‹ De la gastronomieChapitre 35 sur 53 · commerce, qu il jouait également bien : mais i · texte numérisé non relu

commerce, qu il jouait également bien : mais i

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défendait contre elles son argent, avec le sangfroid qui caractérise ceux qui ont renoncé à leurs bontés.

La gourmandise s'était enrichie de la perte de ses autres penchants ; on peut dire qu'il en faisait profession ; Et comme il était d’ailleurs fort aimable,

il recevait tant d invitations qu il ne pouvait dE

suflire.

Lyon est une ville de bonne chère : sa position JA fait abonder avec une égale facilité les vins de T EL

Bordeaux, Rx de | ‘rmitage ELUCEUX de Bour-

gogne ; le gibie er des coteaux voisins est excellent : on tire des lac S de renève et du Bourget lai meilleurs poissons du monde, et les amateurs se pâment à la vue des poulardes de Bresse dont cette ville est l'entrepôt.

Le chevalier de Langeac avait donc sa place marquée aux mei Ileurs tables de la ville : mais celle où il se plaisait spécialement était celle de M. À... , banquier fort riche et amateur distingué. Le le mettait cette préférence sur le compte de la liaison qu ils avaient contractée en faisant ensemble leurs études. Les malins (car il y en a partout) l’attribuaient à ce que M. A... avait

pour cuisinier le meilleur élève de Ramier, trai-

teur habile qui florissait dans ces temps reculés.

ÿ Quoi qu il en soit, vers la fin de l'hiver de 1780, le chevalier de Langeac reçut un billet par lequel M. A... l'invitait à souper à dix jours de (car on soupait alors), et mes mémoires ÿ secrets assurent qu'il tressaillit de joie en pensant qu'une citation à si longs jours indiquait une séance solennelle et une festivité de premier ordre, 3 Il se rendit au jour et à l'heure fixés, et trouva Îles convives rassemblés au nombre de dix, tous amis de la joie et de la bonne chère ; le mot gastronome n'avait pas encore été tiré du grec, ou du moins n'était pas usuel comme aujourd'hui. Bientôt un repas substantiel leur fut servi ; on ; Y voyait entre autres un énorme aloyau dans son jus, une fricassée de poulets bien garnie, une tranche de veau de la plus belle espérance, et

une très belle carpe farcie.

Tout cela était beau et bon, mais ne répondait pas aux yeux du chevalier, à l'espoir qu'il avait

| conçu d'après une invitation ultra-décadaire. Une autre singularité le frappait 3 les convives, tous gens de bon appétit, ou ne mangeaient pas, ou ne mangeaient que du bout des lèvres ; l'un

avait la migraine ; l’autre se sentait un frisson,

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ün troisième avait diné tard, ainsi aes autres. Le hevalier sé it du | 1 qui avai lé chevalier s étonnait du hasarc qui avait accumulé sur cette soirée des dispositions aussi antficonviviales, et se croyant chargé de représenter tous ces invalides, attaquait hardiment, tranchait avec précision, et mettait en action un grand pouvoir

d imntussusception.

Le second service ne fut pas assis sur des bases moins solides : un énorme dindon de Crémieu faisait face X'un très beau brochet au bleu, le tout flanqué de six entremets obligés (salade non comprise), parmi lesquels se distinguait un ample macaroni Au parmesan.

À cette apparition, le chevalier sentit se ranimer sa valeur expirante, tandis que les autres avaient l'air de rendre les derniers soupirs. Exalté par le changement de vins, il triomphait de leur impuissance, et toastait leur santé des nombreuses rasades dont il arrosait un tronçon considérable de brochet qui avait suivi l’entrecuisse du dindon.

Les entremets furent fêtés à leur tour, et il fournit glorieusement sa Carrière, ne se réservant, pour le dessert, qu'un morceau de fromage et un verre de vin de Malaga ; car les sucreries n’en-

traient jamais dans son budget.

On a vu qu'il avait déjà eu deux étonnements dans la soirée: le premier, de voir une chère par trop solide : l’autre, de trouver des convives trop mal disposés ; il devait en éprouver un troisième bien autrement motivé.

lieu de servir le dessert, les

Effectivement, au domestiques enlevèrent tout ce qui couvrait [a table, argenterie et linge, en donnèrent d autres aux convives, et 2 posèrent quatre entrées nouvelles, dont le fumet s'éleva jusqu'aux cieux.

C’étaient des riz de veau au coulis d’écrevisses, des laitances aux truffes, un brochet piqué et farci, et des ailes de bartavelles à la purée de champignons.

Semblable à ce vieillard magicien dont parle l'A rioste, qui, ayant la belle Armide en sa puissance, ne ft pour la déshonorer que d'impuissants efforts, le chevalier fut atterré à la vue de tant de bonnes choses qu 1 ne pouvait plus fêter, et commença à soupçonner qu’ on avait eu de méchantes intentions.

Par un effet contraire, tous les autres convives se sentirent ranimés : l'appétit revint, Les migraines disparurent, un écartement ironique semblait agrandir leurs bouches : et ce fut leur tour de

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boire à la santé du chevalier, dont les pouvoirs étaient finis.

Il faisait cependant bonne contenance, et semblait vouloir faire tête à l'orage ; mais à la troisième bouchée, la a se révolta et son estomac menaça de le trahir. Il fut donc forcé de rester inactif, et, comme on dit en musique, il compta des pauses.

Que ne ressentit-il pas, au troisième changement, quand il vit arriver par douzaines des bécassines, blanches de graisse, dormant sur des rôties ue Îles "un faisan, oiseau très rare alors et arrivé de s bords de la Seine : un thon frais, et tout ce que la cuisine du temps et le petit four présentaient de plus élégant en entremets |

Il délibéra et fut sur le point de rester, de continuer et de mourir bravement sur le champ de bataille : ce fut le premier cri de l'honneur bien ou mal entendu. Mais bientôt l'égoïsme vint à son secours, et l'amena à des idées plus modérées.

Il réfléchit Lis ’en pareil cas la prudence west pas lâcheté ; qu ’une mort par indigestion prête toujours au ridicule. et que l'avenir lui gardait

sans doute bien des compensations pour ce désap-

pointement ; il prit donc son parti, et jetant sa

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serviette : « Monsieur, dit-il au financier, on n ex- € pose pas ainsi çes amis ; il Na perlidie de « votre part, et je ne vous verrai de na vie. > Il dit, et disparut.

Son départ ne fe pas une très grande sensation ; il annonçait Le siccès d’une conspiration qui avait pour but de le mettre en face d'un bon repas dont il ne pourrait pas profiter, et tout le monde était dans le secret.

Cependant le chevalier bouda plus longtemps qu'on n'aurait (05 rÀ } CE il fallut quelques prévenances

pour l’apaiser ; enfin il revint avec les becfigues,

+ ? . * lé DE 1 41 et 1 ny pensait pius à apparition aes truftes.

La D'iscorde avait tente un jour de s introduire dans le sein d'un d é les pl is d ans 1e sein dun es ménages les plus unis de . ? - . . « la capitale. C était justement un samedi, jour de LE A ? . . d { & . LEO) sabbat ; il s agissait un furDOt À Cuire : Cétait à la campagne, et cette campagne était V'illecrêne. . ? E ‘ I Prat 4 dr e poisson, qu on disait arraché à une destinée bien plus glorieuse, devait être servi le lendemain « 7 . ] [ 1 ‘ f. ° .

à une reéumon de bonnes gens Gont Je Îaisais

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