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Y compris celle du Jarret son affluent

2. Je crois cependant que, pour retrouver ce royaume, il faut supprimer de l'arrondissement le terroir de Ceyreste et La Ciotat.

3. Voyez maintenant le livre de Frazcr, Les Origines magiques de la royauté, trad. Loyson (1920, Paris, Geuthner).

JuLLiAN. — De la Gaule à la France. 8

Une Gaule, société de cinq cents rois sous la souveraineté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre, c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et aux passif is des hommes. Entre la tribu et le conseil d'alliance se sont interposés peu à peu des organes de tout genre, plus puissants que celle-là, moins étendus que celui-ci.

Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. Tôt ou tard, il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. Un désir naturel de large sociabilité, la pénétration de longues routes, l'influence des chemins fluviaux, les intérêts du commerce, les nécessités militaires imposées par des dangers communs, amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer, en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale. Alors, par-dessus « le pays » de France, naquit « la province ».

Je citerai quelques-unes de c^s provinces, les plus anciennes, les plus stables, pour montrer comment ces groupes se sont fondés, comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. Les bas pays de la Limagne, terres de culture, s'entendirent avec les montagnes des Puys, terres de résistance, et il en résulta une société fédérale, qui sera plus tard l'Auvergne : au milieu et au travers de ce pays s'allongeait, comme un axe d'équilibre et une route de communication, la ligne régulière de l'Allier. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus ' du Limousin. Trois ou quatre tribus, dont les plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne, s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente, et d'autres encore

1. Chiffre supposé pour les trois départements qui ont été formés du Limousin, Haute- Vienne, Creuse, Corrèze.

en Touraine ou en Orléanais sur les deux rives de la Loire, en Anjou autour de l'éventail des rivières de la Maine.

Ces formations ne se produisirent pas toutes en même temps. Commencé peut-être mille ans avant notre ère, le mouvement s'achevait à peine dix siècles plus tard, retardé ou accéléré suivant les événements politiques. Il ne fut point partout uniforme. Des tribus préférèrent vivre isolées, surtout dans les régions de forêts et de montagnes K D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord, pour en adopter une autre. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses.

Mais dans l'ensemble ils se ressemblèrent tous, ils avaient la même origine, le même caractère, et, ainsi que les pays dont ils étaient formés, ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^

Leur caractère initial, c'est d'avoir été des sociétés de commerce, d'entente économique : « le pays » fut une unité agricole, « la province », une unité commerciale. Ce qui fit le principe de celui-là, c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture; ce qui fit le principe de celle-ci, c'est l'utilisation en commun d'une route, d'un carrefour, ici la Loire ou là les confluents parisiens. La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts : la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge.

Par là même, une fois constitués, ces organismes étaient nés pour toujours. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient, de la disposition de ses vallées, de la convergence de ses rivières; et ils devaient être inva-

1. C'est le cas des pays de Senlis, de Bucli, de Maurienne, déjà nommés ici.

2. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer.

riables comme cette structure. Aujourd'hui encore, en dépit des bouleversements administratifs, il existe un Limousin, avec sa langue, ses traditions et l'ardent amour des siens, il existe un Berry, une Saintonge, une Auvergne ; et souvent ces provinces ont les limites que tracèrent, voilà trois mille ans, les fédérations spontanées des pays gaulois. On quitte le Limousin pour entrer en Auvergne au lieu d'Eygurande : et ce mot, un des plus anciens de notre sol, signifie « l'eau frontière » qui séparait jadis les deux provinces gauloises ^. Quand vous allez de Saintes à Blaye, au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde, et ce Pleine-Selve, ce « plan de la forêt », ces landes qui vous entourent, indiquent et montrent le désert qui limitait jadis au midi la société fédérale des pays santons 2.

Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales*. Dans certaines régions, il se forma des sociétés, des ligues plus vastes, et le commerce en fut également la cause principale, surtout le commerce maritime.

C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer », ou de l'Armorique, la plus ancienne des ligues

1. Eygurande est en Corrèze, mais à la limite du Puy-de-Dôme, et celle frontière des deux départements ne fait que continuer celle des deux provinces.

2. Pleine-Selve est en Gironde, mais à la limite de la Charente- Inférieure, limite qui continue celle des deux provinces, llemarquez qu'il y a là contact entre deux zones géologiques, les terrains crétacés de Saintonge, les terrains tertiaires de la Gironde; et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques ; voyez la belle Carie géologique de la France au millionième (2« éd., 1905)

3. Je me suis servi de l'expression de « province », parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». Leur nom, que nous ne trouverons d'ailleurs qu'à l'époque latine, était celui de cioiias : mais c'est que, durant les temps celtiques, la fédération de pagi évolua en cité et peuple.

U ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. 11 î

qui ont uni ensemble des terres et des mers de France, en dehors de l'assemblée des Druides. De l'embouchure de la Loire à celle de la Seine, peut-être même à celle de l'Escaut, une large entente groupa les rivages et les vaisseaux : ce fut quelque chose comme la Hanse baltique autour de Visby et de son île, une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. Le centre était le golfe de Morbihan ^, dont les replis, les caps et les îles font une véritable citadelle de mer, havre et abri aux dimensions puissantes, qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables *. Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime prééminent : la contexture de ses rivages, sa situation avancée au milieu de l'Atlantique, qui la faisait ressembler à un immense promontoire, ses gisemehts d'étain si précieux à l'époque du bronze, et les gisements similaires de l'Angleterre voisine, la présence sur ces rivages de mausolées fameux, de cimetières universels, où se dirigeaient à tout instant les désirs des vivants et les ombres des morts. A l'autre extrémité du monde européen, et à la même époque, l'Empire maritime de Minos le Cretois, fils lui aussi de pères indo-européens, embrassait les îles et les rivages de la mer Egée, commerçant et flibustier à la manière de la hanse du Morbihan ^. De même, à l'aurore

1. Avant de me décider pour le caractère funéraire, j'ai songé à faire du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. En tout cas, ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et sacré dans cette ligue de mer.

2. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques, telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E. Desjardins (t. I), si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol., 1876-1893, Paris, Hachette).

3. On peut placer la thalassocratie minocnne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minocn récent des archéologues, 1600-1200). Et bien des traits de cette civilisation minoenne se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident, par exemple le culto de la hache (cf. Déchelette, t. II, p. 479-484). Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori-

de notre histoire, la marine de France avait conquis sur l'Atlantique la gloire et la maîtrise que la nature lui offre par l'Armorique.

Tout cela, fédérations de tribus, intérêts de commerce, empire de la mer, étaient principes ou appétits nouveaux, qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. Ces provinces économiques qui se développent peuvent devenir jalouses les unes des autres, convoiter un seuil sur une chaîne de montagnes, un débouché sur la rive d'un fleuve, un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage; et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui « marche » à leur frontière commune •. Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins, du Sud ou du Nord, s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. A l'horizon de tout gain commercial il y a, pour les sociétés humaines, la convoitise et la concurrence, la colère et la guerre. De nouveaux temps de combats se préparaient.

D'autres événements en rapprochaient la venue. Le goût de l'épée se propageait. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache : mais, avec sa double puissance d'estoc et de taille, prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient, soumise aux pensées les plus rapides de l'intelligence qui la guide, elle était devenue le

caine et la marine Cretoise, soit directement, soit par l'intermédiaire de Cadix, qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique.

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