chimique, dont nous n'avons pas à nous occuper pour le moment; et puis la combinaison des éléments quatre par quatre en deux batteries, représentée dans notre planche; c'est la disposition type pour la galvanocaustie thermique.

Elle donne une intensité moindre que la réunion des huit éléments en un seul couple, mais par contre elle offre plus de tension et c'est une condition nécessaire pour chauffer une anse de platine d'une certaine longueur.

La planchette supportant les éléments est traversée

1. Il faut choisir du bichromate rouge bien cristallisé et ne pas accepter ce sel en masses jaunâtres, à moitié pulvérulentes, comme le commerce le fournit souvent. Cette dernière variété est beaucoup moins active et formée par du bichromate en partie réduit h l'état de chromate.

par une forte tige en laiton^ fixée au centre de la caisse (A) et creusée d'un pas de vis double très-allongé. Sur cet axe glisse un tube (K), creusé également d'un pas de viS; dont les reliefs s'engagent dans les creux de l'axe central. Ce tube est fixé à la planchette; quand on le fait monter ou descendre au moyen des quelques tours de la manivelle (M), tous les éléments émergent à la fois des bocaux contenant le liquide excitateur^ ou bien y sont plongés.

Grâce à ce mécanisme il est facile de suspendre l'action de la pile à chaque instant ou de la remettre en fonction^ de façon à réserver sa force pour le moment important. Après s'être assuré au préalable de sa marche et de son intensité, on suspend par quelques tours de manivelle les couples au-dessus du liquide; puis on peut tranquillement anesthésier le malade et appliquer le serre-nœud, sûr de retrouver le courant par l'immersion des éléments.

Cette pile présente à peu près 1200 centimètres carrés de surface active, en calculant le zinc par ses deux faces, qui sont actives toutes les deux, parle fait de leur interposition entre deux lames de charbon. Elle permet de chauffer au rouge vif un fil de platine de 1 milhmètre d'épaisseur sur une longueur de 20 centimètres.

Il serait facile d'exagérer sa puissance en augmentant un peu la dimension des éléments, mais si l'on a soin d'éviter toute résistance inutile dans les conducteurs et de bien serrer l'anse autour du pédicule de la tumeur avant de faire passer le courant, on aura rarement

besoin d'une longueur de chauffe de plus de 20 centimètres.

La caisse (A) qui renferme cette pile mesure 55 centimètres de long sur 30 de large et 20 de haut; c'est, somme toute, un appareil assez encombrant, qui pèse environ 20 kilogrammes.

Deuxième modèle.

Depuis lors je me suis fait arranger un second appareil sur les mêmes principes, beaucoup moins volumineux, et en même temps plus élégant et plus puissant, puisqu'il peut chauffer 25 centimètres du même fil de platine.

Il est représenté sur la planche II, fig. 1, à la même échelle que le premier. La caisse en caoutchouc durci (A), telle que les fournit Leiter à Vienne, ne mesure que 28 centimètres de long, sur 17 de large et 25 de haut.

Elle est divisée en quatre compartiments, renfermant chacun un couple (B) composé d'une plaque de zinc de 1 5 centimètres sur 20 , entre deux plaques de charbon la dépassant par le bas. Ces couples sont suspendus à une traverse (C) et combinés en deux batteries, offrant une surface active de zinc de plus de 2000 centimètres carrés. Un arc en laiton (D), traversé par une tige à vis (L) fixée à la traverse, permet d'élever et d'abaisser facilement les couples. Cette pile fonctionne avec le même liquide que la précédente; je m'en sers de préférence dans ces derniers temps; mais elle n'est propre qu'à la galvanocaustie thermique.

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