‹ De la Gaule a la France;Chapitre 10 sur 42 · Pline, HisU nat., II · texte numérisé non relu

Pline, HisU nat., II

peignes et dévidoirs, avec ses vêtements, auxquels la souplesse du tissu permet de donner la forme du corps, tuniques, manteaux, et peut-être chemises et pantalons; ■ — l'industrie de la parure et de la toilette, accompagnatrice immédiate de la précédente, avec ses teintures bleues et rouges, fournies par la guède et le kermès ' pour la coloration des costumes ou des tatouages, avec ses premiers essais de franges et de passements, avec ses innombrables colliers, bracelets et bagues, dont les pendeloques, les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux, aux coquillages, aux écailles, aux pierres dures ou rares; — l'industrie de l'ameublement, avec ses vases d'argile ou d'osier; — et je n'ai plus à parler des industries de l'agriculture et de la guerre.

Si l'on examine ensuite ces différentes industries suivant la matière employée, on verra qu'outre la pierre, le bois l'os et le cuir depuis longtemps en usage, elles utilisent toutes les pierres possibles, molles et dures, et aussi l'argile, les fils et les graines de l'herbe, les tiges de jonc et d'osier. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. Il ne manque que le métal, mais il suffira de peu pour l'atteindre.

Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries suivant leur manière de servir ou d'agir, — voici les instruments, lesquels rompent, percent ou taillent, armes, pics, tranchets, scies, haches, marteaux, aiguilles, épingles, poinçons, ciseaux, harpons, en espèces chaque jour plus nombreuses; — voici les récipients, pots, jarres, jattes ou cruches, auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier va donner mille formes et mille dimensions nouvelles : on eut même de petits flacons à fard, en os, première ébauche d'une mode éternelle; — voici les engins qui

1. D'après les découvertes et recherches des frères Cotte; et seulement pour la Qn de cette période; J. et Ch. Cotte, Bulletins et Mémoires de la Soc. d'Anthropologie de Paris, 15 mai 1917, p. 66 et s. ; Revue arch., 1918, t. I; Revue des Études anciennes, 1919.

aident à attacher, cordages, fils et boutons; — et voici enfin les outils auxiliaires, aiguisoirs en pierre à trou de suspension, tout pareils à ceux de nos faucheurs, et polissoirs de grès ou de granit, larges blocs qui conservent aujourd'hui encore les rainures profondes creusées sous le frottement incessant des têtes de haches.

Parmi ces industries, il en est une, la céramique, dont il faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de la pierre polie ' : car vraiment, entre les moyens de produire que la nature a mis entre les mains de l'homme, il n'en est point de plus riche et de plus souple que l'argile à pétrir, façonner et durcir. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce, ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de ses présents, en leur révélant l'argile. Cela valait presque, comme découverte, les deux premières que l'humanité avait faites, le feu du bois et l'arme de pierre.

Avec cette terre, glaise ou boue informe, l'homme allait fabriquer, au gré de ses doigts, tour à tour le vase qui renferme, la tuile qui conduit, la brique qui supporte, l'image qui reproduit, le moule qui répète. Pour le moment il n'en tire que des vases fort vulgaires, mal cuits, tournés à la main. Mais laissons agir le temps. L'industrie d'élite est née avec la céramique. Et déjà, presque aussitôt après sa naissance, elle ajoute à ses vases les organes qui en varieront plus tard les formes et les usages : ici des rebords au sommet, là des amincissements à la taille, ailleurs des bourrelets de flanc qui annoncent les anses, des boursouflures de base qui annoncent les pieds. Une invention ne se déroule jamais isolément : cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner.

ï. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique il l'époque paléolithique.

JuLLiAN. — De la Gaale à la FrancA. %

L'exploration de la terre, voilà la principale ambition des hommes de ce temps, et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. Ce furent des prospecteurs décidés, patients et perspicaces, habiles à forer des puits, à sonder des parois, à scruter des surfaces. Peu à peu sans doute, pour découvrir un gisement de matière utile, ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier.

Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taille une pierre à la fois solide et souple : ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine, et bientôt, de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la Gaule, on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut, dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies, tout ainsi que plus tard les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne.

Il fallait, pour les haches à polir, des pierres dures et compactes, d'origine volcanique ou autre : on sut trouver l'obsidienne et les jades; et de celle-là on forma des têtes de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant, les véritables chefs-d'œuvre du travail néolithique *.

Il fallait, pour les parures et les amulettes, des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie : on se procura la callaïs, aux teintes vertes et bleues de l'horizon, l'ambre, doré comme un rayon de soleil ^ le corail, rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que

1. Voyez au Musée de Saint-Germain, salle II, vitrine 17. Mais voyez aussi, et surtout, pour tous les produits des temps de la pierre polie, les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan (Catalogue, par Marsille; Vannes, BulL de la Soc, 1921).

2. A la fin seulement des temps néolithiques, et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens.

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