GASTRO-ENTÉROSTOMIE. — CANCER DU PYLORE. — MORT LE DEUXIÈME JOUR
TERRIER, Société de Chirurgie, 8 février 1893.
Femme de 40 ans, opérée en novembre 1892 qui, depuis 18 mois présentait des troubles digestifs consistant surtout dans des phénoménes
douloureux se manifestant principalement après les repas ; quatre mois après le début des accidents, elle avait commencé à vomir et peu à peu elle s’était mise à maigrir d’une façon notable ; enfin six mois avant l'intervention, on avait constaté l'existence d’une tueur au niveau de la région épigastrique.
Lorsque je fis la gastro-entérostomie le 12 novembre 1892, la malade était dans un état de cachexie très avancé et je trouvai le néoplasme occupant le pylore et presque toute la grande courbure de l’estomac, empiétant même sur la face antérieure. L’épiploon lui-même était dégénéré et j’eus la plus grande peine à séparer la grande courbure du côlon transverse appliqué sur elle.
Les suites opératoires furent bonnes pendant trente-six heures, mais le soir du second jour la malade mourait en quelques heures sans aucune espèce de signe de péritonite.
Il s'agissait là certainement d'un cas des plus mauvais et il est évident que l'intervention aurait dû être faite beaucoup plus tôt.
Observation COVII
CANCER DU PYLORE. — GASTRO—ENTÉROSTOMIE ANTÉRIEURE. — MORT LE QUATRIÈME JOUR.
ScHWwaARTZz, Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, t. XVII, 1892, no° 8-9, séance du 27 juillet 1892.
Ii s’agit d’un homme de 60 ans, malade depuis 7 mois seulement et présentant des digestions difficiles, quelquefois des vomissements alimentaires, en même temps amaigrissement rapide sans qu'il ait jamais été possible de constater la moindre tumeur au niveau du creux épigastrique.
Depuis cinq jours, accidents aigus consistant en vomissements incessants de matières ayant la couleur et la consistance du marc de café. Hoquet continuel, refroidissement. Rien ne calme les vomissements et les hoquets, ni la glace, ni les Jlavements laudanisés, ni les injections de morphine. Du côté du ventre, aucun ballonnement, il est
plutôt en bateau.
Quand le malade est amené dans mon service pour qu'on tente une intervention, s’il y a lieu, sa température est de 35°2, son aspect celui d’un sujet atteint d’étranglement interne très grave.
On le remonte par des piqûres d’éther, de caféine, lavements alimentaires de vin, œufs, peptone, champagne glacé. Le lendemain matin, la température est remontée à 36°5, et je me décide à tenter la gastro-entérostomie pour parer à l'occlusion de la région pylorique par un cancer.
Cette opération est pratiquée sous le chloroforme avec l’aide de mon collègue et ami le D' Chaput.
Incision de l’appendice xiphoïde à l’ombilic. J’explore immédiate ment le pylore, qui est induré et bombé; le cancer se propâge jusqu'à la moitié droite de la petite courbure ; ganglions de l’épiploon gastrohépatique envahis par le néoplasme. Il eût été contre-indiqué de faire, dans le cas actuel, la pylorectomie, même l’état du malade s’y prêtant. Recherche de la première anse du jéjunum immédiatement à gauche de la colonne vertébrale en dehors du côlon transverse.
Cette anse est amenée en avant et pour aller plus vite nous décidons de faire la gastro-entérostomie antérieure de l’estomac, dans un point situé près de sa grande courbure et environ à 10 centimètres du pylore, fixation des deux viscères l’une à l’autre à l’aide des petites pinces érignes de Chaput. Deux plans de sutures séro-séreuses entrecoupées à la soie n° O0 sont faits pour souder jéjunum et estomac, puis alors seulement on incise l'intestin, d’abord à 3 millimètres des deux plans séro-séreux, puis l'estomac, quiest vidé à l’aide d’un tube-siphon, de l’eau de Vichy qui a servi à faire un lavage avant l'opération.
Ligature sur une artère stomacale, sutures séro-musculs-muqueuses des deux lèvres inférieures, puis des deux supérieures, sans que rien ne s'écoule dans l'abdomen protégé par des compresses et des éponges montées sur des pinces, encore deux plans séro-séreux sur la lèvre supérieure et l’opération est terminée. Il a été fait 90 points de suture, 30 par plan. Le tout a duré, chloroforme compris et fermeture puis pansement, une heure dix minutes.
L'opéré reçoit immédiatement deux injections de caféine, d’éther, et est reporté dans son lit. A noter en passant que l'intestin grêle et le gros Intestin étaient tellement rétractés qu'il est certain que rien n’y avait passé depuis quelques jours déjà.
Pendant les premières vingt-quatre heures, l’état général est plutôt meilleur, les vomissements ont cessé, le hoquet aussi. Lavements alimentaires, glace à sucer.
Le deuxième jour, quelques vomissements bilieux et un peu de hoquet. La température ne monte pas au-delà de 36°8, malgré six lavements alimentaires, du champagne glacé par petites cuillerées. Le troisième jour, l’opéré s’affaiblit, injections de caféine et d’éther. Le pouls est irrégulier, mais petit sans fréquence exagérée.
Refroidissement progressif, en même temps le hoquet le reprend. Succombe le quatrième jour à 4 heures du matin.
L’autopsie, pratiquée vingt-quatre heures après, à montré le péritoine complètement indemne. Les sutures ont tenu et la région opératoire est aussi nette que quatre jours avant. Une injection d’eau dans l'estomac passe dans le jéjunum sans difficulté. L'examen montre qu'outre le cancer du pylore et les ganglions il y avait des noyaux de cancer disséminés dans le foie. Rien nulle part ailleurs.
Le pylore admet à peine le bout du petit doigt, il est envahi dans ses deux tiers supérieurs. Le tiers inférieur reste intact et paraît oblitéré surtout par le poids de la partie supérieure qui vient fermer mécaniquement le passage encore libre. L’estomac contient un demi-litre
environ d'un tiquide verdâtre bilieux.
Observation CCVIII