‹ De la Gastro-entéro-anastomoseChapitre 13 sur 25 · LORS · texte numérisé non relu

LORS

De l’examen fait et repris plusieurs fois avec M. le docteur Deshayes, je ne retiendrai que les faits principaux. Cette malade, très nerveuse, très verbeuse, souffrait à tout instant, un peu plus au moment des repas : mais c'était trois heures après, que la douleur prenait son intensité maxima. C'était alors si atroce que cette malheureuse pensait au suicide, la douleur durait aussi aiguë pendant plusieurs heures. L’épigastre, l’hypochondre gauche étaient surtout douloureux, dans les paroxysmes, le flanc gauche souffrait aussi. Vomissements exceptionnels. Constipation fréquente, mais non constante ; assez souvent, la fin de la crise était marquée par une débâcle et quelquefois, semble-t-il, par un peu de melœæna.

L'examen montrait que le foie, l'intestin, les annexes de l'utérus étaient sains, l’utérus était fixé en retroflexion. Aucune ptose viscérale. Ventre plat et rétracté.

La langue est saburrale, l'estomac, douloureux au palper, ne présente aucune saillie. Dans le flanc gauche, à deux reprises, nous perçümes un clapotage limité que nous crûmes pouvoir expliquer par une dilatation d’estomac. Et c’est tout. Pas de ganglions. Le teint est terreux.

N'ayant d’autre signe qu’une douleur intolérable et de la dilatation gastrique pour poser un diagnostic, ne trouvant ni constipation, ni vomissements, je voulais temporiser tout en croyant à une sténose pylorique, C’est aux supplications de la patiente que je cédai en décidant de tenter une intervention.

Elle entre le 26 janvier à la maison de santé, dans un état de dépression qui faisait craindre qu’elle ne résistât pas à une opération un peu longue. Son poids est de

cn LV ==

49 kil. 500, Pendant 4 jours elle s’alimente avec des lavements qui, vu son état nerveux, sont tout aussi intolérables que l'alimentation buccale.

Opération. — Le 31, assisté de M. Pilate, qui voudra bien accepter l'hommage de notre profonde gratitude, nous pratiquons une laparotomie médiane sus-ombilicale. L’estomac, loin d’être dilaté, est plus petit que normal : cardia, faces, bords, pylore, tout est libre. Mais à deux doigts du pylore, à l’origine de l’antre pylorique il existe une tumeur annulaire, ne faisant aucune saillie à l’extérieur, tumeur souple ayant deux centimètres d’épaisseur à son cercle externe. En déprimant l'estomac en doigt de gant avec l'index, on se sent arrêté par la saillie interne de la tumeur. Elle laisse un orifice dur, rigide, tranchant, régulier, circulaire, dont le diamètre est d’environ 4 à 5 millimètres, sur lequel appuie le doigt. L'examen des régions voisines ne permet de constaler aucune induration des parois de l’estomac, aucun ganglion dans le voisinage, le péritoine est sain.

La gastro-entérostomie est pratiquée par la méthode de Souligoux, que j'avais expérimentée récemment sur un chien, L'opération totale a duré 1 heure 1/4.

L'anesthésie par léther n’a pas empêché les vomissements d’apparaître dès le réveil, les matières vomies sont composées de sang altéré et de mucosités bronchiques. Jusqu'à 10 heures du soir, les vomissements se sont reproduits avec persistance. T. 3606. En 3 injections, la malade reçoit 450 gr. de solution saline. Diète absolue, même de liquide, Atropomorphine en piqûres.

Le 4 février. T. 37° matin, 38° soir. P, 104. Injection de 600 gr. de sérum artificiel. Lavement de

150 gr. Le soir à 8 heures, soit trente-quatre heures après l'opération, la malade commence à vomir des matières d’odeur gangréneuse ; ces vomissements continuent jusqu’au matin (44° heure).

Le 2 février. T. 3707 matin, 38° soir. P. 84. Les vomissements ont cessé. Sérum artificiel 350 gr. Le soir, la malade prend quelques cuillerées à café d’eau pour calmer la soif. Gargarismes. Aucune douleur abdominale.

Ces 3 jours, l’opérée a reçu par jour, en injections hypodermiques, 4 centigr. de morphine et 1 milligr. d’atropine.

Le 3 février. T. 38° matin, 3706 soir. P. 84. Séram artificiel 450 gr. Boit quelques cuillerées à café d’eau.

Le 4 février. T. 37°4. L'opérée prend toutes les 3 heures deux cuillerées à bouche de lait coupé avec une décoction de céréales. La quantité d’atropomorphine employée est diminuée d’un tiers.

Les 5 et 6. Absorption par la bouche de 3 à 4 cuillerées à bouche de lait coupé et un peu de lait pur toutes les à heures. Aucune douleur ni gêne abdominale.

Le 7. Le ventre étant un peu tendu et douloureux, on administre un lavement purgatif qui détermine des selles très abondantes contenant de véritables calculs stercoraux. Bouillon de veau et lait, pain d'épices, limonade citrique. On cesse l'emploi de la morphine.

Le 8. Alimentation : lait, bouillon, jaune d’œuf.

Le 9. La langue étant toujours saburrale, administration de 25 gr. d'huile de ricin. Deux heures plus tard, selles très abondantes, très colorées.

Le 10. Alimentation. On ajoute une purée de pommes de terre, Le 11, une cervelle de mouton. Le 12, du poulet, du vin.

Page 1