IL. — Le second cas est le suivant
Mme S..., âgée de 58 ans, souffre depuis le mois de novembre de l'année dermière dans la région épigastrique. Au mois de mars, se montrent des vomissements, d'abord tous les deux ou trois jours, puis tous les jours, et bientôt quelquefois deux fois par jour; les vomissements survenaient sans efforts, sans fatigue pour la malade. Au mois d'avril, elle consulte un médecin qui lui dit qu'elle à une tumeur abdominale. Je la vis pour la première fois, vers la fin de mai. Elle était très amaigrie, très faible, ne prenait que très peu de nourricure, vomissait trés fréquemment. Je constatai l'existence d'une tumeur, en forme de boudin, verticale, longue d'environ trois pouces et demi. dont le milieu était au riveau de l’ombilie, mais à droite de lui, dure, séparée du foie par une zone de sonorité.
Le diagnostic posé est : Tumeurs du pylore. — Gastro entérostomie. Opération le 4 juin. — Anesthésie par l'éther, la gastro-entérostomie est
faite au moyen des plaques d'os décalcifié, reliées par une soie fine. L'opération dure trois-quarts d'heure.
Da malade vomit une seule fois le soir de l'opération, et ne vomit plus depuis.
Dès qu'elle ne fut plus sous l'influence de l'anesthésique, trois gouttes d’eau-de-vie lui sont données, par la bouche, toutes les heures. Suppositoires nutritifs.
Le lendemain, on commence à lui donner du lait, des peptones.
Chaque jour, on augmenta les doses d'aliments; à la fin de la première semaine. toutes les craintes avaient disparu. La malade était tout à fait rétablie lorsqu'elle contracta au bout de quatre semaines, une congestion pulmonaire droite qui l'emporta au bout de trois Jours.
L'autopsie montra que l'intestin était intimement réuni à l'estomac par des adhérences très solides. — Le pylore était complétement obstrué par le néoplasme, qui à l'examen miscrocopique, montra des cellules épithéliales en état de dégénérescence colloïde. L'orifice entre l'estomac et l'intestin était ovale, à bords réguliers, et admettait tout juste l'extrémité de l'index. — Les plaques d'os avaient tout à fait disparu, mais les sutures à la soie sem. blaient intactes.
M. George Beatson fait suivre ces deux observations des réflexions dont nous remarquons les suivantes :
1: La pratique habituelle du lavage préalable de l'estomac peut n'être pas suivie, dans les cas de grande faiblesse ou de névrosité extrème. On peut se
contenter alors de laver l'estomac avec un siphon, quand l'incision de sa paroi a été faite ;
2: L'incision de la paroi abdominale doit être faite sur la ligne blanche, et plus bas qu'elle ne se fait généralement. On rencontre fréquemment des dilatations de l'estomac considérables; une incision basse permet mieux de faire le nécessaire ;
3 Il ne faut pas s’évertuer à chercher une portion d'intestin très rapprochée du duodénum.— Physiologiquement, on aurait raison ; mais il est préférable de choisir une portion d'intestin s'appliquant très bien sur l'estomac.
4 On ne doit pas accorder grande confiance à l'alimentation par la voie rectale. — On peut donner très vite des aliments par la bouche; c'est de cette seule façon que l'on peut empêcher la mort de survenir par épuisement ;
5° Enfin, ces cas de néoplasme du pylore montrent la nécessité d’une erploration précoce de l'abdomen. C'est une règle dont les médecins ne devraient passe départir dans toutes les affections de l'estomac qui ne cèdent pas à un traitement raisonable et suffisamment prolongé.