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Chemins maritimes des Saxons, des Angles et des Vikings

3. J'indique ici, comme route de migration (sans doute la migra-

t;8 DE LA GAULE A LA FRANCE.

levant, d'autres fleuves, Niémen et Duna, qui, à travers les immensités de la Russie, ouvrent la voie vers la mer Noire, vers la mer Caspienne, vers les terres d'Asie, celles de Troie, d'Ecbatane, de Samarcande et de Delhi ^ Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où divergent tant de voies souveraines.

Aussi, c'est de là que dans les temps historiques, sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens, qui ont ressemlilé à ces premiers émigrants par leur invincible désir de se déplacer, par les poussées successives de leurs bandes en marche, par leur volonté d'aller toujours plus loin. Voyez, sur les mers et les fleuves, les Vikings ou les Normands, que nous retrouverons après Charlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique, sur celles même de la Méditerranée occidentale, et à qui quelques générations sufliront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Paris. Voyez à la même époque, gagnant de proche en proche à travers les plaines comme une inondation qui se tend, les migrations des peuples slaves, débordant à l'ouest de l'Elbe, puis descendant aux portes de Constantinople, et, de nos jours, arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibet, le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques. Réunissons ensemble les aventures rapides des Vikings* et l'extension interminable des Slaves : et nous nous expliquerons mieux les conquêtes et les directions de l'unité indo-européenne.

tion hellénique), la route des caravanes porteuses des offrandes hyperboréennes. Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone.

1. J'indique ici, comme routes de migrations, les chemins suivis au Moyen Âge par le commerce des fourrures.

2. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement); mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident, s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants, moins organisés, comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique?

D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y cherclier le berceau de ces envahisseurs de la première heure.

Leur langue S que nous pouvons reconstituer à l'aide des débris laissés dans les idiomes héritiers, était celle d'un peuple qui connaissait la mer, la pêche, la forêt, et auquel, parmi les arbres de la forêt, étaient surtout familiers le hêtre, le chêne, le saule et le bouleau. Gela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique.

Leur espèce physique semble caractérisée par le front haut, le crâne allongé, la peau blanche, les chairs molles, les cheveux blonds, les yeux bleus. Or, en ces régions, ce type d'homme demeure le mieux conservé.

A l'époque historique, nous rencontrons sur les rives de la Baltique, entre la Vistule et le Niémen, une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens, ou « la race de l'Extrême-Nord », et qui elle-même se nommait celle des Estes. Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire, dans une sorte d'immobilité hiératique. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote, telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite au temps du roi Théodoric, et peut-être encore au lendemain de l'an mille, lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin 'K C'était un ensemble de tribus agricoles ^ et laborieuses, toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest.

1. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet, Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes (3« édit., 1912, Paris, Hachette), avec son complément indispensable, Les Dialectes indo-européens (1908, Paris, Champion).

2. Le nom de Prusse, porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes, est passé ensuite à leurs maîtres allemands.

3. Outre le texte formel de Tacite, songeons à la paille de froment qui enveloppait les oiïrandes hyperboréennes : détail qui avait sans doute une valeur symbaUque.

On vantait leur humeur honnête et hospitahère *. Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère, héritiers de la terre originelle, ceux qui nv sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natai, immuablement dociles aux coutumes des aïeux.

L'une de ces coutumes était la recherche, sur les rivages de la mer, des perles d'ambre, la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil, dieu souverain de ces hommes "-. Or ce culte de l'ambre, les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. Pendant toute la durée des temps antiques, la chose précieuse valut plus que l'or, plus que le diamant, plus que tout bien de ce monde : car il y avait un dieu en elle. Pour l'introduire en Grèce, en Italie, en Gaule, des caravanes ou des cabotages étaient organisés, allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise), et de là, pendant des mois de marche, jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^ Ces marchands refaisaient, en troupes pacifiques, la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants : le chemin de migration était devenu chemin de commerce ^. Dans cet invincible

1. Comparez les quatre textes suivants : Hérodote, IV, 13, rapportant les voyages et renseignements d'Aristée, au vi» siècle avant notre ère, sous Crésus : « les Hj'perboréens ne font pas la guerre»; Tacite, Germanie, 45 (les Estes laborant patientius); Cassiodore, Variarum, V, 2 (ambassade des Estes à Théodoric); Adam de Brème, Migne, Patrologia Latina, t. CXLVI, c. 633-4 (Iwmines humanissimi, à propos des Scmbi oel Pruzzi, rameau ou descendants des Estes au Samland). Il y a là, s'étendant sur seize siècles, un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse.

2. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte, même chez les Hyperboréens du Samland, n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère.

3. J'ai peine à croire que les fameuses ofïrandcs hyperborécnnes, enveloppées dans la paille de froment, ne fussent pas des morceaux d'ambre. A mille ans de distance, les Estes du même paj's envoient à Théodoric un présent d'ambre.

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