‹ De la Gaule a la France;Chapitre 19 sur 42 · Voyez p. 229, n · texte numérisé non relu

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4. Je répète que je ne me sers de cette expression de ligure que pour désigner les temps antérieurs à l'Empire celtique.

JuLLiAN. — De la Gaule à la Franco. ^

cap Cerbère qui abrite le port de Vénus, le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule, occupés par des enceintes sacrées, sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits, et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire, le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays, là s'assemblaient ses prêtres.

L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de la terre et la vie de la société. Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère, si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur, ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion, c'était la terre propre de leur nation, la mère même de leur société.

On dira que ce sont là symboles et images. Mais c'est précisément pour cela que de tels mots, de telles idées conviennent à ces générations anciennes. Elles vivaient, bien plus que les nôtres, d'images et de symboles, de métaphores et de figures. L'esprit laïque, les habitudes scientifiques ont peu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à sa vie, l'unissant à la vie de la terre par des paroles mystérieuses et d'émouvantes formules. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre, relisons l'Ancien Testament, depuis la Genèse jusqu'à Samuel, la description de la Terre Promise, l'histoire de sa conquête, les tribus associées qui s'arrêtent, les solennels rassem-

1. D'après Aviénus, vers 1G4-172. L'îlot de Santa-Clara à Sa'.nt- Sébastien?

2. Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts; voyez les dénombrements primitifs.

blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » \ et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion -. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites, et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens. Les divergences entre les hommes ou entre les sociétés humaines sont moins fortes que les ressemblances; et si aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien Testament réussit à nous passionner, c'est qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées ou de nos traditions : la solidarité fraternelle des membres d'une nation, un peuple qui s'identifie avec son Dieu, qui place son foyer au temple de ce Dieu, et monte aux jours de fête vers la ville sacrée sa capitale, pour s'y assembler comme s'il était une seule famille*. Au reste, même chez les tribus arriérées de l'Australie, nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule, groupés sur le giron de la terre maternelle. Lorsque les hommes d'un clan, en état de pureté rituelle, se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels, c'est pour vivifier à nouveau leur société, pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts, c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine, ils obéissaient au même désir, renforcer la fraternité natio-

1. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre, analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé, Finistère); cf. sur les ombilics des pays celtiques, Loth, Revue des Études anciennes, 1915, p. 193 et s.

2. En réalité, si l'on veut établir une concordance plus exacte, Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique, telle que Gergovie ou Bibracte ; l'analogie véritable, pour l'ombilic druidique, serait avec Silo ou Mitspa, les centres religieux principaux au temps des Juges; et les Juges, en particulier Samuel, ne sont pas loin de ressembler aux Druides, tels que je me les figure au temps primitif.

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