CHAPITRE IV
Valeur de la gastro-entérostomie. — Comparaison avec les autres traitements chirurgicaux du cancer du pylore.
Quand le chirurgien entreprend l'opération de Wälfler, il n'a pas la prétention de guérir le cancer de l'estomac. Il se trouve en présence du malade très affaibli, atteint depuis longtemps d'un néoplasme, dont la marche a été de jour en jour plus rapide et qui est arrivé, peu à peu, à produire la sténose pylorique.
En général, quand le malade accepte l'intervention, les douleurs sont devenues intolérables ; le passage des aliments et des sucs gastriques, au niveau d’un orifice rétréci et ulcéré, est pour le patient une source de souffrances telles, qu'on a vu dans quelques cas — Billroth et Péan en ont rapporté des exemples —- le sujet demander lui-même l'opération au chirurgien.
La gastro-entérostomie, est donc faite pour calmer les douleurs, rétablir le cours des matières et faire cesser les phénomènes d'auto-intoxication qui se passent au niveau de l'estomac. C’est une opération palliative du cancer et non une cure radicale. Et il est à craindre, que pendant longtemps encore, tant que le chirurgien ne sera pas devenu l’auxiliaire indispensable du médecin, pour établir parmi la laparatomie
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absolument inoffensive, le diagnostic souvent trop difficile du cancer de l'estomac, il est à craindre, dis-je, que ces prétendues cures radicales seront purement palliatives. Le chirurgien aura beau réséquer l'estomac; il sera trop tard le diagnostic de cancer aura demandé trop de temps pour êtrs établi par le médecin ; et au moment de son intervention, le chirurgien ne pourra plus dépasser suffisamment les limites du mal, les ganglions seront envahis, les adhérences établies. La récidive ne sera pas longue à se produire, réclamant une nouvelle opération.
Il sera fait, tout-à-l'heure, uu parallèle entre la gastroentérostomie et les autres traitements chirurgicaux du cancer de l'estomac: pylorectomie, divulsion, pyloroplastie, grattage.
Mais avant, il est bon de montrer quels sont les résultats immédiats de l'opération de Wolfler.
Ils ne sont, et surtout n’ont toujours pas été des plus encourageants, si bien que le professeur Léon Lefort, dansune des dernières éditions (1) de sa médecine opératoire, la considérait comme aussi dangereuse que la pylorectomie, sur laquelle 1l portait ce Jugement sévère. «Je regarde la résection de l'estomac cancéreux, comme une détestable opération que je repousse énergiquement ». Depuis quelques temps, comme nous le verrons plus loin, les résuitats sont meilleurs ; le chiffre de la mortalité a notablement baissé.
J'ai dit, plus haut, que lorsque le malade accepte l'intervention, il est depuis longtemps déjà atteint par le mal, il est affaibli, intoxiqué par les résorptions gastriques ou intestinales de matières alimentaires mal digérées et altérées par le contact d'un néoplasme ulcéré. Aussi, rien d'étonnant de
(1) Malgaigue et Lefort — Médecine opératoire, p. 385.
voir se produire des syncopes mortelles sous le chloroforme. Ces syncopes peuvent se montrer tout à fait au début de l'anesthésie ; elles peuvent, au contraire, se produire à la fin de l'opération. Cet accident, toutefois, n’est pas aussi fréquent qu'on serait porté à le croire au premier abord.
On peut voir la mort survenir dans les premières heures qui suivent l'opération. Elle est imputable au shock. Du reste, d'une façon générale, même dans les cas les plus heureux, après l'intervention, les malades sont profondément abattus ; la température reste basse souvent plusieurs heures, le pouls est petit et lent. La face est couverte de sueurs froides, visqueuses, et il est bon de lutter par des piqüres d’éther, de caféine, des lavements de champagne, de vin, contre cette prostation, qui pourrait fort bien emporter l'opéré. Cette première période, post opératoire, est très inquiétante pour le chirurgien, qui ne peut prévoir la tournure que prendront les choses.
Puis, peu à peu la température s'élève, le pouls devient plus fort et le malade revient insensiblement à la vie. A ce moment il peut encore être emporté, soit par une syncope, soit par un affaiblissement progressif et rapide, et Roux, de Lausane, attribue dans ces cas la mort au profond état d'inanition, dans lequel se trouvait le sujet qui a été opéré trop tard. C'estégalement cette même cause que Beatson a invoquée dans un cas ou l’un de ses opérés s'éteignit peu à peu au quatrième jour.
Dans les premières heures qui suivent l'intervention, on peut voir souvent des vomissements. Les uns sont probablement dûs au chloroforme ; et nous savons que, pour les prévenir, M. Reclus a proposé l'anesthésie par la cocaïne ; cette question a été discutée au chapitre précédent ; il est donc inutile d'y revenir. Disons seulement que ces vomissements