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nature, le chirurgien crée aux matières fécales une nouvelle voie au niveau de la fosse illiaque ou de la région lombaire ? Non seulement il y a suppression de la douleur, mais il peut y avoir arrêt momentané dans l’évolution du néoplasme.
Les phénomènes douloureux ne dépendent pas du cancer; ils dépendent de l’obstruction. « Les néoplasmes sont rarement douloureux par eux-mêmes, ainsi que l'a fait souvent remarquer M. Verneuil dans'son enseignement. En créant dans l’estomac une voie de dérivation pour les aliments, on supprime l'obstacle mécanique du pylore, et les douleurs disparaissent aussitôt. Suppression des phénoménes douloureux et arrêt momentané de la marche du mal, tels sont les deux avantages immédiats dont l'opéré bénéficie (1).
Les malades qui depuis longtemps déjà ne s'alimentaient plus, commencent à manger de nouveau. On les a tout d’abord, après l'opération, nourris au moyen de lavements, de suppositoires peptonisés; puis, au bout de quelques jours, quand l'estomac a pu se contracter sans risquer de déchirer ses adhérences au jéjunum, des aliments, d'abord liquides, puis des bouillies, de la cervelle, ont été ingérés.
En Angleterre et en Amérique, certains chirurgiens n'ont même pas hésité à alimenter par la bouche leurs opérés, dès le premier jour.
Après huit, dix jours souvent, les opérés ont pu manger. j'est pour eux une satisfaction énorme et d'autant plus agréable que l'ingestion des aliments n'est pas suivie de douleurs épigastriques et de vomissements.
Les forces reviennent rapidement; les malades engraissent. Ç Ils se trouvent dans le paradis », pour employer l'ex-
(1) Guixarb. — Thèse de Paris, 1892.
pression de l’un des clients de Billroth. Leur poids augmente rapidement.
Terrier opère, en juillet, une femme très cachectisée. La malade quitte l'hôpital en septembre; elle pèse 70 kilogrammes. Quand le chirurgien communique, en octobre, cette observation à la Société de Chirurgie, le poids de la malade est de 175 livres, soit une augmentation de 17 kilogrammes dans un mois et demi.
Une malade de Hadra gagne 22 livres en quelques mois, des faits analogues ont été signalés par J.-B. Jesset, Doyen, et bien d’autres opérateurs.
La constipation est un fait assez constant dans le cancer de l'estomac. Les malades restent huit, dix, quinze jours méme, sans aller du ventre. Grâce à la communication gastro-intestinale, cette constipation va disparaitre. C’est en général du septième au huitième jour que se montrent les premières selles. Au douzième jour, le malade peut se lever; la plaie est réunie par première intention. Il va d’une facon régulière à la garde-robe. Les selles ne sont, il est vrai, pas très abondantes, en général, mais la chose est facile à comprendre. Pendant les premiers jours qui suivent l'intervention, on a nourri les malades avec des aliments presque totalement assimilables, lait, bouillon, peptones, jus de viande.
En somme, grâce à cette opération, la situation du malade est totalement changée. Il peut se nourrir, vaquer à ses occupations. La vie n’est plus pour lui une torture constante. Il peut patiemment et sans souffrir laisser la cachexie faire des progrès. On a vu des cas dans lesquels l'appétit est revenu, tel qu'il était aux plus beaux jours de la santé, et Fritzsche a rapporté l'observation d'un de ses opérés qui, pendant huit mois et demi après l'intervention, fut victime d'un appétit féroce.
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Car, je l'ai déjà dit, cette opération ne guérit pas le cancer elle procure seulement au malade une fin plus douce et peut prolonger quelques temps son existence en lui permettant de s'alimenter d’une façon à peu près normale.
Combien de temps dure, en moyenne, cette période de guérison apparente ? Elle n’est généralement pas très longue. Le cancer de l'estomac à une marche progressive; son évolution est d'autant plus rapide que les ulcérations auront été plus avancées, et que, par conséquent, l'opération aura été plus tardive.
Dans la littérature allemande, on trouve relatée par Hahn l'observation d'une malade chez laquelle, par la laparotomie. il avait reconnu au niveau du pylore une tumeur assez volumineuse pour que le chirurgien préférät la gastro-entérostomie à la pylorectomie. Cinq ans après l'interrention la malade mourut d'apoplexie. Il est permis, avec Billroth, de supposer que cette tumeur, rencontrée par Hahn et ses assistants, n’était pas un cancer. En admettant même que ce fut un cancer, une survie pareille doit, pour l’heure tout au moins, être considérée comme tout à fait exceptionnelle, car lorsque les chirurgiens pratiquent la gasiro-entérostomie ils n'espèrent pas prolonger pendant cinq années l'existence du patient.
On peut établir comme moyenne ce qui suit :
En général, les malades éprouvent après l'opération un bien-être subit. Leur existence est changée comme par enchantement. « Le sujet recommence une nouvelle vie. » Les choses durent ainsi pendant quelques mois; au bout de ce temps le mal reprend sa marche. A l'embonpoint et aux couleurs momentanément acquises va faire place l'amaigrissement graduel ; la face prendra de nouveau cette teinte Jaune terreux, si caractéristique dans le cancer de l'estomac. Mais, et ceci est très important, ile ne souffrent pas : ils se
cachectisent insensiblement; ils ne se plaignent pas. Dans la pylorectomie, au contraire, le néoplasme se reproduisant soit au niveau même de l’abouchement gastro-intestinal, soit en un autre endroit de la filiaire pylorique, amènera une nouvelle sténose qui causera et des vomissements et de la douleur; ceux-ci ont quelquefois, par leur intensité, nécessité une deuxième laparotomie, suivie de l'opération de Wolfier.
Dans une note lue à la Société de Chirurgie, en 1889, au sujet de deux gastro-entérostomies faites par Roux, de Lausane, Ch. Monod établissait que la moyenne de la survie était de trois mois à un an.
Mais ce chiffre serait peut-être trop minime si nous nous en rapportons à certains auteurs étrangers.
Ainsi, nous voyons Jesset citer l'observation de deux de ses malades encore en vie et chez qui l'opération avait été pratiquée, depuis deux ans pour le premier, depuis quinze mois pour le second.
Novaro croit qu’une moyenne de survie de dix-neuf mois ne serait pas exagérée.
Dans une discussion qui eut lieu en janvier 1892, à la Société de Médecine de Berlin, Hadra a cité les faits suivants : Un malade de Hahn survécut cinq ans ; un autre un an. Dans deux cas, Lücke aurait prolongé la vie de ses malades : une fois de quatorze mois, une autre fois de dix-huit mois. Un opéré de Czerny vivait onze mois après l'intervention. Enfin, le malade qu'Hadra lui-même présentait était opéré SR huit mois et demi.
Treize opérés de Billroth ont eu une survie de un à quatorze mois. Un malade de Weir, treize mois après la gastroentérostomie, fut pris de nouveaux troubles gastriques. Une femme opérée par Studsgard était encore en parfaite santé, se nourrissait bien, six mois après l’intervention.