CHAPITRE VII
Objections faites à la gastro-entérostomie
Nous avons dit que la gastro-entérostomie n'était point admise par tous les auteurs; rejetée s;stématiquement par certains, hostile ou indifférente à d’autres, cette opération a nécessairement encouru de graves reproches. Nous les connaissons déjà en partie, puisque nous avons discuté chaque procédé. Nous savons qu'à l'opération de Wéæliler on à reproché la compression du côlon, la formation de l’éperon, le rejet des matières alimentaires, de la bile et du suc gastrique. On accuse le procédé de von Hacker d'être d’une difficulté opératoire excessive, étant donné que l’on opère dans la profondeur de la cavité péritonéale, on lui objecte la déchirure du méso-côlon et le rétrécissement possible de la boutonnière méso-colique, la précipitation des intestins à travers la fenêtre créée dans le méso-côlon. Ces accidents, nous l’avons déjà dit, n’ont jamais été observés. Nous avons dit aussi que la déchirure du ligament gastroépiploïque pratiquée dans la méthode de Courvoisier est inutile et dangereuse à cause de l’hémorrhagie possible. Nous n'avons pas oublié non plus les reproches adressés aux plaques de Senn, leur insuffisance pour assurer une coaptation exacte, le danger de la gangrène, sans compter
les reproches adressés à la gastro-entérostomie en général, la longueur de l'opération elle-même, la difficulté de placer les sutures et surtout leur grand nombre, les dangers nombreux auxquels on expose le malade et le peu de satisfaction donné par les résultats opératoires et éloignés.
En effet, la gastro-entérostomie, qu'elle soit pratiquée par la méthode de Walfler, de von Hacker, de Courvoisier ou de Senn n’est pas une opération innocente comme l'a dit M. Guinard (1).
A côté de «séries heureuses, comme le sont celles de Lücke, Lauenstein, Czerny et Rindfleisch; nous avons encore un grand nombre d'échecs opératoires à regretter et si l'opération a pu procurer au malade un bien-être passager, trois à cinq mois au plus, et la suppression des phénomènes de sténose, il n’en est pas moins vrai que les dangers de cette opération sont encore trop nombreux pour une opération palliative. La période pendant laquelle le malade est délivré de ses douleurs est trop courte, et elles reviennent ordinairement six semaines avant la mort ; quelques opérés même n’ont éprouvé aucun soulasement après l'intervention. Le néoplasme continue sa marche progressive et fatale, plus ou moins rapide suivant sa malignité ; il empiète sur la fistule artificielle et petit à petit les symptômes de sténose réapparaissent avec la même intensité qu'avant l'intervention. Sans que nous puissions afirmer le fait, les mêmes phénomènes peuvent se produire dans le cas de rétrécissement fibreux.
(1) Guinard, Traitement chirurgical du cancer de l'estomac. Paris, Asselin et Houzeau, 1692.
Tels sont les graves reproches adressés à la gastro-entérostomie. Mavdi (1) dit en outre que cette opération n'a pas répondu jusqu'à présent à tout ce qu'on attendait d'elle.
Il faudrait, d’après lui, rendre cette opération moins dangereuse ou la remplacer par une opération moins dangereuse. « Si nous possédions, dit-il, une opération qui ne demande rien ou fort peu de chose aux forces du malade, ou s’il était permis d'alimenter le malade après cette opération, même par une voie détournée, et si cette opération était praticable sans une assistance éclairée, elle répondrait à ce que nous demandons, à une opération palliative pour cancer de l'estomac. »
Maïs, si les résultats de la gastro-entérostomie ne sont pas plus brillants, cela tient évidemment à ce que l’on a opéré trop tard alors que les malades sont en proie à la cachexie et qu'ils n’ont plus que quelques jours à vivre. Heureux alors le chirurgien qui pourra ressusciter ce cadavre ambulant !
(1) Maydi, Wien. Med. Wochem., no: 18 et 19, 1892.