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CANCER DU PYLORE. — GASTRO-ENTÉROSTOMIE. — SUCCÈS

JaABOULAY, Archives prov. de Chirurgie, n° 1, juillet 1892.

Françoise F..., salle Saint-Paul, âgée de 57 ans, mariée, exerçant la profession de coiffeuse, née à Charols (Drôme), demeurant à Montélimart, entrée à l'Hôtel-Dieu le 15 mars 1892.

Antécédents héréditaires. — Père mort il y a 32 ans à l’âge de 44 ans de tuberculose pulmonaire ; mêre morte à 30 ans (la malade avait alors 14 mois). Une sœur de 35 ans (deuxième lit) bien portante.

2 sœurs mortes : l’une à 55 ans, de néoplasme ; l’autre à 23 ans du choléra.

Un frère mort à 45 ans.

Antécédents personnels. Rougeole dans l'enfance ; pas d’adénopathie. Réglée à 17 ans, toujours normalement ; ménopause à 37 ans, Pas de susceptibilité spéciale aux bronchites.

Mariée deux fois, à 21 ans et à 30 ans. Premier mari, mort de la variole ; Deuxième mari bien portant. Pas d'enfants, mais une fausse couche dans les premiers mois de son mariage. Aucun symptôme pou— vant faire soupçonner la syphilis, l’impaludisme, l'alcoolisme.

Il y a 10 ans, « coliques du miserere » très graves. Rechute il y a 6 ans. La malade n'aurait jamais eu d’autres affections avant celle qui l’améène à l'Hôtel-Dieu et contre laquelle elle vient demander des secours à la chirurgie.

Au dire de Françoise F.., les symptômes morbides auraient débuté il y a environ 2 ans par de trés légers vomissements ; mais ces vomissements étaient rares, peu abondants, ne s’accompagnaient d’aucune douleur: et n’empéchaient point l'alimentation de se faire assez bien sans perte de forces ni amaigrissement. Ce n’est que l’année dernière, à pareille époque, que la malade s’aperçut que ses vomissements devenaient plus fréquents, plus abondants, qu'ils provoquaient des douleurs, encore assez légères, dans la région épigastrique ; en même temps elle remarqua qu’elle perdait ses forces et maigrissait.

Ces vomissements n'avaient point de rapports trés fixes avec les repas ; ils apparaissaient spontanément sans grands efforts, tantôt de 3 à 4 heures aprés les repas. Tout cela avait retenti sur son état général et dès ce moment elle était trés sujette à différents malaises, vapeurs, maux de cœur, étourdissements, céphalée.

Mais la situation de la malade n’empira réellement qu'à partir du mois d'août 1891 (le 15 août) ; elle prétend qu’à ce moment elle eut à supporter beaucoup de fatigues et beaucoup de soucis.

Les vomissements deviennent beaucoup plus fréquents et beau-

coup plus abondants. Ils comprennent tous les aliments absorbés et surviennent à presque chaque repas en général; il y a cependant des variations, tantôt elle vomit cinq ou six fois dans les 24 heures, tantôt une ou deux fois; mais dans ce dernier cas les matières expulsées sont bien plus abondantes et comprennent tout ce que la malade a absorbé dans les précédents repas qui n’ont pas été suivis de vomissements.

Les douleurs augmentaient également; et la malade maigrit, s’affaiblit de plus en plus; elle gardait souveut la chambre, mais elle pouvait encore, quoique très difficilement, exercer son métier peu pénible de coiffeuse.

Constipation marquée : la malade n’allait plus à ia selle que tous les trois ou quatre jours.

Depuis deux mois, Françoise K... était entrée dans une période de véritable cachexie.

Les vomissements devenaient continuels ; les douleurs s’accen-— tuaient ; dès ce moment elles sont généralisées à tout l’abdomen ; elles sont continues et sourdes, mais elles deviennent lancinantes, intolérables avant et pendant les vomissements ; elles affectent alors la forme de véritables crises, nerveuses au dire de la malade. Il y a dès lors impossibilité absolue de garder aucun aliment; les liquides euxmêmes, le lait en particulier, ne peuvent être tolérés longtemps. Les vomissements surviennent quelquefois assez longtemps après les repas ; mais ils contiennent toujours tous les aliments liquides et solides. Selles très rares, une ou deux par quinzaine; amaigrissement trés prononcé; apparition du teint jaune paille ; perte des forces au point que la malade ne peut plus sortir de son lit depuis une quinzaine de jours au moment de son arrivée à l'hôpital.

Persistance relative du sommeil qui est entrecoupé cependant par

des crises de douleurs et de vomissements. Ni hématémèse, nimélænae Pas d'œdème des jambes.

Etlal actuel. — Persistance des mêmes symptômes subjectifs,

vomissements, douleurs, etc... Pendant les trois jours qui précèdent l'opération, on contrôle facilement le fait que la malade ne peut supporter ancun aliment, même liquide. Aspect cachectique; teint jaune paille, amaigrissement extrême, œdème malléolaire léger.

À la palpation on sent une petite tumeur dansla région pylorique, mobile, non douloureuse. Quoique à priori, en raison de la petitesse et de la mobilité de la tumeur, on puisse penser à une pylorectomie, on décide d'emblée une gastro-entérostomie.

Opération. — L'opération a eu lieu le 18 mars.

On trouve une tumeur assez volumineuse, assez mobile, serrant très exactement le pylore, ayant la forme d’un sablier, dont une des sphères plus volumineuse, empièterait sur l’estomac. Cette tumeur paraît avoir 6 à 7 centimètres de long et le volume d'une très grosse noix au point maximum. Pas de généralisation, ni de propagation.

L'opération est faite en 30 minutes. — Sutures, pansement,

Suites opératoires. — Shock peu prononcé : dans la journée un peu de dépression (injection d’éther). Quelques efforts de vomissements. La méthode d'alimentation a été absolument la même que pour la malade précédente.

Pendant les trois premiers jours, elle suce de la glace et prend des lavements alimentaires; puis progressivement prend du bouillon, du lait, etc. Cependant, enhardi par notre précédent succès, nous luidonnons des aliments solides, le même jour qu’àla malade de l’obs. CCVIII c'est-à-dire le 29 mars, elle n’eut jamais d’ailleurs de nausées, ni de vomissements, ni même de dégoût. Les douleurs ont de même complètement disparu. Selles tous les 3 ou 4 jours.

Notons en passant ce fait qui nous a paru typique : trois jours après l'opération, nous ordonnons à la malade de prendre du bouillon ; elle refuse, d'abord par crainte sans doute de voir réapparaiître les vomissements, et, comme nous la pressions vivement en lui affirmant qu’elle allait mourir de faim, elle nous répondit : « Qu’étant restée

deux mois sans que rien ne passe, elle pouvait bien attendre encore

huit jours. »

Notre malade a repris des forces, des couleurs, mange et digère à merveille. Elle est également enchantée de l'opération. La plaie est

complètement cicatrisée.

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